18 mai 2017

Evasion massive à Makala mais les politiques refusent de partir

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Cela ressemble à un mauvais film, à un remake de « prison break » : alors que le 17 mai était jour de congé et que cette année le Congo célébrait le 20e anniversaire de la chute du président Mobutu et de la prise de pouvoir de Laurent Désiré Kabila et ses alliés, des hommes armés ont pris d’assaut la prison de Makala à l’aube. Pompeusement appelé Centre pénitentiaire de Kinshasa, l’établissement qui abritait 1300 détenus du temps de la colonisation comptait aujourd’hui plus de 8000 pensionnaires, des détenus de droit commun, des « shege » enfants des rues, mais aussi des prisonniers politiques détenteurs de tous les secrets de la République. Dans cette prison, les détenus s’ « autogèrent » en fonction de leurs moyens financiers et de leur rang social.
Présentés comme des partisans de Zacharie Dabiengila, alias Ne Muanda Semi, député de la province du Congo central, à l’Ouest de Kinshasa et leader de la secte politico religieuse Bundu-Dia-Congo, des assaillants prirent la prison d’assaut dès les premières lueurs de l’aube et les combats firent de nombreuses victimes. Mais surtout, les pavillons où s’entassaient les détenus se vidèrent en quelques heures : le premier à perdre tous ses pensionnaires fut le pavillon des femmes, situé près de la porte d’entrée de la prison, tandis que les autres s’ouvraient les uns après les autres. Enfants des rues, petits et grands malfrats se volatilisèrent aussitôt dans cette ville de 10 millions d’habitants, se dirigeant vers les quartiers populaires de Tshangu où ils furent accueillis en héros et aussitôt protégés par la population. Alors que le régime ne reconnaissait qu’une cinquantaine d’évasions, plusieurs sources faisaient état d’un bilan beaucoup plus lourd : quelque 4630 prisonniers auraient réussi à prendre le large. Jamais le Congo ni même le Zaïre de Mobutu n’ont connu une évasion d’une telle ampleur.
Véhicules calcinés, traces de combats , la prison de Makala présentait jeudi matin un aspect apocalyptique mais curieusement les pensionnaires du pavillon 8 n’avaient pas quitté leur cellule : redoutant un piège, ou des exécutions sommaires sous prétexte de délit de fuite, les prisonniers politiques détenus dans ce pavillon particulier s’abstinrent de faire la belle tandis que Ne Muanda Nsemi, le chef de la secte prenait le large emmené par ses partisans. C’est en mars dernier que le député avait été arrêté, accusé d’outrage au chef de l’Etat et vilipendé pour vouloir restaurer l’ancien royaume du Congo. Au lendemain des évènements les spéculations allaient bon train : les uns estimaient qu’il s’agissait d’un coup sévère porté à la crédibilité du régime, incapable d’assurer la sécurité des détenus alors que l’on compte plusieurs dizaines de victimes parmi le personnel pénitentiaire et parmi les polifoiers chargés de garder la prison.
Cependant dans le contexte politique tendu qui est celui du Congo, où le nouveau Premier Ministre a prêté serment sous les sifflements de l’opposition tshisekediste, d’aucuns mettaient en parallèle l’évasion de Ne Muanda Nsemi avec celle de Gédéon Kyungu, l’un des chefs de guerre du Katanga qui ressemblait à un coup monté, afin de fomenter des troubles dans la province du cuivre. Certains se demandent si Muanda Nsemi, à la tête de ses partisans galvanisés par le « haut fait » de Makala ne tentera pas à son tour des déstabiliser le Bas Congo, créant ainsi une autre poche d’insécurité ce qui hypothèquera davantage encore la préparation des élections et en particulier l’enrôlement des électeurs…

