De Marseille à Budapest en passant par Liège ou Anvers, les mesures pour chasser les sans-abri des villes se multiplient un peu partout en Europe.
Les sans-abri ne sont-ils plus les bienvenus dans l’espace public ? C’est en tout cas ce que semble montrer l’actualité de ces derniers mois…
Nous en faisions l’écho dans nos colonnes, en Hongrie, les sans-abri attrapés en train de dormir sur un banc ou vendre des journaux risquent désormais une amende, voire, une peine de prison (Lire Alter Echos n° 334 « SDF à Budapest : Pàl Schmitt nettoie à droite »16 mars 2012).
En France, les élus UMP ont multiplié les mesures anti-mendicité. Après le maire de La Madeleine, en banlieue lilloise – qui suscitait la polémique avec son arrêté traduit en roumain et en bulgare – c’est celui Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne, qui a fait parler de lui dans les journaux avec son interdiction de fouiller dans les poubelles. Les sans-abri pris la main dans le sac devant s’acquitter d’une amende de 38 euros. Même sanction à Marseille, avec un texte qui interdit « de se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver le passage… ».
À Vilnius, la capitale lituanienne où vivraient quelques 10.000 sans-abri, une nouvelle législation condamne non seulement les personnes qui mendient, mais aussi celles qui leur donnent de l’argent. L’amende pouvant s’élever jusqu’à 580 euros !
Quid de la situation en Belgique ?
Au Daklozen Aktie Komitee, on s’inquiète depuis longtemps de la situation à Anvers. Des sans-abri se verraient infliger des contraventions au nom du règlement interdisant les rassemblements non autorisés sur la voie publique, accuse Filip De Craene : « certains se retrouvent avec plusieurs amendes. Parfois pour des milliers d’euros. On veut chasser les sans-abri de la ville ».
Côté wallon, on apprenait ce matin sur les ondes de La Première que la ville de Liège entend refouler la mendicité agressive de son hypercentre. Depuis 2001, la Cité ardente s’est dotée d’un règlement communal, peu respecté jusqu’à présent, qui permet de « répartir » les sans-abri sur la ville, nous explique Laurence Cominette, attachée de presse du Bourgmestre Willy Demeyer (PS). Suite à une réunion du conseil zonale de sécurité, le procureur du Roi a autorisé à ce que des arrestations administratives de 12 heures soient opérées après trois contrôles consécutifs. « La police pourra retenir la personne jusqu’à 30 minutes après la fermeture des magasins », poursuit l’attachée de presse du Bourgmestre, pragmatique. Seraient visés ici « un noyau dur » d’une trentaine de personnes, pour la plupart toxicomanes.
Sandrine Warsztacki

On parle bien de mendicité agressive, et non pas de faire la manche il me semble.
Le racket sera aussi justifié par la nécessité de d’obtenir de l’argent (en plus du RI ou de l’aide sociale). Lutter contre les inégalités, c’est un très beau combat, mais les amalgames c’est contreproductif…
Non, ce n’est pas la “mendicité agressive” qui est visée, c’est la mendicité tout court. C’est une honte absolue pour un bourgmestre “socialiste” (ceci n’engage que ceux qui y ont jamais cru…). Une mesure de barbarie pure et simple. Certes, ce n’est pas agréable d’être sollicité à tout bout de champ. Mais donc, dans notre échelle de valeurs, on considèrerait que le “confort” du passant et le “décorum” du commerçant sont des raisons suffisantes pour infliger une violence supplémentaire à ceux qui ont déjà perdu l’essentiel de leur dignité? C’est IGNOBLE, il n’y a pas d’autre mot, et cela salit l’autorité qui l’édicte (tant le bourgmestre hypocrite avec son règlement de “tournante” que le procureur qui approuve la répression). Monsieur le bourgmestre, madame le procureur, vous me dégoûtez bien plus que le pire manque d’hygiène du plus mal loti des sans abri.