“Je travaille pour survivre, pour rien”

Tous les jours, nous recevons les témoignages de personnes qui nous relaient leurs impressions, leurs sentiments, leurs révoltes et, bien sûr, leurs réponses à notre question “Et vous, pourquoi travaillez-vous ?

Ce dimanche, j’ai choisi de partager avec vous ce message de S. qui, à mes yeux, dépasse la complainte individuelle pour ressembler plutôt à un instantané sociétal, illustrant l’absurdité du système, et peut-être aussi au cri désespéré d’une génération en manque de repères.

Je suis curieux de lire ce que cela vous inspire.

Bonjour,

Je travaille depuis l’âge de 18 ans. J’ai repris mes études en cours du soir pour obtenir un diplôme parce que « sans diplôme, on est rien ». J’ai continué à travailler pendant mes études bien sûr, pour payer mon loyer, mes factures. Diplôme en poche, j’ai cherché un emploi mieux rémunéré, « dans ma branche ». Mais qu’est ce que ça veut dire ça, « dans ma branche » ?

J’ai fait des études pour le principe, pour faire plaisir aux parents, ne pas décevoir. Personne n’est sincèrement passionné par un métier tel que le secrétariat. Si vous aviez le choix, que feriez-vous ? Quand on choisit un métier, on choisit un gagne-pain, littéralement. Les métiers-passion sont rares et soit peu rémunérateurs (condition d’indépendant, expatriation, etc) ; soit nécessitent des études coûteuses et longues ; ce qu’un jeune de 18 ans qui doit s’assumer seul ne peut pas se permettre.

Alors j’ai trouvé un emploi « dans le sens de mon baccalauréat », pas bien payé, pourtant dans une multinationale sous gestion américaine qui fait des milliards de bénéfice par an,  40 heures semaines = 1250 EUR par mois. Et avec 4 ans d’ancienneté, ça a à peine changé.

Ajoutez la condition de sous-fifre extrêmement dévalorisante pour tout humain qui se respecte et vous obtenez un quotidien plutôt désagréable. Quoi qu’il en soit, CDI en poche j’entrevoyais enfin un avenir « meilleur » selon les critères sociaux communément admis. Mais non, vous ne pouvez pas obtenir votre prêt hypothécaire et non vous ne pourrez pas louer un appartement deux chambres qui vous permettra, enfin, à 28 ans, d’avoir des enfants.

L’entreprise déménage quelques 70 kms plus loin de chez moi. Et rien, pas de compensation. Ciao le job ; parce que non ce n’est pas possible de perdre 250 EUR net par mois pour continuer d’aller bosser. J’ai trouvé autre chose tout de suite, 60 à 70 heures semaine pour 1400 EUR. Où est ma vie ? Le week-end, je dors.

En somme, à la question que vous posez « Pourquoi travaillez-vous ? », je répondrais : pour survivre, pour rien. Je suis dégoutée par le système. Je ne comprends pas pourquoi je me lève chaque matin ; mais je sais que je me couche, morte de fatigue ; pour assumer le lendemain, c’est tout.

Ça n’a pas de sens, les jeunes ne peuvent plus se permettre d’avoir des rêves, ne nous étonnons pas qu’ils soient de plus en plus nombreux à en finir avec tout ça.”

S.

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5 réponses à “Je travaille pour survivre, pour rien”

  1. O. Delincé dit :

    Oui il s’agit bien d’une condamnation. On travaille pour des salaires de misères, avec des horaires qui nous coupent de toutes vies sociales décentes. On fait de nombreux kilomètres pour aller travailler. A peine sur place, on vous met directement la pression, Pression = surpression. Combien de temps peut on encaisser ce genre de traitement et tout ça pour quoi? Pour un salaire de misère qui ne permet pas de vivre décemment et qui nous abrutis. Si on ne travaille plus on perd vite le peu qu’on a acquit durement. Et la situation devient vite insoutenable car tout est fait pour consommer, énergie, nourriture, carburant, on fait tout pour nous asservir au système. Oui c’est bel et bien une condamnation, pour un crime que nous n’avons pas commis. Nous sommes privés de liberté et de toutes formes d’actions constructives, nous sommes les nouveaux esclaves du monde moderne des multinationales, marchés financiers, de la décadente mondialisation. Travailler pour consommer. Le cercle vicieux est parfait. Les générations qui nous précèdent n’ont aucun avenir, je comprends leur réaction.

    • Raphael V. dit :

      Posez vous la question…
      Est-ce à cause des entreprises qui sont obligées de rester concurrentielles avec le reste du marché ou plutôt à cause de l’état Belge qui nous “Prend” 50% de notre salaire pour payer tout le “malheur” du monde?

      • Patrick dit :

        Les 50% que prend l’Etat, je vous rappelle que ça VOUS sert aussi, et en l’occurrence mieux que si c’était facturé, profit compris, par une de ces multinationales. Pour mémoire, le système de santé US est à la fois le plus cher et le plus inefficace au monde, parce qu’idéologiquement il DOIT être géré par le privé. Le “malheur du monde” est précisément le sous-produit de l’activité de ces “pauvres” entreprises qui peinent à rester “concurrentielles”, en siphonnant les milliards de profits qui s’amassent en bulles financières de plus en plus destructrices. Mais sans doute ignorez-vous qu’en 30 ans, 10 à 15% du PIB est passé de la rémunération du travail à celle du capital. Et que le déficit public, historiquement, s’explique par les réductions d’impôt offertes aux plus riches et non par un quelconque excès d’aide sociale.
        Bref, à la “question” que vous posez, la réponse me paraît évidente: vous vous trompez de cible.

  2. ALBAN dit :

    on a clairement plus les moyens de réver ou d’avoir des petits plasirs.
    En france je viens d’apprendre l’augmentation du pack de bière de 15%.
    Encore et toujours des taxes qui servent à reboucher des trous pour cause de mauvaise gestion.
    Travailler pour pas grand chose , alors que pour beaucoup de sociétées , ce sont les actionnaires qui récoltent le fruit de notre travail.

  3. Joseph dit :

    J’en discutais hier avec mon épouse : sa fille, qui avec son mari travaille dans une très grosse société de télécoms en France, où ils ont tous deux des jobs à responsabilités, menait bien sa petite barque, vivant à peu de frais et arrivant à épargner quelque chose tous les mois pour s’acheter une maison.

    Depuis peu, elle s’est plainte à mon épouse qu’elle et son mari n’arrivent plus à mettre d’argent de côté, sans rien avoir changé à leur train de vie… Ajoutez à cela le fait qu’elle a dû se mettre pour la première fois en arrêt maladie pour cause d’excès de pression dans le boulot.

    Exigences croissantes des employeurs, salaires stagnants, inflation des prix… Tous les ingrédients sont réunis pour une aggravation de la crise. La ruée sur les iphones est sans doute un des derniers soubresauts de consommateurs compulsifs. Ceux qui surveillent leurs comptes vont tirer leurs conclusions et, immanquablement, réduire leur consommation ou consommer autrement.

    Cela ne manquera pas de provoquer une chute généralisée des ventes, avec licenciements à la clé, aggravation de la perte de pouvoir d’achat…un joli petit cercle vicieux.

    Qui n’aura eu d’autre origine que la cupidité jamais assouvie de quelques grands actionnaires et les malversations de quelques grandes banques, associées au manque de courage (ou à la mauvaise foi caractérisée) des politiques.

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