Les Mire se fâchent, Antoine réplique

Voilà déjà deux semaines que les Mire (missions régionales pour l’emploi) donnent de la voix. Pour rappel, ces structures actives en Région wallonne ont pour mission principale de mettre en œuvre des actions d’insertion (professionnelle) et d’accompagnement à destination d’un public cible composé notamment des chômeurs longue durée ou de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale. Elles reçoivent pour cela, après avoir été agréées, des financement structurels sous forme de subventions régionales, du Forem, et sous forme de points APE (aide à la promotion de l’emploi). Seulement voilà, l’enveloppe servant au financement des Mire est gelée depuis 2008, à l’instar de ce qui se passe pour d’autres opérateurs publics, pour cause de rigueur budgétaire. Les structures n’auraient de plus toujours pas reçu la première tranche de leur subvention de 2011. Or, d’après l’Intermire, cette situation pourrait bientôt se révéler intenable. « La non indexation de l’enveloppe fermée qui nous finance pourrait nous amener bientôt à licencier du personnel », explique-t-on du côté de cette structure d’appui des 11 missions régionales pour l’emploi, créée par le nouveau décret du 19 mars 2009 régissant le secteur (voir Alter Echos n°268 du 27 février 2009 : « Juste une Mire au point »).

Contraintes notamment de suivre l’évolution des salaires suite à l’indexation ou à l’augmentation salariale, les Mire se verraient donc obligées, pour dégager les moyens nécessaires à cette tâche, de mettre du personnel à la porte. Du personnel par ailleurs déjà soumis à certaines contraintes puisque chaque travailleur des Mire doit accompagner minimum 20 personnes par an, dix d’entre-elles devant d’ailleurs, suite à cela, se retrouver insérées « durablement » (ce qui signifie pour un minimum de six mois) sur le marché de l’emploi. Un détail important puisque les Mire, au sein de l’enveloppe, sont financées « au résultat ». Ainsi, en 2010, elles auraient mis 3055 personnes à l’emploi, de manière durable. Des chiffres qui donnent une certaine légitimité aux onze structures pour pousser une gueulante, de manière coordonnée, par l’entremise de l’Intermire. « Avant, certaines Mire auraient peut-être agi toutes seules. Aujourd’hui, elles ont décidé de réagir par l’entremise de l’Intermire », note la structure qui revient sur ses revendications. Il s’agit plus ici de poser la question de savoir quelle politique on veut pour la mise à l’emploi. Et au niveau financier, notamment concernant la première tranche du financement de 2011, les Mire ne font que demander leur dû. »

Dans ce contexte, la question du financement des Mire avait été inscrite au programme de la séance plénière du parlement wallon du mercredi 16 novembre. L’occasion pour André Antoine (CDH), ministre wallon de l’Emploi, de la Formation et du Budget, de détailler ce qu’il compte faire à propos de cette question et surtout de contre attaquer. Si le ministre a salué le travail effectué par les Mire, il a en effet également aligné certains chiffres censés donner à réfléchir avant de « céder à une passion unilatérale ». Concernant les subventions de 2011, il a ainsi déclaré que les montants APE sont versés chaque mois, il n’y aurait donc pas eu de retard. Les montants du Forem, quant à eux, ont été acquittés à 80%. Quant à la partie régionale, la première tranche aurait été mise en paiement début novembre, ce retard étant dû au renouvellement des agréments des structures ayant eu lieu.

Mais là où le ministre a pris tout le monde de court, c’est lorsqu’il a fait état d’un rapport « alarmant », concernant les Mire, qui lui a été transmis par l’inspection sociale. Un rapport qui pointerait de nombreux problèmes. Ainsi, un nombre important de stagiaires pris en compte par les Mire ne pourraient pas l’être au regard du décret de 2009. Deuxième point, des problèmes relatifs à l’éligibilité de certaines dépenses se poseraient. Des factures porteraient sur des dépenses très importantes. Enfin, le ministre fait état de montants disponibles dont bénéficieraient les Mire pour un montant total de 9 882 000 euros alors que le budget annuel du dispositif est de 11 400 000 euros. Certaines Mire disposeraient ainsi, d’après André Antoine, de plus d’un million d’euros de provisions et de réserves.

Des chiffres qui poussent l’élu humaniste à affirmer que « chacune des Mire sera appelée à se justifier et à indiquer pourquoi et comment elle a constitué autant de provisions qui (…) contraste avec les menaces de licenciement qui sont proclamées par les uns et les autres. » Une concertation avec l’InterMire est aussi annoncée qui porterait sur la révision du décret 2009 et l’établissement d’un vade-mecum des dépenses éligibles ou non.

On se dirige donc peut-être vers une refonte du secteur. Un certains nombre d’élus ont d’ailleurs, tout en continuant à insister sur les problèmes financiers des Mire et pour l’un d’eux à accuser André Antoine de pratiquer « des techniques un peu particulières qui consistent à jeter le discrédit sur les Mire », demandé à pouvoir disposer du rapport. L’InterMire, quant à elle, a annoncé dans un communiqué vouloir « se donner le temps de répondre »… « Pour ce qui concerne l’aspect financier, les conseils d’administration des différentes Mire vont réagir, nous explique-t-on. Pour d’autres chiffres, il faut que nous puissions disposer du rapport afin de confronter les nôtres à ceux qui sont cités par le ministre. »

Julien Winkel

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