L’Onem va rappeler des travailleurs qu’il avait détaché auprès des ALE. Bientôt régionalisées, les agences locales pour l’emploi risquent-elles ainsi d’être vidées de leur substance avant transfert ? Régions et syndicats n’auraient été consultés qu’à postériori. Et du côté des travailleurs, on s’inquiète.
Passé presque inaperçu, un amendement à la loi programme du 22 mars 2012 voté par les partis de la majorité fédérale risque pourtant bien de semer une certaine zizanie dans les semaines qui viennent. Celui-ci stipule en effet que des travailleurs engagés par l’Onem, mais détachés auprès des ALE (agences locales pour l’emploi) pour les aider dans leur travail d’accompagnement des chômeurs, vont être rappelés vers l’Onem pour effectuer un travail de facilitateur (qui est l’agent chargé d’évaluer lors d’entretiens individuels les « efforts » fournis par les chômeurs dans leur recherche d’emploi) auprès des jeunes bénéficiant d’allocations d’insertion. Rayon chiffres, même si rien n’est encore officiel, on parle de neuf agents « rapatriés » à Bruxelles, 20 en Région wallonne et de 20 à 25 en Région flamande.
Là où le bât blesse, c’est que les syndicats et surtout les régions semblent avoir été informés de cette mesure « à posteriori » par Monica De Coninck (SP.a), la ministre fédérale de l’Emploi, alors que, rappelons-le, la prochaine réforme institutionnelle prévoit la régionalisation des ALE. Et du côté des agences locales pour l’emploi concernées, certains font également part de leur mal-être face à cette décision et ses conséquences éventuelles pour les travailleurs et les structures.
Des dératés entre le fédéral et les régions ?
Dans cette situation, les régions semblent faire grise mine. Au sud du pays, on dresse d’ailleurs un constat tranchant. « Nous n’avons pas été consultés par Madame De Coninck, qui par cette mesure empiète sur les perspectives de transfert des compétences, déplore Philippe Mattart, chef de cabinet d’André Antoine2 (CDH), ministre de l’Emploi de la Région wallonne. Dans ce contexte, nous avons demandé une convocation rapide d’une rencontre interministérielle pour en discuter. Elle devrait avoir lieu dans les quinze jours. Il est urgent que nous nous parlions avant que l’on entre dans les transferts de compétences. » Du côté de Bruxelles, Benoît Cerexhe (CDH), ministre de l’Emploi, a répondu à une question à ce sujet au parlement bruxellois le 6 juin. Une réponse dans laquelle il affirme être en contact avec le fédéral pour y voir plus clair. Une réunion avec les ALE bruxelloise serait également prévue.
Et en effet, cette situation pose certaines questions, notamment au niveau de la coordination entre le fédéral et les régions pour ce qui est, justement, du transfert des compétences en ce qui concerne l’emploi. « Si avec un aussi petit dossier que les ALE c’est déjà le chaos, qu’est ce que ça va être pour le reste », commente à ce sujet un directeur d’une ALE de la Région de Bruxelles-Capitale, qui a préféré rester anonyme.
Autre point de crispation : plusieurs intervenants soupçonnent à demi-mots le fédéral de vouloir rappeler un certain nombre de travailleurs qualifiés (les travailleurs rappelés seraient de niveau « A », « B » et « C ») avant de « refiler » les ALE aux régions, au risque de faire de ces structures des coquilles fortement déforcées, si pas vides. Ce qui inquièterait jusqu’aux régions elles-mêmes. « Nous voudrions y voir clair, il faudrait vérifier que l’on est pas en train de nous duper », affirme d’ailleurs Philippe Mattart.
Retrouvez la suite de cet article et les réactions du cabinet de Monica De Coninck à partir du mardi 12 juin dans Alter Echos sur le site : www.alterechos.be
Julien Winkel
