19 septembre 2014

Le nom de Denis Mukwege est cité pour le prix Sakharov

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Les débats ont été passionnés, les choix difficiles…Après de longues discussions entre les groupes politiques du Parlement européen, deux candidats au prix Sakharov ont fini par émerger : le mouvement ukrainien Euromaidan et le gynécologue congolais Denis Mukwege. Ce dernier fut vivement défendu au nom du groupe libéral par le belge Louis Michel appuyé par le socialiste Marc Tarabella. L’accord politique conclu entre le groupe libéral et le groupe socialiste du PE devra encore être ratifié en commission le 23 septembre prochain et c’est vers le 16 octobre que sera connue la décision définitive. Mais il est d’ores et déjà certain que le Dr Mukwege, déjà par ailleurs lauréat du Prix Roi Baudouin pour le développement et, plus récemment, du prix Solidaris, figure dans le peloton de tête.
Rappelons que le « prix Sakharov pour la liberté de l’esprit », décerné chaque année par le Parlement européen est destiné à récompenser des personnalités exceptionnelles, connues pour leur lutte contre l’intolérance, le fanatisme et l’oppression, à l’instar du physicien russe Andrei Sakharov, prix Nobel de la paix en 1975. Ce dernier, après avoir été l’inventeur de la bombe à hydrogène, est devenu le plus célèbre, le plus offensif des dissidents russes, luttant contre l’armement nucléaire et fondant un Comité pour la défense des droits de l’homme et des victimes politiques.
Vu le caractère assez politique du prix Sakharov, la candidature du Dr Mukwege eut affaire à une forte concurrence, celle d’Euromaidan, celle aussi d’un candidat originaire d’Azerbaïdjan. Il apparut cependant que le gynécologue congolais, qui a consacré toute sa vie à tenter de reconstruire physiquement et moralement les femmes détruites par la violence sexuelle, était aussi, à l’instar d’autres prestigieux lauréats, un militant pour les droits de l’homme et la tolérance, comme Nelson Mandela, les Mères de la place de Mai, Taslima Nasreen du Bangla desh ou la Birmane Aung San Suu Kyi.
En effet, en plus de prodiguer aux femmes du Kivu les meilleurs des soins gynécologiques, le Dr Mukwege, voici une quinzaine d’années, a décidé d’ajouter à son action médicale une démarche de plaidoyer et de témoignage. Invité aux quatre coins du monde, le médecin chef de Panzi a réussi à briser l’indifférence de la communauté internationale et à attirer, enfin, l’attention, sur un scandale majeur : au Kivu, de manière particulièrement atroce, le viol, pratiqué à l’encontre des femmes adultes mais aussi des fillettes et des femmes âgées, a été utilisé comme arme de guerre et de terreur. Se répandant comme une métastase de la violence guerrière, cette pratique a été utilisée par la plupart des groupes armés se disputant, dans les campagnes de l’Est du Congo, l’accès aux terres et aux ressources naturelles.
Cependant, le Dr Mukwege, par son exemple et son témoignage est aussi un militant des droits de l’homme et de la tolérance : dans son hôpital, il a toujours refusé l’exclusion, prêché pour que vivent en bonne intelligence toutes les communautés du Kivu et il n’a jamais hésité à prendre à partie les hommes politiques de son pays afin que, eux aussi, veillent à mettre fin aux souffrances des femmes de l’Est du Congo. Ce plaidoyer passionné, éloquent qui amené Denis Mukwege jusqu’à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies n’a pas été sans risque : en novembre 2012, le médecin de Panzi, qui revenait d’une longue tournée à l’étranger, a échappé de justesse à une tentative d’assassinat et depuis lors, craignant de nouvelles menaces sur sa vie, cet homme qui est l’un des plus célèbres et des plus respectés des Congolais, vit en reclus dans son hôpital, qu’il ne quitte plus que sous la protection des Nations unies…

19 septembre 2014

Les excombattants hutus sont indésirables à Walungu

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Walungu,
Pour être certain de nous rencontrer, Donatien, porte parole de la « nouvelle société civile », a manqué la messe du dimanche. Dès l’aube, alors qu’au cœur des collines du Bushi, épicentre de la violence dans les années 2000, Walungu dort encore, il tient à nous apostropher : « lorsque les Nations unies ont décidé d’installer ici les ex-combattants hutus, au cœur même de cette région où ils ont commis tant de crimes, nous avons voulu barrer la route, élever des barricades. Un jour, nous brûlerons ce camp, nous forcerons ces gens à partir, à rentrer chez eux, au Rwanda… »Autour de lui, les villageois assurent même avoir reconnu, parmi les femmes se trouvant dans le camp, une fille enlevée voici sept ans et qui est devenue l’ « épouse » ou l’otage d’un militaire hutu, qui lui a fait deux enfants. Donatien précise : « Cette fille de notre village, Marie, fait désormais partie de ceux que la Monusco appelle les « dépendants »… »
Le seul fait de savoir que des ex-rebelles hutus, arrivés au Kivu au lendemain du génocide au Rwanda en 1994 et qui ont commis les pires atrocités à l’encontre des civils congolais sont aujourd’hui cantonnés dans un camp surveillé par des Casques bleus égyptiens suffit à réveiller craintes et cauchemars.
Cependant, lorsqu’après avoir du surmonter une cascade de refus successifs, Thierry Michel et moi pénétrons dans ce petit campement ceint de barbelés, nous avons du mal à comprendre la peur qu’inspirent encore ces 83 ex-combattants entourés de quelque 220 femmes et enfants, qui campent sous des bâches blanches et cuisinent sur des pierres.
Dimanche oblige, tout le monde est à l’office ou à la messe : sous des tentes un peu plus hautes, la foule répond en chœur aux prières des officiants. Des calendriers onusiens, découpés en fines lamelles ont été transformés en guirlandes de fortune ou plantés dans des pots pour rappeler les bouquets de fleurs qui ornent les autels.
« Ce dénuement est délibéré » reconnaissent les responsables des Nations unies : « ici, il n’y a pas d’école, pas de matériel de cuisine, peu de sanitaires. Comme Walungu n’est qu’un camp de transit, des installations « quatre étoiles » attendent ces gens à Kisangani, mais ils refusent de s’y rendre. »
Alors qu’un homme, qui se fait appeler « Chance », réussit à nous dire que lui, il serait d’accord pour être ramené à Gisenyi au Rwanda, dont il est originaire, l’un de ses supérieurs lui coupe la parole : « certes, nous nous sommes rendus volontairement, nous avons déposé les armes. Mais nous refusons d’être déplacés à Kisangani, dans l’Equateur ou dans un pays tiers. C’est au Rwanda que nous voulons aller, mais après un « dialogue politique » avec le régime de Kagame. Ce que ce dernier refuse jusqu’à présent… »
Comme s’il répétait une leçon bien apprise, le major Joseph Birindiro confirme que les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) représentent toujours un mouvement structuré, répondant aux ordres d’une hiérarchie politique : «nos chefs se trouvent en Europe, entre autres en Allemagne et nous exécutons leurs ordres… »
Autrement dit, le plan de désarmement volontaire des ex- rebelles hutus, mis en œuvre par la Monusco s’avère être un échec sur le terrain et ces réfugiés indésirables, dont la seule présence réveille tous les traumatismes des victimes congolaises, se trouvent déjà depuis trois mois à Walungu, alors que leur transit n’aurait du durer que quelques jours…
« Ces gens ne répondront jamais des crimes commis au Congo » dénonce Donatien, « et c’est de justesse que nous avons réussi à dissuader l’ONU d’acheter des terres afin de réinstaller définivement ces gens chez nous…Vingt ans après, c’est toujours le Congo qui subit les séquelles du génocide au Rwanda…»
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19 septembre 2014

