Faire bosser les chômeurs gratos, c’est pour bientôt ?

Financer l’oisiveté, c’est terminé ! Cette maxime un peu abrupte, Rotterdam l’a faite sienne. Le chômage y tutoie les 12%, soit le double de la moyenne nationale, et grève son budget.

Pour corriger cette anomalie comptable, la municipalité a décidé de mettre ses chômeurs à contribution via un programme social, WerkLoont («le travail paie»). Pendant près de 4 mois, le demandeur d’emploi alterne deux ateliers de formation et huit heures de travail «obligatoire» par semaine. Il n’est pas vraiment obligé, ce serait illégal, mais s’il refuse, crac dedans. Gratuitement, il aide donc la commune à entretenir la voie publique. Il balaie, nettoie les rues, efface les tags, ramasse les papiers…

Si la mesure parait assez radicale, les autorités communales, à majorité travailliste, soutiennent le projet, précisant qu’il ne s’agit pas d’une utilisation pure et simple d’une main d’œuvre sans frais mais bien d’un programme d’accompagnement social doublé d’une aide à la collectivité. Et pas question ici de parler de stigmatisation des chômeurs. Non mais.

Et donc, si on refuse ? Sanction immédiate, au premier accroc, les allocations sont réduites de 30%. Au second, merci et au revoir, les aides sont purement et simplement supprimées. L’an dernier, plus de 2.700 chômeurs ont suivi ce programme et 1.160 d’entre eux ont disparu des tablettes de l’administration : si 40% ont décroché un vrai job, 60% ont préféré perdre leurs droits.

En Belgique, ce genre de mesure n’est pas encore d’application, même si l’idée fait son chemin. Un chômeur qui ne cherche pas activement d’emploi peut déjà être pénalisé (diminution, voire suspension des aides) mais pas encore question de le « forcer » à travailler. Une prochaine étape peut-être.

Pour BÉNÉVOLES, à la veille des élections communales, on a voulu creuser la question. A Liège, où le taux de chômage tourne autour des 19%, on a interrogé les candidats au poste de bourgmestre sur la pertinence ou non de cette mesure, qu’ils jugent, à tout le moins, excessive.

Christine Defraigne / MR
“Il faut clairement qu’on débatte de cette question, sans tabou et de manière positive. Sans peut-être aller aussi loin, il y a des pistes à creuser pour remettre dans le circuit ces chômeurs en fin de droit qui peuvent se rendre utiles, retrouver un rythme de travail, de la dignité. Le drame du chômage de longue durée, c’est le décrochage social. Pour le contrer, il faut encourager ces personnes, les remettre dans le circuit, comme nous le proposons dans notre projet de tutorat communal. Cette problématique englobe un débat plus large qui est celui de l’accompagnement des chômeurs, de leur formation vers des emplois en pénurie chronique par exemple. En Wallonie, plus de 50.000 postes restent vacants faute de candidats adéquats !”

Willy Demeyer / PS
Oui ben non en fait, pas de réaction du Bourgmestre, indisponible toute la semaine.

Michel Firket / CDH
Même s’il faudrait une loi pour appliquer ce genre de pratique dans notre pays, je ne pense pas que sanctionner les chômeurs qui refusent soit très productif. A contrario, pourquoi ne pas proposer aux personnes en fin de droit d’assurer des travaux d’intérêts généraux en même temps qu’une formation pour leur permettre de se réinsérer dans le marché du travail ? Proposer – et non forcer – des activités occupationnelles, contre rémunération, permettrait de se former vers un emploi nouveau. Dans ce sens, il me parait primordial de multiplier, voire repenser les conventions de premier emploi pour les jeunes chômeurs qui sont prêts à fournir les efforts nécessaires pour décrocher un travail.

