Carnage à Charlie-Hebdo: quelques réflexions à chaud

L’effroyable attentat perpétré ce mercredi matin à Paris au siège de Charlie-Hebdo suscite une émotion immense autant que justifiée. Les commentaires se multiplient sur les réseaux sociaux. J’en retiens déjà, à chaud, quelques-uns que je crois importants.

1. Comme le dit sur Facebook mon ami Radouane el-Baroudi, «la liberté ne se négocie pas, elle ne doit jamais être mise en équation et la critique par la satire éveille les consciences. Tuer la presse libre et indépendante, c’est tuer l’humanité!». C’est vrai même si personne n’est contraint d’apprécier l’humour noir, féroce et volontiers provocateur de l’hebdomadaire visé.
2. Cet acte terroriste perpétré par des salauds d’un cynisme sans bornes représente un séisme aux conséquences incalculables. Mais on voit déjà bien qui cherchera à profiter du crime. L’extrême droite, qui a déjà le vent en poupe en France, voudra tirer les marrons du feu. A cette fin, elle n’hésitera à flatter les bas instincts en insinuant sans oser le dire clairement que l’attentat confirme l’amalgame qu’elle promeut entre extrémistes et musulmans.
3. Ces derniers seront donc, après les morts de ce mercredi et la liberté de pensée, les victimes de cette abomination. Une fois encore. Et on entend déjà les bonnes âmes indignées à nouveau exiger des musulmans qu’ils se désolidarisent de l’attentat, comme si, sinon et a priori, le soupçon de connivence avec les terroristes se trouvait automatiquement validé.
4. D’aucuns oublieront, dans la balance, d’examiner le terrain – le terreau – le plus miné par excellence, la Syrie. Or là-bas, depuis deux ans, de nombreuses factions rebelles pourtant souvent islamistes se retrouvent plongées dans un combat à mort non seulement contre le régime assassin de Bachar el-Assad, mais tout autant contre les « fous de Dieu » qui peuplent les organisations extrémistes façon Etat islamique.
5. J’emprunterai ma conclusion à la grande Simone Bitton, cinéaste maroco-israélo-française: «Le meilleur hommage à leur rendre (aux victimes, NDBL), c’est refuser la récupération et l’amalgame, se mobiliser pour protéger les musulmans qui rasent déjà les murs. Refuser tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à l’union nationale avec les racistes qui dansent sur le sang. Et penser à eux très fort, à leur talent, aux éclats de rires qu’ils nous ont offerts depuis des décennies, même si on n’était pas d’accord depuis des années sur un tas de choses, et même si parfois j’avais envie de leur envoyer une baffe, ils étaient dans la parole, le dessin, le talent et l’impertinence, des artistes, bouillonnants de vie et avides de liberté».

Baudouin Loos

 

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