Mesurer la richesse des villes autrement

Mesurer la richesse des villes autrement Le PIB ne fait pas le bonheur. Pour mesurer la richesse autrement que de façon strictement pécuniaire, des indicateurs alternatifs de croissance se mettent en place. C’est dans cet état d’esprit que l’ONU-Habitat, qui publie tous les deux ans un rapport sur l’état des villes dans le monde, a créé l’index pour la prospérité des villes. « L’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) se base sur le PIB, l’éducation et la santé. D’autres indices ont été développés plus tard en prenant en compte l’écologie. Mais, la plupart de ces indices se situent toujours au niveau national. L’indice de la prospérité des villes a d’abord l’avantage d’être un indice urbain. Ensuite, il va au-delà de l’IDH en prenant en compte les infrastructures, l’environnement et surtout les inégalités », souligne Gora Mboup, directeur de l’Observatoire urbain mondial.

Des villes qui affichent une belle croissance économique comme Mexico, Rio ou Johannesburg, connaissent, par exemple, un taux de criminalité inquiétant lié à une mauvaise répartition des richesses. Pour illustrer ce nouvel instrument de mesure, ONU-Habitat a dessiné une roue. Chaque rayon représente un des cinq critères de mesure pris en compte : la productivité, les infrastructures, la qualité de vie, l’environnement et l’équité sociale. Au centre, Gora Mboup y ajoute la gouvernance : « c’est l’axe qui doit permettre à la roue de tourner ».

Pour passer de l’indice à la pratique, l’ONU-Habitat lance un Forum. Les villes qui participeront s’engageront à se faire évaluer sur base de ce nouvel index et suivre une feuille de route.

Par ce travail, ONU-Habitat entend aussi attirer l’attention sur la problématique croissante de la privatisation de l’espace publique. « A l’origine des villes, les routes n’étaient pas qu’un moyen de transport. C’était aussi un endroit où les gens se rencontraient. Aujourd’hui, dans beaucoup de villes, la mobilité a pris le dessus sur les fonctions sociales, culturelles ou politiques. Il faut revenir à ces aspects et pour cela il faut de l’espace. Au moins 50 % de la ville devrait être alloué à l’espace public. Ce qui n’est possible qu’en densifiant la ville. On ne peut pas parler de prospérité si il n’y a pas une communauté. Et on ne peut pas parler de communauté si il n’y a pas d’espace pour se rencontrer », conclut Gora Mboup, directeur de l’Observatoire urbain mondial.

 

Pour prolonger la réflexion sur les indicateurs alternatifs

Revoir le webdocumentaire de notre collègue Arnaud Grégoire sur le Bonheur brut

Lire Alter Echos N°305 “Iweps : le bonheur c’est combien ? “

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Bruxelles Dakar

Cette semaine s’est ouvert à Dakar la sixième édition du sommet Africités, organisé par les Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLU). Près de 5 000 participants – ministres des collectivités locales ou de l’aménagement du territoire, élus locaux, organisations de la société civile, etc. – viendront y débattre d’un vaste sujet : « Construire l’Afrique à partir de ses territoires, quel défi pour les collectivités locales ? » En matière de coopération, les grandes solutions « clés sur porte » tendent à montrer leurs limites. Le territoire, au sens large de système social, est devenu un acteur à part entière qu’il convient de prendre en considération dans sa différence, ses difficultés, mais aussi et surtout, ses atouts.

De l’urbanisation à la participation en passant par le tourisme durable, de nombreux ateliers viendront émailler ces quatre journées chargées de rencontres. Le programme recèle aussi quelques curiosités comme l’animation par Areva, le groupe nucléaire français  exploitant les mines d’uranium au Niger, d’une matinée consacrée aux « outils de prise de décision pour la gouvernance des villes dans les régions minières ».

Le sommet s’achèvera sur la remise du prix Harunbuntu. Décerné par l’ONG Echos communication, il récompense des personnalités qui, aux quatre coins du continent, mobilisent leur énergie pour répondre aux besoins de leur communauté. A travers ce prix, l’ONG entend démontrer « qu’il existe une Afrique qui ne se meurt pas dans les guerres, les famines, la corruption ». Et défend une vision du développement « qui voit les gens  non pas comme des victimes mais comme des personnes actives et des entrepreneurs au sein de leur communauté ».