Raoul Hedebouw / PTB
Ce qui se passe à Rotterdam n’est rien d’autre que l’importation du modèle allemand et son principe d’activation des chômeurs mis en place depuis plusieurs années.
Après tout, si on part d’un raisonnement simpliste, on pourrait se dire « pourquoi ne pas faire travailler ces chômeurs qui sont payés par la société afin qu’ils rendent service ? » Mais ce serait oublier que faire travailler des personnes pour un salaire excessivement bas provoquera irrémédiablement une dérégulation du marché du travail. On serait dans une situation de dumping salarial, comme c’est déjà le cas en Allemagne où les salaires ont fortement régressé. Un patron pourrait logiquement se dire qu’il est plus avantageux pour lui « d’embaucher » un chômeur à moindre frais au lieu de continuer avec un salarié. Les premières victimes de ce genre de mesures seraient, en plus des chômeurs, les travailleurs actifs menacés par une espèce de concurrence interne qui casserait leur salaire.

Bénédicte Heindrichs / Ecolo
Cela participe à cette grande vague de conditionnalité de l’aide. Alors qu’il faut poursuivre sur cette idée fondamentale de collectiviser la solidarité, mettre ainsi à l’amende des personnes déjà précarisées me parait contre-productif. On reste sur cette idée que le chômeur est nécessairement fautif. Certes, il existe des dérives, des fraudeurs, des profiteurs mais quid des autres chômeurs en recherche active ou qui sont dans une réelle logique de survie ? De plus, cela me parait un peu paradoxal de forcer des gens à travailler pour des métiers qui existent déjà, tout en les dévalorisant d’une certaine manière. Cela décrédibilise un travail qui est tout aussi respectable.
Et puis c’est bien commode actuellement de taper sur les chômeurs, plutôt que d’accentuer la lutte, par exemple, contre la fraude fiscale ou la criminalité en col blanc, bien plus dévastatrice.

François Schreuer / Vega
Il ne faut pas se leurrer, ce genre de proposition n’est ni plus moins que du travail forcé. Or, de nombreux textes internationaux, la convention des droits de l’homme interdisent explicitement que l’on puisse forcer quelqu’un à travailler. Nous sommes totalement opposés à ces initiatives qui, de toute façon, ne résisteraient pas à un examen devant la Cour de Strasbourg. L’un des droits fondamentaux est la contractualité du travail, avec salaire à la clef. On ne peut pas obliger quelqu’un à travailler contre son gré. Ce genre de dérives nous inquiète car il nous semble qu’il existe d’autres alternatives pour baisser le nombre de chômeurs, comme la diminution du temps de travail par exemple.

François COLMANT

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4 réponses à Faire bosser les chômeurs gratos, c’est pour bientôt ?

  1. Xavier dit :

    Il est désolant de voir à quel point les politiques wallons sont unanimes à octroyer des droits à leur fonds de commerce (i.e. les chômeurs), et à n’en exiger aucune contrepartie sous forme de devoirs.

    Quoi de plus normal que de demander une petite contribution à la collectivité en échange d’argent payé par cette même collectivité.

    Non; c’est de “l’esclavagisme”, du “travail forcé”, … Bienvenue au Royaume des amalgames électoralistes.

    On ne parle pas de revêtir les pauvres chômeurs d’un costume rayé, de les parer d’un boulet au pied et de leur donner un marteau pour casser des cailloux. Mais bien de rendre des menus services un jour par semaine, pouvant améliorer le quotidien de tous.

    Services pour lesquels ils touchent déjà une rémunération.

    Il est choquant de voir la proportion de chômeurs de Rotterdam qui préfèrent perdre leurs droits que de travailler sous cette formule. Deux explications possibles, concernant cette catégorie de chômeurs : ils ont probablement d’autres sources de revenus, ou alors une très haute estime d’eux-mêmes, estimant que l’argent leur est dû. C’est peut-être ce manque d’humilité qui les a conduits au chômage.

    Courage à ceux qui cherchent réellement ; il y a du travail pour tous.

