Deux hommes, deux styles. Deux tempéraments.
Deux hommes, une légende , Federer, et un joueur qui aimerait remplacer une autre légende, Fred Perry.
Hier, au soir de deux demis moins spectaculaires qu’espéré, je ne pouvais qu’encenser ces deux joueurs. Car Roger Federer et Andy Murray ont tout bonnement été impressionnants. De calme, de sérénité, de détermination, de jusqu’au-boutisme.
De talent, évidemment, mais cela, on le savait.
Je commence pour le maestro. Pour lequel j’avançais mes craintes hier matin. Je craignais une entrée dans la demi un peu poussive, comme il le fit face à Benneteau et, surtout, contre Malisse. Mais Roger Federer n’a pas été poussif. Dès le deuxième ou troisième jeu, il était quasi à 100 %, ce qui est exceptionnel pour lui.
Très vite, Novak Djokovic est apparu plus tendu que son adversaire. Il regardait très souvent son staff, cherchait des trajectoires qui, d’habitude, se présentent à lui comme une fleur s’ouvrant au soleil.
Mais hier, point de tout cela. La quête serbe n’a abouti à rien.
Pourquoi ?
D’une part, soyons honnête, parce qu’il n’a pas été bon. Ce n’était clairement pas son jour. Trop tendu, trop nerveux, il n’a quasi jamais décoché ces coups exceptionnels qui, très souvent, lui permettent de renverser un échange, un set, un match. Mais, pour gagner un Grand Chelem, il faut être évidemment capable de vaincre dans un jour sans. Comme Federer a été capable de jouer, et de gagner, contre Malisse.
D’autre part, il y avait en face de Djokovic un Federer patient, malin, serein, brillant.
Qui avait décidé d’aller de l’avant, de prendre le filet dès qu’il le pouvait.
Prendre le filet d’assaut – Goffin en sait quelque chose puisque c’est ce qu’a fait Fish – a deux effets positifs. Un, cela vous permet de réduire la durée des échanges. Deux, cela met une pression permanente sur le rival. Qui, donc, n’a pas le temps de s’organiser. Et, si ce rival est en peu en dedans, un peu en doutes, vous l’empêchez de se régler, de rentrer dans des filières longues qui lui redonneraient confiance.
Hier, Federer, profitant en plus du toit fermé, n’a eu de cesse de prendre Djokovic à la gorge. Il s’est un rien libéré de l’étreinte dans le deuxième set mais on voyait bien que cela ne tournait pas comme il le fallait. Comme il l’espérait. Alors que le Suisse, lui, était constant. Et l’est resté.
Jusqu’au bout de cette demi un rien décevante – de la faute de Djoko, pas de Roger – il a maintenu sa pression et s’est ainsi qualifié pour cette finale de Wimbledon.
S’ouvrant ainsi de nouvelles perspectives, lui qui, en alerte trentenaire, n’a de cesse d’affoler les statistiques, les palmarès et, surtout, surtout, les amoureux de tennis.
Magnifique Federer qui m’a prouvé que j’avais tort de craindre pour ses chances. Des pronostics comme cela, je veux bien en rater tous les jours (vous me direz que c’est d’ailleurs un peu le cas dans le tableau messieurs depuis quelques jours ![]()
Je me suis trompé aussi pour Murray – Tsonga. Mais que diantre, je ne m’attendais pas à ce que l’Ecossais entre dans sa demi comme il l’a fait. Pendant deux sets, il a tout bonnement été impérial. Il était injouable.
Tsonga ne servait sans doute pas très bien – surtout en deuxième balle – mais les retours de service de Murray, ses services à lui, ses accélérations de fond, ses passings étaient sidérants de qualité, de régularité, de confiance. C’était du tennis à l’état pur, comme si rien ne pouvait l’empêcher d’aller au bout du rêve des Britanniques.
