L’Irak, dix ans plus tard: un bilan négatif

Dix ans déjà. Il y a dix ans que les Etats-Unis et leurs alliés envahissaient l’Irak de Saddam Hussein, qui n’allait pas résister bien longtemps. Le 9 avril, le régime tombait. Tentative de bilan nuancé.

Pourquoi cette guerre ?
Le président George W. Bush et son clan de néoconservateurs avaient choisi d’attaquer l’Irak au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Saddam Hussein, un dictateur monstrueux, n’avait pourtant rien à voir avec les attentats d’Al-Qaïda. Qu’à cela ne tienne, de faux dossiers furent montés à Washington, y compris et surtout à propos d’armes de destruction massive qu’aurait développées l’Irak.
Mais, donc et encore, pourquoi ? Pour dominer une région géostratégique, asservir un pays recelant les secondes réserves d’hydrocarbures du monde et satisfaire les alliés israéliens qui n’avaient jamais digéré que Saddam Hussein envoie des missiles sur Tel-Aviv et Haïfa lors de la première guerre du Golfe en 1991. Officiellement, pour amener, dans les chars et les bombardiers, une démocratie clé sur porte aux pauvres Irakiens victimes d’un cruel embargo de l’ONU depuis 1990.
Comment les choses ont-elles ensuite évolué ?
Très mal ! Les vainqueurs américains et leurs alliés ont accumulé les erreurs. Ils ont dissous l’armée et l’administration irakienne, attisé les haines ethniques et confessionnelles. Les Kurdes dans le nord affermissant leur quasi-indépendance, les sunnites devenant les parias au grand avantage des chiites, majoritaires et avides de revanche historique dans un pays qui les avait toujours brimés.
Occupé par des armées occidentales, l’Irak allait rapidement attirer comme un puissant aimant les jihadistes en provenance de tout le monde arabo-musulman. S’ensuivirent des années noires, avec des milices chiites qui s’acharnaient contre les sunnites chez qui les radicaux cultivaient une « résistance » à la fois contre l’occupant et les chiites. Résultat : plus de cent mille morts (certains évoquent le chiffre de 600.000 décès) et un chaos généralisé pendant plusieurs années.
Un certain calme a fini par prévaloir. Précaire et illusoire. Les violences rejaillissent à la moindre occasion. Rien que ce 19 mars, une quinzaine d’attentats antichiites à Bagdad ont fait 50 tués, 87 personnes avaient perdu la vie la semaine dernière dans de semblables violences. Entre 4.000 et 5.000 personnes meurent chaque année dans des violences à caractère politique.
A quoi ressemble la vie quotidienne ?
A Bagdad, les quartiers ont été « purifiés » ethniquement, les chiites ici, les sunnites là. D’innombrables check-points, souvent avec drapeaux chiites, rendent la circulation impossible dans cette immense mégalopole. Dans tout le pays, l’eau et l’électricité parviennent tous les jours à destination, mais avec parcimonie, les coupures restant fréquentes.
La grande préoccupation quotidienne des Irakiens consiste à tenter d’échapper aux rets de la corruption, qui écrase les citoyens. Ceux-ci ne voient d’ailleurs guère où passe l’argent public de ce pays pourtant producteur de pétrole.
Les tensions interconfessionnelles pourrissent l’ambiance et ruinent les espoirs de la jeunesse, souvent au chômage, qui caresse en majorité, selon des sondages, le rêve d’une vie meilleure en exil.
Quelle fut l’évolution géostratégique ?
Un dictateur n’est plus. Saddam Hussein était à la tête d’un régime atroce qui violait avec zèle les droits humains fondamentaux. Il a été exécuté en décembre 2006 par les chiites au terme d’une parodie de procès. Ces chiites dominent désormais l’échiquier local, au grand dam des sunnites, qui se sentent marginalisés. L’Iran des ayatollahs, paradoxalement, est le grand bénéficiaire de la donne, puisque le régime en place à Bagdad lui est proche.
Et les Etats-Unis, dans ce tableau ?
Les Américains ont beaucoup perdu dans l’aventure qui s’est clôturée sans qu’ils mettent la main sur les richesses pétrolières du pays (sauf, partiellement, dans le Kurdistan, où les dirigeants font les yeux doux aux compagnies américaines). Ils ont perdu 4.500 soldats et aussi les… mille milliards de dollars investis dans cette aventure que l’ONU, grâce à la France, la Russie et la Chine, n’avait pas cautionnée. Et l’Iran, on l’a dit, peut leur rire au nez.
Rien de positif, alors ?
Très peu d’Irakiens regrettent Saddam Hussein et ses méthodes immondes (arrestations arbitraires, tortures, exécutions, etc.). Les droits de l’homme ne sont pas non plus la tasse de thé du nouveau régime mais un certain pluralisme s’est imposé et l’on voit mal un nouvel homme fort émerger à la façon de Saddam Hussein. Par ailleurs, depuis cette expérience irakienne, les Américains ont révisé leur politique arrogante : ils ont quitté le pays, s’apprêtent à sortir d’Afghanistan l’an prochain, ils se sont montrés discrets dans la guerre en Libye (néanmoins soutenue sur le plan logistique) et hésitent beaucoup à prendre une attitude belliqueuse dans le conflit syrien.

Photo AFP, Bagdad, 2008.

 

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