Travailleurs, vous me faites peur !

Hélène a 22 ans, elle est encore étudiante en Communication et le marché de l’emploi, elle n’en connaît rien. Elle l’a découvert ces deux dernières semaines à travers vos commentaires et témoignages sur les différents réseaux sociaux de BÉNÉVOLES. Verdict ?

Réveil, douche, café. Encore un matin. Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous êtes parti au boulot en sifflotant ? Je parie que non ! Je me présente. Je m’appelle Hélène, j’ai 22 ans et vous me faites peur. Voilà deux semaines que je réalise mon stage pour le projet BÉNÉVOLES et que je lis tous les jours vos témoignages.

Du coup, j’envisage sérieusement de prolonger mes études. Manifestement, job et plaisir ne font plus bon ménage. Le travail est-il malade ? Est-il une punition? C’étaient nos questions de départ. Et si je me base sur vos réponses sur les réseaux sociaux, je démissionne avant même d’avoir intégré le monde de l’emploi !

Pour renflouer des caisses trop vides, l’État projette cependant d’allonger le temps de boulonner. Je pleure. Parce que maintenant, pour profiter, apparemment, on doit être pensionné. Selon vos dires, je vais devoir mettre ma vie et mes envies entre parenthèses pendant 40 ans. Pour peu que je ne me sois pas écroulée d’ici là. Loin d’être réjouissante, ma profession me frustrera. Rythme, horaire ou distance du lieu d’activité, je ne sais pas encore ce qui gâchera mes journées. Comme nombre d’entre vous, je ne me ferai une raison.

Commentaire de la part de JiPe : (lors du 11:02 organisé sur lesoir.be le vendredi 21 septembre 2012)

le travail c’est 10-11 heures par jour (en prenant en compte les déplacement, manger à midi etc) en semaine. Le week-end, il faut faire le ménage, faire les courses, l’administration, voir ses amis etc… Il reste malheureusement peu de temps pour faire d’autres activités épanouissantes.

La fatigue s’accumulera durant la semaine. Métro, boulot, dodo. Mon nouveau salaire ne me permettra pas de sortir le week-end. Non ! De toute façon, je serai trop épuisée. Ma vie privée consistera en un repos salvateur. L’argent me servira de prétexte pour accepter l’inacceptable. Et quand des journalistes me demanderont « Et vous, pourquoi travaillez-vous ?», je trouverai ça con et je leur ferai savoir.

Le salaire serait la seule bonne raison poussant à la besogne. Que de désillusions ! Moi qui croyais encore en la fonction d’utilité sociale, au dépassement de soi et à la passion. Heureusement qu’il y a d’autres avis d’épanouis pour me rassurer un peu. Et puis, de toute façon, le marché de l’emploi sature. Je chômerai donc plus que probablement. Hourra ! L’oisiveté s’offre à moi !

Seul hic : je devrai subir les préjugés liés à l’assistanat. Mais peu m’importe d’être pensée comme une grosse larve profiteuse, je n’en rigolerai pas moins. Il me suffira de penser à ceux qui me jugent, jaloux et plaintifs. Ceux qui acceptent des conditions de travail déplorables.

La volonté des pouvoirs publics de repousser le temps de la retraite m’angoisse. Les nouvelles réformes n’ont rallié aucun souteneur et nombreux sont ceux qui ont émis leur consternation face au paradoxe entre l’allongement des carrières et la difficulté de trouver un emploi pour les jeunes diplômés.

Certains ont trouvé la solution. Si combiner vie familiale et emploi n’est plus épanouissant, il suffit de stopper le second. Annabel ne bénéficiera pas de pension. Son choix , elle le justifie par une meilleure qualité de vie. Convertie au bénévolat, ses problèmes se dénouent et son moral se porte au beau fixe.

Cependant, vous m’étonnez encore ! Malgré ce bilan très sombre, quand il s’agit de mettre un mot sur le travail, vous êtes bien moins sévères. Sur Facebook, on vous a proposé le sondage suivant :

Sur 78 votants, un seul d’entre vous a coché le travail comme une punition. Et comble du comble, cette personne, c’est Louise, une bénévole d’Amon Nos Hôtes ! C’est à n’y plus rien comprendre…

Hélène BREDART

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5 réponses à Travailleurs, vous me faites peur !

  1. Laloux Kevin dit :

    Ne t’alarme pas Hélène, j’ai 26 ans, je suis assistant social et je travaille en CPAS. J’ai pour ma part la chance de pouvoir mettre en place un projet qui me tient à cœur.