Entre autres lauréats, on peut citer : Murhabazi Namegabe, l’homme qui parlemente avec les groupes armés pour rendre les enfants soldats à la vie civile, Kamunutu Jolly, la journaliste des radios communautaires du Sud Kivu, Ollie David Levi, l’ancien enfant des rues qui aide aujourd’hui ceux-ci  à créer leur emploi… Il sera aussi question de comités de quartier à Madagascar ou de statut d’artistes au Bénin.

Par Sandrine Warsztacki

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A la Une d’Alter Echos n°346 : Les jeunes Grecs face au chômage

L’Alter Echos n° 346 est en ligne. Mais la nouveauté réside surtout dans sa version papier. Outre de nouvelles rubriques, la revue accorde aujourd’hui une part plus large au reportage.

Découvrez à présent l’avenir sombre des jeunes Grecs au travers des yeux de notre correspondant Pierre Jassogne : Grèce : l’exil d’une « génération perdue ». Ou encore l’ombre du sans-abrisme qui plane sur les Brabançons du futur (Un logement pour tous les Brabançons, SVP !)

Commandez dès aujourd’hui ce numéro au prix de 5 euros ou abonnez-vous.

Infos : Samira Adib – tél. : 02 541 85 20 – courriel : sab[at]alter.be

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 

 

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Précaires et alimentation durable : un rendez-vous impossible ?

L’alimentation est au cœur de l’actualité ces derniers jours. Hausse des prix des légumes en vue cet hiver, les dangers pour la santé des cultures OGM, ou encore notre dossier « Social et alimentation durable : régime équilibré ? » que nous vous invitons à découvrir.

 

Les infos tombent plus sûrement que les fruits qui seront rares et chers cet hiver. A cela, il convient d’ajouter l’annonce de la hausse du prix des pommes de terre (+ 40 %) et des légumes (+ 12 %), conséquence d’un été pourri. La semaine dernière, c’était la qualité des aliments agro-industriels qui était mise en cause au travers de l’étude consacrée aux dangers des OGM. Nous n’avons pas été en reste. Il y a quelques mois nous avions programmé un dossier « Social et alimentation durable : régime équilibré ? » Celui-ci est récemment sorti de presse. Il aborde de la question de l’accès des plus défavorisés à une alimentation de qualité, plus durable, plus respectueuse de leur santé, de l’environnement et des conditions de travail des producteurs. Car, l’alimentation durable ne doit pas être réservée qu’aux plus riches. Et oui, la question du prix est souvent pointée comme obstacle, mais est-ce vraiment le cas ?

 

S’alimenter bien n’est pas plus coûteux

 

Dans l’article « Un système alimentaire respectueux de tous », la réponse d’Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation fuse aussitôt : « Je crois que c’est largement faux de dire que le prix est le principal obstacle à l’alimentation durable. Je l’ai longtemps cru moi-même… Mais plus je travaille ces questions, plus je suis convaincu que s’alimenter bien n’est pas plus coûteux (…) Les obstacles majeurs à l’alimentation durable, ce sont la perte du savoir-faire culinaire, principalement pour les légumes, et le temps nécessaire à une cuisine et une alimentation saines. Aujourd’hui, il faut redévelopper une culture alimentaire. C’est par exemple ce que le mouvement international Slow Food a bien compris : manger bien, ça concerne aussi le mode de vie et pas seulement le prix et l’organisation des chaînes d’approvisionnement. Bien sûr, je ne suis pas insensible à la question du prix qui a son importance. A ce sujet, je recommande la taxation des produits les moins sains et la subsidiation des produits les plus sains, par exemple pour les cantines scolaires et les programmes d’aide alimentaire. »

 

Marchés publics et application de terrain

 