17 mai 2017

Cette journée où, à Kinshasa, tout bascula…

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Les derniers jours qui précédèrent le départ du président Mobutu, la chute d’un régime installé depuis 32 ans, je les ai passés à Brazzaville, sur la rive d’en face. Après la dernière rencontre organisée à Pointe Noire, sur l’Outenika, où j’avais vu Nelson Mandela aider un Mobutu chancelant à s’engager sur la passerelle du bateau sous le regard impassible de Laurent Désiré Kabila, tout était allé très vite : la Division spéciale présidentielle avait cédé sans combattre, le chef d’état major zaïrois, le général Mayele avait été abattu, accusé par Kongolo, l’un des fils de Mobutu, d’avoir trahi et livré la ville, l’avion présidentiel, pris pour cible par des soldats furieux et impayés, avait emmené le président, son épouse et quelques rares fidèles à Gbadolite et de là au Togo…La bataille de Kinshasa n’avait pas eu lieu et la ville se réveillait incrédule, regardant avec curiosité des soldats inconnus qui remontaient les avenues en longues files et demandaient quelquefois aux passants surpris de leur indiquer la route.
Depuis Brazzaville, il n’y avait pas moyen d’embarquer, tous les transports sur le fleuve étaient provisoirement suspendus. Sur le quai cependant, d’où je m’apprêtais à regarder de loin cet évènement historique, le propriétaire d’un canot à moteur me propose d’aller sur le fleuve afin disait-il, de se rapprocher autant que possible de Kinshasa. Sans hésiter, je montai à bord, laissant derrière moi ordinateur et bagages, n’emportant, à toutes fins utiles, qu’une serviette blanche dérobée à l’hôtel. Contrairement aux prévisions, le canot s’engagea hardiment sur les eaux grises et après avoir été immobilisé par les jacinthes d’eau qui s’étaient prises dans le moteur, il avança vers la rive kinoise, disposé à m’y laisser débarquer. La berge, non loin du Beach déserté par les ferries, était déserte. Seul un jeune militaire nous tenait en joue, plus attentif que vraiment menaçant. Sans trop réfléchir, brandissant ma serviette de bain blanche en guise de drapeau, je lui criai « Amahoro » «la paix » en kinyarwanda. Il baissa aussitôt son fusil, me rendit la salutation et, sans autre mot, me laissa passer. C’est à pied, me faufilant jusqu’au boulevard du 30 juin, que je pénétrai dans un centre ville pratiquement désert, étrangement calme. Peu à peu, des amis, des collègues, me décrivirent les dernières heures du régime, la manière dont, à Kenge, sur la route du Bas Congo, le dernier verrou avait sauté, grâce au soutien que l’armée angolaise avait apporté aux troupes rebelles.
Le long des grandes artères, avançant en colonnes, des soldats maigres, sans insignes sur leurs uniformes et chaussés de bottes noires, progressaient calmement, acceptant en silence l’eau et le pain que leur tendait la foule. Etrange libération que celle là, dépourvue de cris, d’ovations, de liesse populaire. Parfois au coin des rues, on découvrait des soldats à taille d’enfants, qui se reposent la tête appuyée sur leur fusil ou qui, l’allure menaçante, escortent leur afande (chef).
De tels vainqueurs surprennent tout le monde : par leur silence, leur discrétion, leur rigueur. Si quelques chefs embarquent les plus belles voitures dans des avions militaires, les sans grade, eux, se montrent intraitables : ils tirent à bout portant sur les petits voleurs, n’hésitent pas à fouetter ou battre des pillards. Plus tard, de plantureuses Kinoises circulant en pantalons moulants recevront des fessées ou des coups de fouet et les vainqueurs, moralistes d’un jour, leur ordonneront de reprendre leur pagne.
Convoquée à la première conférence de presse du nouveau pouvoir, dans une salle de l’hôtel Intercontinental, je partage la surprise des Kinois. Je reconnais certains des cadres politiques de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) déjà rencontrés à Goma et Bukavu ou durant leur exil en Europe. Au lieu d’arborer un sourire triomphant, de se réjouir d’une victoire méritée, certains d’entre eux ont l’air emprunté, sinon gêné et d’autres, des Tutsis du Nord Kivu, regardent l’assistance avec arrogance. De manière confuse, ils annoncent en même temps des élections, un « pouvoir à la base », promettent l’arrivée prochaine de Kabila, le « tombeur » de Mobutu et en attendant, confirment que les transports sont suspendus. Pas de ferries vers Brazzaville, ni d’avion pour où que ce soit. Les troupes belges et françaises qui attendent sur la rive d’en face resteront l’arme au pied, mes bagages ne suivront pas ( ni mon ordinateur, ce qui m’obligera à écrire à la main et à dicter d’ !interminables articles…)
Les Kinois, eux, sont prêts à fêter Kabila. Ils ne connaissent que de nom le vieux rebelle, qui avait si longtemps défié Mobutu depuis son maquis sur les bords du lac Tanganyika et qui avait survécu grâce au commerce de l’or. Ils savent qu’il est devenu le porte parole de cette étrange Alliance où des opposants congolais rentrés d’exil ont rejoint des troupes hétéroclites composées d’unités rwandaises et ougandaises précédées par des rumeurs de massacres, de soldats angolais présents depuis Kisangani… Chacun sait que le fils de Kabila, Afande Joseph, fait partie de la nouvelle armée, mais il est invisible.
Dès l’annonce de l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, des civils, par petits groupes, se dirigent vers l’aéroport, dans l’intention d’accueillir et de fêter leur nouveau chef, celui qui les a débarrassés de l’une des plus anciennes dictatures d’Afrique. Ils n’en auront pas l’occasion : c’est de nuit, après trois jours d’attente, que le tombeur de Mobutu arrivera à Kinshasa, enfermé dans une voiture blindée, dissimulé derrière des vitres fumées. «Discret comme un voleur, sinon un imposteur » jugeront aussitôt les Kinois déçus. Lorsqu’après trois jours, une première rencontre sera organisée avec Etienne Tshisekedi, l’intraitable adversaire de Mobutu, le héros local ne mâcha pas ses mots : « pour être accepté, vous devez vous débarrasser de ces étrangers qui vous entourent… »
Dès le départ, les termes du malentendu étaient posés : le nouveau pouvoir qui s’installait à Kinshasa était perçu comme étranger et il faudra des mois à Laurent Désiré Kabila pour s’émanciper de la lourde tutelle de ses alliés, qui ne voyaient pas en lui le président de tous les Congolais mais le simple porte parole d’une entreprise régionale visant à mettre l’immense Zaïre sous la tutelle (économique sinon politique…)de ses voisins. Lorsqu’un an plus tard, fin juillet 1998, Kabila se décida enfin à congédier les troupes rwandaises qui l’avaient accompagné, la deuxième guerre du Congo fut entamée. Moins de 48 heures plus tard, les soldats rwandais retraversaient la frontière à Goma…
Le 16 mai 1997 à Kinshasa, j’avais cru assister à la fin d’un long règne alors que je n’étais qu’au début d’une nouvelle spirale de malheurs…