    • Patrick Séverin dit :

      Pour nourrir ta réflexion, Xavier, notamment en ce qui concerne ta dernière phrase :

      https://vimeo.com/50471280

    • eili dit :

      et quel genre de boulot?

      éboueur? bien..alors , on va virer des ouvriers communaux qui auront toutes les peines du monde à trouver un emploi, déja qu’ils n’ont que des contrats d’1an et un salaire de misère..

      les autres job, il faut une formation, qui dit formation dit qualification dit aussi assurance et contrat
      de plus , rien ne dit qu”ils feront le boulot correctement parce que primo, ils ne peuvent pas être viré vu que vous suggérez qu’ils n’auront pas de contrat et il faut encore prouver qu’ils l’ont mal fait intentionnellement(..on est dans un état de droit.)

      ou encore qu’ils ne subissent pas une basse vengeance (genre le job,c’est ramasser les ordures , un collègue ou une personne à priori de son entourage renverse les dites saletés après son passage intentionnellement pour le faire virer..c’est du vécu)
      ( pas de contrat , pas de syndicat…alors? on fait quoi??)

      vous voulez du boulot pour tous? sortez de votre grotte …
      98% de tout les jobs , quelque soit l’endroit , sont automatisables
      on délocalise le travail uniquement pour ne pas avoir à les automatiser et à se frotter aux syndicats
      quel % de travailleurs ne pourrait pas dire de sa journée qu’il a1-2heure par jour payer à rien faire(alors évidemment , on cache ca, on travaille plus lentement ,par exemple, dans les cpas et les communes…)

      le plein emploi,c’est une idée désuète du 19eme siecle où il n’y avait pas de chômeurs , seulement des sdf et des vagabonds

      les chômeurs ont une utilité publique, on ne conserve un droit que quand on l’éprouve, et secundo , grâce à eux vous payez moins cher vos courses, certains gardent leur job..les quelques 1.3% de votre salaire( eh oui pas plus…) qu’on vous retire tout les mois est directement reversé dans la machinerie.

      vous voulez moins de chomeurs? convainquez les employeurs de faire un bond en arriére de 50ans, là où les peu qualifiés ou pas du tout trouvaient un job, là où un gradué faisait un boulot de gradué et un ingé , un boulot d’ingé, là où il n’y avait pas les moyens techniques pour remplacer des heure/homme par des heure/machine..

      mieux que ca, faites un bond de 500ans, au moyen age les paysans avaient plus de droit que nous maintenant et étaient mieux traités

      les chomeurs ne touchent pas uné rémunération, ils touchent une allocation de SURVIE, une aide sociale..
      et si quelques milliers de chomeurs en profitent grand bien leur fasse…
      vivre au jour le jour, voir la fin du mois dés le 5 du mois, rentrer dans un état dépressif parce qu’on leur fait bien sentir qu’ils sont des sous-humain et parce qu’ils ne font rien de leur journée , qu’ils ne se lèvent plus le matin…ne pas pouvoir aller chez le medecin ou chez le dentiste, bouffer une fois par jour, ne pas pouvoir se payer de vêtements.

      c’est ca la vie de chomeur.
      et c’est pas en les forcant à travailler comme vous dites , mais plutot à devenir les intouchables de belgique que ca améliora leur situtation,
      ca ne flatte juste que votre égo, celui d’une personne qui se croit au dessus d’eux, indispensable…

      vu que le chomage est limité dans le temps pour certain, une chose” est sure, pour ces personnes là, 15% de ceux qui perdent leur chomage disparaissent littéralement de la société.
      ils ne sont pas chez des amis, des parents, ne sont pas au cpas, ils ne sont plus là.. point barre.

      le jour où vous ferez agressé par un mal lavé, édenté, pour une poignée d’euro, félicitez vous d’avoir suggérer de les faire bosser pour rien, de ne pas les avoir défendu , de ne pas avoir défendu vos droits.
      et le jour où vos grand parents iront faire un casse ,juste histoire de se faire choper par les flics histoire d’avoir un toit et à manger en prison..
      n’oubliez pas, vous aviez la solution, mais les politicards ne vous ont pas écouté !!!
      (eh oui, on commence par les chômeurs, on suit par les les pensionnés et on fini par parquer les sdf,rom et malades mentaux, c’est systématique)

      il n’y a pas de travail pour tous, il n’y en aurait plus, il y en aura de moins en moins et vous êtes le prochain sur la liste.
      acceptez-le.

