Travailler le travail, travailler sur soi

Bosser sur le travail, c’est bourré de paradoxes. C’est un peu comme se battre contre la violence, appeler au silence ou dénoncer la délation : y a un moment, on a comme l’impression d’un écho. Nos mots, nos images, nos sons nous reviennent irrémédiablement dans la face.

Une semaine seulement après le lancement de BÉNÉVOLES, on a déjà pu le constater. Fred et moi, on s’est vite rendu compte qu’on pouvait tout à fait faire un film pour dénoncer le travail abusif, celui qui rend malade, qui pousse à bout, et finir soi-même au bord de l’épuisement. On a remarqué qu’on pouvait tout aussi bien mettre à l’honneur des bénévoles qui rendent au taf’ tout ce sens dont il manque trop souvent et se demander soi-même comment on va boucler la fin du mois. Qu’on pouvait également remettre en questions les valeurs sociales et se demander si la paresse ne devrait pas en être une, tout en ne parvenant pas à se souvenir de sa dernière sieste.

Cordonniers mal chaussés ? Ce bilan qu’on peut dresser après une semaine d’expérience transmédia me conforte en tout cas dans l’idée que ce documentaire ne s’adresse pas qu’à vous. Nous aussi, on cherche des réponses. Et les conclusions qu’on tirera au terme de ces 15 semaines consacrées au boulot, il sera bon qu’on s’en inspire pour trouver la parade à ces constats qui n’ont finalement rien de surprenant. BÉNÉVOLES est donc bel et bien une œuvre collective car nous comptons sur vous, vos témoignages, vos conseils, vos éclairages pour nous aider à dégager de nouvelles perspectives, à regarder les choses sous un angle neuf qui nous permettra de dépasser ces paradoxes et faire taire l’écho de nos contradictions.

Patrick SÉVERIN

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Une réponse à Travailler le travail, travailler sur soi

  1. Annah dit :

    A mon sens ce paradoxe (travail sur/pour soi qui semble s’opposer à travail sur/pour la collectivité) tient dans une opposition créée par le système en place (pour ne pas le nommer, le capitalisme). Ce système crée un paradoxe, car il repose à la fois sur le mérite personnel (donc individuel) et la compétitivité (donc se comparer aux autres et à ce que l’on “vaut” par rapport à eux). Là ou cela ne “fonctionne pas”, c’est que le “mérite personnel” est évalué complètement différemment d’un individu à l’autre: il est complètement subjectif: pour certains, ce sera ce qu’ils apportent aux autres, pour d’autres ce sera le nombre d’heures de travail et les sacrifices, pour d’autres encore, les “risques” qu’ils prennent dans leur travail, etc… Par contre, la “compétitivité” (et son dérivé, la “productivité”) fonctionnent sous des critères beaucoup plus globaux, dépendant moins de l’appréciation de chaque individu.

    Bref tout cela pour dire, que moi je crois que c’est dans cette fracture entre ces deux aspects du travail qu’il faut actuellement rechercher une part du malaise actuel, de la “maladie du travail”.
    Lorsqu’on regarde une société traditionnelle, le travail chez eux fait beaucoup plus de sens, car ce paradoxe entre individu et plus grand groupe n’existe pas ou très peu. Chaque fonction assurée par un membre y fait du sens à la fois pour l’individu et pour la collectivité, car il n’y a pas tant cette idée d’ “échelle de mérite” ou de valeur plus ou moins importante: chaque tache accomplie est importante pour les individus concernés, mais pour le groupe aussi. Il semble que ce schéma “traditionnel” ne fonctionne vraiment que dans des petits groupes. Les associations se basant sur le bénévolat tendent à reproduire ce schéma de “petit groupe” et c’est pour cela je coris que cela fonctionne à ce niveau. malheureusement, à l’échelle d’un pays et de toute une société, ce schéma ne fonctionne plus et tout sens semble se perdre…. Alors la solution, revenir à des “pôles de travail” plus locaux?

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