17 mai 2017

De Mobutu à Kabila en passant par Machiavel

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Que de différences entre Joseph Désiré Mobutu et Joseph Kabila ! Les origines, la filiation idéologique, le caractère. Alors que le premier, orateur de talent, a longtemps réussi à conquérir les foules par son sens des formules, son humour, sa dégaine, le second est le « maître du silence » ; il cache le fond de sa pensée, calcule à long terme… Mobutu, malgré un jeu d’équilibre rendu possible par la guerre froide, a longtemps fondé son pouvoir sur l’ appui des Occidentaux alors que Joseph Kabila n’a pas hésité à ouvrir son pays aux Chinois, mais aussi à la Corée, à la Turquie, sans oublier les alliés africains omniprésents. Avec lui, le Congo, ce coffre fort longtemps chasse gardée des Belges et des Américains, s’est ouvert au monde, pour le meilleur mais aussi pour le pire.
Apparemment, tout sépare le « Léopard » qui recourut à l’authenticité pour forger une identité nationale et mit en œuvre le culte de la personnalité, de l’homme discret, inoffensif en apparence, mais qui frappe en silence et, calmement, élimine ou discrédite un à un rivaux ou adversaires. Au début cependant, le désir de reconstruire le pays étaient le même : Mobutu, après les rébellions voulait réunifier un Congo devenu Zaïre, le pacifier, le doter d’une conscience nationale et ses rêves s’incarnèrent dans des constructions aussi grandioses que sur dimensionnées (le Palais du peuple, l’échangeur de Limete, -jamais achevé-, la Voix du Zaïre…)Joseph Kabila aussi, héritant en 2001 d’un pays divisé par la guerre, pillé, détruit, voulut reconstruire, bâtir un Etat de droit fondé sur une Constitution adoptée par referendum, faire entrer son pays dans la modernité…En 2001, comme au début du règne de Mobutu en 1965, tous les espoirs étaient permis, un géant reprenait vie au cœur de l’Afrique…
Mais dans les deux cas le temps a fait son œuvre, implacable : si Mobutu lisait Machiavel, Kabila, visiblement, s’est inspiré de… Mobutu ! Aujourd’hui comme hier, la classe politique s’enlise dans des « dialogues », les bons offices de l’Eglise catholique (Mgr Monsengwo hier, la conférence des évêques aujourd’hui), tournent court, des membres de l’opposition sont invités à participer au pouvoir (c’est-à-dire au partage du gâteau), les échéances électorales sont reportées ; alors que l’isolement international s’accroit, le pays, après une croissance prometteuse et mal partagée, replonge dans la crise. Les entourages aussi commencent à se ressembler, quand ils ne sont pas les mêmes : d’anciens mobutistes recyclés, forts de toutes les « ficelles » du passé, des faucons, des flatteurs qui omettent de dire au « chef » qu’il est nu, qu’il est seul, que la population appauvrie est déçue car le « social » n’a pas été au rendez vous. Et que dire d’une armée divisée, des hiérarchies parallèles, des « services » tout puissants, de l’application implacable de la vieille recette « moi ou le chaos », semer la violence pour être le seul à pouvoir y mettre fin, entretenir le désordre pour rendre impossibles les consultations populaires…
Au Congo, même la mort a des allures de déjà vu : enterré au Maroc, Mobutu attend toujours d’être ramené au pays. Enfermée dans une morgue bruxelloise, la dépouille d’Etienne Tshisekedi a fait l’objet de marchandages honteux. En 1996 cependant, alors que tout semblait bloqué, l’impensable survint, une guerre venue d’ailleurs. L’histoire, avec ses différences et ses similitudes, mériterait d’être lue et méditée jusqu’au bout.

14 mai 2017

L’Arche de Zoë version wallonne: des enfants congolais qui n’étaient pas orphelins…

