Le pitch : quatre chercheuses d’or, profitant des errances et de l’inconstance des meilleures mondiales, sont maintenant au pied du mur de terre battue. Il n’y a qu’une seule coupe Suzanne Lenglen mais elles sont quatre à croire pouvoir la déterrer. Pour ce faire, trois duels en perspectives. Les deux premiers ont lieu en ce jeudi que l’on annonce torride. Dans un premier temps, dos-à-dos : Maria La Diva – Na, la Tranquille ; suivi de Francesca La Prima Donna – Marion, la Brouillonne qui bouillonne. Les deux survivantes de ces duels sans pitié se retrouveront samedi après-midi. Non loin du graal, mais si loin tout de même.
Le décor : le court Philippe Chatrier. Qui a été le théâtre privilégié des meilleures pièces présentées par les légendes du far west tennistique : de Chris Evert à Arantxa Sanchez, en passant par Monica Seles, Martina Hingis, Steffi Graf, Gabriela Sabatini, Serena Williams, sa sœur Venus ou une certaine Justine Henin (et tant d’autres)
Le format : selon la forme du jour et le scénario, il s’agira de courts ou de longs métrages. Toujours joués au meilleur des trois sets.
La musique : pas de musique, seuls les cris des joueuses et les hourrah de la foule.
Les actrices
Maria La Diva. Dite Sharapova.
Elle a déjà déterré l’or de Melbourne, de Londres et de New York. Seules ses quêtes parisiennes sont demeurées vaines. Elle a bien été dans la même situation qu’aujourd’hui il y a quatre ans, mais elle avait dégainé moins rapidement qu’Ana Ivanovic.
Crieuse de ventes publiques avant de jouer au tennis, Maria Sharapova n’a pas toujours bonne réputation dans le milieu. Pourtant, elle est clairement celle qui pourrait dominer l’ouest maintenant que les Williams sisters sont erratiques et que l’on sait que Kim Ma Clijsters a décidé de se retirer dans son ranch limbourgeois fin 2012.
Si son jeu n’est pas le plus complet – sa volée et son toucher sont loin d’être parfaits – elle ne cesse de progresser et, surtout, elle ose. Parfois, elle vient même au filet juste pour faire semblant et, à l’audace, elle finit par réaliser des volées gagnantes. Atypiques, mais gagnantes.
Mais son point fort, c’est son mental. Si elle se retrouve avec une seule balle dans son barillet face à une adversaire qui n’a plus qu’à asséner le coup fatal, elle la regardera droit dans les yeux, ne baissera pas l’échine et dira : « vas-y, si tu oses. Achève-moi. » Par deux fois , dans ce tournoi, ses adversaires n’ont pas osé. Bon, la première – Caroline Garcia – était encore jeune puisque juniore. La deuxième, par contre, se mordra les doigts très longtemps de n’avoir pas supporté la dégaine de Maria la Diva. La pauvre Radwanska, du haut de son tennis recherché, a fait les frais de la combativité sidérante de cette Russe qui est tout, sauf une poupée.
Dès avant le tournoi, j’avais donné deux étoiles de shérif à Maria Sharapova. Je lui maintiens.
Na la tranquille. Dite Li.
Il y a toujours un Chinois dans une aventure au far west. Et, bien souvent, si pas toujours, il est discret mais efficace. Comme l’est Li Na.
Finaliste à Melbourne – défaite face à Kim Clijsters -, Li Na vient de se rendre compte que son tamis trieur de pépites pouvait aussi être efficace sur cette terre ocre sur laquelle elle n’avait pas brillé avant 2011.
Bien campée sur sa ligne de fond, elle n’a pas fait de vagues. Elle a regardé les têtes tomber mais, surtout, elle en a coupé quelques unes, dont celles de Petra Kvitova et de Victoria Azarenka.