Les femmes de Kaniola n’ont rien oublié

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Kaniola,

Elles n’oublieront jamais…Tout au bout de la piste, à l’orée du village, les femmes de Kaniola se sont cotisées, à raison d’un dollar chacune, pour édifier un mausolée, petite butte de briques surplombant une crypte tapissée de noms et de photos. Sitôt qu’arrivent des visiteurs, elles se regroupent en cortège, se rassemblent sur les marches et chantent en regardant fixement les noms des victimes. Le curé de Kaniola, l’abbé Bisimwa, ne se fait pas prier pour traduite la mélopée : « par ce chant, les femmes racontent comment elles ont été massacrées, emportées dans la forêt, utilisées comme esclaves sexuelles… »A côté des morts, les noms de 4000 femmes victimes de viols s’inscrivent en lettres de sang sur la brique chaulée.
Montrant la forêt dense qui ferme l’horizon et la barre des montagnes, les femmes expliquent que, durant des années, les Hutus venus du Rwanda étaient installés là bas, dans des repaires inexpugnables, d’où ils menaient des expéditions meurtrières vers les villages voisins, pour voler les récoltes, emporter le bétail (16.000 vaches ont ainsi disparu…) et surtout faire régner la terreur par le viol, le meurtre, les enlèvements… « Dans le village, ils choisissaient des filles et les emmenaient en forêt, comme « épouses », comme esclaves sexuelles, traduit l’abbé. « Voici trois semaines encore, trois femmes, qui avaient été captives durant sept années, sont revenues au village avec leurs enfants. »
Alors que leurs voisines chantent, marchent, expriment leurs craintes et leurs désirs, ces trois filles là, un peu à l’écart du groupe, gardent le regard apeuré, elles dissimulent leur bébé dans les plis de leur pagne et refusent le contact. Le curé soupire : « nous avons ici 32 enfants nés du viol, ils campent dans un hangar près de l’école. Personne ne veut les aider, la communauté les rejette car leur seule présence rappelle des souvenirs atroces. On les appelle les « enfants du serpent », car ils sont les fils des violeurs. Bien souvent, lorsqu’un homme du village acceptait d’épouser leur mère après son retour, il exigeait qu’elle abandonne l’enfant qui rappelait trop de souvenirs…»
Au cours des dernières années, certes, la situation s’est améliorée : la plupart des Hutus rwandais ont été chassés de la forêt, moins par l’armée que par des milices congolaises, les Raia Mutomboki, les Casques bleus de la Monusco ont établi une base à proximité. La plupart des femmes assurent qu’à Panzi, le Docteur Mukwege et son équipe leur ont prodigué des soins médicaux gratuits et que beaucoup d’entre elles, qui souffraient de fistule, ont pu séjourner à l’hôpital jusqu’à guérison complète. Mais certaines femmes ne sont jamais rentrées au village, préférant vivre à Bukavu dans l’anonymat et une relative sécurité ; d’autres ont utilisé le petit pécule que leur ont distribué des ONG locales (35 dollars…) pour relancer leurs activités et la plupart assurent qu’à part les soins médicaux, elles n’ont jamais rien reçu, ni aidées matériellement ni indemnisées après le viol et les tortures sexuelles. Pire encore, certaines familles sont toujours endettées car il est arrivé que les ravisseurs, pour accepter de libérer la fille enlevée, exigent une rançon de 200 dollars, une somme que les parents n’ont pas fini de rembourser à leurs voisins.
L’épouse du Mwami de Ngweshe, (le chef traditionnel de Kaniola) Mme Makanba, qui a elle même vécu cachée durant ces années de terreur et qui a du accoucher en brousse confirme que, « si le pire est passé, les séquelles persistent : la peur est toujours là, les enfants nés du viol et les orphelins sont nombreux, les paysans sont ruinés. Et depuis qu’à Walungu, les Nations unies hébergent dans un camp de transit les Hutus qui ont rendu les armes, tous les cauchemars sont revenus… »

19 septembre 2014

TRois questions au directeur de MSF Belgique

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Vous rentrez de Monrovia, êtes vous à présent satisfait de la réponse internationale suite à vos appels ?

La mobilisation se manifeste enfin, mais les chiffres restent inférieurs à ce que nous souhaitons : les Britanniques vont soutenir la Sierra Leone, les Français vont aider la Guinée, mais envoyer chaque fois 40 à 50 lits, c’est beaucoup trop peu. MSF seulement, une ONG, a envoyé 530 lits sur le terrain…
Par contre nous sommes encouragés par la réponse américaine : 700 lits vont être envoyés afin d’isoler les malades.

Que pensez vous du déploiement de 3000 soldats américains ?

Ici aussi, il s’agît d’une réponse encourageante. Cependant le calendrier nous inquiète : les militaires n’arriveront que dans un délai de trois à quatre semaines. Or nous savons que le nombre de victimes double toutes les quatre semaines à peu près, une course de vitesse est engagée, qui peut encore être perdue. Heureusement, peu à peu la prévention gagne du terrain, les pratiques changent, les gens sont de plus en plus conscients du danger et cela aussi peut faire ralentir le rythme de propagation sinon faire reculer l’épidémie.