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« Lorsque, pour la première fois, en octobre 2013, l’organisme d’adoption m’a remis la photo d’une petite Congolaise, quelque chose s’est passé au plus profond de moi et d’emblée j’ai aimé celle qui allait devenir ma fille. L’ « apparentement » (c’est-à-dire la procédure d’attribution d’un enfant destiné à l’adoption) avait eu lieu, des jugements favorables avaient été prononcés, en Belgique comme au Congo, tout semblait en ordre sur le plan légal. Ne restait plus qu’à attendre que se termine le moratoire décidé en novembre 2013 par les autorités congolaises, qui avaient momentanément bloqué les départs d’enfants.
Alors que l’attente se prolongeait, les choses se sont gâtées : la deuxième photo ne montrait pas la même enfant, je ne reconnaissais plus « la mienne », beaucoup plus jeune que la fillette de sept ans que j’avais sous les yeux…La troisième photo était encore différente, mais à mes questions, l’organisme d’adoption répondait que je n’étais pas capable de reconnaître des enfants congolais, comme si tous se ressemblaient…Entretemps un psychologue belge avait été envoyé à Kinshasa afin d’en avoir le cœur net mais sans résultat. De son côté, l’association Toumaini avait installé les enfants dans un nouvel orphelinat car le premier était vraiment misérable, nous avions du envoyer de l’argent, 400 euros par mois, pour subvenir aux besoins de l’enfant… » Lorsque la fille de Mme R est arrivée, après deux ans d’attente et une date de naissance qui ne correspondait pas, les débuts ont été difficiles : « la petite était violente, révoltée, elle hurlait. Il m’a fallu longtemps pour établir la confiance… »Si aujourd’hui les relations entre Mme R et la petite fille se sont apaisées, le cauchemar n’est pas pour autant terminé : « lorsque j’ai vu les images ramenées de Gemena (province de l’Equateur) par le journaliste de Het Laatste Nieuws, j’ai bondi : il apparaissait que des enfants avaient été enlevés à leur famille, sous prétexte d’un bref séjour de vacances qui leur était proposé à Kinshasa et que de là, ils avaient été envoyés en Belgique ! »
Se demandant si sa fille était réellement orpheline, ou si elle avait été victime d’un enlèvement, arrachée à ses parents biologiques, Mme R s’est portée partie civile et a consulté Me Beauthier.
M et Mme C sont tout aussi angoissés : eux aussi avaient constaté que les photos changeaient, que ni les âges ni les noms ne correspondaient et aujourd’hui, ils sont persuadés du fait que la petite T, lorsqu’elle a pris l’avion pour la Belgique, venait d’arriver de l’Equateur cinq jours seulement avant le grand voyage vers l’Europe! Eux aussi se sont constitués partie civile, et les images ramenées de Gemena par le journaliste flamand les hantent : « nous aimons la petite T. comme notre fille, elle s’est habituée à nous, elle fait partie de la famille. Mais sans arrêt, nous pensons à la maman là bas, à l’avenir de notre fille… A l’école, depuis la diffusion de ces images venues du Congo, ne va-t-on pas lui poser des questions, raviver ses souffrances ? »
La colère des parents à plusieurs cibles : elle vise d’abord les organismes d’adoption en Belgique, Sourires d’enfants et Larissa (qui ont fusionné) et Toumani, leur correspondante au Congo, chargée de « découvrir » les enfants susceptibles d’être adoptés et de les héberger, aux frais des parents candidats à l’adoption. Elle se dirige aussi vers les responsables de l’ACC (autorité centrale communautaire) chargée de l’adoption, et en particulier le directeur Didier Dehou, vers le psychologue , vers la juriste… Ces fonctionnaires, avec un rien de condescendance, ne répétaient ils pas aux parents inquiets que tout était sous contrôle, vérifié, certifié, ne réitéraient ils pas leur confiance à l’égard de Mme Julienne Mpemba, qui faisait le lien entre les organismes belges et Toumaini à Kinshasa ?
Après la levée du moratoire décidé par les autorités congolaises (sous la pression des représentants des Etats Unis, du Canada, de la France, de la Belgique, eux-mêmes harcelés par les organismes d’adoption et par certains parents…) n’aurait il pas fallu faire preuve de prudence ? Interpréter des signes inquiétants, comme le fait qu’à plusieurs reprises, le personnel congolais de Toumani avait séquestré les enfants à la veille de leur départ pour la Belgique, exigeant d’être payé ? N’aurait-il pas fallu s’interroger sur le déménagement de l’orphelinat, sur la crise financière traversée par les organismes d’adoption, sur les montants croissants réclamés aux parents : « le coût total de toute la procédure s’élève à 18.000 euros » nous explique un grand père, tandis qu’un couple a du contracter un emprunt et que plusieurs parents absorbés car cette affaire ont perdu leur emploi…
Il est vrai que Mme Julienne Mpemba, fondatrice de Toumaini, avait de quoi convaincre : juriste de formation, cette belgo-congolaise est fonctionnaire à la Région wallonne, elle figura sur la liste PS à Thuin tandis qu’au Congo, elle jouissait de la protection du tout puissant Evariste Boshab lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Depuis novembre 2016 cependant les choses se sont gâtées : le Parquet fédéral a ouvert un dossier avec la suspicion de séquestration d’enfants et de trafic d’êtres humains, Mme Mpemba a été arrêtée puis remise en liberté, des perquisitions ont eu lieu au cabinet de Rachid Madrane qui a succédé à Evelyne Uyttebroeck au poste de Ministre chargé de la Famille à la communauté française.
Le reportage publié par Het Laatste Nieuws jette désormais le doute sur toutes les adoptions réalisées au départ du Congo par Toumaini et les associations correspondantes en Belgique, avec l’approbation de la communauté française: combien d’enfants étaient ils réellement orphelins ?

14 mai 2017

Adoptions: le malentendu Nord Sud

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Ce nouveau développement dans la saga des adoptions en provenance du Congo illustre, si besoin en était, la profondeur du malentendu : si les fonctionnaires en charge des dossiers finissent souvent par céder et déclarer recevables des cas qui mériteraient à tout le moins plus ample examen, c’est parce qu’ils sont soumis à d’intenses pressions. Les familles européennes désireuses d’adopter un enfant originaire d’un pays dit du « Sud » considèrent souvent que l’adoption est un « droit » et que leurs représentants politiques autant que les fonctionnaires chargés du dossier, doivent tout mettre en œuvre pour satisfaire ce désir légitime. Cette demande pressante, impérieuse, peut pousser les responsables à réduire le temps consacré à l’examen des cas, à faire confiance à des intermédiaires bien introduits ou présentant bien, à se passer de visites sur le terrain ou de vérifications trop précises. A ces négligences s’ajoutent, parfois, les méprises d’ordre culturel : en Afrique, dans des familles très pauvres, où les parents ne peuvent ni nourrir leurs enfants ni payer leurs études, il arrive que les jeunes soient confiés à des parents plus fortunés, cette « cession » momentanée ne signifiant pas pour autant un abandon définitif des droits parentaux. Dans ce cas, le malentendu vécu par les familles d’adoption est total : elles croient recevoir la charge, ou le cadeau, d’un véritable orphelin, qu’elles pourront chérir et considérer comme un membre à part entière de sa nouvelle famille et non d’un « pensionnaire » momentané…
Comment ne pas relever aussi un autre aspect du malentendu : combien sont-ils qui sont convaincus, en toute bonne foi, du fait qu’un enfant originaire d’un pays pauvre aura de toutes manières plus de chances de s’épanouir dans une famille aisée, aimante, dans un pays doté de bonnes écoles, que dans son milieu d’origine ? Quels sont les droits de l’enfant ? Quels sont les droits de sa famille, de sa communauté ? Y pense – t on vraiment, tant sont écrasants les avantages matériels à court terme et prometteuses les perspectives d’avenir ?
Une dernière observation s’impose : alors que tout le monde est d’accord pour que des contrôles soient opérés, afin de garantir tant les droits des enfants que ceux des familles adoptantes, est-il bien raisonnable de maintenir ouvertes les filières de l’adoption internationale dans des pays tels que le Congo, où l’Etat est encore défaillant, où, trop souvent, tout se vend et tout s’achète ? Y compris des êtres humains…