Sur le terrain, de telles initiatives ont vu le jour. Dans « Les marchés publics : important levier pour l’alimentation durable », Frédérique Hellin chargée de missions pour la restauration collective à BioForum Wallonie s’y applique : « Elle conseille notamment des collectivités (écoles, hôpitaux, etc.) sur l’intégration de critères durables dans leurs achats alimentaires. Elle nous montre en quoi les marchés publics permettent de soutenir le développement de l’alimentation durable. » Et ça marche ! Comme on peut le voir au «Restaurant durable» aux Tilleuls. La maison de repos du CPAS de Saint-Gilles, Les Tilleuls, a participé au troisième cycle du projet « cantines durables » de Bruxelles Environnement. Les résidents ont d’ailleurs rebaptisé le projet « restaurant durable », car « ils étaient allergiques à la terminologie « cantine » qui leur rappelait celle du service militaire, de la prison ou de l’école ».

 

Taxer la malbouffe !

 

Mais, il faut bien l’admettre : manger sain quand on est pauvre, ce n’est pas du gâteau. L’Enquête Santé 2008 révèle que les personnes issues des milieux les plus scolarisés consomment davantage de fruits et de poisson. Cela n’a pas changé au cours des dix dernières années. Pour Nicole Darmon, nutritionniste, les contraintes budgétaires des ménages pèsent très lourd. « Avec un petit budget, explique-t-elle, il est logique de s’orienter vers les aliments qui donnent les calories les moins chères, comme les matières grasses ajoutées, les féculents, les produits gras sucrés et salés. Les aliments riches en énergie sont des sources peu chères de calories. Malheureusement, ces aliments ont d’autres atouts : ils sont pratiques d’emploi, faciles à transporter et à stocker et quand les contraintes de budget sont fortes, il est malheureusement logique de se tourner vers eux. »

 

Une solution serait donc de taxer les produits préjudiciables à la santé, de réglementer les aliments riches en graisses saturées, en sel et en sucre, de freiner la publicité pour la malbouffe, et de revoir de fond en comble les subventions agricoles et le soutien à la production alimentaire locale. « Encouragées par l’OMS depuis 2003, des politiques taxatoires de la malbouffe ont été mises en place dans différents Etats américains et européens (France, Danemark, Finlande, Hongrie)», peut-on lire dans « Manger sain quand on est pauvre ? Pas du gâteau !» En Belgique, la sénatrice Christine Defraigne (MR) plaide pour une exonération de TVA sur les fruits et légumes afin d’encourager leur consommation (proposition de résolution déposée en 2009 avec Jacques Brotchi). Elle est également favorable à une hausse de la TVA (de 6 à 12 %) sur les produits trop sucrés, trop gras ou salés. »

L’affaire serait donc aussi une question de courage politique. En attendant, des solutions sont déjà d’application, telles les potagers solidaires (“Les potagers collectifs poussent comme de la bonne herbe”) ou la revalorisation des invendus (“Déchétarien, ah bon ?”).

Baudouin Massart

Pour commander ce numéro spécial au prix de 5 euros :

02 541 85 20 – sab@alter.be

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Des détenus parlent de leurs cicatrices

La Fondation pour l’Assistance Morale aux Détenus exposent, au Palais de Justice, les photographies de cicatrices de détenus.

Jill, 28 ans, ancienne prostituée et toxicomane, ne peut plus porter un T-Shirt sans penser au passé. «  Je savais juste qu’il fallait mettre l’aiguille dans la veine, regarder s’il y avait du sang, puis injecter. Je me suis piquée partout, sur le cou, sur les jambes, dans les bras », peut-on lire à côté de sa photo. « Si mon esprit oublie, mon corps se rappelle. Encore un peu et la mort me roulait une pelle », légende un autre détenu, qui s’est pris une balle de calibre 38.

Mais les cicatrices des détenus ne se réduisent pas aux traces d’un passé criminel. Derrière un visage balafré, on découvre l’histoire d’un petit garçon battu par son père. Sur un autre cliché, une marque à la poitrine nous raconte l’histoire d’une opération. «  L’idée c ’est aussi de casser les clichés autour de l’image du gros dur avec des cicatrices partout » résume Cécile Dethier, coordinatrice de la Fondation pour l’Assistance Morale aux Détenus.

