Réginald Willems: “Que du bonheur!”


Un sms de Reginald Willems, ce samedi matin, résume parfaitement la situation. Voici ce que m’écrivait le coach de David Goffin : « que du bonheur, profitons-en ! »
Tout est dit.
Que du bonheur parce que, être en huitièmes de finale de son premier tournoi du Grand Chelem constitue, pour un jeune pro, une (première) récompense pour le travail fourni et pour le talent inné.
J’entends, déjà, des esprits chagrins, rappeler que les trois premiers adversaires de David sont des joueurs sur le retour, en fin de carrière. Qu’il faut remettre l’église au milieu du village.
Et pourquoi devrait-on le faire ? Le tennis moderne compte plus de trentenaires qu’il y a une ou deux décennies et la moyenne d ‘âge des joueurs est plus haute que par le passé. Oui, David Goffin a battu trois trentenaires – et en jouera un quatrième ce dimanche – mais on peut aussi voir les choses par l’autre bout de la lorgnette : il a battu trois joueurs d’expérience.
Maintenant, à l’inverse, je lis aussi et j’entends beaucoup de commentaires, qui se laissent sans doute porter par une euphorie bien légitime – comme je n’en avais plus ressentie pour le tennis masculin depuis 1997 – et qui laissent à croire que David a une chance contre Roger Federer.
Oui, bien entendu, il a une chance, la chance que le sport génère quelle que soit la configuration du duel. Mais, autant il ne faut pas diminuer le niveau de la performance de David, autant il ne faut pas exagérer dans l’autre sens. Aujourd’hui, David Goffin va jouer contre le recordman des titres en Grand Chelem. Contre le recordman du nombre de matches gagnés pendant un Grand Chelem (un record qu’il a ravi à Jimmy Connors cette semaine). David va jouer contre l’un des plus grands joueurs de l’histoire qui, tout trentenaire qu’il est, est encore troisième joueur mondial.
Ajoutez à cela le fait que Roger Federer est l’idole de David Goffin et vous comprendrez que le bon sens et, même, la décence, m’interdisent de vous faire croire qu’il a plus de chances que celle dont je parle plus haut.
Mais et alors ? Qu’il ait ou pas, une chance, qu’est-ce que cela change ?
Rien.
Il doit jouer. JOUER.
Car, bien que des millions d’euros soient en jeu dans ce sport, le tennis, précisément, en reste un, de jeu.
Donc, David, du haut de son nouveau statut de huitièmes de finaliste, doit continuer à savourer. A profiter.
Il va entrer sur le Lenglen vers 14 ou 15 heures. Il faut qu’il jouisse du moment présent. Qu’il se laisser bercer, dix ou quinze minutes, par le cadre majestueux de ce superbe terrain. Il faut qu’il prenne le temps de bien faire la photo avec son idole. Une photo qui remplacer a sans nul doute les posters de RF qui ornaient les murs de sa chambre.
Il faut qu’il hume cette ambiance si particulière qui baigne des matches avec une légende de tennis.
Il peut, aussi, regarder un peu son adversaire. Pendant l’échauffement, il peut, il doit se dire : « P… c’est pas vrai, je joue contre lui ! »
Un frisson passera. Une seconde deviendra éternité pour le jeune Liégeois. « Oui, je joue contre Federer ».
Puis, il devra se réveiller. Quand, sans doute dans les brumes de son bonheur, il entendra l’arbitre dire « time », il faudra qu’il essaye de se concentrer non plus sur le moment, mais sur son tennis.
Qu’il se concentre plus encore qu’à l’habitude. Pas pour se mettre la pression, mais pour faire de ce match un souvenir majestueux. Cela lui prendra quelques jeux, sans doute, mais il peut, très vite, s’installer et oublier ce qu’il est en train de vivre.
Après, on verra comment Federer abordera la partie. Car Federer, ce n’est pas Nadal. Nadal, lui, joue tous ses points comme s ‘il s’agissait de balles de match. Federer, lui, accélère de temps en temps. Il se moque complètement de gagner trois fois 6-1. Il contrôle, et, à 3-3 ou 4-4, il se concentre et accélère. Parfois, cela lui vaut des mauvaises surprises mais c’est assez rare.
Donc, David doit rester sans cesse concentré pour espérer faire comme Nicolas Mahut au tour précédent : prendre un set. Et s’il en prend un, il essayera d’en prendre deux. Et ainsi de suite.
Mais, a priori, il ne devrait pas en prendre. Ce qui, je le répète, ne change rien.
Ce match est un cadeau, une récompense. Mais aussi le début d’une aventure extraordinaire.
Car lundi en huit, soit au lendemain de Roland Garros, David Goffin sera plus ou moins 65ème mondial. Ce qui veut dire que sa vie va changer du tout au tout. Je m’explique.
Dès le milieu du mois de juillet, il va en effet entrer directement dans tous les tournois. Pourquoi en mi-juillet ? Parce que, pour des commodités d’organisation, les entrants directs sont désignés en fonction du classement qui sort six semaines avant le début du tournoi. Ce qui veut dire que, plutôt que de passer par les qualifs, plutôt que de disputer des Challengers, le Belge va pouvoir jouer les gros tournois, y compris les ATP 1000.
