Vous commencez à le savoir, j’aime assez bien les statistiques et j’aime regarder les matches à tête reposée. Donc, ce matin, après une bonne nuit de sommeil, j’ai été sur le profil de Justine Henin. Et j’ai à nouveau fait le compte de ses succès ou de ses défaites en trois sets. Depuis le début de l’année, elle a disputé 16 matches en trois sets, ce qui est pas mal. Et elle en a gagné 8. Donc, elle en a perdu 8 également, je sais encore compter jusque-là.
On pourrait croire qu’un 50%, ce n’est pas si mal. Moi je dis que 50%, c’est très faible pour une joueuse du top. Surtout quand j’ajoute que, sur les 8 défaites en 3 sets, elle avait pris la première manche à 5 reprises.
Surtout quand j’ajoute que, quasi à chaque fois, elle a eu une occasion de passer devant. Dois-je vous rappeler les balles de match face à Kim à Brisbane? Dois-je vous rappeler qu’elle était toute proche du 2-0 dans le troisième set face à Serena Williams en finale de l’Australian Open? Dois-je vous rappeler qu’elle a eu une belle possibilité de breaker Stosur dans le troisième set à Paris? Dois-je enfin vous rappeler que Justine dominait de la tête et des épaules Kim et qu’elle pouvait faire le break d’entrée dans le deuxième set hier à Wimbledon?
Pourquoi Justine ne parvient-elle pas à transformer ces occasions en victoire?
Elle avance qu’elle doit encore bosser et avoir de l’audace. Evidemment, elle doit travailler mais ce n’est pas à ce niveau que le bât blesse. Après tout, elle a déjà battu 5 joueuses du Top 10 pour seulement 3 défaites et elle a déjà gagné 2 tournois et atteint la finale de l’Australian et de Brisbane. Ce qui démontre très nettement que tant le physique que le tennis sont là, et bien là.
Par contre, il est clair que Justine ne parvient plus, quand elle est dos au mur, à tirer ce revers qui fait basculer un match. Hier, comme contre Stosur à Paris, c’est ce revers qui n’a pas fonctionné. Son coup droit va mieux, son service va mieux mais son revers est en panne.
Parce qu’elle ne sait plus le jouer?
Que nenni. Pas parce qu’elle ne parvient plus techniquement à le jouer mais parce qu’elle n’OSE plus le tirer à ces moments clés. Il y a belle lurette, j’étais en compagnie de Jakob Hlasek, Libor Pimek et Eduardo Masso à un camp d’entraînement donné par l’excellent Georges Deniau sur les Hauts de Nîmes. A un moment, Hlasek tire un passing de revers impossible et Deniau me dit: “ce coup est relativement facile à jouer. Si on y croit. Les meilleurs joueurs vont le réussir sur balle de break ou de match, les moins bons joueurs vont le réussir à l’entraînement mais ne vont pas y croire aux moments clé.”
Justine en est-là. Elle n’a plus confiance en son jeu.
On me dira que le plus grave est dans le fait qu’elle traverse dans tous ses matches des “Justinette” comme les appelle Max. Soit des baisses de régime. Je rétorque à cela que, même en 2006 et 2007, même lors de a première carrière, Justine connaissait ces baisses de régime, ces Justinette. Mais, à l’époque, elle revenait 9 fois sur 10 dans le match et elle l’emportait. Aujourd’hui, donc, elle a raison, c’est le manque d’audace qui l’empêche de revenir.
Que faire?
Travailler, évidemment, mais ce n’est pas tout.
Il est indispensable, un, d’avoir un discours positif et volontaire. De montrer que l’on croit en soi et que l’on n’a pas peur.
Ensuite, il faudra une victoire éclatante pour libérer Justine. Un match du genre celui d’hier qui aurait vu Justine revenir de 3-5 et terminer la rencontre sur un passing de revers tendu. Cela, on ne peut pas le commander. Cela viendra quand Justine ne s’y attendra pas et probablement sur une surface qui ne sera pas sa préférée.
Oui, Justine doit travailler mais, surtout, elle doit suivre le précepte qu’elle s’était fixé à son retour: prendre du plaisir. Profiter des moments fabuleux que le tennis propose. Dans la victoire et dans la défaite. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle osera frapper son revers n’importe comment, n’importe quand. Car elle sera à nouveau certaine qu’elle est, dans ce domaine, la meilleure.
