“Il faut travailler moins pour travailler plus nombreux”

Ce midi, le Pr Mateo Alaluf, sociologue à l’ULB, a répondu à (une partie de) vos (très nombreuses) questions sur le thème du plein-emploi.

Morceaux choisis :

Quant aux gains de productivité nés des progrès technologiques :

“Productivité = gain de temps par unité produite. Cela s’est traduit dans l’après guerre par une répartition équilibrée des gains de productivité. Il en a résulté une diminution du temps de travail et une augmentation des salaires. Depuis les années 80 la situation s’est inversée. Les gains de productivité se traduisent alors en termes de chômage et de stagnation des salaires.”

Cela s’explique notamment “par les deux chocs pétroliers, l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, l’emprise du néolibéralisme ainsi que les transformations géopolitiques liées à la chute du communisme.

Quant à la réduction du temps de travail comme nécessité pour retrouver le plein-emploi :

En effet l’emploi intègre tant qu’il est utile et procure un revenu et des conditions de travail convenables. Dans le cas contraire il exclut. Il porte atteinte à la santé des travailleurs. L’augmentation de suicides liés au travail en est le symptôme le plus apparent. Il faudrait en effet travailler moins pour travailler nombreux.

Tout le monde n’est pas d’accord sur l’échec des 35 heures en France. Par rapport à la crise de 2008, les pays qui se sont le mieux tiré en matière de chômage (l’Allemagne et la Belgique…) sont ceux qui ont diminué le temps de travail en recourant notamment au chômage partiel.”

Quant au développement démographique en tant que limite au plein-emploi :

“Il s’agit je crains d’une vision Malthusienne très dépassée. Le grand démographe Alfred Sauvy avait montré le contraire. Nous fêtons d’ailleurs par un colloque le 50e anniversaire de son rapport salutaire sur la démographie wallonne.”

Quant à savoir si le plein-emploi est encore possible :

“Le plein emploi a été possible dans les années 1990. En 2000, le Conseil Européen de Lisbonne évoquait le plein emploi. Je crois que le plein emploi est possible.”

Le débat continue notamment sur Facebook.

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8 réponses à “Il faut travailler moins pour travailler plus nombreux”

  1. Tilmant Jean_paul dit :

    “Moins et plus nombeux”!,quand je vais chez le boucher,c’est ce que je lui dit,hé bienil ne me fait pas de réduction!!,

  2. Bernard dit :

    Vous avez tout à fait raison, Ellens, mais nous sommes pratiquement pieds et poings liés par l’Organisation Internationale du Commerce et nous ne pouvons taxer à outrance les importations pour financer notre chômage. Et quand vous voyez que la Chine se refuse à réévaluer le Yuan. La seule politique raisonnable serait d’aligner les taux de change au prix d’une heure de main d’oeuvre “standard”. Mais ce n’est pas demain que les exploiteurs de certains pays se rendront compte qu’ils pourraient gagner autant en produisant moins. ceci dit, je connais au moins un fabricant d’électronique près d’Anvers qui peut produire à des prix chinois. C’est possible grâce aux machines, seules les pièces en plastique sont fabriquées en Chine ( les moules, très coûteux) y coûtent 4 ou 5 fois moins cher que chez nous )

  3. roark dit :

    Bref, la même rhétorique que nous sortent les marxistes depuis 150 ans…
    À l’époque, Marx critiquait déjà la mécanisation de la production, mais ces sophismes ont été déjà réfuté…

    Le problème est que cela se base sur le postulat fallacieux qu’il y a une réserve disponible d’emplois limités.
    Or plus les gens travaillent, plus ils ont des moyens => plus de demande => plus de travail. L’offre crée sa propre demande.
    Cependant, il faut aussi que le travail crée du profit, sans quoi il n’existe pas.
    Et actuellement le problème est que le profit est bouffé par une forte fiscalité excluant les emplois moins productifs, sans compter la règlementation qui empêche les ajustements des prix à la baisse.

    Ce qu’il faut pour créer des emplois, c’est les opportunités, le profit, l’initiative.
    C’est la seule façon, ça s’est toujours fait ainsi.

    Partager le travail est une fausse bonne idée car on aboutit alors à une perte de compétitivité puisqu’on est obligé de ne pas faire travailler les personnes les plus compétentes pour partager leur poste à des personnes moins compétentes. Cette sous-optimalité aboutit à augmenter les couts, ce qui crée au final plus de chômage.

    En tous cas, la France, avec ses 35h, a toujours plus de chômage que chez nous…

    De plus, la hausse de la productivité signifie des couts du travail plus faibles, ce qui permet d’engager plus de monde, de diversifier les investissements et aussi de supporter plus d’impots.