La rigueur, les capacités d’organisation des militaires ne vont-elles pas améliorer la qualité de la réponse internationale ?

Vous savez, nous sommes une ONG, mais je puis vous assurer que nous, comme structure civile, avec des volontaires bien formés, nous appliquons une discipline draconienne, une grande rigueur afin de minimiser les risques, aussi bien que si nous étions des militaires. Par contre les armées peuvent apporter une aide réelle en termes de logistique.
Maintenant on se focalise beaucoup sur le Liberia ; mais la prochaine urgence c’est la Sierra Léone, l’aide est encore insuffisante et Freetown, la capitale pourrait devenir un deuxième Monrovia.
En résumé, je peux dire que la réponse internationale à Ebola est certes tardive, insuffisante mais que nous avons enfin été entendus et c’est encourageant. Mais nous demeurons tous à la merci d’une évolution de l’épidémie, c’est impossible à prévoir…

19 septembre 2014

Ebola: le monde à la recherche du temps perdu

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Durant neuf mois, les 3000 volontaires de MSF ont été laissés pratiquement seuls face à l’épidémie d’Ebola qui dévaste le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. Les grandes ONG internationales étaient aux abonnés absents, les agences de l’ONU se contentaient de proposer leur aide en termes de plaidoyer, de planification, de dossiers… Mais pour affronter le fléau maison par maison, afin d’y découvrir des malades ou d’en extraire des cadavres, d’y distribuer du chlore, des gants, d’y prescrire des consignes strictes de prévention, il n’y avait que MSF, qui a déjà perdu trois soignants africains et rapatrié une volontaire française, récemment contaminée.
Cette fois cependant, à mesure que l’épidémie se révèle incontrôlable, la mobilisation a sonné : l’Union européenne a organisé cette semaine une réunion d’urgence, en coordination avec l’Organisation Mondiale de la santé, les ONG concernées et les 28 pays membres afin de mieux planifier les efforts déployés. 170 millions d’euros ont été débloqués pour améliorer les soins de santé et fournir des laboratoires mobiles.
Mais surtout, répondant enfin aux appels au secours de MSF, et sensibles au fait que de nombreux citoyens du Liberia jouissaient de la double nationalité et possédaient un passeport américain, les Etats unis ont décidé d’entrer dans la danse : le président Obama a décidé d’envoyer 3000 militaires sur le terrain. Au Liberia principalement, ils seront chargés de mettre en place des centres de traitement de cent lits chacun et des camps de quarantaine. Les Etats-Unis souhaitent aussi former 500 travailleurs sanitaires par semaine, afin de généraliser la prévention.
Désireux de rattraper, enfin, le temps perdu, Américains et Européens veulent aller plus loin encore : l’Union européenne souhaite multiplier les hôpitaux de campagne, améliorer les services publics et renforcer la stabilité économique des pays concernés. De son côté, l’Union africaine, bien impuissante sur le terrain, a tout de même plaidé pour que les moyens de communication soient maintenus avec les pays concernés, non seulement pour permettre les évacuations sanitaires mais aussi pour éviter qu’au drame de la maladie ne s’ajoutent les conséquences d’un embargo de fait sur l’Afrique de l’Ouest. En effet, aujourd’hui déjà, un pays comme la Côte d’Ivoire, si elle ne déplore pas de cas de contamination, est affectée par le fléau : la cacao, principale ressource du pays, produit dans les régions voisines de la Guinée, est boudé par les acheteurs et son cours est en baisse. Quant au Sénégal, il a fermé sa frontière avec la Guinée, un pays qui exporte vers son voisin du nord de nombreux produits agricoles, dont 60% de sa récolte de pommes de terre qui aujourd’hui pourrit sur place.
Quant à Cuba, qui a une longue expérience médicale en Afrique, elle a aussi décidé d’envoyer 165 médecins dans les régions concernées, des experts en santé publique et en épidémiologie qui se déploieront sur le terrain, sans craindre, à l’instar des volontaires de MSF, d’ « aller au contact ».
Aujourd’hui que la mobilisation s’intensifie et que les grandes puissances prennent enfin conscience des risques globaux de propagation de l’épidémie, il n’est pas trop tard pour réfléchir, en amont, aux conditions qui ont favorisé l’explosion du fléau.
Alors que la Guinée a traversé une crise politique profonde, la Sierra Leone et le Liberia sont deux pays qui ont connu voici dix ans des guerres civiles particulièrement atroces, où les milices de Charles Taylor et de Prince Johnson terrorisaient les populations, se livraient à de lucratifs trafics de diamant et…bénéficiaient de complicités dans les pays voisins. Le rétablissement, au Liberia entre autres, de la paix et d’un système démocratique qui a porté au pouvoir Mme Eileen Johnson Sirleaf ne s’est pas accompagné, en temps utile, de la reconstruction des infrastructures civiles et de la mobilisation des élites. C’est ainsi que la présidente a menacé de licenciement ministres et fonctionnaires qui, très peu courageusement, tentent de prolonger indûment leurs missions à l’étranger. Par ailleurs à Monrovia, MSF constate que toutes les structures hospitalières existantes, déjà très insuffisantes, ont fermé leurs portes : « le système de santé s’est effondré » constate Brice Delevigne, directeur des opérations pour MSF Belgique, « à Monrovia, une ville qui compte 1.300.000 habitants, plus aucun hôpital ne fonctionne. C’est pourquoi, outre Ebola, toutes les autres affections, y compris des grossesses difficiles, peuvent tuer. Un médecin privé demande 100 dollars pour pratiquer un accouchement… Nous constatons une rupture totale de la confiance à l’égard des professionnels de la santé… »Au-delà des mesures d’urgence, la lutte contre Ebola-et autres fléaux- devra donc passer aussi par la reconstruction des systèmes de santé publique…

11 septembre 2014

Comment martin Kobler, représentant de l’ONU, veut créer des ilôts de stabilité au Congo

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Entretien avec Martin Kobler, représentant du secrétaire général de l’ONU en RDC

