Entre vous et nous : cette semaine, je ne parle pas de vous !

Hélène a 22 ans, elle est encore étudiante en Communication et le marché de l’emploi, elle n’en connaît rien. Elle le découvre jour après jour à travers vos commentaires et témoignages sur les différents réseaux sociaux de BÉNÉVOLES. Mais cette semaine, elle ne parle pas de vous. Cette semaine, Hélène fait grève.

C’est décidé. Cette semaine, je ne m’intéresse pas à vos commentaires.Ne pleurez pas, je fais grève ! Avec mes copains, nous avons séché les cours mercredi pour rejoindre un rassemblement liégeois. Et si, aujourd’hui, j’ai des cloches au pied, la voix perdue et quelques désillusions, hurler contre les mesures d’austérité était une nécessité citoyenne. Parce que « c’est qui qui doit payer les pots cassés ? C’est pas nous, ce sont les banquiers ! ».

Photo: Florence Vanwerts

10h30 : le rendez-vous est fixé place Saint-Paul. La FGTB y organise un meeting. En retard, je cours. En arrivant, la gorge sèche, j’aperçois des blouses rouges assises à la terrasse des cafés de la rue voisine. Je ne me suis pas gourée de lieu, certains syndiqués n’ont simplement pas compris l’appel du jour à la non-consommation. C’était la veille qu’il fallait prendre un pot, les gars ! Un discours particulièrement modeste arrive alors à mes oreilles . Le syndicat le prononce du haut du balcon. « La place est rouge de monde. (…) La FGTB se félicite de la mobilisation de ses troupes ». C’est beau cette capacité de s’autocongratuler.

Photo: Florence Vanwerts

Déambulant parmi la foule, je ne trouve pas mes amis et mes nerfs lâchent. L’occupation alcoolisée des lieux me choque. D’ailleurs, je ne suis pas la seule. Les chuchotements exaspérés roucoulent. Une autre constatation m’interpelle. Cette grève européenne n’a pas réussi à unir les principaux syndicats wallons. La CSC s’est rendu à la Médiacité. Nous comprenons alors un des buts non dévoilés de ce snobisme : éviter une rupture de stock des pains-saucisses.

Amis retrouvés, nous suivons ensuite un groupe motivé jusqu’au siège du PS, place Sainte-Véronique. Il est composé d’un bon nombre d’associations, d’indignés, de quelques anonymous et des citoyens comme moi. Là, deux excités tapent à coup de pied dans la porte en bois du bâtiment qui finit par se briser. Ces derniers ne sont pas à l’image des manifestants. D’ailleurs, une meneuse criera dans son mégaphone que de tels agissements ont pour effet de discréditer le propos. Après, nous longeons le jardin botanique. Au croisement de la rue Saint-Gilles, deux jeunes filles enroulées dans des couvertures nous scrutent depuis une fenêtre. « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », crie un couple. « Les jeunes dans la misère, les vieux dans la galère, de cette société-là, on n’en veut pas », chantent les autres.

Photo: Florence Vanwerts

Il doit être aux alentours de 14h quand nous allons rechercher la FGTB pour renforcer la troupe. L’invitation ? Tous se diriger vers l’hôtel de ville. La réponse ? L’ignorance. Une centaine d’affiliés dont certains ivres remarquent à peine notre présence. J’ai envie de les attraper et de les secouer voire de leur hurler dessus mais je n’ose pas. Un peu bredouille, le groupe se retranche. Direction l’hôtel de ville, quand même. Un dispositif sécuritaire s’y tient en force. Il y a presque autant de policiers que de marcheurs. C’est comique. « La police avec nous », lance un homme. Eux aussi refusent l’invite.

Petite pause accomplie, nous repartons. Cette fois, c’est l’ONEM et la dégressivité des allocations de chômage que nous allons huer. Sifflet en bouche et l’air décidé, une dame âgée se pointe elle-même du doigt et tente de raconter : « Je n’ai plus de voix mais je suis là ! ». Le rassemblement s’achèvera à la RTBF. Photographie du groupe affichant une pancarte « free hugs » devant les forces de l’ordre plantées à l’entrée, un responsable du journal télévisé vient à nous. « Non à la désinformation ! », crient quelques-uns. Il discutera avec trois manifestants. Le service public dit vouloir rester neutre. De la journée, on n’a pas vu beaucoup de journalistes. Il est décidément plus difficile de se faire entendre quand on critique l’austérité plutôt que la disparition d’un sapin de Noël.

Hélène BREDART

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