24 mai 2010

Interview de Jigme Thinley, Premier ministre du Bhouthan

Catégorie Au Bhoutan, Vidéo

Jigme Thinley, Premier Ministre du Bhoutan

 Cliquer sur la photo pour voir un extrait vidéo de l’interview

Jigme Thinley est le chef du gouvernement bhoutanais. A la fois chaleureux et charismatique, c’est un orateur hors pair, à l’anglais d’une grande qualité. Il faut dire qu’il a étudié l’administration publique à l’université de Pennsylvannie. Discussion à bâton rompu.

 

Dans quelle mesure le BNB implique une forme de contrôle qui peut aller à l’encontre de la démocratie ?

 

Le BNB est mené au Bhoutan au travers de quatre stratégies (développement économique, préservation de la culture, environnement et bonne gouvernance, n.d.l.r.). Ces stratégies sont simplement destinées à créer les conditions dans lesquelles un individu peut trouver le bonheur.

 

Le BNB n’est pas prescriptif. Le gouvernement ne dit pas que le BNB est l’objectif que chacun doit poursuivre ni que c’est ce qu’il faut faire pour trouver le bonheur. Par contre, la responsabilité de l’état et du gouvernement est d’aider les individus à accéder au bonheur.

 

 

Pensez-vous que le BNB puisse être appliqué à d’autres pays, et spécialement à un pays plus peuplé et industrialisé comme la Belgique ?

 

La manière dont un état assure la répartition des richesses varie d’un pays à l’autre, d’un leader à l’autre, mais partout le bonheur reste fondamentalement l’objectif. Au Brésil, par exemple, nous avons trouvé un pays très différent du Bhoutan, tant du point de vue de sa taille que de son économie, de sa démographie, du fossé entre les plus riches et les plus pauvres.

 

Et le concept de BNB a séduit les pauvres mais aussi les plus nantis. Parmi ceux-ci, il y a une prise de conscience que la richesse ne donne pas la paix de l’esprit, que la prospérité ne donne pas à leurs enfants une vision de la vie soutenue par des valeurs humaines.

 

 

Dans nos pays industrialisés, suivre le BNB impliquerait, dans une certaine mesure, un retour en arrière ?

 

Le BNB ne promeut en aucune manière la pauvreté. Le BNB ne dit en aucune manière que les besoins et les désirs matériels doivent être rejetés. Le BNB reconnaît aussi que le PIB a son utilité en tant qu’indicateur. Mais ce n’est qu’une mesure de l’activité économique.

 

Le BNB suggère que les besoins des hommes ne sont pas uniquement économiques et matériels. Il y a d’autres besoins, de type psychologiques, spirituels et affectifs. Et un besoin ne doit pas dominer l’autre.

 

Par exemple, le PIB de la Californie a augmenté durant le procès d’O.J. Simpson, à cause des activités économiques que cela a suscité, spécialement dans le secteur de la publicité. Quand un crime est commis, quand une maison est brûlée, par exemple, cela génère beaucoup d’activité économique : l’implication des pompiers, les assurances, le chantier de reconstruction. Mais en fait, le bonheur, la paix, la stabilité ne sont pas créés.

 

A un niveau plus large, la croissance du PIB à tout prix conduit à de nombreux problèmes, dont la dégradation des ressources naturelles. Au Bhoutan, nous sommes directement confrontés aux impacts du réchauffement de la planète. L’Himalaya est très fragile. On peut voir clairement que nos montagnes perdent leur couverture neigeuse. Nos glaciers fondent de plus en plus vite, causant des crues.

 

Nous ne pouvons exploiter nos richesses sans fin. Ne serait-ce que pour les générations futures. C’est pourquoi, par exemple, nous avons introduit dans notre dernière déclaration de politique gouvernementale la notion d’équité inter-générationnelle.

 

Pourquoi avez-vous intitulé cet indicateur « Bonheur national Brut », et non « Bien-être national brut », par exemple. Pourquoi ce terme de « bonheur » ?

 

Si vous êtes en bonne santé, vous avez une maison confortable, vous avez suffisamment pour vivre, peut-être est-ce assez pour votre bien-être. Mais cela ne résout pas la question de votre état psychique et affectif. Le bien-être ne questionne pas cela alors que le bonheur le fait. Le BNB s’adresse aussi bien aux aspects pratiques que psychiques. Et il implique un état d’esprit actif, dans le lien avec les autres. On ne peut pas être heureux si l’entourage est malheureux.

 

Le bonheur n’a jamais vraiment été abordé par les scientifiques et par le monde académique car il est considéré comme une idée utopique. Mais il y a maintenant de plus en plus d’intérêt pour le BNB, car il est indispensable de disposer d’un paradigme de développement alternatif. C’est pourquoi nous avons développé un ensemble d’indicateurs qui nous donnent une évaluation de l’état de notre société et de ses individus.

 

Cela mesure des aspects classiques comme l’éducation, la santé, l’emploi, mais aussi des éléments plus complexes comme ce à quoi on consacre son temps, l’équilibre que l’on trouve entre travail et loisir, l’environnement, la vitalité de la communauté dans laquelle on vit.

5 commentaires - donnez votre avis !

Commentaires

5 réponses à “Interview de Jigme Thinley, Premier ministre du Bhouthan”

  1. Taquin, le 25 mai 2010 13 h 56 min

    l’article est pas mal. Mais il serait plus facilement lisible sans les codes html

    bien à toi

  2. bonheurbrut, le 25 mai 2010 20 h 02 min

    Bizarre… Je ne vois pas de code HTML.

  3. théo, le 26 mai 2010 15 h 42 min

    moi je trouve que le blog est bien fait car on s’y retrouve et c’est pas le bazar !
    les photos sont belle et les textes compréhensible ;-)

  4. DEMEZ Robin, le 18 juin 2010 13 h 50 min

    Je trouve également que l’article est bien rédigé et la photo bien prise. Continuez la rédaction de ce blog sur le bonheur brut.

    Cependant, le bonheur est peut-être à prendre avec prudence car d’origine américaine et risque de se retrouver en contradiction avec des conceptions morales plus ancrées sur le continent européen que sont la Vérité, Justice et Sainteté.

    Il me semble en tout cas. Le défi à venir posé par votre blog est celui des capabilités d’épanouissement des humains et humaines que nous sommes et nous de l’obligation de faire carrière ou autres.

  5. sver, le 6 août 2010 16 h 14 min

    Il n’y a qu’un H à Bhoutan…

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