Depuis son entrée en fonction, voici un an, l’Allemand Martin Kobler, a donné un autre visage à la Monusco. Ce diplomate de carrière n’hésite pas à se rendre dans les coins les plus reculés, où il discute avec les officiers locaux, rencontre la société civile et prend note de ses doléances… C’est ainsi qu’on le vit récemment à Walungu, (Sud Kivu), à l’écoute des craintes de la population qui voit d’un mauvais œil le cantonnement, dans un camp gardé par des militaires congolais et des casques bleus égyptiens, de quelque 300 Hutus membres du groupe armé des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui refusent toujours de regagner leur pays d’origine. D’où vient à Martin Kobler ce goût de l’Afrique des profondeurs, cet engagement aux côtés de la population ?
« En fait, mes dernières fonctions m’avaient conduit en Afghanistan puis en Irak et j’ai fait toute ma carrière au Moyen Orient. Mais avec mon fils, j’ai un jour mené un projet inoubliable, durant plusieurs semaines : traverser l’Afrique du Nord au Sud en utilisant uniquement les transports publics et terrestres. Comment voulez vous qu’après une telle expérience, on ne soit pas « accroché » ? »
Placez vous le Congo dans la catégorie des pays « post conflit », ou des « pays difficiles » comme l’Irak ou l’Afghanistan ?
« Je vous assure que l’an dernier, lorsque nous avons combattu le M23, c’était un vrai conflit…Depuis lors nous avons restructuré la mission, et tout concentré sur nos activités à l’Est. Depuis le 31 août, notre quartier général reste à Kinshasa, mais nous avons redéployé nos forces à l’Est. Un tiers du staff civil est demeuré dans la capitale, les deux tiers sont à l’Est, dans ce que nous appelons des «îlots de stabilité ».
Le concept de ces « îlôts de stabilité » est qu’en des lieux reculés, qui ont connu la guerre, comme Shabunda au Sud Kivu ou Rutshuru et Kiwanja au Nord, nous aidons, avec nos civils et nos militaires, à rétablir l’autorité de l’Etat.
Sur le plan militaire, 96% de notre force se trouve à l’Est.
A Kinshasa bien sûr, nous traitons de la mise en œuvre de l’accord cadre d’Addis Abeba, nous suivons les préparatifs électoraux, nous traitons de sujets politiques avec le gouvernement. Mais sur le plan militaire, l’un de mes adjoints le général Wafy, a été transféré à Goma d’où il suit les opérations.
La troisième composante de notre effort, c’est la région : le Congo a neuf voisins, des pays qui ne sont pas toujours très faciles comme la République centrafricaine ! C’est une situation géostratégique que, comme Allemand, je comprends très bien. Il y a des tensions régionales en Centrafrique, dans les Grands Lacs, mais pour aborder tout cela, nous ne sommes pas seuls. Nous pouvons compter sur les divers « envoyés spéciaux » Said Djinnit qui remplace Mary Robinson pour l’ONU, l’Américain Russ Feingold…

Sur le plan militaire, l’Est mis à part, avez-vous dégarni toutes les frontières ?
Pratiquement, oui…Quatre cent Ghanéens sont restés à Kinshasa mais c’est tout. Ailleurs qu’à l’Est, nous n’avons pas de forces capables de combattre…
Revenons sur ce concept d’îlôt de stabilité. De quoi s’agît il exactement ?
Des territoires doivent encore être stabilisés, comme Shabunda, où se trouvait le groupe des combattants Raia Mutomboki, (ndlr.des groupes d’autodéfense congolais) ou les anciennes zones qui étaient contrôlées par le M23, (ndlr. un mouvement composé de rebelles tutsis soutenus par le Rwanda) Rutshuru, Kiwanja…
Les territoires sous contrôle du M23 connaissaient un double système d’administration. Pour se rendre d’un village à l’autre il fallait payer des taxes, acheter des laissez passer mais l’argent n’était pas réinvesti dans des écoles ou des projets de développement.
Après la chute du M23 ce système a disparu et l’infrastructure était totalement détruite. Lorsqu’il regagna ses bureaux, l’administrateur du territoire n’avait même plus une chaise ! Face à cette situation, nous avons décidé, avec le gouvernement et les autres partenaires civils des Nations unies, d’élargir peu à peu la stabilité à partir de certains îlots. Voici trois semaines, je me trouvais à Rutshuru (Nord Kivu): désormais l’administrateur du territoire a un bureau, des chaises, un téléphone… Graduellement, l’autorité de l’Etat a été rétablie. Mais il faut des programmes à long terme…Les militaires ont su, rapidement, libérer les territoires. Mais tout reste à faire, il faut des écoles, des professeurs, rétablir la sécurité. Au Nord Kivu, mille policiers venus de Kinshasa ont été déployés. Mais ils sont arrivés sans rien, sans transport, sans arme… Après un mois, la situation s’est améliorée, et maintenant, cela marche. Le soutien des capacités locales, au niveau provincial c’est le début du rétablissement de l’autorité de l’Etat.
Voyez les cartes : par rapport à septembre 2013 on voit que les axes ont été libérés, qu’on peut circuler… Certes, de la criminalité subsiste, il y a encore des bandits mais la résistance organisée a disparu. Dans le Grand Nord du Kivu, l’ADF- Nalu (des rebelles ougandais se présentant comme islamistes) ont été réduits, même s’ils n’ont pas encore totalement disparu. On va continuer à sécuriser ce qui reste…La structure de commandement de l’ADF a pratiquement disparu. Mais ce n’est pas facile à gérer, il faut rester vigilant, même si on ne peut pas dire que les ADF, qui ont une idéologie islamiste, sont en contact avec les shebabs de Somalie.

Le prochain groupe armé qui doit être réduit est celui des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) ces rebelles hutus qui se trouvent au Congo depuis 1994…

Dans le camp de regroupement de Walungu (Sud Kivu) nous avons une centaine de combattants, plus leurs dépendants. Mais les hommes sont relativement vieux et malades. J’ai même vu un aveugle parmi eux…Le plan du gouvernement, c’est de transporter ces gens à Kisangani, mais eux ne veulent pas bouger. En réalité, d’après le plan DDR (désarmement et démobilisation) tous ceux qui veulent rentrer au Rwanda peuvent le faire, Kigali est d’accord et eux, ils le savent. Les détails ont été discutés au Rwanda et tous ceux qui veulent y aller, avec leur famille, y compris des femmes congolaises, peuvent le faire. Pour répondre à leurs craintes (ils disent que dans leur pays ils seront tués…) nous avons offert à des petits groupes de faire le voyage au Rwanda, de rencontrer d’autres ex-combattants et au retour ici, de raconter leur histoire.
Depuis 2002, nous avons rapatrié 11.117 combattants et le reste, 1500 à 2000 personnes peuvent eux aussi être rapatriés mais il doit s’agir d’un processus volontaire. Quant à ceux qui ne veulent pas rentrer, ils peuvent se rendre à Kisangani où un camp quatre étoiles a été construit à leur intention et de là, ils peuvent gagner un pays tiers, si on en trouve un…
Le plan du gouvernement, conçu avec l’appui de la SADC (les pays d’Afrique australe) et de la CIRGL (conférence sur la sécurité dans les pays des Grands Lacs), c’est de préconiser le désarmement volontaire, dans un délai de six mois, qui court depuis le 1er juillet et se termine début janvier. Nous allons évaluer la situation début octobre, mais déjà nous constatons qu’il n’y a pas de progrès…