14 mai 2017

Adoptions: après le moratoire congolais, les opérations ont continué

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En novembre 2013 un moratoire adopté par le gouvernement congolais jetait le trouble dans le monde de l’adoption internationale : troublé par des accusations faisant état d’enfants qui auraient été «vendus » au Canada et aux Etats Unis et envoyés dans des couples monoparentaux, le président Kabila décrétait la suspension de tout départ du Congo d’enfants destinés à rejoindre des familles d’accueil. Désireux d’y voir plus clair, le président voulait aussi que soient vérifiées les allégations selon lesquelles, Outre Atlantique, des enfants congolais auraient fait l’objet d’un trafic lucratif et auraient, dans certains cas été adoptés par des couples homosexuels, hypothèse choquant profondément l’opinion nationale. Depuis la France, les Etats Unis et aussi la Belgique, les réactions furent nombreuses, les pressions se multiplièrent sur Kinshasa afin que soit levé le moratoire et les missions diplomatiques à Kinshasa se faisaient le relais des pressions exercées par les parents et les organismes d’adoption inquiets de voir se fermer le” marché” congolais. Les nouveaux développements enregistrés, en Belgique cette fois, devaient cependant démontrer à posteriori le bien fondé de la prudence des autorités congolaises.
Au moment du mpratoire, encouragées par les organismes d’adoption, ept familles belges, fortes de jugements favorables déjà prononcés, tant au Congo qu’en Belgique, firent le voyage de Kinshasa en espérant pouvoir ramener des enfants qu’elles considéraient déjà comme leurs. Après sept mois d’attente, au cours desquels les familles furent hébergées gracieusement dans des locaux de l’ambassade de Belgique et soutenues moralement par la délégation de la Fédération Wallonie Bruxelles, les dossiers finirent par se débloquer et les familles, avec leur enfant congolais, purent regagner la Belgique. La joie de la réunification fit oublier tous les déboires, parmi lesquels les sommes importantes réclamées par l’organisme congolais d’adoption, Toumaini et l’organisation partenaire belge Larissa, qui entendaient non seulement faire couvrir tous les frais d’hébergement des enfants mais aussi permettre l’accueil de nouveaux candidats à l’adoption internationale.
Par la suite, en dépit des avis de prudence émis par de nombreux spécialistes, les adoptions au départ du Congo se poursuivirent, principalement mises en œuvre par Larissa et sa partenaire congolaise Toumani, sous la houlette de Mme Julienne Mpemba, une Namuroise qui fi, à chaque occasion, faisait état de nombreux soutiens sinon protections, en Belgique du côté du PS et à Kinshasa du côté du ministre de l’Intérieur de l’époque Evariste Boshab. Depuis novembre 2016 cependant, il semble que les choses soient en train de se gâter : le Parquet fédéral a ouvert un dossier à l’encontre de Mme Mpemba, qui a été arrêtée puis remis en liberté et des persquisitions ont eu lieu au siège du ministre chargé de la Famille à la Communauté française Rachid Madrane successeur d’Evelyne Uyttebroek. En outre trois familles se sont portées partie civile et ont chargé Me Beauthier de poursuivre l’affaire.
C’est qu’un reportage publié par le quotidien het Laatste Nieuws a confirmé les craintes des familles, déjà nourries par plusieurs indices préalables : les enfants arrivés en Belgique ne ressemblaient pas aux photos déjà envoyées depuis le Congo, les âges ne correspondaient pas et les petits candidats à l’adoption ne répondaient pas au nom qu’ils étaient censés portés. Comme si, une fois arrivés à l’orphelinat de Kinshasa, leur nom avait été modifié afin d’effacer toute trace de leur famille et de leur lieu d’origine ! D’où le soupçon terrible qui hante les familles d’adoption : ces enfants sont ils réellement orphelins ou ne seraient ils pas plutôt les victimes d’un trafic d’êtres humains ?
Les assurances données par les fonctionnaires de la communauté française en charge de l’adoption internationale ne rassurent pas davantage les familles : durant longtemps, en dépit d’indices inquiétants, ils ont maintenu leur confiance envers les organismes d’adoption, belge et congolais, les frais ont été considérés comme normaux , sinon inévitables alors que, s’élevant parfois à 18.000 euros au total, ils grevaient lourdement le budget des familles belges. Dans certains cas cependant, les frais d’hébergement exigés par l’orphelinat kinois, qui s’élevaient à 400 euros par mois, ont-ils été ramenés à 200 ! Des parents qui se sont rendus à Kinshasa ont rapporté le contraste entre les conditions plus que modestes règnant à l’orphelinat et le train de vie des responsables congolais de l’adoption qui « rouleraient carrosse »….Le reportage paru dans “het Laatste Nieuws” a achevé de jeter le doute : il apparaît que dans l’un des villages d’origine des enfants, situé près de Gemena, à 800 km de la capitale, dans la province de l’Equateur, les parents biologiques se demandent où sont passés leurs enfants, qu’ils avaient accepté d’envoyer à Kinshasa pour une période présentée comme de courte durée et démentent catégoriquement avoir jamais voulu les abandonner sinon les vendre…DEs parents congolais assurent aussi être menacés et accusés de « sorcellerie » s’ils posent trop de questions…
Ces révélations, confirmant des doutes antérieurs, ont jeté les familles belges dans l’angoisse et trois couples se sont portés partie civile…

