De l’islam au djihadisme: petit glossaire

Les termes s’entrechoquent, se mélangent, s’amalgament. «Islamistes», «djihadistes», «salafistes», «intégristes», «fondamentalistes», etc. Voici une tentative de glossaire non exhaustif. Pour des raisons de compréhension, les termes expliqués ne sont pas repris selon l’ordre alphabétique.

► ISLAM

Dernière religion monothéiste après le judaïsme et le christianisme, l’islam – «soumission» en arabe – a été fondé et a pris son essor au VIIe siècle sous l’impulsion de Mahomet, le Prophète. L’islam reconnaît des éléments communs avec le judaïsme et le christianisme. Il compte plus de 1,6 milliard de fidèles à travers le monde (seconde religion en nombre après le christianisme).

► CORAN

Le Livre sacré de l’islam, qui enseigne que tout vient de Dieu (Allah) et retourne à Lui. Selon la tradition islamique, il s’agit de la parole de Dieu révélée en langue arabe au prophète Mahomet par l’ange Gabriel entre les années 610 et 632. «On trouve dans le Coran des exhortations, des récits, des enseignements, des hymnes, des codes religieux, des écrits de sagesse, des sentences, des confessions de foi» ; une des affirmations principales est «Dieu rétribuera les hommes à la fin des temps selon leurs actes» (Michel Reeber, CNRS).

► CHARIA

La Loi islamique, tirée du Coran et de la Sunna, régit de nombreux domaines, comme le droit civil (droit de la famille, mariage, divorce, répudiation, succession, etc.), le droit pénal (délits et peines dont les châtiments corporels), ou le droit économique (interdiction de l’usure, par exemple). La plupart des pays musulmans ont inscrit la Charia dans leur Constitution comme source de la loi ou source principale de la loi.

► SUNNA

Selon la tradition islamique, la Sunna réunit les dits (hadiths) du Prophète. C’est la seconde source islamique après le Coran. Ces courts récits ont été rapportés oralement par les compagnons du Prophète et puis consignés par écrit au siècle suivant. L’authentification des hadiths selon leur fiabilité a représenté un problème pour les musulmans.

► FATWA

Avis religieux émis par un dignitaire musulman. Souvent un avis juridique après une question. Peut prendre un caractère politique : la plus célèbre est sans conteste celle émise par l’ayatollah Khomeiny à Téhéran peut avant sa mort en 1989, une condamnation à mort de l’écrivain indien Salman Rushdie, «coupable» d’avoir parodié le Prophète dans un roman (Les Versets sataniques).

► OUMMA

L’expression désigne l’ensemble de la communauté des croyants musulmans.

► CALIFAT

Depuis la mort du Prophète en 632, le califat, pour les sunnites, incarnait la source du pouvoir politique et religieux. Aboli le 3 mars 1924 par les autorités turques (il était basé à Istanbul) sous la houlette d’Atatürk. «Dans les discours islamistes, l’une des images identitaires les plus fortes réfère à l’islam dans sa première grandeur et renvoie ipso facto à l’Empire islamique du califat, régime qui a fonctionné, durant treize siècles, comme le modèle universel de l’organisation politique, sociale et culturelle en pays d’islam» (Ali Mérad, professeur à la Sorbonne). Le chef de Daesh a proclamé le califat à Mossoul le 29 juin 2014 et lui-même s’est autoproclamé calife. Peu de musulmans semblent le suivre sur cette voie.

► SUNNITES

Majoritaires en islam (plus de 85 % des musulmans), les sunnites suivent la Sunna à la lettre. Ils reconnaissent les quatre premiers califes après le décès du Prophète. Ils offrent cependant un visage multiple puisqu’on trouve quatre écoles ou traditions théologiques qui se distinguent sur des questions d’interprétation des textes sacrés depuis les VIIIe et IXe siècles: les écoles hanbalite, hanafite, malikite et chafiite.