La population congolaise, elle, est très hostile à cette présence des FDLR à Walungu…

C’est exact. Et pour ne pas que les FDLR s’installent à Walungu, c’est volontairement que nous maintenons ce camp dans des conditions précaires. L’idée est que ces gens quittent pour Kisangani puis cèdent la place à d’autres groupes. Mais comme toujours, les plans sont des plans, la réalité, c’est autre chose…Sur le terrain, cela ne marche pas… Après la recherche d’une solution pacifique, il faudra recourir à la force. Je le répète, l’option militaire est toujours sur la table : nous avons soutenu l’armée congolaise contre le M23, contre les ADF, maintenant va venir le tour des FDLR.
Mais nous ne pouvons combattre seuls dans des territoires aussi vastes, il nous faut l’appui et le feu vert des forces gouvernementales.
Notre mandat est de neutraliser les FDLR, mais le délai de six mois relève d’une décision prise par les ministres des pays alliés du Congo, nous ne pouvons pas nous y opposer. Il faut toujours donner une chance aux solutions pacifiques. Cela dit nous disposons de moyens très modernes, des hélicoptères de combat, des drônes, des moyens de renseignement, une Brigade africaine forte de 3000 hommes…Le président Kabila qui voulait d’abord donner à ces hommes l’occasion d’être désarmés de manière pacifique a confirmé que l’option militaire restait sur la table…Kigali a récupéré 11.000 hommes, il leur faut maintenant attendre un peu que s’organise le retour des derniers groupes, qui ne sont pas plus que 1500 hommes, 2000 au maximum…Certes, ils ne représentent plus une menace militaire, mais psychologiquement, le Rwanda ne le supporte pas, ce que je comprends très bien, au vu du traumatisme du génocide.

La Monusco est-elle prête, techniquement, à soutenir le processus électoral qui doit avoir lieu l’année prochaine?
Non. Nous n’avons pas d’argent. Nous avons des contacts très étroits avec l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale indépendante et nous pouvons assister le Congo de trois manières : la première, ce sont les bons offices. Cela ne coûte pas grand-chose et je parle avec tout le monde, la majorité et l’opposition, entre autres des projets de révision de la Constitution. Le deuxième point, c’est le soutien logistique à apporter aux élections locales. Mais sans argent, on ne peut rien planifier. Le troisième, c’est, via le PNUD, l’assistance technique. Le document de travail existe mais il faut de l’argent. Or la communauté internationale n’accorde pas le financement parce qu’on n’a pas encore un calendrier électoral complet, allant jusqu’en 2016 (ndlr. année où se termine le mandat du président Kabila…)La loi sur les élections locales est votée, quant aux élections provinciales, on ne sait pas encore si elles se dérouleront au suffrage direct ou indirect, et enfin on ne sait encore rien à propos des élections présidentielles. Y aura-t-il un referendum, fera-t-on sauter l’article 220 de la Constitution qui limite à deux les mandats du président ? Sans interférer dans leurs affaires, nous attendons que les Congolais aient pris leur décision. Mais s’ils veulent avoir notre assistance, nous posons des conditions. La communauté internationale veut que tout le calendrier électoral, y compris la hauteur du financement par les Congolais, soit sur la table.

Le Congo a-t-il encore besoin d’une longue présence de la Monusco ?

Déjà maintenant, on est en train de planifier notre départ… Nous n’avons pas vocation à rester ici pour l’éternité et le gouvernement congolais nous dit que nous devons réduire la force. D’ici la fin de cette année, le secrétaire général de l’ONU opèrera une « revue stratégique », prévoyant la stratégie de départ de la Monusco. Attention, nous n’allons pas abandonner un pays fragile, mais nous allons prévoir la réduction de notre présence.
Après les succès militaires déjà obtenus, nous pouvons nous demander si nous avons encore besoin d’une force militaire de 19.000 hommes. Nous représentons toujours l’opération de maintien de la paix la plus coûteuse au monde, 1, 38 milliards de dollars, c’est beaucoup d’argent. Et cela alors que l’ONU doit aussi se déployer au Mali, en Centrafrique…Nous devons commencer à planifier une retraite graduelle…

Au bout du compte, pourra-t-on dire que, pour les Nations unies, le Congo aura été une « histoire à succès » ?

Posez moi cette question dans cinq ans… Aujourd’hui c’est trop tôt. Certes, nous avons eu des succès militaires et le gouvernement a repris le contrôle de la partie du pays qui avait été dominée par les groupes armés. Mais ce succès est éphémère, la situation demeure fragile, la victoire contre le M23 remonte à moins d’un an, ce n’est pas beaucoup. La pacification est elle durable ou pas ? Il est trop tôt pour le dire. Avant-hier encore nous avons reçu une nouvelle liste de 230 ex-M23 qui ont été amnistiés pour les actes de rébellion. Après un passage dans les camps de DDR (désarmement et démobilisation) ils seront réintégrés dans la société. Ceux qui ont signé un acte d’engagement sont 1600 en Ouganda et presque 500 au Rwanda : sur une base individuelle ils ont signifié qu’ils souhaitent bénéficier de l’amnistie. C’est un processus assez long et lourd, mais qui marche plutôt bien. Graduellement, on progresse…

A part les deux Kivu, voyez vous d’autres foyers de tension potentiels ?
En Ituri, nous ne sommes pas tellement actifs, ni au Nord Katanga. Un nouveau conflit est apparu au Katanga, entre les Pygmées et les Luba, ce qui a généré 50.000 nouveaux réfugiés. Dans le pays, nous comptons 2.600.000 déplacés internes…
D’un côté on calme un conflit et d’un autre, cela recommence : la Monusco a encore du pain sur la planche…