Ce qui veut dire que, chaque victoire lui permettra de prendre pas mal de points ATP et, aussi, pas mal de dollars.
Je vous donne un exemple : une demi-finale dans un Challenger relevé comme l’Ethias Trophy de Mons – où Goffin s’est révélé au grand public l’année dernière – vaut 45 points. Un seizième de finale dans un ATP 1000 en vaut… 45. Voici le tableau des points http://www.atpworldtour.com/Rankings/Rankings-FAQ.aspx
D’ici la fin de l’année 2012, David Goffin doit défendre 217 points. Ce qui, du point de vue de son statut d’avant Roland Garros pouvait paraître énorme. Mais qui est tout à fait raisonnable aujourd’hui puisque, je le répète, il va entrer dans tous les tableaux dès mi-juillet, dont le tableau de l’US Open qui sera donc son premier Grand Chelem dans lequel il sera admis automatique.
Et Wimbledon ? Ben non, comme le classement pris en compte est celui sorti six semaines avant Wimbledon, il n’y a pas accès. Sauf si, conseillé par exemple par Julien Hoferlin, la puissante LTA sacrifiait une wild card pour le jeune Belge. Je n’y crois pas trop mais on ne sait jamais.
Et les JO ? Ah ah, les JO. En ayant atteint les huitièmes de finale de Roland Garros, David a satisfait aux critères belges. Lundi après Roland, il sera plus ou moins 65ème (s’il perd contre Federer, s’entend). Les critères internationaux veulent que les joueurs soient dans le Top 56 nettoyé. Nettoyé veut dire qu’il faut retirer par exemple les joueurs excédentaires d’un pays qui compterait plus de 4 joueurs dans ce Top 56. Selon différents calculs, David devrait être 54 ou 55è dans ce ranking nettoyé. Mais attention, il y a des challengers cette semaine et les classements pourraient encore évoluer. Mais bon, il a une petite chance et, comme celle lui sourit depuis quelques jours, on peut espérer.
Mais j’en reviens à sa nouvelle vie. Je l’ai dit : David va entrer dans tous les tableaux mais il va aussi gagner sa vie de manière plus qu’honorable. Et, aussi, il va être le sujet de pal mal d’attention. De la part des médias, des sponsors, des supporters.
Il est d’ailleurs sous contrat de management avec la firme Octagon. Qui va devoir le protéger, avec son entourage actuel, de ces sollicitations qui ne sont pas toutes négatives mais qui génèrent évidemment des contraintes auxquelles David n’est pas habitué.
David a la tête sur les épaules. Son coach Réginald Willems aussi. Ainsi que son papa, que je ne connais pas très bien mais qui me donne l’impression de pouvoir gérer le stress et les situations complexe avec sérénité.
Mais il reste un jeune homme et, pourquoi le nier ?, ce statut nouveau ne sera pas facile à apprécier, à gérer.
Sportivement, il va aussi y avoir du changement. Dès demain, David ne surprendra plus ses adversaires. Qui ne le connaissaient pas avant Roland Garros mais qui, désormais, ne pourront plus dire avoir été surpris par son jeu.
Il aussi devoir gérer le fait de jouer quasi toutes les semaines les gros bras du circuit. Et, pour ce faire, il va sans aucun doute devoir renforcer quelque peu encore sa masse musculaire. Mais Patrick Meur, son préparateur physique, lui aussi homme aussi serein que compétent, sait qu’il ne faut pas que cette masse musculaire nuise à la vélocité de son joueur. Qui doit aussi gagner en explosivité. Lire ci-dessous l’interview que j’ai faite de Patrick Meur en décembre dernier.
Je reviendrai surtout cela après Roland Garros, quand, à tête reposée, je ferai un bilan avec Réginald Willems.
Mais, toujours est-il que ce Roland Garros 2012 constitue le point de départ d’une carrière que l’on savait promise à un bel avenir. Simplement, on dira que les choses ont été un rien plus vite que prévu.
Je dis bien un rien plus vite car si vous êtes fidèle de ce blog, vous saviez depuis longtemps que David était une graine de champion 
Direct commenté vers 14 heures, puisqu’il joue après deux matches féminins.
Avant d’en finir, je précise que, à l’Astrid Bowl, un junior Grade 1, un autre joueur liégeois a fait parler de lui. Julien Cagnina a en effet remporté le titre face à un autre Belge, Jeroen Vanneste qui, malheureusement, a dû abandonner alors que Cagnina menait 2-1. Vanneste qui avait lui-même bénéficié de l’abandon de Kimmer Coppejans, un autre Belge, en demi. En filles, Kimberley Zimmermann, elle aussi joueuse du Centre AFT, a été battue en finale 4-6 6-0 6-3 par Jelena Ostapenko. Un beau bilan, donc, pour le tennis belge à Marcinelle.
Quelques uns de ces joueurs et joueuses jouent les juniors à Paris. En filles, on aura Justine De Sutter, Elise Mertens et Elke Lemmens alors qu’en garçons, la Belgique sera représentée par Julien Cagnina et Kimmer Coppejans.
Un mot encore, pour dire que Malisse et Knowles jouent aujourd’hui contre les frères Bryan .
Belle journée tennistique à tous et à tout à l’heure.

