Il y a eu Roger Federer et Serena Williams, bien entendu, mais aussi Xavier Malisse. Le 11h02 : Federer, le plus grand de tous les temps ?
Ils pleurent tous. Serena Williams, si contente d’être non seulement encore en vie mais aussi capable de triompher dans un majeur. Xavier Malisse, si content de pouvoir poursuivre sa carrière. Andy Murray, si triste de ne pas avoir battu la Légende mais si fier d’être soutenu par son peuple. Et Roger Federer, qui écrase une larme discrète, si heureux, tout simplement, d’être l’incarnation du tennis.
Un mot, d’abord, sur le plus jeune de ces quatre acteurs dramatiques.
En quelques jours, Andy Murray s’est révélé aux yeux de beaucoup. Révélé comme étant un joueur pugnace, volontaire, jusqu’au-boutiste. Et capable finalement de ne pas pleurnicher pour se concentrer sur sa seule quête : la victoire. Brillant devant Ferrer en quart, il a été époustouflant contre Tsonga en demi.
Et, en finale, il a failli atteindre des sommets tant son premier set a été violent. Viril.
Il est entré dans ce match telle une furie et les échanges ont atteint, tout de suite, une intensité digne d’une fin de troisième ou quatrième set. Il jouait à une vitesse de feu et Federer, d’habitude un peu plus lent au démarrage, a pris la balle au bond pour faire jeu égal. Ou presque.
Murray a gagné la première manche, amplement méritée. C’était la première fois en quatre finale qu’il remportait un set et on se disait, à ce moment, qu’il pourrait bien en prendre deux autres et mettre fin à l’attente de 76 ans de ses compatriotes. Il n’en sera rien mais pas de sa faute. Pas parce qu’il a eu peur. Pas parce qu’il a ralenti. Il n’en fut rien parce que, face à lui, la légende a joué à la légende.
A la fin du match, Murray s’en ensuite révélé comme un être humain sensible, tendre et très touchant. Beaucoup le voyaient comme un arrogant, sans trop de sentiments et on s’est rendu compte qu’en fait, il essayait simplement de remplir sa mission. On a compris, aussi que vivre avec la pression de tout un peuple sur les épaules était à la fois magnifiant mais aussi très usant.
Chapeau bas, Andy, pour les trois derniers matches et pour l’émotion offerte aux amoureux du tennis.
Serena Williams aussi, s’est découverte. A retiré son costume de tueuse, de terreur des courts. Ceux qui ne la connaissaient pas comme cela ont été surpris de la voir pleurer en s’adressant à sa famille, à son staff, à sa sœur Venus.
Mais Serena aussi a un cœur, et un gros comme cela. D’une générosité folle et d’une tendresse d’une fillette de quinze ans. Serena, c’est vrai, peut encore s’émerveiller pour tant de choses. Quand elle en a marre du tennis, elle ne part pas à la retraite mais trouve de quoi se régénérer : actrice dans des soaps, investissement dans des affaires, la mode, que sais-je ? Et quand son appétit revient, elle rejoue. Perd plus souvent qu’avant mais est toujours apte à remporter un majeur.
Il y a de l’humanité dans cette Américaine. Une humanité souvent passée inaperçue mais qui est pourtant présente depuis la fin des années 90.
Cette même humanité qui habite également Xavier Malisse. Lui aussi peu connu du grand public mais qui est aussi généreux qu’il peut être bouillonnant. Je ne vais pas vous redire ici tout le bien que je pense de lui mais Malisse, comme Williams, a traversé la première décennie du troisième millénaire avec des hauts et des bas mais, à plus de trente ans, comme Serena, il est toujours là. Pas au même niveau, évidemment, mais peu importe.
En 1999, Malisse avait battu un jeune Roger Federer. Treize ans plus tard, à Wimbledon, en huitièmes, il a eu les cartes en mains, si pas pour gagner, du moins pour mener d’un set.
Quelques jours plus tard, ce même Roger Federer, trentenaire lui aussi, inscrivait son nom encore plus en lettres capitales dans le grand livre du tennis. Je ne vais pas vous parler de records. Je ne vais pas vous dire qu’il est le plus grand joueur de l’histoire car cela n’a pas de sens.
Je ne vais pas vous dresser son palmarès, cela ne rimerait à rien.
