Comment les Saoudiens défendent leur guerre au Yémen

Une tâche difficile. Alors que la guerre fait rage depuis deux ans et demi au Yémen entre la coalition menée par l’Arabie saoudite pour soutenir le camp reconnu par la communauté internationale (celui du président Abdel Mansour Hadi) et les rebelles dits «Houthis» alliés à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, les Saoudiens sont venus à Bruxelles ce 11 octobre expliquer leur position dans un séminaire organisé par le «Gulf Research Center» basé à Riyad, qui s’adressait aux experts européens. Tâche difficile, car cette guerre est sale, comme toutes les guerres, et les victimes s’accumulent.

Les responsables saoudiens et yéménites dépêchés dans la capitale de l’Europe ont égrené pendant près de quatre heures les mille et un griefs adressés aux Houthis, une minorité zaydite (une dissidence du chiisme), qui, avec les partisans de Saleh, contrôlent encore une partie importante du pays, dont la capitale Sanaa, malgré la campagne de bombardements aériens menée tambour battant par Riyad et ses alliés, dont les Américains, depuis plus de trente mois.

Des rapports embarrassants

Les orateurs se savaient attendus sur les rapports des ONG internationales défendant les droits de l’homme qui dénoncent les milliers de civils décédés sous les bombes. Ou encore sur le dernier rapport de l’ONU, ce mois-ci, blâmant toutes les parties en guerre pour les enfants tués, et accusant avec précision la coalition saoudienne d’avoir tué ou mutilé 683 enfants en 2016.

Directeur au Centre d’aide humanitaire Roi Salmane, Samer al-Jetaily était d’ailleurs chargé de présenter des «slides» déclinant les nombreux efforts saoudiens pour venir en aide sur le terrain aux civils yéménites victimes de ce conflit, totalisant jusqu’ici plus de 8 milliards de dollars.

Pour le colonel saoudien Ahmed Ibrahim al-Akili, «il est malaisé de distinguer les miliciens rebelles parmi les civils car ils ne portent pas d’uniformes militaires, ils cherchent refuge dans les écoles, les hôpitaux et les mosquées, alors qu’ils recrutent non seulement des mercenaires étrangers mais aussi des enfants-soldats». Son collègue Turki Saleh al-Malki, porte-parole de la coalition, a concédé qu’il n’existait pas de guerre sans dommages collatéraux, tout en insistant sur la prudence de la coalition avant la décision de frapper des cibles. «Quand un incident se produit, comme il y a un mois, nous le disons et enquêtons.»

L’Iran, l’obsession des Saoudiens

Les Saoudiens présents ont bien sûr fait état du soutien iranien aux rebelles houthis, présenté comme une évidence – et une obsession! –, même si les preuves formelles n’ont pas été exhibées. «Pour l’Iran, le conflit au Yémen sert de terrain d’expérimentation pour leurs missiles, drones autres armes», a lâché le colonel Al-Malki.

Même la présence au Yémen d’un troisième camp, les organisations djihadistes, terroristes, comme Al-Qaïda ou «l’Etat islamique», est imputée au camp Houthis-Saleh par les Saoudiens. «Sauf exceptions, Daesh ne s’est attaqué avec ses attentats suicides qu’à l’armée régulière du président Hadi, a expliqué Saïd al-Qahtani, responsable au département Contre-terrorisme au ministère saoudien de l’Intérieur. Les Houthis avaient libéré les chefs terroristes des prisons de Sanaa en conquérant la ville en 2014; ils les soutiennent pour nous déstabiliser.»

Une femme sans langue de bois

Seule voix européenne dans ce concert d’une tonalité unique, l’ambassadrice de l’UE a Yémen, Antonia Calvo Puerta, actuellement basée à Amman, en Jordanie, mais voyageant dans les deux camps, a tranché par son mépris pour la langue de bois. «La perception des choses par la population est importante, a-t-elle dit, et il faut dire que les Houthis ont réussi à faire passer leur vision, à sensibiliser les gens au fait qu’ils faisaient face à une invasion étrangère (en l’occurrence saoudienne et autre, NDLR). Ils ont aussi profité des difficultés économiques, et des salaires non versés, pour recruter des partisans.»

Et la paix? Elle a été évoquée par tous les invités. Les Yéménites et les Saoudiens pour vanter leur désir de paix et blâmer le refus catégorique de leurs ennemis de dialoguer. Antonia Calvo Puerta, de son côté, a indiqué que Bruxelles poussait les parties à la négociation car, a-t-elle prévenu, «les risques sont grands de voir ce pays livré à la fragmentation, à la somalisation, au règne des chefs de guerre».

BAUDOUIN LOOS

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