    Alors certes, ce n’est pas tous les jours la panacée, ni la joie, d’abord parce que le public avec qui je travaille n’est pas tous les jours facile, que oui, la misère humaine, je la rencontre de temps en temps, mais c’est cette même misère qui me rappelle l’opportunité de l’emploi que j’ai et ma volonté d’ajouter à ma manière une pierre à l’édifice.

    A côté de cela, je fréquente pas mal d’étudiant, qui eux en veulent, ne se posent pas de questions et avancent comme ils peuvent pour passer à autre chose.

    Oui, j’ai un job envoutant, qui me permet de vivre décemment sans pour autant réellement voir large, oui, je suis attentif à mon budget.

    Mais surtout, je me lève avec la banane aux lèvres, et parfois, lorsque le soleil brille, je siffle…

  2. Jean-Yves dit :

    La réflexion d’Hélène est très intéressante. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la société qui devrait réfléchir sur le travail, sa place, son sens et son importance comme valeur dans notre vie en société. Pour tout cela, je conseille de lire André Gorz (par exemple : “Capitalisme, socialisme, écologie”) d’abord, mais Bertrand Russell (“Eloge de l’oisiveté”) ou Jack London aussi.

    Ces auteurs, comme bien d’autres, en font le constat : le progrès technique, scientifique et logistique a tué le travail. La productivité du travail ne cesse d’augmenter. Désormais, nous ne vivons plus dans une société du travail. Mais nous refusons de le voir et entrons dans cette nouvelle société post-travail à reculons… La promesse de ce progrès était de libérer l’homme du labeur… Mais la promesse n’a pas été tenue. Les fruits de la productivité ont été investis dans la rente des plus riches. Ceux qui continuent donc de travailler, continuent de travailler trop. D’autres eux, ne travaillent pas. Ceux qui travaillent trop se consolent en dépensant trop et en consommant. On peut prendre l’organisation du travail dans notre société par tous les bouts, c’est toujours l’histoire d’un horrible gaspillage : gaspillage de sa propre vie pour ceux qui travaillent trop, gaspillage des compétences des jeunes et de ceux qui n’ont pas accès au monde du travail, gaspillage des richesses crées investies dans la rente et la logique du “toujours plus de profit”, gaspillage des ressources naturelles (source de notre prospérité) dans la logique “production-consommation” qui tourne en rond et qui n’a pas de sens anthropologiquement parlant (on travail (donc produit) pour consommer – on consomme pour créer de l’emploi donc pour travailler (donc produire) ). Est-on fait pour passer toute sa semaine derrière un bureau, ou a répondre au téléphone ? La consommation est finalement une maigre compensation ! Regardons tout ces burn-out, toutes ses déprimes…

    Aujourd’hui, il y en a qui ont un métier (enseignant, un agriculteur ou médecin par exemple), il y en a qui ont un emploi (un coordinateur dans une association par exemple) et il y en a qui on un travail ou des petits boulots (exemple : magasinier dans une grande surface, téléphoniste dans un call center). On peut apprécier un métier, un emploi ou un travail mais ce sont des choses bien différentes. On ne s’épanoui pas aussi facilement en exerçant un “boulot” (même si cela arrive et tant mieux) qu’un métier. Les enfants rêvent de devenir “enseignant”, “médecin”, “pilote d’avion” ou “agriculteur”, rarement “magasinier” ou “téléphoniste”. Interrogeons-nous donc sur la capabilité d’épanouissement dans les emplois proposés.

    J’ai la chance d’avoir un emploi que j’aime et je suis content d’aller au travail mais j’ai finalement trouvé un emploi près de chez moi (10 minutes de vélo), qui concerne des sujets qui me passionnent, qui est diversifié, qui me met en contact avec beaucoup de gens et je ne travaille qu’à 3/4 temps. Je suis persuadé que même si on aime son métier ou son travail, travailler trop nous abruti ! Le plus grand des chirurgiens doit avoir du temps, s’il le veut, pour faire du sport, pour s’intéresser à l’actualité, pour jouer de la musique, ou peindre, s’occuper de ses enfants, être amoureux, ne rien faire aussi et, pourquoi pas, faire du volontariat dans l’association de son quartier ! Bref, devenir concrètement et pleinement citoyen, père, artiste, solidaire, époux et glandeur… (re)devenir humain !!! Travailler trop et travailler loin épuise, use et enferme dans une bulle… quel intérêt a-t-on à s’endormir crevé tout les soirs devant la télévision…