http://www.astrid-bowl.com/data/bmds.pdf

http://www.astrid-bowl.com/data/gmds.pdf

http://www.rolandgarros.com/fr_FR/scores/draws/gs/gsdraw.pdf

Patrick Meur : « S’il David n’est pas Top 100, ce sera un échec ! »
Comme définiriez-vous David au niveau physique ?
Patrick Meur: Il est très très très bon. Coordonné, stabilisé. Il est bétonné en ce sens que c’est un mur. David est très endurant, explosif, déterminé. Il sert aussi très vite.
Sa croissance est finie ?
Il ne va plus grandir et rester donc tout près de son mètre 80 actuel. Il va un peu s’épaissir mais on ne veut pas qu’il prenne trop de masse musculaire. Mais il faut encore attendre quelques années pour qu’il soit terminé totalement physiquement. Ce ne sera pas forcément visible de l’extérieur mais le travail en profondeur est loin d’être terminé.
Sur quoi doit-il encore beaucoup travailler ?
Il doit mieux gérer son énergie en gérant mieux la récupération la respiration. Il doit aussi accepter le fait que la nutrition est primordiale. Il n’a pas encore tout à fait pris conscience de l’importance de la nutrition. Mais on y travaille beaucoup.
Il a le potentiel d’être Top 100 ?
Oui, évidemment. Je vais même plus loin, s’il n’entre pas dans le Top 100, on pourra dire que nous avons connu un échec.

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12 réponses à Réginald Willems: “Que du bonheur!”

  1. julien dit :

    Malisse a t’il une chance de pouvoir disputer les JO en double voir double mixte?

  2. Philippe dit :

    Sur le plan sportif, David a un avenir brillant, c’est incontestable. Sur le plan social, il va être confronté subitement au statut de vedette. Ce petit gars m’a l’air d’avoir la tête bien plantée sur les épaules, même s’il les a encore frêles. Toutefois, je ne peut m’empêcher de penser aux déboires de Bernard Boileau et de bien d’autres. Puisse-t-il garder la tête froide car les chocs seront plus rudes que ceux qu’il encaissera sur le plan sportif. Gare aux vautours ! Bon vent David !

  3. Dim dit :

    @Philippe : d’après ce que j’ai pu lire à droite et à gauche, il a l’air d’être très bien entouré … croisons les doigts !

    • Philippe dit :

      @Dim
      Je le crois aussi et j’espère que nous ne nous trompons pas.
      Ceci dit, ces craintes ne doivent pas gâcher notre plaisir et encore moins le sien.
      Ce gaillard force mon admiration dans différents domaines et je voudrais que ça dure.
      Je croise les doigts, moi aussi.

  4. aj dit :

    Ne sera-t-il pas le plus jeune du top 100 ? Cela montre l’exploit du goffin

  5. Audrey dit :

    Heu… N’y aurait-il pas une petite erreur? :)

    “Je vous donne un exemple : une demi-finale dans un Challenger relevé comme l’Ethias Trophy de Mons – où Goffin s’est révélé au grand public l’année dernière – vaut 45 points. Un seizième de finale dans un ATP 1000 en vaut… 45.”

    Pas sûre de voir l’intérêt d’aller jouer des ATP 1000 dès lors :) Héhé

  6. Pauline dit :

    Ce qu’a fait David à Roland était exceptionnel, ça faisait longtemps qu’on n’avait plus vibrer comme ça. Maintenant, il va falloir gérer ce nouveau statut mais il a l’air bien entouré, ça devrait l’aider… (et puis en terme de “gestion des nouveautés” il n’a pas eu trop de difficultés à Paris, c’est le moins que l’on puisse dire :-D ).
    Sinon, Patrick, comment évaluez-vous les chances de Julien Cagnina (encore un liégeois, décidement!) dans le tournoi Junior?

    • @Pauline, Julien a remporté l”Astrid Bowl et est un excellent juniors classé 25ème au classement du 25 mai (soit avant l’Astrid). Le hic, c’est qu’il tombe dès aujourd’hui contre l’Anglais Broady qui est troisième mondial en juniors. Un énorme test, donc, pour le Liégeois.

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