1 mai 2017

Diamants: les méandres d’un marché impur

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Marc Roche est connu pour ses articles dans le Monde et Le Soir, pour ses ouvrages pointus où il emmène le lecteur dans le monde de la finance, des banques ; il démonte les combines de Goldmann Sachs comme s’il s’agissait d’un lego d’argent ou, faussement naïf, il confie au lecteur ses propres déconvenues devant un capitalisme dévoyé, qui ne tient pas ses promesses.
Ici, dans un petit livre de superbe facture, l’auteur revient vers un domaine qu’il connaît à la perfection, celui du diamant. Une pierre qui charrie les fortunes et inspire les rêves, qui suscite les passions et sème la mort! La simplicité de l’ouvrage est celle d’un joyau de la plus belle eau : avec rigueur et clarté, l’auteur emmène sur des « chemins impurs » de la découverte des gisements et de compétition pour leur contrôle et leur exploitation, il rappelle le quasi monopole de la sud africaine de Beers, aujourd’hui battu en brèche par les nouveaux venus de la mondialisation. Il nous raconte la place forte d’Anvers, où les Indiens sont désormais majoritaires et qui subit la dure concurrence de Tel Aviv…
Car parler du diamant, c’est parler du monde tel qu’il est, de l’implacable mondialisation qui rebat toutes les cartes, des empires qui se défont, des guerres qui se mènent pour le contrôle des gisements, des creuseurs qui risquent leur vie, des chanceux qui font fortune en une nuit, des aventuriers qui gagnent un pactole puis le défendent par tous les moyens. Cette histoire là fourmille de personnages haut en couleurs sinon romanesques. Marc Roche, comme à son habitude, donne l’impression qu’il les connaît tous, qu’il a fréquenté l’Anversois Van Bockstael, qui a mis au point le processus de certification des gemmes appelé le processus de Kimberley, afin de retracer leur origine et bannir les diamants de sang, ou l’Israélien Dan Gertler, devenu l’un des proches de Kabila…
La plume est incisive, le style clair et précis. Le livre peut se lire à plusieurs niveaux, pour comprendre les parcours sinueux de ces pierres d’apparence anodine, depuis le moment où elles sont extraites de la glaise ou des rivières jusqu’à la fin du circuit, où taillés, éclatants, les diamants termineront leur parcours dans les vitrines prestigieuses ou scelleront les moments de tendresse…Ce petit livre clair peut se lire aussi pour comprendre les circuits de la fraude fiscale et les ressorts des grands scandales du moment. Bref un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Pour comprendre sinon, grâce à ce savoir si bien partagé, pour briller…