    Vous voulez faire travailler 8 personnes là où il en faut 2 ? Cela coutera 4x plus cher en main d’oeuvre et les prix augmenteront en conséquences, ce qui fait qu’il n’y aura pas de débouchés.

    «ainsi que les transformations géopolitiques liées à la chute du communisme.»

    C’est honteux ! On fait l’apologie d’un régime criminel totalitaire…
    Ça, c’est l’excuse typique des extrêmes gogoches qui cherchent des justifications…
    Non, il n’y a pas eu de “néolibéralisme” décomplexé par la chute du communisme, mais il y a eu la transposition dans nos régimes de moyens fascisant soi disant pour faire face à la Chine.

    La Chine s’ouvre au capitalisme et nous botte le c*l. C’est donc en adoptant le socialisme que nous allons les compétiter ???

    • Patrick dit :

      “Ce qu’il faut pour créer des emplois, c’est les opportunités, le profit, l’initiative.
      C’est la seule façon, ça s’est toujours fait ainsi.”

      Ben oui, selon vous, l’histoire n’existe pas, ce que vous avez sous les yeux a toujours existé, c’est l’état naturel du monde. ET dans l’état naturel du monde il y a le profit. Ben voyons. Les pires idéologues libéraux n’osent pas définir comme ça ce qui est un système inscrit dans le temps et l’espace. C’est marrant, vous opposez une “rhétorique marxiste” ce qui se veut dénigrant, et par contre votre “état naturel du monde” n’aurait rien d’idéologique. Formidable. Ou “honteux” comme vous dites, en tant qu’insulte à l’intelligence.

      Vous érigez la compétitivité en “état de nature” aussi, et c’est une partie essentielle du problème. S’il n’y avait pas redistribution par la fiscalité, ce qui vous fait horreur, ce système serait DEJA tombé depuis longtemps. Et depuis qu’il est devenu idéologiquement difficile de taxer le profit (et la richesse en général), c’est bizarre, le système est de plus en plus instable, et il y a de plus en plus de chômeurs. C’est bizarre, non?

      Il faudra quand même que vous développiez un point, puisque vous “argumentez” de l’optimisation des ressources: comment un système qui met au chômage (je dis “met” plutôt que “laisse” parce que ça lui est fonctionnel) un bon quart de la population active (quel que soit le pays développé si l’on compte correctement) peut-il être présenté comme un système qui optimise l’allocation des ressources?

      Les emplois ne sont pas une ressource naturelle limitée comme vous le supposez, c’est un choix de société.

      “Sophisme”, disiez-vous?

  4. DELFOSSE dit :

    Oui, travailler moins, pour travailler plus nombreux…
    Mais surtout couper les vivres (revenus) à ceux qui ne veulent plus travailler et “profiter” d’un système social trop bien “rôdé” (chômage)!
    Revoir en profondeur le système de l’aide sociale, car il y a des besoins réels chez certaines personnes et des “profiteurs” d’un système chez d’autres personnes…
    Là il y a une marge importante de travail à développer!!!

    • Patrick dit :

      Expliquez-moi en quoi les chômeurs d’aujourd’hui sont responsables d’un niveau de chômage constamment au dessus de 500 000, en Belgique, depuis 1977?

  5. jupiter dit :

    bonjour de France

    Au risque d’être d’un pessimisme désespérant, je dirais que le fantasme absolu et ultime des organisations patronales, c’est l’entreprise sans employés et sans salaires à verser, sans charges. Le but ultime étant la destruction du travail, ou tout au moins sa réduction au strict minimum vital pour les entreprises. L’idée n’est pas neuve.
    Le pire est que cela n’empêchera en rien la hausse des indices boursiers. Ne rêvez pas trop au partage du travail : celui-ci va se faire de plus en plus rare. L’argent de vos futures hausses de salaire et celui qui aurait dû financer vos retraites est parti depuis bien longtemps dans un paradis fiscal ou dans un fond de pension américain. De plus, tout ce qui aurait encore pu rapporter de l’argent au différents états européens (péages d’autoroute, chemins de fer, production d’énergie…) a été bradé depuis longtemps au plus (moins ?) offrant sous prétexte de libéralisme et de concurrence. Les états n’ont pas le droit se plaindre qu’ils n’ont plus de rentrées financières : ils l’ont eux mêmes décidé. Il ne reste plus qu’à faire payer les populations qui rêvaient à une Europe sociale et humaine au moment du référendum de Maastricht.
    Bonne réflexion à tous.

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