► CHIITES

Dix pour cent environ des musulmans sont chiites. Le schisme avec les sunnites, ultra-majoritaires, survint dès la succession du prophète Mahomet au VIIe siècle, quand les partisans d’Ali, cousin et gendre du Prophète, le considérèrent comme le vrai successeur. Des batailles épiques opposèrent sunnites et chiites dans l’Histoire, nourrissant ce qui est encore aujourd’hui pour d’aucuns une haine fratricide sans bornes. Au fil du temps, les chiites se sont organisés en véritable clergé contrairement aux sunnites. L’Iran est le plus grand pays majoritairement chiite, devant l’Irak.

► ISLAMISME

Terme générique pour désigner l’islam politique. A savoir, un islam global qui serait à la fois religion et système politique. La sourate 6, verset 57 du Coran («Le pouvoir n’appartient qu’à Dieu») est souvent invoquée par les islamistes qui peuvent arguer que le Prophète a été en son temps à la fois guide spirituel et chef politique. Les adeptes de l’islamisme se retrouvent dans un spectre extrêmement large de postures politiques très contrastées, qui va par exemple de l’AKP turc (le parti du président Erdogan), l’Ennahda tunisien (toujours associé au gouvernement depuis 2011) ou le PJD marocain (parti du Premier ministre Abdelillah Benkirane) jusqu’aux djihadistes et terroristes d’Al-Qaïda ou de Daesh en passant par toutes sortes de partis ou mouvements comme les Frères musulmans égyptiens, le Hamas ou le Djihad islamique palestiniens. Leur rapport à la violence se révèle tout aussi multiforme, les uns le condamnant, les autres l’approuvant dans certaines circonstances ou comme moyen d’action licite.

► FONDAMENTALISTES

Le Larousse considère qu’il s’agit d’une « tendance de certains adeptes d’une religion à revenir à ce qu’ils considèrent comme fondamental, originel ». Les fondamentalistes privilégient une interprétation littéraliste des textes originels. On en trouve dans la plupart des religions de la planète, dont la religion chrétienne (et ses variantes catholique, protestante, etc.). On peut parler de moralisme rigide. Le plus souvent, cette tendance est assortie d’une dose importante d’hostilité envers ceux qui ne partagent pas cette opinion. Les musulmans fondamentalistes, comme les autres, font souvent preuve d’une grande intolérance, s’estimant porteurs du message le plus pur de leur religion. Le fondamentalisme est aussi appelé intégrisme.

► SALAFISTES

Les salafistes prônent le retour à l’islam des ancêtres («salaf»), celui d’une pureté perdue, loin des valeurs occidentales. S’il se veut le propagandiste d’un islam très rigoriste, ce mouvement n’est pas violent par essence. Une partie des salafistes sont djihadistes (mais on peut dire que tous les djihadistes sont salafistes). En Egypte, par exemple, il existe un parti politique salafiste (Al Nour, la Lumière) reconnu par un pouvoir pourtant hostile à l’islam politique.

► WAHHABISME

Le sunnisme dans sa version la plus rigoriste, la plus conservatrice, se retrouve en Arabie saoudite (et au Qatar mais dans une interprétation moins ferme). Avec les châtiments corporels comme le fouet, la peine de mort par décapitation au sabre en place publique, une police religieuse, un statut de la femme mineure à vie. Le wahhabisme, de l’école hanbalite, a été fondé au XVIIIe siècle par Mohamed ben Abdelwahhab et il est devenu religion officielle de l’Arabie depuis l’avènement de la famille Saoud dans les années 1930. Forte de sa puissance financière due aux ressources en hydrocarbure du pays, l’Arabie saoudite exporte ses idées rigoristes à travers un réseau mondial de mosquées qu’elle parraine. Le wahhabisme véhicule une hostilité foncière envers les chiites, ce qui influe sur la politique saoudienne envers tout ce qui touche à la république islamique d’Iran.

► FRERES MUSULMANS

Organisation islamiste fondée en 1929 par l’Egyptien Hassan el-Banna. Son histoire fut mouvementée (souvent réprimée, parfois tolérée). Elle s’est développée en Egypte avec conviction sous le slogan « l’islam est la solution » en privilégiant l’assistance sociale aux démunis. Son rapport à la violence a varié mais ces dernières décennies elle a renoncé à la violence et a même réussi à conquérir le pouvoir à travers des urnes triomphales en 2012 avant d’être victime d’un coup d’Etat un an plus tard et se retrouver qualifiée d’organisation «terroriste». Les Frères («Ikhwan») ont essaimé à travers le monde arabe.