Marc Roche, Diamants, enquête sur un marché impur, Tallandier

24 avril 2017

De Montreuil à Belleville, le désarroi des amis de Melenchon

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Danton, Robespierre, et aussi Baudin, héros des barricades… A Montreuil, aux portes de Paris, les rues évoquent un passé glorieux et combatif. Les électeurs d’aujourd’hui ne sont pas moins militants et les affiches de la « France insoumise » hurlent sur tous les murs. Devant la petite école du quartier, les militants, dimanche matin, observaient avec confiance le mouvement des électeurs, la victoire de Melenchon leur paraissait acquise et le succès de leur candidat arrivé en tête dans les Dom Tom leur paraissait de bon augure. Un signe cependant aurait lu les alerter : puisqu’il était interdit de se rendre dans l’isoloir avec un seul nom à glisser dans l’enveloppe brune, la plupart des votants, en plus de s’emparer du bulletin portant le nom du héros du quartier, prenaient plusieurs feuilles et passaient de longues minutes dans l’isoloir, comme pour rebattre les cartes encore une fois, réfléchir avant de se prononcer définitivement.
Olivier L. retrouvé ici à Montreuil, est un ami de très longue date . Tout en observant le va et vient des électeurs, en déambulant devant les « murs à pêches » ces longues murailles blanches, orientées au sud, sur lesquels aujourd’hui encore, comme dans les villages, on fait pousser en espaliers des pêchers qui donneront des fruits à la disposition de tous, nous évoquons les inoubliables moments de 1981. C’est alors que le parti socialiste, avec François Mitterrand comme candidat, avait remporté le scrutin contre Giscard. A cette époque, nous marchions en direction de la Bastille ou de République portés par une foule en délire, nous avions suivi l’ « homme à la rose » jusqu’au Panthéon. Comment le PS a-t-il pu décliner, rétrécir comme une peau de chagrin, comment la gauche, malgré les Nuits debout, les grandes manifs place de la République, a-t-elle pu laisser se développer les discours lepénistes ?
Ces questions occupent notre journée et il est question de la responsabilité de Jospin, qui renonça par orgueil, de Strauss Kahn, préparé pour le combat et la première place mais qui fut victime de sa vie privée. Nous évoquons aussi François Hollande, le « rainman » , celui qui attirait les pluies et qui, grand absent de toute cette journée, semble déjà rangé au rayon des souvenirs.
Jusqu’en dernière minute, Olivier et quelques uns de ses amis plus jeunes que lui ont cru aux chances du candidat de la France insoumise : « Melenchon, a changé, peaufiné ses discours, quitté le communisme pur et dur pour la pensée internationaliste de Chantal Mouffe,( une philosophe belge qu’Olivier connut naguère à Louvant et qui fut l’inspiratrice de Chavez au Venezuela, de Correa en Equateur et qui enseigne aujourd’hui en Grande Bretagne). De tous les candidats il est le plus structuré, le meilleur des orateurs… »
Notre confiance dans les chances de Melenchon est telle que nous décidons, en début de soirée, de mettre le cap sur Belleville, où Rebecca, une réalisatrice de documentaires et son compagnon Khelill ont décidé de réunir quelques amis autour d’un barbecue sur la terrasse. Une petite fête improvisée, avec des brochettes, des salades, du vin rouge en verres puis en gobelets, des enfants qui dansent devant la télé et que l’on chasse en souriant, des SMS qui semblent voler à travers l’appartement. Dehors, les cerisiers du Japon ont hâte de fleurir, les rosiers des jardins publics grimpent à l’assaut des fenêtres, des rires montent depuis les terrasses des bistrots.
Les premiers sondages, publiés sur les sites belges, brisent l’omerta qui règne jusque 20 heures et finalement, la confirmation du tandem de tête, Macron et Le Pen, ne secoue pas vraiment. L’essentiel, dit Rebecca, c’est que Fillon soit écarté… Ici, on n’aime guère Macron, considéré comme un avatar de la droite, rajeunie, bien coiffée mais après tout, il est peut-être un moindre mal, et l’appel lancé par Hamon, vient conforter ce sentiment. Va donc pour Macron, on préparera les législatives, et après tout Melenchon s’est bien défendu…
Alors que les bouteilles se vident, que les premiers invités commencent à s’éclipser, on se demande pourquoi le héros de la soirée, celui pour lequel tout le monde ici s’est mobilisé, tarde tant à apparaître.
Lorsqu’enfin, la mine grave, le regard abattu, la vaste boutonnée jusqu’au col, JLM apparaît, le silence s’impose. Certes, le vaincu reconnaît sa défaite, mais à contre cœur, comme si, fort du suffrage des villes, encore inconnu avant minuit, il ne voulait pas reconnaître l’échec et invoquait une hypothétique marge d’erreur. Jusqu’à la fin de l’adresse de Melenchon aux « gens » à ceux qui ont voté pour lui et aux autres qui l’aimaient bien quand même, Rebecca, Olivier, Khelill, Christophe, ont retenu leur souffle, attendu la consigne « tous contre l’extrême droite » « tous unis contre Le Pen » espéré des mots historiques, du genre Castro « l’histoire m’absoudra » ou « Venceremos », si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain….
Mais rien de tout cela n’est venu. Les yeux cernés, le souffle court, le tribun d’hier, soudain transformé en animal politique au poil gris, a refusé de se prononcer, de donner des consignes claires. « C’est normal, « le défend encore un anarcho-écolo au poil blanc, « il laisse chacun prendre ses responsabilités, c’est à la base de décider… » Les autres éructent, traitent Mélenchon de mauvais perdant, l’accusent de se comporter comme un enfant dont le jouet se serait brisé. Christophe » résume son sentiment d’une voix saccadée : « cet homme est un magicien, il vient de transformer une victoire en défaite ». Une victoire, vraiment, où çà ?
Un autre intervenant, sous le coup de l’émotion,avale la moitié de ses syllabes: “rendez vous compte, c’est la première fois que le PS obtient un score aussi bas, il est au tapis et nous, les insurgés, les révolutionnaires, nous frisons les 20%…Quelque chose se passe en France… Il faut continuer à mobiliser, préparer les législatives, si une bataille a été perdue, -et encore…-, il faut poursuivre la guerre. Mais voilà, Melenchon ne pense qu’à lui, à son échec personnel. Jouet cassé, espoir brisé…Et il nous laisse en plan… »
D’autres reconnaissent cependant que la position de Melenchon, à la veille du second tour, est délicate: certes, il s’oppose à fond au Front national, mais il entend aussi combattre l’ultra libéralisme de Macron. Pour lui comme pour ses partisans, la bataille des législatives ne se fera pas seulement contre le FN et elle aura aussi pour cible le libéralisme de Macron, de LR et de la droite du PS, que Valls rêve de regrouper…
Soudain, puisque la défaite est orpheline, les langues se délient. Chacun convoque ses souvenirs personnels, ses reproches à l’encontre de l’Insoumis: « son ego n’a pas diminué, il joue perso » Et, plus grave encore «c’est à tort qu’on le croyait changé, plus ouvert, plus tolérant. En réalité il est demeuré proche des lambertistes…»
Nous apprenons alors que les lambertistes, relativement peu connus en Belgique, sont les disciples de Pierre Boussel, alias Pierre Lambert, lui-même disciple de Léon Trotsky, qui fonda l’ «Organisation communiste internationale » membre de la Quatrième internationale, en rupture avec les communistes orthodoxes. Honte à ceux qui pensaient que les « lambertistes » parmi lesquels on compta Nadine Trintignant, Jean-Christophe Cambadelis, Lionel Jospin, plusieurs journalistes et écrivains de gauche, auraient quasiment disparu, perdu de leur influence. « Plus que jamais ils ont gardé le goût du secret, voire de la clandestinité » précisent quelques interlocuteurs…Ils ont une autre vision que nous de la défaite et de la victoire… »
Ah bon ? Avec le recul, je comprends mieux pourquoi d’autres vieux amis, absents à cette soirée bellevillloise, ont confessé avoir voté Macron, même à leur corps défendant, en prononçant ces paroles elliptiques « d’accord, c’est un saut dans l’inconnu. Mais Melenchon, lui, on sait, on connaît, et c’est non… »
Dans la nuit de Belleville, alors qu’aux terrasses s’éteignent les dernières lumières, je me dis que c’est compliqué, la gauche, presque autant que la France elle-même et que ce n’est pas demain qu’Olivier et les autres marcheront à nouveau sur la Bastille avec à la main une rose et… un portable…