      • Onstone dit :

        C’est quand même une réaction extrême.

        et quel genre de boulot? éboueur, aidant dans des collectivités (homes, centres pour jeunes,…), entretien dans des espaces verts,… un catalogue de choix varié qui peut vouer des vocations, faire découvrir des métiers mal perçus.

        Virer des ouvriers communaux ? Les gens sont tellement sales qu’il faudrait le double du personnel actuel. Et surtout pas supprimer les postes actuels car ils permettent d’assurer l’accompagnement mais aussi de faire certaines tâches (comme c’est la cas dans des écoles provinciales d’horticulture, des ouvriers qui complétent le travail des élèves)

        Je vous rejoins sur un point, le licenciement abusif, un point où il faut être extrémement vigilant pour les chômeurs.

        les autres job, il faut une formation, assurance et contrat? excusez moi mais certains postes ne réclame que très peu de formation (4h pour certains) j’ai déjà fais des boulot où il ne fallait pas de diplôme et le suis enseignant, une tâtche simple s’apprend vite.

        Le sabotage sur le lieu de travail est réellement un problème qui n’est pas sanctionné, c’est une injustice minante.

        ( pas de contrat , pas de syndicat…alors? on fait quoi??) logiquement, en Belgique on peut se syndiquer en étant au chômage !!! C’est même l’une des première chose à faire lorsque l’on quitte l’école.

        Mais vous avez tout à fait raison, le plein emploi n’existe plus. et même si nos jeunes jouent les dures, vous n’imaginez pas la crainte qu’ils ont. Car ce qu’ils voient , ce sont des postes qui se ferment, des portes qui ne leurs seront jamais ouvertes.

        Mais hors de question de supprimer les chômeurs, ça tout le monde est d’accord. Simplement les

        Il est clair qu’un ingénieur ne fait pas spécialement de l’ingénieure, sinon je serais en bureau d’étude et par prof dans le spécialisé (ce que je ne regrette pas).

        Et la vie de chômeur ou enfant de chômeur, n’est pas chose facile. Comme vous le dite, il y a le medecin et le dentiste mais c’est chaque jour une dévalorisation.

        Alors dans c’est proposition, il n’y a pas à flatter l’égo, car d’anciens chômeurs vont trouver dans ce genre d’idée de très bonnes choses.

        Mettre en place cette participation citoyenne de 8h semaine, permettrait aussi de valoriser quelqu’un par son travail, de le faire participer à la société de l’y insérer et de le maintenir!!!

        Les exemples que vous donnez sont ahurissants !
        Voir ma grand-mére faire un casse pcq son petit fils à tondu la pelouse d’un home du CPAS ou ramasser les déchets devant une sortie d’école, c’est quand même un sacré scénario !

        (eh oui, on commence par les chômeurs, on suit par les les pensionnés et on fini par parquer les sdf,rom et malades mentaux, c’est systématique)
        HO OUI et on met des petites étoiles sur les vêtements pour les reconnaître !!!
        Non plus sérieusement, c’est les même dérives que pour le mariage pour tous en France. Doucement Spielberg.

        il n’y a pas de travail pour tous, il n’y en aurait plus, il y en aura de moins en moins et vous êtes le prochain sur la liste.
        acceptez-le.
        Advienne que pourra mais c’est pas 8h par semaine qui va me tuer.

        Bisous

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