Cela aussi, c’est du travail. Mais psychologique.
Et c’est loin d’être le plus simple.
Bonjour Mr Haumont
Les interviews de Carlo Rodriguez que vous avez publiées l’autre jour sont interpellantes. Je me suis même demandé comment il a pu faire gagner Justine ?
Car tout son comportement pourrait se résumer à “Je ne mérite pas de …”. Alors connaissant les vertus de l’exemplarité, comment peut-on faire passer un mental de winner quand on ne l’est soi-même que par procuration ?
Y a des limites à ça à mon avis. Ca peut faire illusion avec une fille de 20 ans, mais peut-être plus à 28.
Bref, je me demande si Justine n’aurait pas besoin d’un autre coach maintenant. Un mec avec un mental + hard. Le genre John Mac Enroe ( qui adore Justine justement ).
Patrick,
comme tu le disais si bien dans un précédent article de ton bloc, ce manque d’audace se voit déjà dans les déclarations de Justine avant même le tournoi. “Je ne suis pas favorite, je ne suis pas encore prête”…
Si Juju continue à avoir cette négative attitude, rien ne lui sourira plus, tennistiquement parlant bien sûr…
Eddy
Bonjour Monsieur Haumont,
Je suis avec intérêt la plupart de vos chroniques et je partage globalement vos analyses.
En ce qui concerne Justine, je reste comme vous perplexe sur l’efficacité de son tennis depuis son retour et je vais jusqu’à m’interroger sur le bien fondé de sa décision de revenir.
Pour pratiquer son jeu chatoyant et compenser son déficit de puissance par rapport à ses rivales, Justine a besoin d’un physique au top et d’un mental d’acier, ce qu’elle avait dans sa première carrière. J’ai l’impression que ces deux facteurs indispensables font maintenant défaut : Son potentiel physqiue et son influx nerveux ne s’amélioreront pas avec l’âge ( avez-vous remarqué comme sa balle n’avançait pas contre Kim hier ?…), et elle ne me paraît plus avoir cette rage de vaincre comme par le passé.
Ses discours sur cette ‘année de transition’ sont un peu agaçants et ne leurrent personne : Justine est revenue pour gagner des tournois, et elle déteste perdre, il suffisait de voir sa tête hier après sa défaite contre Kim; Ce discours est ‘pour la galerie’ et lui évite de se mettre trop de pression, mais il est clair que dans sa tête elle espérait mieux. Le problème c’est qu’à force de se dire qu’il faut du temps pour mettre son jeu en place, on finit par le croire et on écorne ses ambitions . D’accord avec vous pour dire que Justine n’ose pas ssez, n’y croit pas assez, et qu’une belle victoire pourrait vraiment la lancer, mais elle a encore du chemin à faire, surtout dans sa tête…
Encore une petite chose : je suis assez d’accord avec Max et je pense que Justine et Carlos devraient se mettre autour d’une table en adultes et voir ensemble ce qu’ils peuvent encore s’apporter l’un l’autre. Justine aurait peut-être besoin d’un autre coach qui puisse lui faire découvrir d’autres choses, lui faire saisir d’autres challenges…
Oui !!! McEnroe pour coacher justine !!!
Je suis totalement d’accord avec le fait qu’elle devrait changer d’entraîneur.
A ce niveau, il ne peut plus rien lui apprendre … il n’est déjà pas sûr de lui lorsqu’il s’exprime !
Comment voulez-vous qu’il transmette la rage de vaincre ?
Effectivement, le problème de Justine c’est qu’elle ne parvient plus à se transcender dans les moments difficiles et qu’elle n’a plus l’air de croire dans les qualités de son tennis. Hier sur la BBC, après sa défaite contre Kim, les consultants (Mc Enroe et Davenport) suggéraient qu’elle devait revenir à “son” tennis fait de coups variés car, au niveau technique, elle reste évidemment parmi les meilleures, si pas “la” meilleure…
Bonjour Patrick,
Les “Justinette” non pas comme max les appelle mais bien comme titi les appelle…
cf les interventions dans les directs.
Bonnne journée
Désolé Titi. Je rends à César ce qui appartient à Titi…
D’accord avec l’article. C’est des petites choses qui font la différence. Il s’en faut de peu pour que les défaites des derniers mois se transforment en victoire. Quand un match est serré, il y a toujours aussi une part d’aléatoire (hazard) qui peut faire la différence.
