23 mai 2015

Bujumbura: du sang sur les oranges

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Peu avant la tombée de la nuit, l’atmosphère autour du marché central de Bujumbura, toujours très animé, était étrangement tendue. Les policiers patrouillaient, encore plus nombreux que d’ordinaire et un vendeur de cartes téléphoniques semblait bien informé : « tout peut arriver ce soir, on nous dit que les banques pourraient être attaquées et pillées… »Une heure plus tard, peu après 18 heures, trois lourdes explosions secouaient le quartier, provoquant la fuite de centaines de piétons, chargés de ballots et pressés de filer au plus vite vers les quartiers populaires hérissés de barricades et de rouleaux de barbelés. Un peu plus tard, devant la place déserte, les policiers interdisaient tout passage, assurant que les grenades avaient fait trois morts et un nombre indéterminé de blessés. Là où voici une heure encore une foue animée faisait ses derniers achats avant le long week end, ne gisaient plus que des éclats de verre, des oranges tâchées de sang. De ambulances emportaient des blessés déchquetés vers les divers hôpitaux de la ville.
Cet incident dramatique montre à quel point l’atmosphère à Bujumbura se tend dangereusement : les manifestants ne désarment pas, récusant toujours le troisième mandat présidentiel et les heurts avec la police sont de plus en plus durs. Des rumeurs font état des divisions au sein de l’armée tandis que le chef de l’Etat sourd à toutes les objurgations, tous les conseils, recule la date des élections législatives mais maintient au 26 juin un scrutin présidentiel qu’il entend bien remporter.
Dans cette ville envahie d’hommes en armes, où les citoyens vivent sur pied de guerre, où les morts commencent à s’accumuler, règne une atmosphère délétère qui fait songer à celle qui régnait à Kigali en 1993 ou 1994 : chacun savait que tout pouvait arriver et, sans savoir d’où partirait le coup fatal, faisait semblant de vivre normalement, la peur au ventre…
Une trêve de deux jours a été décréte par les manifestants. Si elle échoue, via la médiation onusienne et africaine, à ramener le calme, ce sera quitte ou double.

