Le 20 Février, vu par ses artistes

Mais que se passe-t-il au Maroc ? Alors que de nombreux pays arabes ont connu leur « printemps » en 2011, le royaume chérifien constituerait-il une exception ? Erreur ! La jeunesse marocaine a eu son mouvement cette année-là, celui qu’on appellera du « 20 Février ». Le réalisateur belgo-marocain Jawad Rhalib, qui est né et a grandi au Maroc, en a fait le thème d’un documentaire, Le Chant des tortues, et il sort bientôt en Belgique (1).
C’est peu dire de Jawad Rhalib qu’il ne cache pas sa sympathie pour le 20 Février. Par ses images – d’une exceptionnelle beauté plastique – et par les personnages choisis, son approche ressemble à une ode à la liberté, à la laïcité, aussi. Pourtant, le 20 Février pouvait compter à l’origine sur l’appui de « Al Adl wal Ihsane » (justice et bienfaisance), le puissant mouvement islamiste qui conteste le régime royaliste, mais celui-ci s’est toutefois retiré du 20 Février en décembre 2011, privant les contestataires d’une majorité de leurs militants.
Le parti pris de Jawad Rhalib ? Celui de décrypter le mouvement à travers ses artistes. Des peintres et des musiciens, surtout, dont les faits et gestes rythment le film. Un vrai sage, le journaliste vétéran Khalid Jamaï, vient aussi donner à cette jeunesse pleine d’espoir l’éclairage de l’expérience ou même lui prodiguer, le mouvement s’essoufflant, des paroles de nature à rasséréner les plus déçus.
A l’instar du mouvement du 20 Février, le travail de Jawad Rhalib reste tout de même dans les normes de ce qui peut se faire au Maroc. On n’y trouve nulle trace de contestation de l’omniprésente autorité, spirituelle ou politique, du roi Mohammed VI, ni même de ce fameux « makhzen » – l’oppressante autant que crainte administration pyramidale depuis le palais jusqu’au dernier « caïd » dans le bled. On n’y parle pas de torture mais bien, et comment ! de corruption…
Le Chant des tortues n’est d’ailleurs pas non plus un documentaire à prétention exhaustive sur le 20 Février. Ses forces et ses faiblesses ne s’y retrouvent pas analysées de manière exhaustive. Ce n’est pas son but. Cependant, à travers les états d’âme de ses divers protagonistes, souvent attachants, le festin funeste du mouvement pacifique n’est pas dissimulé. Funeste ? Le mur de la peur est tombé, fait remarquer Khalid Jamaï. Et cela, au Maroc, c’est une avancée d’une portée sans doute historique. BAUDOUIN LOOS

(1) Après une salle comble au Flagey le 10 mai, des avant-premières suivies de débats se dérouleront dans différentes salles, alors que la sortie nationale est prévue du 20 mai au 18 juin. A l’Aventure (Galerie du Centre, 1000 Bruxelles), mardi 21 mai à 19h30, et une sortie par semaine à partir du 21 mai. A Churchill (Liège), jeudi 23 mai à 20h00, avec une sortie par semaine à partir du 23 mai et au Plaza Art (Mons), mercredi 28 août à 20h00, avec une sortie par semaine à partir du 28 août.
Détails: www.facebook.com/TheTurtlesSong

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