En duel, Li Na est dangereuse parce qu’elle ne cherche pas l’esbroufe. Elle ne fait pas tournoyer son colt vingt fois avant de tirer. Ne regarde pas le public pour savoir si elle est au centre de l’attention médiatique. Ne réajuste pas sa robe citron pour passer à la télé. Ne cherche pas à se venger d’une fédération qui l’aurait oubliée. Non Li Na dégaine quand il faut dégainer. Court quand il faut courir. Et gagne si une ouverture se crée.
Alors l’hallali pour Na Li face aux cris de Maria la Diva? En sachant que l’hallali est vociféré par le vainqueur pas par le vaincu ? J’en doute, les cris de victoire devraient aller du côté de… la crieuse.
Marion la brouillonne qui bouillonne. Dite Bartoli.
Elle n’a pas d’allure, c’est vrai. Un peu comme Calamity Jane qui s’habillait en homme et se préoccupait peu de son look. Non, Marion la brouillonne se moque royalement de faire la une des magazines. Pas plus qu’elle se soucie d’avoir régulièrement vu des affichettes « wanted » un peu partout à la fédération française ou partout ailleurs.
Car Marion la brouillonne n’est pas fort appréciée. Pas du tout même. Elle n’est pas de la catégorie des hors-la-loi devenues héroïnes.
Non, elle demeure une desesperados. Pas dans le style propret des house wifes de la série, non une desesperados, point à la ligne. Même sa finale à Wimbledon en 2007 ne l’a pas sauvée de sa réputation d’emmerdeuse. De joueuse sans talent, de vilain petit canard dans un circuit qui met en avant le galbe plutôt que le jeu.
Et pourtant, Marion la brouillonne est une battante, une bagarreuse. Elle, ce n’est pas Lucky Luke, qui n’a besoin que d’une balle pour vaincre dix adversaires. Non, Marion, elle vise et tire, elle re-vise et re-tire. Elle vise encore et finit pas atteindre son but.
Elle est brouillonne, car son jeu est atypique et curieux à voir. Ce n’est pas le classicisme d’une Hingis, d’une Graf, d’une Henin. Ce n’est pas spécialement beau à regarder. Mais c’est efficace. Car si elle est brouillonne, Marion, elle sait aussi lire le jeu. Elle voit ce que son adversaire va faire. Elle sent le tennis. C’est une bête des courts. Elle vit son jeu, elle vit son match. Tout se situe au niveau du ventre, de la volonté. De l’envie de prouver au monde entier (et à elle-même) qu’elle a eu raison de croire en elle.
Et elle a eu raison de croire en elle. Alors elle bouge, sautille, énerve le monde. Mais elle gagne, pas toujours, mais souvent tout de même.
A la veille de sa demi-finale de Wimbledon face à Justine Henin, l’Equipe avait consacré une page entière pour expliquer pourquoi Marion ne pourrait pas battre Justine (merci à Christophe de m’avoir rappelé cette anecdote). Et il est vrai que tout démontrait que la Belge était meilleure que la Française. Sauf que la Marion, elle s’en moque, d’être moins bonne sur le papier. Elle, c’est le terrain qui l’inspire.
Pourra-t-elle aller au bout de sa quête. Impossible de le dire. Sur papier, non. Et c’est bien cela qui me fait dire que, oui, elle peut y croire. De toutes façons, elle y croira. Quelles que soient les pronostics.
Francesca la Prima Donna. Dite Schiavone.
Que dire d’autre que ce que j’ai écris l’an dernier sur ce même blog ? Francesca la Prima Donna.
Rien. Si ce n’est que Francesca est aussi, je ne l’avais pas assez exprimé dans mon post 2010, une tacticienne hors pair. Qui sait venir au filet à contretemps. Qui peut glisser un slice gênant pour casser le rythme. Qui ose changer de plan tactique à tout instant. Qui est, et cela je l’avais déjà dit, une vraie terrienne, qui sait ce que tennis veut dire. Et qui, depuis un an, répète, inlassablement comme pour s’en convaincre elle-même : « si j’ai réussi à gagner une fois Roland Garros, pourquoi ne serais-je pas capable de le faire une deuxième fois ? »
Question candide, que personne ne prenait vraiment au sérieux tant la Prima Donna n’a pas été transcendante en pré-saison de terre. C’est à Bruxelles qu’elle a recouvré les senteurs de sa maison. Qu’elle a repris le chemin de sa conquête. Diantre, Bruxelles, c’est à une heure vingt de Paris. Et, au pied de l’Atomium, elle a ressenti ce que seul un ex-vainqueur peut ressentir : les effluves de la victoire.