NB : Je réécrirais la phrase près du début comme ceci : “Dans 5 des 8 défaites en 3 sets, elle avait pris la première manche.”
Quand Justine n’ose plus.
Elle a comme une sorte de blocage qui intervient à des moments-clés. Dès qu’il ne faut pas réfléchir, que l’on ne doit pas réfléchir, c’est là qu’il survient, ce blocage.
Il faut qu’elle se libère de toute pression, en tout cas du plus possible.
Pourquoi n’a-t-elle pas plus slicé hier? Ca j’ai pas compris du tout.Elle joue son revers à plat ou légèrement lifté plein centre, traduction: j’ai peur donc j’assure!
Ca me fait penser au deux premières balles de le match aujourd’hui dans le match Venus-Pironkova: Venus prend l’initiative sur ces deux premières balles de match et marque ces deux-ci sur des points gagnants! Bon, la suite elle perd sur le service adverse, ce qui arrive …
Ce qu’il faut: j’ai peur donc je joue mieux, plus fort !
Améliorer le service, retrouver le revers, regagner la confiance, avoir un jeu plus complet et varié… Bref, il y a du pain sur la planche. Mais ses périodes de domination, en 2003 et 2006-2007, ont chaque fois été précédées de longues mises au point et de lentes montées en puissance, agrémentées de quelques revers (au sens figuré). J’espère pour elle qu’elle aura la patience et l’humilité suffisantes pour ce retour au sommet. Et si elle y arrive, même si cela prend encore des mois, je lui tirerai mon chapeau.
Bonsoir à tous,
Je reste convaincu qu’elle est un diesel et que peu à peu les choses vont rentrer dans l’ordre.
Première étape:améliorer sa condition physique qui lui permettra de jouer deux sets comme le premier face à Kim;elle pourrait profiter de juillet et aout pour le faire
Deuxième étape:retrouver un meilleur classement
Il y a quelques tournois possibles en juillet et aout avant Us Open
Troisième étape:retrouver la confiance laquelle sera une conséquence de la meilleure condition physique(laquelle n’est pas mauvaise mais perfectible)
Quatrième étape:revenir progressivement au niveau 2007
Contrairement à ces deux premières défaites de cette année face à KIM,elle a dominé le premier set;le résultat est identique mais le signal est donné.Elle sera pratiquement imbattable dans qqs mois .Encore un peu de patience
Bonsoir M Haumont
Je respecte et j’aime lire vos articles, mais je n’ai pas exactement la même vision. Donc, son principal problème n’est pas qu’elle manque de confiance, il est évident qu’elle n’en a pas. Mais elle manque de confiance parce qu’elle essaie de jouer le jeu qu’elle ne peut pas jouer.
Elle essaie de développer un jeu bulldozer, mais elle n’y arrive pas du tout. Les changements apportés à son coup droit sont totalement désastreux.
Pour ma part, je n’ai jamais pensé que Justine avait besoin d’un jeu restructuré afin de gagner Wimbledon. Elle a gagné sur gazon et a été deux fois finaliste à Wimbledon, après être arrivée en finale pour la première fois, très tôt dans sa carrière, bien avant de remporter son premier grand chelem. Donc clairement, elle en est capable. Le fait qu’elle soit une joueuse de terre battue est son principal problème, c’est pourquoi elle n’a jamais semblé être à l’aise à Wimbledon, même en position gagnante.
Etre plus agressive et chercher à avancer plus vers l’avant sont toujours bons à prendre, et c’est le chemin qu’elle doit faire, mais le transformation incessante de sa technique et l’actuelle restructure de ses coups sont inutiles, même nuisibles.