Propos recueillis à Kinshasa

11 septembre 2014

Le Congo tente de conjurer la psychose d’Ebola

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Kinshasa,
C’est lorsqu’ils franchissent les frontières que les Congolais découvrent que leur pays se trouve sur la liste rouge, celle des pays à risque, frappés par la fièvre d’Ebola. Lorsque se pose à Entebbe (Ouganda) un appareil venu de Kinshasa, le dispositif est spectaculaire : avant même de gagner la salle de transit ou de faire la file devant la douane, les voyageurs sont accueillis par des hôtesses gantées et masquées qui leur enjoignent de remplir un formulaire sanitaire détaillé. Avant toute autre formalité, un produit désinfectant est pulvérisé sur les mains de tout nouvel arrivant.
Jusqu’à présent cependant, le fléau demeure limité à la province de l’Equateur, dans le territoire de Boende, un terroir de 244.000 habitants composé de treize groupements dont sept sont touchés par le virus. Mais le chiffre des victimes s’élève déjà à 37 personnes et, même si les autorités soulignent que le virus qui sévit au Congo n’est pas de même souche que celui qui frappe l’Afrique de l’Ouest, nul ici n’a oublié que c’est au Congo, à Yambuku et à Kikwit dans la province du Bandundu que le terrible fléau fut identifié pour la première fois en 1995 et que par la suite il se manifesta encore en Province Orientale, dans la région d’Isiro.
C’est pourquoi toutes les provinces ont été invitées à mettre en place des plans de vigilance : ainsi par exemple, à Bukavu, capitale du Sud Kivu, des thermomètres lasers ont été installés sur la frontière avec le Rwanda afin d’identifier les voyageurs qui seraient atteints de fièvres suspectes. A Kinshasa, qui est reliée à l’Equateur par le fleuve Congo, les précautions vont en s’amplifiant : des thermomètres lasers ont été installés sur tous les ports fluviaux par où pénètrent dans la ville des voyageurs venus du Congo Brazzaville ou de l’Equateur. En outre, un document doit être délivré à tout voyageur qui quitte le pays, lui enjoignant de faire l’objet d’un suivi médical durant 21 jours.
C’est que, malgré les distances, l’épicentre de l’épidémie, à Djera, une localité en principe isolée et coupée du monde, est relié par le trafic fluvial à plusieurs provinces du pays, dont le Bandundu, le Kasaï et la Province Orientale. En outre, la mobilité est beaucoup plus grande aujourd’hui que lors de l’apparition du fléau voici deux décennies…
Les consignes de prévention étant abondamment relayées par la presse, on constate que les comportements évoluent : plus question, dans les restaurants aussi modestes soient ils, de passer à table sans se laver soigneusement les mains. En outre, à tout moment, chacun sort de sa poche des bouteilles de produits désinfectants, largement commercialisés ou même distribués gratuitement.
Le ministre de la Santé, le Docteur Felix Kabange Numbi, s’est rendu personnellement dans les zones touchées et il a ordonné aux autorités d’interdire les enterrements privés. Dorénavant, les funérailles et la mise en terre devront être organisées par les autorités publiques, chacun ayant désormais compris qu’en Afrique de l’Ouest les rites religieux, où la famille lave et touche le corps du défunt, étaient un important facteur de propagation.
Cependant, la mobilisation des autorités et la multiplication des mesures de prévention n’empêchent pas la peur de gagner du terrain : le contingent sud africain de la Force africaine d’intervention basée au Kivu et opérant aux côtés des casques bleus de la Monusco a déjà fait savoir qu’il envisageait de se retirer au cas où Ebola gagnerait du terrain tandis que les pays membres de la SADC (conférence des pays membres de l’Afrique australe) se sont réunis les 3 et 5 septembre au Zimbabwe afin d’harmoniser les mesures de protection. IL a été décidé de renforcer les contrôles aux frontières et les mises en quarantaine de toute personne suspecte. Fortement urbanisés, les pays d’Afrique australe, alliés politiques et partenaires économiques du Congo, redoutent que, si elle devait arriver chez eux, l’épidémie s’avère incontrôlable et plus dévastatrice encore que dans les régions reculées de l’Equateur et ils ont décidé d’éviter désormais tout rassemblement auquel devraient participer des personnes venant de zones infectées.

31 août 2014

Comment Laurence Sénéchal a franchi la dernière case

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Kinshasa,
Laurence Sénéchal a enfin franchi la dernière case d’un jeu de Monopoly qui fut marqué par de faux espoirs et de vraies angoisses, par la solitude et la solidarité, l’amour maternel et un brin de déraison… La dernière case, celle que cette maman redoutait par-dessus tout s’est avérée la plus courte : après avoir enfin accepté, mardi, d’entrer dans la prison de Makala à Kinshasa, Mme Sénéchal a pu, samedi soir, reprendre un vol pour la Belgique et retrouver les siens, dont la fillette congolaise qui était rentrée sans elle en mai dernier et ne comprenait pas pourquoi le séjour de sa maman à Kinshasa se prolongeait.
Rappelons que Mme Sénéchal faisait partie d’un groupe de neuf parents qui avaient, le plus légalement du monde, adopté des enfants congolais mais qui, alors qu’ils se trouvaient déjà à Kinshasa en compagnie de leurs enfants, furent pris de court par le moratoire décidé par les autorités congolaises. Redoutant certains abus, ces dernières avaient décidé de suspendre provisoirement les adoptions internationales. Alors que les autres parents, non sans peine, se relayaient à Kinshasa, logés par l’ambassade en compagnie de leur enfant adoptif et fortement soutenus par Kathtryn Brahy, la déléguée de WBI, Mme Sénéchal tenta de « passer en force » et de faire embarquer sa fille sur un vol de Royal Air Maroc. Une tentative infructueuse qui lui valut d’être condamnée, en appel, à une peine de six mois de prison ferme, accusée de tentative d’enlèvement de… sa propre fille.
Victime d’un malaise au moment du verdict, la jeune femme fut hospitalisée dans une clinique privée à Mont Ngaliéma, qu’elle refusa de quitter, craignant les conditions d’un séjour en prison. De leur côté, les autorités congolaises firent preuve de fermeté, estimant que la peine devait être purgée puisque le délit avait été établi et jugé. Rappelant le principe de l’indépendance de la justice, elles laissaient aussi entendre que les nombreuses intercessions belges, diplomatiques ou ministérielles, risquaient d’entraîner un effet contre-productif…
Le week end dernier, à l’occasion d’un séjour au Congo, le professeur Eric David eut l’occasion de rencontrer son ancienne élève, qui n’était autre que la ministre congolaise de la Justice. Cet éminent juriste, spécialiste en droit international, s’employa lui aussi à plaider la cause de Mme Sénéchal, qui séjournait toujours à l’hôpital en tenue de prisonnière, avec deux policiers veillant sur sa chambre et signant un rapport quotidien. Finalement, la jeune femme, très amaigrie, accepta de franchir les grilles de Makala, avec l’assurance qu’une fois franchie cette dernière et indispensable étape, elle serait autorisée à rentrer en Belgique..
Les autorités congolaises tinrent parole et dans les délais convenus, la dernière des neuf parents adoptifs fut autorisée à quitter Kinshasa et à retrouver une petite fille qui, elle, avait pris de l’avance et déjà conquis le cœur du reste de la famille.