Pendant deux ans les conseillers moraux de la Fondation pour l’Assistance Morale aux Détenus ont recueillis les récits de détenus. Un travail qui a été mis en image par Hendrick Braet, Thomas Marchal, Isabel Pousset et Natasha Péant. Extraits.

 

Photo : © Thomas Marchal

«  Grâce à elle, je n’oublie pas
Grâce à elle, je ne pardonne pas
Grâce à elle, je ne tomberai pas
Grâce à elle, je marche droit

A cause d’elle, on me regarde comme un paria
A cause d’elle, on me regarde de là-bas
A cause d’elle, je marche à petits pas
A cause d’elle, je parle tout bas »

 

Photo : © Thomas Marchal

«  On apprend à vivre avec ses cicatrices, même si les blessures du cœur et les coups de l’âme ne peuvent guérir totalement »

Photo : © Thomas Marchal

«  La vie est belle malgré les cicatrices sur nos corps, nos plaies au cœur et nos âmes meurtries »

L’exposition « Cicatrices à l’extérieur. Un chemin vers l’intérieur » se tient jusqu’au 27 septembre au Palais de Justice, Place Poelaert à 1000 Bruxelles. Entrée gratuite.

 

(Par Sandrine Warsztacki)

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Namur ne rime pas qu’avec écrin de verdure

Comme toutes les villes, la capitale wallonne a aussi ses exclus. Journaliste indépendant, Benjamin Moriamé publie une sélection d’articles issus de huit années de pratique de terrain. Un livre dont le titre parle de lui-même : « Les laissés-pour-compte de Namur, la face cachée de la capitale wallonne ».

A.E : Des sans-abri chassés du centre, des prisons moyenâgeuses, des homes illégaux… Voilà un ouvrage qui ne fait pas vraiment la promotion de Namur ?

B.M:  Namur est méconnue des non-Namurois qui la voient comme une ville bourgeoise, mais aussi des Namurois eux-mêmes. Namur ville où il fait bon vivre, Namur et son écrin de verdure… Il faut arrêter avec ces slogans qui nous vendent la ville comme une carte postale. Selon une étude du CPAS qui date de 2011, 13 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est à peine moins que dans le reste du pays où le seuil de pauvreté est de 15 %. 

A.E : Ce n’est pas un hasard si ce livre sort à la veille des élections…

B.M : Il semble utile d’amener les questions sociales au premier plan, au cœur de la campagne, où les intérêts de groupes particuliers ne manqueront pas d’étouffer le nécessaire débat de société.

Mais Namur souffre moins des autorités locales que des réglementations régionales, fédérales, voire, européennes. Que ce soit pour l’état des prisons de Namur et d’Andenne ou pour la question des campings résidentiels, on ne peut pas blâmer le pouvoir local. Il y a un besoin de dialogue entre les politiques locales et les politiques régionales et fédérales qui sont parfois déconnectées du terrain.

A.E : N’est-ce pas aussi le rôle des journalistes que de faire la lumière sur ces problématiques ?

B.M : Que ce soit les politiques ou les médias, on ne donne pas assez la parole aux principaux intéressés. Quand la ville inaugure un nouvel abri de nuit pour les sans-abri, on interviewe la ministre et le bourgmestre. Jamais les sans-abri !

La presse quotidienne est en déclin. Pour faire des économies, on a sacrifié les rédactions locales. La Libre reprend les articles de la DH, Le Soir les articles de la Meuse. Il faut lire à ce propos la carte noire de l’Association des journalistes professionnels sur la main d’œuvre exploitée dans les médias. Quand les journalistes ne bénéficient plus des conditions nécessaires pour faire leur travail, c’est la démocratie locale qui est menacée.

