L’affaire Olfa Riahi: la blogueuse qui déchaîne les passions à Tunis

La Tunisie post-révolutionnaire, secouée par une série d’affaires, obnubilée par des rumeurs, tressaille au gré des circonstances. Dernier émoi en date: l’affaire du « Sheratongate », doublée par celle du « Chinagate », le tout étant en passe de devenir tout simplement « l’affaire Olfa Riahi ».

Cette jeune blogueuse peu connue jusqu’ici vient en effet de connaître en quelques jours la célébrité en Tunisie. En cause: des « révélations » concernant le ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalam, qui ont mis la blogosphère tunisienne, et pas seulement elle, en état de surchauffe.
Qu’a découvert au juste Olfa Riahi? Elle a diffusé sur son blog (1) le 26 décembre dernier des notes de chambres d’hôtel du Sheraton, qui se situe juste en face des Affaires étrangères, sur les hauteurs de Tunis. Sept notes pour autant de nuits en tout, dont six ont été payées par les Affaires étrangères en question et une septième, qui concernait une dame, réglée par le ministre lui-même. D’où une double insinuation: le ministre abuse des moyens financiers de son ministère à des fins privées, et il a reçu une dame, lui qui est marié.
Trois jours plus tard, elle récidive, déclarant à la télévision que la Chine a versé un million de dollars sur le compte des Affaires étrangères tunisiennes au lieu de passer par le ministère des Finances. Nouvelle insinuation. Car Olfa Riahi ne dit pas qu’elle accuse formellement, pour le moment. Elle « fait de l’investigation ». Et provoque un vif émoi dans son pays.
La personnalité du ministre visé a son importance dans cette affaire. Car Rafik Abdessalam, membre du parti islamiste Ennahda, n’est autre que le gendre de Rached Ghannouchi, chef spirituel et politique de ce parti qui est arrivé largement en tête des premières élections post-dictature. Sa nomination, le 24 décembre 2011, avait d’ailleurs suscité des accusations de népotisme. Pour les « laïcs », Ghanouchi est de toute façon l’incarnation du mal…
L’affaire n’est pas restée en l’état, évidemment. Rafik Abdessalam a réagi. S’est expliqué sur les nuits au Sheraton et sur celle de la dame (une « cousine »). Et un avocat proche d’Ennahda a déposé plainte contre Olfa Riahi, notamment pour « atteinte à l’image du ministre des Affaires étrangères et des institutions de l’État en diffusant de fausses informations ». La blogueuse s’est vu signifier une interdiction de quitter le territoire. Elle comparaîtra devant un juge d’instruction le 10 janvier dans le cadre de cette plainte.
Des détails jettent une autre lumière, selon certains. D’abord, Olfa Riahi se dit proche, sympathisante, du CPR, le Congrès pour la république, qui fait alliance avec Ennahda au gouvernement (avec un troisième parti). Or le CPR, parti créé par Moncef Marzouki, le président de la république, est en crise. Nombre de ses partisans sont déçus par la coalition et celle-ci vit d’ailleurs des soubresauts répétés en raison de la volonté hégémonique prêtée à Ennahda. Obtenir la tête de Rafik Abdessalam pourrait être considéré comme une façon de redorer le blason du CPR…
Ensuite, la méthode d’investigation d’Olfa Riahi ne plaît pas à, tout le monde. « Ses infos sont peut-être intéressantes, confie ainsi un confrère à Tunis, mais une règle de base du métier consiste à téléphoner pour avoir la réaction officielle avant de publier et pas après ».
La blogueuse, en tout cas, entend bien qu’on répercute son avis. Sur Facebook, elle a diffusé l’avis suivant: « Tout journaliste qui souhaite écrire ne serait-ce qu’un article d’opinion à mon sujet est invité à consulter mon blog AVANT d’écrire. Tout article qui contiendra de fausses informations autour de mon travail antérieur, de mon parcours ou de mes données personnelles, exposera son auteur à une plainte pour diffamation ».

Dernière information: en 2010, sur une radio privée, Olfa Riahi s’exclamait “Ben Ali, il est génial!”.

(1) http://tobegoodagain.wordpress.com/

Photo AFP.

 

 

 

 

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