31 août 2014

L’avenir de Kabila divise… la majorité présidentielle

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Kinshasa,
Voici quelques semaines, inaugurant le complexe agro industriel de Bukanga Lonzo, le président Kabila nous déclarait «le meilleur discours, c’est le silence ». Il illustrait ainsi sa volonté de ne pas dévoiler ses intentions sur le sujet de l’heure : sera-t-il ou non candidat à sa propre succession lors de l’élection présidentielle de 2016 ?
Lors d’une réunion des partis membres de la majorité présidentielle, qui s’est tenue voici quelques jours dans la ferme que Kabila possède à Kingakati, proche de Kinshasa, le flou a été dissipé. Selon un compte rendu écrit de la rencontre, dont nous avons pu avoir connaissance, plusieurs points se dégagent : il est acquis qu’un nouveau gouvernement sera présenté lors de la prochaine rentrée parlementaire le 15 septembre prochain mais surtout, il apparaît que le projet du PPRD, le parti majoritaire au Parlement, de modifier la Constitution afin de prolonger ou de renouveler le mandat du président sortant, se heurte à de solides résistances émanant des formations alliées du pouvoir.
Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la majorité présidentielle, a été clair dans les « éléments de langage » donnés aux troupes : « la majorité présidentielle dispose du meilleur projet de société et doit rester au pouvoir », « les dispositions de la constitution actuelle doivent être améliorées et pour tout changement, il faudra s’en référer au « souverain primaire » c’est-à-dire organiser un referendum constitutionnel. »
Soutenant cette ligne, le ministre des Communications Kin Kiey Mulumba, qui fut déjà aux affaires du temps de Mobutu et du RCD Goma, a rappelé, fort de son expérience personnelle qu’ « en politique, rien ne résiste, que tout est politique… »
Quant au président Kabila, haranguant ses troupes, il les a d’abord incitées à engranger des résultats : « on a encore trois ans, il faut travailler jour et nuit, éviter les distractions. Au lieu de parler des kilomètres de routes à construire, on préfère trop souvent faire des discours kilométriques… » Mais le « chef de chantier de la nation » a aussi relevé sa visière : « la question de rester au pouvoir ne se pose pas. C’est devenu une question de survie. On a encore besoin de stabilité dans ce pays. » Autrement dit, l’équipe actuelle et son chef de file comptent bien se donner les moyens de « rempiler » après 2016, en modifiant la Constitution et en appelant au verdict populaire sur ce sujet, ce qui pourrait conduire à une 4e république si la Constitution actuelle, rédigée puis ratifiée après les accords de paix de Sun City était jugée obsolète, enter autres parce que l’article 220 verrouille le mandat présidentiel limité à deux termes.
Cette option est loin de faire l’unanimité : sans surprise, l’opposition s’y oppose et compte organiser des manifestations populaires, mais surtout la majorité présidentielle est elle-même partagée. A Kingakati, de sérieux bémols se sont fait entendre, « seul le peuple peut déverrouiller la Constitution, il faut mener des enquêtes pour jauger l’état de l’opinion » a suggéré M. Bahati Luebo, Ministre du Travail tandis que le Katangais Banza Mukalay, Ministre des Sports mettait en garde : « il faut éviter une politique d’affrontement avec les puissances » faisant ainsi allusion aux déclarations musclées de l’émissaire américain Russ Feingold, qui avait désapprouvé toute modification de la Constitution et que le président Kabila dans son discours avait négligemment qualifié de « fonctionnaire de passage ici »….
Les critiques les plus lourdes sont venues du MSR, le Mouvement social pour le renouveau, un parti longtemps considéré comme plus proche encore de Kabila que le PPRD lui-même : il a été fondé avant les élections de 2006 par feu Samba Kaputo, l’ancien conseiller spécial du président et est aujourd’hui encore dirigé par Pierre Lumbi, qui conseille Kabila en matière de sécurité et fut le principal négociateur des contrats chinois. Mais surtout le MSR puise ses élus et ses cadres dans les forces vives de la nation : les membres de la société civile qui, au début des années 90 animèrent la conférence nationale souveraine, les nombreux militants de l’ombre qui, après la chute de Mobutu, refusèrent l’occupation étrangère et animèrent la résistance des provinces de l’Est. Ces hommes là ont souvent représenté les « bataillons secrets » de Kabila lui-même, en première ligne dans la lutte pour la souveraineté, le développement et la démocratisation du pays.
A Kingakati, ce sont des faits précis que le président du groupe parlementaire du MSR M. Bolengetenge a alignés : « le parti », a-t-il expliqué, « a consulté ses 26 fédérations à travers le pays dont 22 avaient organisé des conventions. Il est apparu que trois des fédérations approuvent l’idée d’un changement de la Constitution, que quatre d’entre elles considèrent que « la situation est difficile et que le pays risque de glisser vers les dispositions intangibles» tandis que 19 fédérations appellent au respect de la loi fondamentale actuelle et soulignent que le 23 octobre 2013 le président lui-même avait promis de rester fidèle à la lettre et à l’esprit de la Constitution. »
En conclusion, le député résume ainsi l’opinion de ses collègues : « on veut bien rester au pouvoir, mais il faut rester en phase avec la population et avec ceux qui sont au-delà de nos frontières. » (allusion à une diaspora largement hostile à toute réforme constitutionnelle et pour laquelle Kin Kiey Mulumba veut organiser des charters afin de mieux faire connaître la réalité du pays.)
La majorité présidentielle se trouve ainsi divisée entre deux perceptions différentes de l’opinion congolaise : les uns estiment que le bilan positif déjà engrangé (fin-relative- de la guerre à l’Est, modernisation du pays, développement des grands axes routiers, succès macro économiques etc..) ne peut que susciter la reconnaissance de la population, qui, lors du referendum constitutionnel, devrait soutenir le maintien au pouvoir d’une « équipe qui gagne ».
Les autres par contre mettent en garde contre le caractère explosif et polarisant d’une consultation qui, en définitive, se résumerait à une question essentielle : faut il modifier ou abolir la Constitution actuelle pour préserver le pouvoir d’un seul homme ? Et de rappeler que le texte actuel, certes imparfait et fruit de laborieux compromis, a eu le mérite de mettre fin à la guerre et représente toujours le socle de la paix civile…Le Congo est-il suffisamment solide et pacifié pour se permettre de déjà détruire ou de modifier les fondations actuelles ?
A Kingakati, mais aussi à tous les niveaux de l’opinion, le débat qu’il a lui-même suscité alimente désormais les « discours kilométriques » que dénonce le chef de l’Etat et il paralyse le travail sérieux…