Non, je vais vous décrire deux points. Qui se sont joués à la fin du troisième set, si mon souvenir est exact. Quand, pour faire le break, Federer monte par deux fois au filet. Sur le premier point, il prend une balle qui sortait pour réussir une amortie légèrement rétro. Sur le point d’après, il remet cela et, avec sn revers, il donne un effet latéral sortant.
Non seulement il venait de prendre les devants mais, surtout, il avait fait comprendre à Murray qu’il ne servait plus à rien d’espérer. Que Federer n’était plus Federer. Qu’il était redevenu le tennis.
Une forme humaine de ce sport génial.
Roger Federer est, tout bonnement, l’incarnation du tennis. On ne peut pas toujours le voir car il faut pour cela un rival de haut vol, capable de tenir le choc.
Hier, Andy Murray a permis à Federer de se sublimer. Comme Djokovic le fait si souvent – mais pas en demi cette fois – et comme Nadal l’a lui aussi déjà réussi (mais en étouffant parfois le Suisse avec son lift).
Que serait Federer sans ces trois-là ? Qu’aurait été Connors sans McEnroe ? McEnroe sans Borg ? Sampras sans Agassi ? Navratilova sans Evert ?
Hier, l’amateur de tennis a pris un pied majeur, je n’ai pas peur de le dire.
Et, pendant la quinzaine, trois alertes trentenaires ont, chacun à leur manière, offert des moments magiques à ceux qui les apprécient.
On est encore jeune à trente ans. A condition bien entendu d’avoir encore envie.
Simplement envie.
C’est quand, l’US Open ?
Merci à tous pour cette superbe quinzaine passée sur ce blog et dans les directs commentés. Grâce à vous, le blog amortie et lob est classé 36ème blog le plus fréquenté en Belgique francophone, toutes thématiques confondues. Il est aussi 23ème blog sportif européen francophone. MERCI!!!!!
Posez-moi vos questions, j’y répondrai face caméra à 11h02 :

Salut Patrick,
Les deux points sont à 4-6 6-5 30 partout, donc à la fin du deuxième set (pas du troisième) …Murray a l’espoir du Tie Break et de mener deux sets à zéro…puis ces deux points magiques, j’en frisonne encore.
Et que dire de ce jeux de 20 minutes au troisième set…pour avoir un match magique il faut être deux.
Quant à Murray, on avait toujours l’impression que c’était un sale râleur égoîste mais on a compris hier qu’il jouait pour ses proches et son peuple tout acquis à sa cause. Je lui souhaite vraiment de gagner les JO à Londres. Pour les GC, il est entrainé par Lendl qui n’a gagné son premier GC qu’après cinq ou six défaites en finale…Ce Murray est génial mais il est un peu moins “marketing” que Djoko et Nadal.
Vive le tennis !
Raf
Merci à vous également Patrick pour ces analyses détaillées et ces lives qui n’ont pas leur pareil sur le net (intéractif, détaillés et toujours bon enfant).
Bonnes vacances!!!
A bientôt math78. Les lives c’est aussi un peu grâce à toi !
Merci à vous Patrick. Merci pour l’excellence de vos commentaires et la pondération que vous parvenez à garder alors que tout un chacun à envie de vous entendre dire tout le bien que vous pensez de son propre favori. Parce qu’on a besoin d’être rassuré sur nos choix, parce que l’on voudrait que tout le monde partage notre opinion et s’extasie comme nous devant notre champion…
C’est humain….. J’ai de l’adimration devant ces sportifs qui parviennent à générer autant d’émotions chez les spectateurs que nous sommes. Nous avons besoin de héros…. C’est humain…..Le mien se nomme Federer. Depuis longtemps et pour longtemps…. Je le redis je suis convaicu que ce qui le rend tellement supérieur c’est sa faculté à déterminer des objectifs et à travailler pour in fine les atteindre. Il ne se contente pas d’avoir envie. il ne se cantonne pas au verbe “essayer”, il balise les contours de son but et l’atteint en pleine conscience de la faisabilité du dit objectif. C’est pourquoi il ne commet à mon sens aucun faux pas dans la gestion de sa carrière et ça c’est très fort.