    Pire, l’humanité travaille trop ! Le travail est entrain de détruire le monde puisque qu’aujourd’hui, chaque jour la société humaine détruit plus de richesses qu’elle n’en crée… Le travail est devenu une fin en soi, peut importe qu’il soit nécessaire, qu’il réponde à des besoins, qu’il est une utilité pour la société. Aujourd’hui, bien des gens vont travailler… et ce travail ne sert à rien, ou pire érode notre prospérité collective ! De nombreux ingénieurs ne mobilisent-ils pas aujourd’hui, au sein de centaines d’entreprises, toute leur science pour réduire la durée de vie de nos outils et objets de consommation (ce que l’on appel l’obsolescence programmée) ? Quel SENS cela a-t-il ? Quel sens cela a-t-il de travailler pour payer une voiture qui nous permet d’aller travailler ? Quel sens cela a-t-il de payer une crèche pour garder l’enfant que l’on ne sait pas garder parce que l’on travaille ? Une seule chose compte pour l’individu prisonnier du système, avoir un travail pour avoir un salaire. Une seul chose compte pour le système, produire toujours plus, faire consommer toujours, pour plus pour le profit, mais aussi parce que notre société est comme un enfant qui roule à vélo pour la première fois. Il sait bien qu’il va devoir s’arrêter mais retarde ce moment parce qu’il ne sait pas encore comment il va gérer cet arrêt. Il a peur de se retrouver parterre.

    J’ai donc une conviction réduisons le travail et donc simplifions et réduisons la taille de l’économie. Ce sera bon pour l’être humain, ce sera bon pour l’environnement. RÉDUISONS NOTRE TEMPS DE TRAVAIL ET PARTAGEONS-LE. Travaillons tous (hommes et femmes) parce que c’est un moyen de répartir les richesses, de trouver une place dans la société, de valoriser les compétences de chacun, d’exercer une parcelle de pouvoir, de créer des liens sociaux, mais travaillons moins pour vivre mieux, pour reprendre le contrôle sur nos vies et nos quotidiens. Relocalisons le travail aussi. Peut-être gagnerons-nous moins d’argent mais nous serons plus heureux, plus disponibles, plus créatifs, plus reposés. Nous redeviendrons des usagers et feront disparaître cette société de la consommation.

    La réduction et la répartition du temps de travail nous permettra de sortir de nombreuses crises… Quoiqu’il en soit, si nous ne choisissons pas cette voix, cette voix nous choisira !!!

  3. Arnaud Maréchal dit :

    Même si on retrouve dans cette réflexion des faits que nous constatons depuis longtemps, il est toujours bien de le dire clairement.
    Alors oui, c’est vrai que pour beaucoup, le travail est une sorte d’esclavage mieux rémunéré. Heureusement, quelques irréductibles résistent encore et prouvent qu’il est possible d’être bien dans sa peau, autant au travail que dans son temps libre.
    Je ne cacherai pas que choisir son travail est un “luxe”: cela demande souvent de la patience et souvent quelques sacrifices financiers en renonçant à pas mal d’emploi mieux rémunéré mais dévastateur. Mais au final, on se rend compte que l’on a pas besoin d’avoir la plus grosse voiture, la plus belle villa et j’en passe.
    Pour reprendre un exemple que je connais bien, je vais simplement mentionner un épisode de ma vie où je travaillais à la Commission Européenne. Il faut avouer qu’au début, ce travail était motivant et l’ambiance dans les bureaux très bonne mais, après trois ans sur place, des changements venait foutre le “bordel”. Cela m’a poussé à démissionner (ma lettre de démission ayant été bloquée dans le courrier interne). A la demande de mon chef d’unité, je suis resté encore 6 mois (pour finir l’année et passer le flambeau au suivant). Beaucoup m’ont traités de fou: “renoncer à un salaire pareil…”. Et pourtant, je me porte bien mieux depuis que je suis parti de cette soi-disant “place de rêve”.
    Depuis, j’ai revendu la maison, la grosse voiture et dois me contenter de rentrée financière très modeste mais je fais ce que j’ai choisi, suis respecté par mes collègues et les personnes qui bénéficient de mes services. J’ai un travail que j’ai choisi (en sachant que j’en ai refusé une flopée auparavant), je sonorise de temps en temps des concerts dans la bonne humeur et j’ai le temps pour des activités bénévoles (EPN, accompagnement et bientôt un journal en ligne).
    Alors même si je ne suis pas pleins de fric, j’ai de quoi tenir et ma vie a vraiment du sens.

  4. pierre dit :

    de deux choses l’une: soit les gens sont inconséquents, soit ces sondages ne dégagent aucun sens…

  5. ddc dit :

    Soit personne ne se retrouvait dans les choix réduits et caricaturaux proposés par ce sondage, soit la population “facebook” n’est pas représentative, etc.

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