 

L’interview dans son intégralité est à découvrir dans le prochain Alter Echos

Le livre  «  Les laissés-pour-compte de Namur, la face cachée de la capitale wallonne »  est disponible chez les libraires de Namur (Papyrus, Point-virgule et Agora), chez Tropismes à Bruxelles, chez Livres aux trésors à Liège… Plus d’infos sur le blog de Benjamin Moriamé

(Propos recueillis par Sandrine Warsztacki)

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Portrait d’un déchétarien qui s’ignore, un peu

Depuis des années, Alain Fauvage récolte de la nourriture invendue qui sera ensuite redistribuée aux plus démunis. Pragmatique et pas empreint de fausse « coolitude » pour un sous, l’homme ne la ramène pas. Il se contente de conduire sa camionnette.

Alain Fauvage est ce qu’on peut appeler un déchétarien, même si l’évocation de ce qualificatif ne lui arrache pas plus qu’un haussement d’épaule et un « Ah bon ? » un peu interloqué. Normal, finalement, puisque cet homme âgé d’une soixantaine d’année qui nous attend vers les 9h00 devant son domicile schaerbeekois récupère de la nourriture invendue depuis bien longtemps, avant même que cette tendance de plus en plus à la mode ne fasse la une des journaux alternatifs. Il collecte aujourd’hui, pour le compte de Saint-Vincent de Paul, 500 kilos d’invendus par jour, 10 tonnes par mois. De la nourriture qui est redistribuée à 300 familles (en plus de sans-papiers) qui s’acquitteront de deux euros pour un caddie de nourriture, plus des sacs.

D’où vient-elle, cette nourriture ? Si nous nous garderons de citer des noms, il nous sera donné lors de la tournée de collecte à laquelle nous avons participé de rendre visite à deux grandes enseignes, dont l’une est la plus cotée de Bruxelles. Les quantités relevées sont impressionnantes et les denrées variées : gâteaux, fruits, plats préparés, pains ou encore yaourts de première qualité attendent ainsi au frais, avant d’être précieusement empilés dans la camionnette en un quart de tour et ramenés au centre de distribution ou les attendent 15 frigos et, surtout, les personnes ayant besoin d’un peu de nourriture en plus…

Suivez le parcours de ce « déchétarien » pas vraiment comme les autres en lisant cet article dans son entièreté dans le prochain numéro d’Alter Echos (www.alterechos.be) consacré à l’alimentation durable. A paraître en ligne le 17 septembre.

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Quand les jeunes mettent en ballotage le droit à l’avortement

C’est ce qu’on peut lire dans l’Alter Echos n°342, suite à l’avis mi-figue, mi-raisin du Conseil de la jeunesse sur le droit à l’avortement. Ce qui amène notre journaliste Cédric Vallet à s’interroger dans l’édito : « On pourrait n’accorder qu’une importance relative à ce fait marginal. Mais on le sait, une grande partie des membres du Conseil de la Jeunesse sont les élites et les élus de demain. Ils se font les dents politiques au sein d’une institution qui leur offre visibilité et – qui sait – une forme de respectabilité. Une telle division au sujet de l’avortement n’augure rien de bon. Le message qu’ils envoient est clair : demain, l’avortement pourrait être remis en cause. »

Et de se demander s’il était vraiment nécessaire d’entendre une organisation aussi peu progressiste que « Génération pour la vie » (lire plus sur l’avis : « Avortement : l’ambivalence du Conseil de la Jeunesse »).

Découvrez également notre dossier

« Travail et précarité : le temps des serfs »  :

Et les précédents articles qui complètent cette réflexion :

Baudouin Massart

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« Heureux qui comme Alpha… » ou le périple d’un demandeur d’asile

« Heureux qui comme Alpha a fait un long voyage », aurait-on pu titrer cyniquement. Alpha est Guinéen. Il a dû fuir son pays, il y a deux ans. Aujourd’hui en centre fermé, il doit être renvoyé en Espagne, en application d’un règlement européen appelé « Dublin II ». Il nous conte son parcours. Une histoire extraordinaire… que vivent pourtant de nombreux migrants.

 

Au bord des pistes de l’aéroport de Zaventem, Alpha nous raconte son histoire. Il est tout jeune et semble un peu perdu, enfermé dans ce centre fermé 127 bis que les coups de peinture vive n’égayent pas vraiment. A seulement 19 ans, il semble avoir tout vécu. De la Guinée à la Belgique, son voyage a duré plus de deux ans. Le conduisant au Maroc puis en Espagne.