Deux sets de rêve et une petite accalmie dans le troisième. Dont Tsonga a profité pour se libérer et pour enfin faire parler la puissance. Ces troisième et quatrième sets ont mis le feu sur le Centre Court. Murray et Tsonga, dès le milieu du troisième, ont joué ensemble à leur meilleur niveau.
A deux sets à un, Murray a retrouvé sa superbe des deux premières manches, il a fait le break, mais Tsonga a tenu et est revenu. Puis, il a même eu deux balles de break pour se rapprocher de l’ultime manche. Mais Murray était, je le répète, insurmontable. Et il est passé devant, poussant Tsonga à la faute et concluant cette très belle demi par une frappe de dingue sur la ligne.
Vous le savez, jusqu’à mercredi, je n’avais pas encore été impressionné par Andy Murray. Mais, face à Ferrer et face à Tsonga, je trouve qu’il a pris du coffre. Il gémit moins, il se concentre et il se sort de situations compliquées avec la hargne d’un champion en devenir.
Cette finale devrait être étincelante avec, je le redis, la légende Federer face à l’ombre de la légende Fred Perry, le dernier Britannique à avoir gagné à Wimbledon, en 1936.
WILLIAMS – RADWANSKA
La dernière Américaine à avoir gagné Wimbledon s’appelle Serena Williams, c’était en 2010. Et, en 2012, elle devrait à nouveau inscrire son nom au palmarès de cette épreuve qu’elle a déjà remportée à quatre reprises !
Je ne vois en effet pas très bien comment Agnieszka Radwanska pourrait venir à bout de la puissance de feu de Serena. Laquelle a servi 24 aces en demi-finale.
Dans le jeu, la Polonaise a des atouts non négligeables car elle lit très bien le jeu adverse, court très vite et fait jouer. Ce qui veut dire que si elle parvient à entrer dans l’échange, elle pourrait pousser Serena à la faute.
Mais, encore une fois, je ne suis pas certain que, pour sa première finale en Grand Chelem – et alors qu’elle un peu souffrante au niveau respiratoire – elle soit capable de retourner correctement le service de Serena. De plus, la deuxième balle de Radwanska est assez faible, ce dont va profiter à l’envi la cadette des deux sœurs qui sont également en finale du double dames.
Je donne donc Serena Williams vainqueur de cette finale. Cela ferait dix titres à Wimbledon pour la fratrie.
You can not be serious !
Je ferai un direct commenté à partir de 14h55.
Belle journée à tous.
Bonjour Patrick,
Tout a fait d’accord avec votre prono pour la finale dame…
Pour la finale homme, une des clés du match va être le retour de service de Murray. Quand on voit la qualité du service de Roger contre Djoko et la qualité du retour de Murray contre Tsonga (surtout sur 2emes balles…), on se demande qui va prendre le dessus (si Roger a le meme % de points gagnants derrière son service, il est en pleine confiance et très difficile à arrêter…).
Autre point qui m’a impressionné hier; le slice revers de Roger. Là où sur d’autres surfaces (a fortiori sur terre battue) Nadal et Djoko se ruent sur le revers à une main de Roger et arrivent à le prendre de vitesse, sur gazon Roger slice lorsqu’il est un peu dépassé. Cela lui permet de gagner du temps pour se replacer. De plus Djoko n’a jamais pu tirer profit de ces balles très basses. Souvent, l’échange reprenait “à zéro” à ce moment, ce qui permettait à Roger d’avoir une balle “neutre” derrière pour pouvoir rentrer dans le terrain.
En effet, si Federer remporte le titre à nouveau, je vois mal qui pourra l’arrêter en fin de saison pour la place de N°1 mondial. Mais en duel, Murray reste toujours en tête (8-7); ce qui peut constituer un avantage, étant donné qu’ils ne se sont jamais affrontés sur gazon. Honnêtement, si Murray maintient son niveau de jeu tel depuis le début du tournoi, je ne vois pas comment Federer pourra le contrer.