► DJIHAD

Au départ, le terme désigne une recherche intérieure, un effort spirituel, mais il a depuis longtemps subi une évolution dans une bonne partie des esprits en terre d’islam pour incarner «la guerre sainte» dans une acception des plus agressives. Le djihad, dans cette conception, se pose comme but d’imposer la charia dans le monde. Mais se mêle aussi le concept de fin du monde, d’apocalypse, qui approcherait.

► AL-QAÏDA

L’organisation chère à feu Oussama Ben Laden qui s’est développée dans les années 90 incarnait le djihad global. Le choc des civilisations. Privilégiant la clandestinité et l’action contre «l’ennemi lointain», les «croisés», à savoir l’Occident «mécréant» et d’abord les Etats-Unis, coupables de soutenir des régimes arabo-musulmans considérés comme illégitimes, dont de nombreuses dictatures. Recourt au terrorisme. Action la plus foudroyante : les attentats du 11 Septembre aux Etats-Unis. En retrait depuis l’avènement de Daesh mais toujours actif grâce à ses franchises en Syrie, dans le Golfe et en Afrique du Nord.

► DAESH

Enfant illégitime d’Al-Qaïda né en Irak grâce aux remous créés par l’invasion américaine en 2003 et ses suites funestes (la rébellion des sunnites, jusque-là au pouvoir, soudain marginalisés sinon pourchassés par la majorité chiite revancharde). Sous la houlette d’Abou Bakr al-Baghdadi, s’est focalisé sur la création d’un «Etat» – d’où l’expression «Etat islamique», qui a aboli les frontières «issues de la colonisation» entre Syrie et Irak. Daesh ne renie pas «l’ennemi lointain» (l’Occident), mais privilégie la lutte contre les chiites et les pouvoirs «impies» (Iran, Irak, Syrie) ainsi que l’installation d’un Etat et même d’un califat, proclamé en 2014, que très peu de sunnites reconnaissent pourtant jusqu’ici.

► DJIHADISTES

Ce vocable désigne les adeptes du djihad au sens le plus radical, extrémiste même, qui sont prêts à basculer dans la violence, à tuer et à se sacrifier pour leur cause, cause puisée notamment dans leur interprétation jusqu’au-boutiste du Coran et de la Sunna. N’est utilisé que pour des sunnites (même si les chiites possèdent aussi leurs radicaux). Les activistes de Daesh, des branches régionales d’Al-Qaïda, de Boko Haram, etc., sont des djihadistes. Leur rejet catégorique de toute autre forme d’interprétation de la religion les exclut de l’idée même d’une conciliation, d’une négociation avec quiconque ne partage pas leurs convictions.

► DJIHADISTES OCCIDENTAUX

Ils ont peu à voir avec l’oppression subie par les sunnites en Irak et en Syrie, même si leur perception des injustices subies par leurs coreligionnaires au Moyen-Orient (et notamment les Palestiniens, figures emblématiques) fait partie de leur environnement mental. Leur embrigadement met surtout en lumière une révolte de jeunes radicalisés pour plusieurs raisons et notamment la question identitaire ainsi que les discriminations sociales.

► TERRORISTES

Les terroristes recourent à la terreur: pour obtenir leurs buts et notamment faire régner chez l’ennemi insécurité et inquiétude, ils s’en prennent physiquement aux populations civiles (sans exclure les institutions). Ils tuent, blessent et sèment l’effroi par des attentats. La violence djihadiste n’est autre que du terrorisme.

► ISLAMOPHOBIE

Terme général désignant une attitude hostile à l’islam en général. Cette attitude intolérante est alimentée en Occident par la perception de l’islam comme une religion extrémiste et agressive propagée par les djihadistes (pourtant ultra-minoritaires parmi les musulmans). L’extrême droite fait son lit de l’islamophobie en jouant sur les peurs par la technique de l’amalgame.

Baudouin Loos

Article publié dans Le Soir du 26 novembre 2015.

 

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