Le filon doré, elle sait exactement où il se trouve et il faudra être fine gâchette pour qu’elle refile son secret.
Car Schiavone n’est pas gentille, sur le terrain. C’est une tueuse. Même quand on a l’impression qu’elle est enfouie sous la terre, couverte de miel avec des fourmis rouges qui la dévorent, elle vous foudroie du regard et vous jette, en criant ou non : « viens-y seulement ». Anastasia Pavlyuchenkova en sait quelque chose. Puisque c’est elle que les formicidés ont dévorée…
Une demi-finale Prima Donna – la Brouillonne, c’est un peu comme si le tennis terrien cherchait sa reine. Pas une reine à la Henin ou à la Graf ou à la Sanchez. Non, une reine venue d’ailleurs, des tréfonds du tennis de club, où l’on apprend à jouer sur le tas. Et que l’on développe ses propres armes, et que l’on se crée sa propre panoplie.
Tout est réuni pour avoir un combat des chefs de clan. Un duel à la mort. Qui ne sera pas classique mais homérique. Soit, dit le dico, grandiose, épique, fabuleux.
Ah oui, vous voulez mes pronos :
Sharapova et… Bartoli. Une deux étoiles et un joker…
Rendez-vous à 13h45 pour les directs commentés.
Un mot sur les juniors. Joris De Loore et Alison Van Uytvanck ont été éliminés. Il s’agit de la première défaite en juniores de l’année pour Alison qui a mené un set zéro. En tennis en fauteuil roulant, Annick Sevenans a été battue en deux sets. A noter que les quatre demi-finalistes sont Néerlandaises.
Sympa le billet. L’auteur s’étant autant marré à le faire que nous à le lire
Moi, mon dada c’est de chercher l’outsider. Alors après avoir dit qu’Hantuchova liquiderait Wozniacki ( pub !
) ), j’ai avancé une finale : Li – Kuznetsova. Mais cette dernière l’ayant joué psycho-bordel contre Marion, elle s’est fait sortir et ce n’est que justice. Bien shooté de Marion !
Reste Na Li qui a fait une prestation Top Gun contre une Azarenka qui n’a pourtant rien à se reprocher. Ce qui confirme que la liquidation de Kvitova n’est pas un hasard. Pas plus que la finale de Melbourne où Li n’a jamais craqué, battue à la loyale par Kim en 3 sets.
Alors, par triangulation avec le 1/4 entre Azarenka et Sharapova à Rome, où Maria a perdu 6-4 le 1er set avant de gagner sur abandon, je pense que Na li a sa chance. A condition de garder le mental d’acier qu’elle a affiché jusqu’ici.
Donc, mon prono surprise : Na Li gagne Roland-Garros.
Et merci pour ce blog sympa
Article très sympa à lire.
Schiavone contre LI en finale… Je parie une victoire chinoise! Ah ces chinois,ils envahissent le monde
He bien, Patrick, la grenouille a eu des rates! Il faudra passer au marc de cafe pour les pronos
Depuis la fin de la semaine passée, je pense que Schiavone va décrocher son deuxième titre. Je le pense évidemment encore plus. Si elle parvient à pratiquer le même tennis qu’en demi, je ne pense pas que Li fera le poids.
La Chinoise a tout de même commis quelques grosses fautes dès que Sharapova a un peu arrondi ses balles. Mais la Russe ne l’a vraiment pas fait assez. Or, c’est ce que Schiavone fait le mieux. Je la donne donc gagnante en deux sets. Serrés mais deux sets quand-même.