 Aujourd’hui, Alpha est en Belgique. Il voudrait « vivre ici paisiblement, jouer au foot ». Il s’est d’ailleurs inscrit dans un petit club. Mais ce qui l’attend, c’est l’expulsion. Enfin, disons plutôt le « transfert » vers l’Espagne. Car s’il est aujourd’hui détenu, c’est que le règlement européen dit « Dublin II » doit lui être appliqué. Selon ce règlement, un demandeur d’asile qui arrive en Belgique après avoir traversé un autre Etat européen, ici l’Espagne, devra être renvoyé dans cet Etat, qui aura la charge d’examiner le bien-fondé de sa demande.

 « Tout ce que je vois ici, l’asile, le règlement Dublin, je ne savais pas tout ça. Tout ce que j’essaie c’est de me sauver moi-même », lâche Alpha, le regard sombre.

 « Ils brûlent les tentes, il y a des blessés »

 Pour Alpha, tout a commencé en 2009. Il préfère ne pas dévoiler les graves difficultés qui l’ont poussé à quitter « son petit village ». Ce qu’il confie, c’est qu’il devait partir pour « sauver sa peau ». Pas d’autre choix. A 17 ans, il s’esquive en direction du Maroc où il retrouve son oncle. Le souvenir de ces deux années passées au Maroc est douloureux. Il y était coincé. Ne pouvant revenir en Guinée et attendant très longtemps un possible passage vers l’Europe. Certains de ces amis y sont morts.

 Il se souvient des premiers temps à Oujda. Cette ville proche de l’Algérie, non loin de la mer, est depuis des années un lieu de regroupement informel de migrants, réunis dans des campements de fortune. « Je vivais à l’intérieur du domaine de la fac de Oujda. Une partie des clandestins vivait là, une autre dans la forêt. Il y avait des tentes en plastiques un peu partout. Les gens attendent pour passer (vers l’Europe). Certains mendient. Tout le monde se débrouille. »

 L’oncle d’Alpha lui donne un peu d’aide. Mais à la mort de cet oncle, tout devient plus dur. « Même dans la fac, la police débarque, témoigne-t-il. Ils nous attrapent, cassent des pieds et des jambes. Ils brûlent les tentes. Il y a des blessés. Et puis on te jette à la frontière avec l’Algérie. Si tu es attrapé par les gardes algériens, ils te jettent dans le désert. Dans ce cas, tu marches deux ou trois jours pour gagner la ville la plus proche et tu dois y rester, faire des manœuvres, travailler pour gagner de quoi revenir à Oujda, ça m’est arrivé une fois. »

 Alors qu’Alpha rentre d’Algérie, il décide de tenter le passage vers l’Europe par un autre chemin. Direction Al Hoceima, non loin de l’enclave espagnole de Melilla. Là aussi, les migrants vivotent dans les forêts alentours, guettant le moment propice au passage. Une attente de plusieurs mois pendant lesquels il rencontre d’autres migrants qui, pour certains, deviendront ses amis. Des journées interminables où il fallut aussi apprendre à esquiver, à se méfier pour passer entre les gouttes des terribles violences entre migrants et du racisme des habitants.

 Alpha sur le rivage

 Puis vient le jour du passage vers le nord. Fin 2011. Un groupe de migrants suit un passeur. Escaladent une montagne. S’entassent dans une fourgonnette. « Certains tombent, personne ne les regarde », se souvient Alpha. La fourgonnette s’arrête. Il y a la mer et, en face, au loin, l’Espagne. D’après Alpha, des garde-côtes marocains sont là, de mèche avec les passeurs. Ils laissent faire.

 Tout le monde attend sur le rivage. Alpha fait partie d’un groupe de 46 migrants. Il aperçoit la lumière d’une lampe-torche. Deux coups secs. C’est le signal. Le passeur demande aux migrants, un à un, de nager jusqu’au Zodiac où les attend un « capitaine » sénégalais.