Où est sa variété ? A la fenêtre ! Tout ça pour le tennis agressif et constant, souvent mal-conseillé, ce qui n’est évidemment pas le truc de Justine. Sa variété est ce qui lui a permis de rivaliser avec les filles qui sont plus fortes, et qui frappent plus fort, en les manoeuvrant tout d’abord, puis en exécutant le coup qui tue. Elle cherche à jouer constamment son revers lifté, sans slice, même dans une position défensive, surtout sur heure, mais elle finit par frapper des coups droits très courts qui se redressent que même les cogneuses les plus médiocres arrivent à relancer. Le slice, non seulement, lui donne du temps pour se replacer dans le court mais est également beaucoup plus difficile à attaquer et à transformer en point gagnant. Son nouveau coup droit était le plus désastreux. Au début de sa carrière, le coup droit était un poids, puis finalement elle l’a transformée en une arme redoutable. Après avoir encore changé sa technique, ce coup droit est redevenu un poids. Bien sûr, elle peut encore frapper des coups droits gagnants d’une brillance, mais bien souvent, il est trop court et est devenu plus facile à attaquer. Avant sa retraite, en particulier en 2007, elle tirait constamment son coup droit avec profondeur, qui atterrissait au fond du court, où elle visait des angles avec précision, quand ce n’était pas un coup vainqueur. Elle doit immédiatement cesser de jouer avec un tel coup droit mais elle est sans doute aujourd’hui beaucoup trop en avance.
Il est surprenant et frustrant de regarder les autres (comme Schiavone à RG) jouer un tennis digne de Justine Henin d’autrefois que Justine Henin elle-même ne semble plus pouvoir exécuter.
Son jeu est maintenant une version surélevée de Razzano ou Safarova’s – ces jeux sauvagement incompatibles, qui peuvent être surprenants sur un match ou sur plusieurs jeux d’affilée quand tout rentre dans le court. Mais match après match, elles sont trop inconstantes pour ramasser des victoires et des titres. La machine peut être enrayée par des petites choses, déréglant leur jeu.
Nous espérons que les joueurs puissent toujours apporter des améliorations et des retouches à leur jeu. Particulièrement Justine, nous l’avons vu changer incessamment son jeu et ses coups dans le passé, et à chaque fois elle avait réussi. On s’attend à ce moment-là. Mais il arrive que cela ne fonctionne tout simplement pas.
J’en viens également à me demander si le duo Carlos/Justine n’est pas arrivé à bout de souffle et si le nouveau jeu plus agressif de Justine est soit nécessaire soit bien géré par Carlos. Justine semble avoir beaucoup de difficultés à mettre son nouveau jeu en place et elle semble y perdre sa force caractérielle et son mental. Fallait-il changer un jeu mis en place depuis plus de 15 ans dans le but hypothétique de gagner Wimbledon ? Le talent est intact, mais peut-on changer ainsi sa manière de jouer en fin de carrière ? Justine gagne encore des matchs sur son talent, pas sur son jeu ! Soit elle change de coach (Mc Enroe ?)qui correspond à ses ambitions nouvelles de jeu, soit elle revient avec Carlos au jeu qui a fait sa carrière de championne. Pas sûr qu’elle puisse résoudre l’équation.
D’accord avec Slevtana et Jean-Claude. Elle a un problème de confiance, c’est évident, mais il vient bien, à mon sens, d’un plan de jeu qui ne lui convient pas. Elle a mis des années à tisser le jeu varié et tactique qui a fait son succès (6 finales de grand chelem en 2006-2007, 3 victoires, et deux masters en prime). Comment imaginer qu’en quelques mois ce nouveau style de jeu contre nature, mal taillé pour elle puisse lui apporter le succès ? Les faits sont là : échec en finale en Australie (déjà les commentateurs américains s’étonnaient en direct de ses choix tactiques qui ne gênaient plus Serena comme avant) ; échec en 1/8 sur ses terres, où elle avait toujours brillé, même en période de méforme comme en 2005 ; échec à Wimbledon contre Kim qui ne pouvait rien contre elle il y a trois ans. Le constat est clair. Il faut revenir à un plan de jeu plus en rapport avec ses qualités naturelles, miser plus sur la variété des coups et retrouver l’exécution classique de ceux-ci. L’erreur est humaine. Persévérer est diabolique. Il faut parfois regarder ce qu’en pense les adversaires. Toutes doivent se réjouir en secret de ces options hasardeuses de Justine et espérer qu’elle poursuive en ce sens. Accepter de rejouer comme avant, c’est peut-être aussi simplement accepter d’être soi-même, sans vouloir imiter des joueuses différentes et d’ailleurs souvent moins titrées. Quant au changement de coach, je vois mal comment elle pourrait se passer de Carlos, à qui elle doit une bonne part de son succès, même si ce dernier s’en défend. Il faut simplement que le duo remette en question sa stratégie. Le potentiel est toujours là pour gagenr des titres.