Je ne pense pas que dans la génération actuelle quelqu’un soit capable de l’égaler ou même d’être son côté “yang”. Non, je ne crois pas que Nadal ou Djokovitch puisse être comparé au Suisse. Pour la simple bonne raison qu’ils ne font pas partie de la même génération. Ils sont plus jeunes et pourtant ils ne parviennent pas à le mettre au banc. C’est uniquement quand il ne sera plus là qu’un autre “héros” pourra voir le jour. Et il faudra sûrement attendre avant de le voir émerger… Roger a pris tellement de place, a mis la barre tellement haut… Voilà, j’avais envie de dire tout cela et de le partager avec vous. C’est sûrement redondant, j’en suis conscient mais que voulez vous je suis humain après tout……….
Merci, Patrick, pour ce magnifique article une fois encore… La fête de la quinzaine Wimbledon, l’éblouissement du match d’hier trouvent leur point d’orgue dans votre prose inspirée – que je me suis réservée comme dessert après la lecture de quelques journaux
…
Un autre trentenaire a encore brillé à Wimbledon cette année : Marray, en équipe avec son partenaire Nielsen pour leur belle victoire en double, a lui aussi 31 ans !
Un immense merci aussi pour tous les directs commentés qui ont encore amplifié le bonheur de voir s’écrire de si belles pages de l’histoire du tennis.
Il y eut bien des révélations et confirmations au cours de ce championnat. Je m’incline devant Serena, Andy, Roger, Xavier… comme champions et comme êtres humains sensibles et vrais. Bravo à tous !
Grâce à Patrick on a la chance de se retrouver sur les lives. A la prochaine Eva, le suspense va continuer !
A bientôt donc, si mon emploi du temps est favorable aux prochains live ! Chaleureuses amitiés
Il faut deux très grand joueurs pour faire un très grands match, et ce fut un très grand match. Federer est éternel, peu croyaient en lui, je suis vraiment heureux qu’ils les ai démetis. Il a joué comme un patron, jouant offensivement comme on l’avait rarement vu ces 2 dernières années. Et quel coup droit!!!! Je n’ai aucun doute aussi que Murray finira par gagner un GC, sans doute sur dur ou sur gazon. Il a joué cranement sa chance, mais il est vraiment tombé sur un Federer quasi injouable. Un magnifique Wimbledon sans aucun doute.
Très bel article en effet, tout est dit… Qui eût cru il y a un an à peine que Federer, sorti en quart et à 4.000 points de Djokovic, redeviendrait N°1? Il l’a fait, et a maitrisé son sujet comme rarement… Je suis vraiment impressionné par ce joueur, et sur tous les aspects, pas seulement son jeu…
Chapeau aussi à Murray, qui aura surmonté un parcours semé d’embuches pour arriver en finale… En d’autres temps, il aurait sans doute déjà remporté l’un ou l’autre “Major”, mais face à Federer, Djokovic et Nadal…
Et en effet, chapeau à Malisse, auteur d’un superbe tournoi! Je discutais récemment avec des amis de son “irrégularité”, mais cela fait maintenant plus de 10 ans qu’il est Top 100 quasi sans discontinuer (excepté les deux saisons qui ont suivi sa grave blessure)… Quand on voit des joueurs comme Zabaleta et Vinciguerra, de sa génération et présenté à l’époque comme future star du circuit mais qui ont disparu de la circulation… Et bien il peut être très fier de sa carrière! Et il n’a pas dit son dernier mot, j’en suis persuadé!
De rien, Patrick! Bravo pour la quantité et la qualité des articles. On peut ne pas toujours être d’accord (mais c’est rare!), il y a toujours moyen d’avoir un dialogue constructif basé sur des arguments qui tiennent la route. C’est la grande qualité de votre blog. Et puis les “live”, qu’est-ce qu’on prend son pied!
Tu as raison de le dire. Ces lives sont un vrai délice ! A bientôt Mr. Wang.
” … Federer, le plus grand de tous les temps ?”
Honnêtement, je ne le pense pas. Pour moi, ça reste toujours Rod Laver.
il est quasi impossible de comparer les époques mais il est vrai que Laver a réalisé deux vrais grands-chelems et cela en ne jouant pas sur le circuit pendant plusieurs années, celles où il aurait normalement dominé toute la concurrence.