26 août 2014

LLes Belges posent la première pierre de leur future ambassade au Congo

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Kinshasa

Le paradoxe a souvent été énoncé : c’est au Congo qu’il faut venir pour croire que la Belgique existe, représente encore quelque chose dans l’imaginaire, le sentiment et… les affaires.
La pose de la première pierre de la future ambassade de Belgique, en présence du ministre d’Etat Armand de Decker remplaçant Didier Reynders, a permis, une fois encore, de vérifier la pertinence de l’énoncé : alors que, depuis 1960, nos services diplomatiques et consulaires vivaient à l’étroit dans des locaux de plus en plus étriqués, que l’ambassade de Belgique, hérissée de grillages, ressemblait à une forteresse assiégée par une population déshéritée, c’est en 2012 que le Conseil des Ministres, titillé peut-être par les images de la nouvelle ambassade de France installée dans un immeuble superbement rénové à l’ancienne, a donné son feu vert au déménagement de la chancellerie.
Soutenu par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et par son conseiller Jean-Claude Fontenoy, le projet fut alors mis en chantier, avec une seule contrainte, ne pas dépasser une enveloppe de 10,5 millions d’euros et le consul Didier Vervaert reçu pour mission unique de faire atterrir l’ensemble.
Il apparut alors que la Belgique, ancienne puissance coloniale, disposait encore au Congo d’un patrimoine immobilier non négligeable et insuffisamment exploité, que la curatelle de la défunte Sabena possédait encore des terrains et des maisons qui pouvaient être achetés dans de bonnes conditions. C’est ainsi qu’un terrain de 1, 8 hectares, composé de huit parcelles, fut identifié en un endroit stratégique, visible de tous : au milieu du Boulevard du 30 juin, la colonne vertébrale de cette mégapole qu’est devenue Kinshasa. Depuis lors le mythique boulevard, la plus longue artère d’un seul tenant existant en Afrique, est devenue une autoroute à huit bandes. Les arbres centenaires ont été remplacés par des palmiers nains, mais des bus modernes circulent, les immeubles à étages, les vitrines abritant des commerces de prestige se succèdent et le soir, lorsque clignotent les néons et les feux de signalisation, on se prend à rêver des Champs Elysées et à oublier les mendiants et autres enfants des rues qui tentent encore de se glisser au milieu du flux des voitures…
Soucieux de ne pas obérer les fonds publics, les autorités réussirent une « opération blanche » : vendre des biens appartenant à l’Etat belge pour un montant presque équivalent au coût du terrain et de la construction de la nouvelle ambassade. Le Ministère des Finances se chargea ainsi de vendre des immeubles à Matadi, Nzongo Tolo, ainsi que l’ancienne chancellerie à Bukavu, le centre militaire Camac à Kinshasa, la Villa Joli Parc, les galeries présidentielles pour un montant total de 8. 545. millions d’euros tandis que l’appoint sera fourni par la mise en vente des derniers « bijoux de famille » à Goma, Matadi et Mbandaka.
Tant qu’à faire, autant innover :soucieux de loger dans de bonnes conditions le personnel de l’ambassade, les promoteurs du projet réussirent, ici aussi grâce à la curatelle de la Sabena, à acheter à proximité de la future chancellerie, 6 autres biens dont deux villas et un immeuble à appartements qui, après rénovation, pourront accueillir les futurs employés et diplomates. Les économies sur les frais de transport et d’autres locations devraient représenter quelque 500.000 euros par an. Invité à visiter ce chantier, lui aussi confié à l’entreprise Willemen qui a remporté un appel d’offres en bonne et due forme (après un recours déposé par Besix), Armand de Decker s’est émerveillé de l’ingéniosité des architectes de l’époque : hauts plafonds et vastes couloirs fournissant une ventilation naturelle, modernité des arches inspirés par le style Art deco… La rénovation d’aujourd’hui devra tenir compte de ce cachet unique de l’architecture des années 50, qui appartient au patrimoine de Kinshasa. Quant à la nouvelle ambassade, elle incarnera elle aussi l’innovation : des éléments de construction passive devraient permettre d’économiser 70% des coûts énergétiques. Deux « constructions passives » marqueront ainsi le patrimoine immobilier de la Belgique, l’une dans l’un des endroits les plus froids au monde, la station reine Elisabeth, et l’autre à Kinshasa, l’une des capitales les plus chaudes…La nouvelle ambassade accueillera aussi la représentation des Pays Bas, représentant ainsi l’une des premières missions diplomatiques de l’ancien Benelux…Paradoxalement, l’orateur hollandais, en cette journée qui devait symboliser la nouvelle alliance belgo néerlandaise, choisit de rappeler, assez lourdement, que, 200 ans avant Stanley, c’est un navigateur hollandais qui,n le premier, remonta le fleuve Congo et le “découvrit”…
Hymnes nationaux belge, hollandais, congolais et européen, rassemblement de tous les « amis congolais » des deux pays : la pose de la première pierre de la future chancellerie fut l’occasion d’une belle cérémonie arrosée par de la bière hollandaise ( la meilleure chose jamais produite par nos voisins du Nord” devait assurer un officiel belge…)et des cuberdons tricolores belges. Est-ce sous les tropiques que les Etats nations européens réussissent encore à affirmer leur identité?