 Le voyage ne se passe pas comme prévu. Le Zodiac tombe en panne, se dégonfle peu à peu. Les 46 migrants sont à la dérive, pendant deux jours. Un navire les repère. Et puis s’en va. « Il y avait des enfants, une jeune femme enceinte sur le bateau. Tout le monde avait peur, tout le monde pleurait », raconte Alpha. C’est après de longues heures d’attente que vint la délivrance. Un bateau de la Croix-rouge qui les récupérera. Direction l’Espagne.

 D’abord l’Andalousie, dans une cellule, pendant trois jours. Puis Barcelone, dans un centre fermé durant trois semaines. Ses compagnons de galère sortent un à un. Il fait partie du dernier groupe à profiter de l’air libre. « A la sortie du centre, des ONG sont venues nous chercher. Ils nous ont emmené à l’hôtel. Ils nous ont dit ‘vous serez hébergés 15 jours. L’Espagne est en crise, on ne peut pas faire plus’. Et j’ai vu tous ces Africains qui survivaient en mangeant dans les poubelles. » Les 15 jours passent. Alpha prend le billet de 50 euros que l’ONG lui tend et quitte l’Espagne avec un ami ivoirien. Ce dernier part en Belgique rejoindre son frère.

 A Bruxelles : dormir dans les gares

 C’est ainsi qu’Alpha s’est retrouvé à Bruxelles, fin décembre 2011. Il se souvient de sa première nuit à la rue. « C’était le 26 décembre, à la gare du nord. » Le frère de son ami ivoirien ne pouvant pas l’héberger, Alpha cherche une solution. Il débarque en Belgique au moment où la crise de l’accueil bat son plein. Le nombre de places est limité. A l’Office des étrangers, dans les services communaux ou chez Fédasil, on lui donne des informations contradictoires. « A l’Office des étrangers on m’a même dit d’aller rue du Brabant, car il y a plein de Guinéens. » Puis les semaines passent entre nuits dans les gares et squat à Liège. Il finit par trouver une place d’accueil dans un centre ouvert, en Wallonie, où il commence à trouver un peu de quiétude.

 C’était sans compter sur « Dublin II ». Alpha est bien passé par l’Espagne, c’est incontestable. C’est donc en Espagne qu’il devra se rendre pour qu’on examine sa demande d’asile. « J’ai eu rendez-vous à l’Office des étrangers. J’y suis allé. J’ai été appelé dans un bureau. Il y avait la police on m’a fait signer un papier et on m’a amené au centre fermé pour me renvoyer », glisse-t-il, hagard.

 L’Espagne, il connait. « Après tout ce que j’ai vécu, je ne souhaite pas vraiment y aller, je n’y serais pas bien accueilli, ça ne se passe pas bien là-bas. Ce que je veux c’est vivre paisiblement. »

Pour Alpha, ce voyage n’en finit pas.

Texte et photo : Cédric Vallet

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Et si on rendait l’intégration plus attrayante?

Que l’intégration devienne obligatoire ou non, elle fera encore couler beaucoup d’encre au cours des mois et années à venir. Et les interprétations regorgeront sans doute de contradictions. Et même pour ceux qui seront parfaitement intégrés, il y aura toujours des grincheux pour dire que cela ne suffit pas.

C’est pitoyable! Dès qu’il est question d’intégration, l’attention se focalise toujours sur un groupuscule. Quant à la majorité devenue quasi-invisible à force de s’être intégrée, il en est peu question. Et pourtant, pour y arriver, ils ont le plus souvent dû tracer leur chemin seul ou presque.

Pour réussir le pari de l’intégration, il faudra veiller à ce que les dispositifs mis en place ne deviennent pas des obstacles supplémentaires à l’inclusion dans notre société. Hors de question que les parcours d’intégration servent des sous-frontières Schengen. C’est pour cela que ces parcours doivent être attrayant et accessible pour ne pas dégoûter les volontaires et leur laisser le goût amer que ce n’est pas pour eux.

Bien entendu, cette intégration doit être menée de front avec le combat contre le racisme et la xénophobie…

C’est un constat que nous dressons, parmi d’autres, dans le prochain Alter Echos (n°341).

Baudouin Massart

 

 

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