19 avril 2017

L’assassinat du Dr Byamungu bouleverse Bukavu

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L’assassinat d’un médecin proche du Dr Mukwege bouleverse Bukavu

Conduit par le Docteur Mukwege, un important cortège funéraire on en provenance de l’hôpital de Panzi a traversé toute la ville de Bukavu pour se rendre au siège du gouvernorat de la province du Sud Kivu.Avant d’être amené au Cercle sportif, le corps du Docteur Gildo Byamungu est passé par la place Munzihirwa, du nom de l’évêque assassiné en 1996 où une foule nombreuse était rassemblée. Par la suite, un memorandum a été déposé entre les mains des autorités, dénonçant l’insécurité croissante dans la région. Les manifestants ont également exigé une enquête approfondie sur les circonstances du décès du jeune médecin. Gynécologue obstétricien, le docteur Gildo Byamungu avait été formé à l’hôpital de Panzi par le Dr Mukwege. Par la suite, ce dernier l’avait aidé à parachever sa formation à l’Université d’Orléans en France.
Après son retour au Congo, le Dr Byamungu avait été nommé directeur de l’hôpital général de Kasonga, une structure médicale dépendant de Panzi et situé non loin de la ville d’Uvira, sur la frontière du Burundi et où sévissent de nombreux groupes armés.
L’hôpital avait déjà été attaqué à plusieurs reprises l’année dernière et le Docteur Byamungu lui-même avait reçu des menaces de mort. Cette situation qui avait incité les autorités locales à doter le médecin chef d’une escorte de police, mais cette protection avait été récemment retirée.
Dans la nuit du jeudi au vendredi, alors que le docteur Byamungu travaillait chez lui, des assassins pénétrèrent dans la concession de l’hôpital, escaladant le mur de clôture et le médecin fut abattu de trois balles. Les assassins réussirent à s’enfuir et la victime, grièvement blessée, fut acheminée à l’hôpital de référence d’Uvira où il fut décidé de la conduire à l’hôpital de Bujumbura, mieux équipé. Mais le convoi ne réussira pas à franchir la frontière et le Docteur Byamungu succombera à ses blessures durant le trajet.
L’Ordre des médecins du Sud Kivu a rencontré le procureur et demandé qu’une enquête soit rapidement menée.
La grande question porte évidemment sur les mobiles du crime : si beaucoup d’observateurs y voient un avertissement lancé au docteur Mukwege lui-même, déjà visé par des tentatives d’attentat et dont la voix dérange de plus en plus les tenants du pouvoir, d’autres sources font état de motivations plus locales. Qualifié de « zone rouge » le Sud du Sud Kivu, voisin du Burundi, est en proie à une grande insécurité et les groupes armés y prolifèrent. En outre, le «tribalisme » fait également des ravages, chacun privilégiant les intérêts de son groupe ethnique. Venu de Kalehe, dans le Bushi et donc considéré comme « non originaire » de la région, le Dr Byamungu avait déjà eu maille à partir avec les Bafuleros, le plus important des groupes ethniques de la région de Kasenga, dont sont issus de nombreux « Mai Mai » qui entretiennent une insécurité constante. « Il n’était pas d’ici, on ne voulait pas de lui » devait nous résumer un interlocuteur originaire de la région, révélant ainsi combien, en plus des failles de la justice et de l’impunité, le Congo sombre aussi dans les rivalités ethniques exacerbées…

17 avril 2017

Un médecin proche du Dr Mukwege abattu au Sud Kivu

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Le médecin gynécologue Gildo Byamungu Magaju, proche collaborateur du Docteur Mukwege, a trouvé la mort à la veille de Pâques dans des circonstances qui rappellent étrangement l’attentat qui faillit coûter la vie au médecin chef de Panzi en novembre 2012. En effet, alors que le Docteur Byamungu se trouvait dans l’enceinte de l’hôpital de Kasonga, une structure dépendant de l’hôpital de Panzi, des inconnus réussirent à escalader la clôture et à pénétrer dans la concession. Ils abattirent le Dr Byamungu de trois balles avant de prendre la fuite sans avoir été rattrapés ou identifiés. Grièvement blessé, le Dr Byamungu fut dirigé vers l’hôpital d’Uvira où, vu son état, il fut jugé plus sûr de l’envoyer d’urgence au Burundi. Mais le médecin de Kasonga ne réussit pas à franchir la frontière : les agents de sécurité refusèrent d’ouvrir la barrière et, ayant perdu beaucoup de sang durant le transport, le Dr Byamungu ne put revenir vivant à l’hôpital d’Uvira.
Ayant plusieurs fois reçu des menaces de mort, le Dr Byamungu avait bénéficié d’une escorte de la police, mais cette protection lui avait été récemment retirée. La veille de sa mort encore, au cours d’une réunion avec le Dr Mukwege, la sécurité avait été évoquée, d’autant plus que l’hôpital de Kasonga, l’an dernier, avait été attaqué par des hommes en armes…
Cet assassinat a vivement ému le corps médical du Sud Kivu et le Conseil de l’Ordre a été reçu par le Procureur. Le Dr Byamungu, un jeune médecin formé à l’Université d’Orléans en France secondait activement le Dr Mukwege, médecin chef de l’hôpital de Panzi. Ce dernier, depuis la tentative d’assassinat dont il fut victime, vit toujours reclus dans l’enceinte de son hôpital. Une bien faible protection, comme on a pu le constater à Kasonga…