14 avril 2010

“High value, low impact”

Catégorie Au Bhoutan

 Himalaya

Le vol de Paro (aéroport international du Bhoutan) vers Delhi est un des plus beaux du monde. Il longe l’Himalaya! Voilà pour la photo sympa.

Nous voilà donc de retour du Bhoutan. Avec quelques jours de recul, je peux affirmer que ce qu’il se passe là-bas du point de vue de la gestion du pays est passionnant et tout-à-fait original. Les plus hauts responsables du pays – le Roi en premier lieu – ont su insufflé un élan pour une gestion différente de la chose publique, non strictement guidée par l’argent. L’esprit y est résolument positif et les Bhoutanais que nous avons rencontrés – certes parmi les plus au fait du Bonheur National Brut – sont véritablement portés par la mise en application de ce qui était encore il y a peu un concept abstrait.

“Nous pourrions appeler les grandes compagnies minières pour exploiter notre sous-sol, libéraliser le tourisme, exploiter beaucoup plus nos forêts, etc. Mais nous préférons nous développer modérément et tenir compte d’autres facteurs, comme la culture, l’environnement et le bien-être”, expliquent en substance les responsables interviewés. “High value, low impact!”, est le mot d’ordre adopté par tous.

Pour ce faire, le Bonheur National Brut est inscrit dans les institutions mêmes. Ainsi, l’équivalent de notre Bureau du Plan est devenu la Commission du BNB, qui a pour objectif de monitorer les décisions prises par le gouvernement de façon à s’assurer qu’elles ne vont pas à l’encontre du Bonheur, au sens bhoutanais du terme (j’y reviendrai).

Bien sûr, tout n’est pas rose. La pauvreté dépasse les 25%, il n’y a pas à proprement parler de sécurité sociale, la formation et le chômage restent des problèmes majeurs. Qu’on ne s’y trompe pas, on est bien dans un pays en voie de développement. Mais quel développement!

(photo : Fabienne Liénard)

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Commentaires

2 réponses à ““High value, low impact””

  1. Olivier Bailly, le 10 mai 2010 14 h 52 min

    Bonjour,

    En 2008, j’ai interrogé Ruut Veenhoven.Directeur du Journal of happiness studies, ce professeur de Rotterdam a mis au point un indice du bonheur, calculé à ce jour pour 95 pays. Sur le Bouthan, voilà ce qu’il me disait :

    “Oubliez ce pays. Nous n’avons pas de données pour le Bhoutan. Son Produit de Bonheur Brute est un slogan politique, pas une mesure. J’ai découvert combien l’étude réalisée sur ce pays était mauvaise et j’ai retire les informations du classement. Des hauts fonctionnaires de l’élite remplissaient les questionnaires. Pas vraiment le plus représentatif d’une population, n’est-ce pas ?”

    Qu’en est-il sur place ?

    Olivier

  2. bonheurbrut, le 10 mai 2010 20 h 47 min

    C’est effectivement la question. Et le fait que certaines élites aient un discours proche de celui de directeur du marketing – avec un positionnement du Bhoutan comme une marque et une “unique selling proposition”, selon les termes de l’un d’entre eux – va dans ce sens.

    Ceci dit, plusieurs éléments me semblent sortir de l’ordinaire et valoir la peine de s’attarder au cas du Bhoutan :
    - c’est à ma connaissance le seul pays qui ait intégré dans ses institutions mêmes l’usage d’un indicateur alternatif (l’IDH ou autres indicateurs alternatifs sont bien-sûr très pertinents, mais quel nation a posé des actes concrets pour s’en servir comme outil de décision politique ?);
    - ils prennent effectivement des décisions qui tiennent compte d’autres éléments que les seuls rentrées financières (notamment en matière de tourisme, en termes de protection de leur environnement, de leurs ressources naturelles);
    - de leur aveu même, le Bonheur national brut est en cours d’élaboration permanente, et ils ne commencent que depuis peu à réellement le concrétiser, à réaliser des enquêtes sur une échelle suffisamment large.

    Pour ces raisons, et aussi parce que le terme lui-même de “Bonheur” national brut fait le contre-point exact du Produit intérieur brut, je crois que c’est un bon révélateur de ce que nous faisons. Et c’est à ce titre, celui de révélateur, de “metteur en évidence”, que je trouve intéressant le Bonheur national brut.

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