23 mai 2015

La “presse courage” du Burundi

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Haut lieu de la contestation et du refus d’un troisième mandat présidentiel, le quartier de Musaga ressemble à un camp retranché. Depuis près d’un mois, des jeunes en T shirt ramassent des pierres et en font des barricades, les lancent sur des voitures de police, brûlent des pneus. La nuit ils barrent les ruelles avec des barbelés pour empêcher les hommes en uniforme de pénétrer dans leurs maisons. Les garçons d’ici, filiformes, ressemblent à des Tutsis,mais chaque jour, de jeunes Hutus montent vers Musaga depuis Bujumbura rural pour aider leurs compatriotes à faire face. Jean Marie Vianney, Cedric, Ghislain, qui m’ont amenée dans une maison de pisé pour échapper à des tirs nourris qui ébranlent le quartier font le compte des blessés et des tués. Ce matin encore, aux alentours du Parlement, alors qu’il manifestait pour que la Constitution soit respectée, un homme a été tué par balles. De la 7 eme avenue d’où nous venons, on entend des crépitements secs, des coups de feu se répondent dans les venelles du quartier. Les garçons se collent au mur de pisé, à la première accalmie ils en bondiront comme des chats sauvages et, pierres à la main, nargueront à nouveau les policiers en tenue bleue qui prennent position devant les maisons de l’avenue. « Nous sommes dans notre troisième semaine de manifestations » expliquent ce jeunes gens, étudiants pour la plupart « et nous ne lâcherons pas. Le président doit partir, il ne peut pas se représenter. » Comment expliquer une telle détermination ? Pour Ghislain, c’est simple : « nous manifestons car il n’y a pas d’avenir. Pas d’emploi pour nous. Le pays recule, le régime se durcit. Nous irons jusqu’au bout. »
Mes compagnons sont trois journalistes d’Iwacu, la seule publication indépendante qui a pris le risque de sortir à nouveau. Alors qu’à l’entrée de Musaga nous croisons des journalistes étrangers casqués, protégés par des gilets pare balles, Onesphore, Floribert et Armel sont en jeans, circulent dans une vieille camionnette qui peine à démarrer. Mais lorsqu’il s’agît d’échapper aux coups de feu, tirés à l’horizontale, ces jeunes journalistes courent vite, déclenchent quand il faut micro et appareil photo. Sur le site d’Iwacu, consulté par 150.000 internautes, ils relatent les évènements , heure par heure, et prennent le relais des radios privées qui ont été détruites.
Antoine Kaburahe, le fondateur d’Iwacu (littéralement « chez nous ») 49 ans, n’est pas un inconnu. Il a passé dix ans en Belgique, où il avait fondé la revue Panafrika, a vécu à Anvers où il a appris le néerlandais, s’est marié, a eu deux enfants qui poursuivent leur scolarité à Hoboken. En 1998, désireux de rentrer au Burundi et de contribuer à construire la paix, ce journaliste dans l’âme, fils du premier directeur de presse du Burundi, réussit à convaincre Louis Michel de lui confier un petit budget issu du Fonds de la diplomatie préventive. C’est au départ de cette modeste subvention qu’il s’est lancé dans l’aventure. « Nos six journalistes, des jeunes, Hutus et Tutsis recrutés sur le tas, se relayaient sur les machines car nous n’avions que deux ordinateurs, une imprimante, un appareil photo et Iwacu n’était qu’un bi mensuel. Aujourd’hui, nous avons 18 journalistes, des graphistes, des maquetteurs, et nous nous sommes lancés dans le multi media : un hebdomadaire qui tire à 6000 exemplaires, un site Internet, des livres (nous avons publié l’ouvrage du journaliste Guy Poppe consacré à l’assassinat du Prince Rwagasore) . Nous venons d’acheter une imprimante couleur et avions l’ambition de devenir une véritable entreprise de presse, la première dans l’histoire du Burundi. Mais aujourd’hui nos rêves et nos projets sont en veilleuse. »
C’est par miracle que, la semaine dernière, Antoine Kaburahe et Iwacu ont échappé à la destruction : « dès que j’ai appris que les radios indépendantes avaient été attaquées, j’ai voulu mettre à l’abri mon imprimerie, mon site Internet et j’ai provisoirement suspendu toute publication, plaçant nos locaux sous clé. Durant cinq jours nous avons pratiqué une sorte de black out, estimant que les conditions n’étaient plus remplies pour travailler. Puis, mardi dernier j’ai décidé de rouvrir, d’aller au-delà du traumatisme. J’ai dit à mes journalistes que s’ils avaient peur, ils pouvaient prendre leurs congés, mais tous, à part une future maman, ont refusé et voulu recommencer à travailler. Lorsque j’ai annoncé la reprise des activités d’Iwacu, tous les ambassadeurs occidentaux étaient là, mais je me demande comment nous allons tenir car avec la crise nous avons perdu tous nos budgets publicitaires.… » Au sommaire du prochain numéro d’Iwacu, toutes les questions que les Burundais se posent : le film des évènements, un reportage sur le jour du putsch, un topo et des photos de la destruction des medias. Et aussi une tentative de réponse à ce point crucial, qui justifie la répression pratiquée à l’encontre de la presse : du régime : y a-t-il eu connivence entre les manifestants hostiles au troisième mandat et les militaires putschistes qui, avec une confondante maladresse, ont tenté de prendre le pouvoir ? Kaburahe est très critique à leur égard : « ils ont failli faire dérailler tout le mouvement de contestation et en tous cas ils ont fourni le prétexte la destruction des radios indépendantes. » Or, alors que les partis avaient été divisés, que le CNDD (le parti du président) contrôle tous les rouages, la presse constituait la dernière source de contestation du régime, le dernier contre pouvoir. »
Innocent Muhozi, directeur de Radio-télévision Renaissance, se présente lui-même comme « le dernier des Mohicans : avec Kaburahe, il est le dernier des patrons de presse du Burundi à être resté au pays.
La semaine dernière, alors que le putsch du général Nyombare était en train d’avorter, sa station de télévision, très regardée à Bujumbura, a été attaquée par des Imbonerakure, (les jeunes partisans du régime, transformés en milice) et détruite de fond en comble. Au même moment Radio Bonesha, Radio Isanganiro subissaient le même sort, et RPA, (Radio publique africaine) le plus populaire des émetteurs,était la proie des flammes. Les locaux des radios indépendantes sont aujourd’hui dévastés et leurs directeurs s’en sont vu interdire l’accès : une circulaire officielle assure que cette mesure a été prise pour permettre le travail de la justice, qui a été chargée d’établir le lien éventuel entre les radios indépendantes et les putschistes ! « Autrement dit » souligne Muhozi, » il nous est impossible d’évaluer l’étendue des dégâts, de préparer la reconstruction… Je crois que les dégâts infligés à ma station sont réparables, que nous pourrions recommencer à émettre, mais nous n’avons pas accès aux locaux…»
Alors qu’ il vient de recevoir une convocation l’invitant à se présenter au bureau du Procureur général et qu’il redoute d’être arrêté à l’issue de l’interrogatoire, Innocent Muhozi ne regrette pas d’avoir fait le choix d’être resté au Burundi : «Je suis peut-être naïf, mais je refuse de quitter. Je ne suis pas un criminel, je n’a fait que mon métier. Si on m’arrête, si on me flingue, tant pis. »
Comme Kaburahe, Muhozi reconnaît qu’au cours de la décennie écoulée, alors que le CNDD régnait en maître, la presse a représenté un catalyseur : « alors que les partis politiques étaient dépassés ou divisés, c’est la presse indépendante qui a systématiquement relevé les cas de corruption les plus flagrants, enquêté sur les assassinats. C’est la presse qui a mobilisé les énergies, fait comprendre à la population malmenée, exploitée, qu’il fallait refuser ces injustices. Nous, on se moquait des appartenances ethniques ou politiques ; les journalistes burundais entendaient faire leur travail et je crois que c’est cela qu’on ne nous a pas pardonné…Rien d’étonnant à ce que la presse ait été la première cible de la répression, c’est à cause d’elle que a population, qui en avait assez des injustices, s’est finalement soulevée. »
Bob Rugurika, le directeur de la Radio publique africaine a, lui, préféré gagner le Rwanda. Sage précaution, car, libéré en février dernier, il avait fait plusieurs semaines de prison pour avoir retrouvé et interviewé l’assassin de trois religieuses italiennes qui en savaient trop. Le déroulement du putsch manqué du général Nyombare le rend perplexe : « je crois qu’il y a eu un vrai complot mais aussi une vraie trahison, où le chef d’état major, le général Nyongabo, de mèche avec le président, a laissé e mouvement aller jusqu’au bout, pour mieux le casser. Et on assisté à ce phénomène étonnant : des putschistes qui annoncent leur coup sur des radios privées alors que la radio nationale, gardée par trois bataillons, est toujours aux mains des fidèles du président. Cette utilisation des radios indépendantes a permis aux partisans du régime de détruire les installations et demain peut-être de les poursuivre les journalistes. » Et de poser cette question dérangeante : « la neutralisation de ce contre pouvoir qu’était la presse indépendante n‘était elle pas le véritable objectif de ce putsch manqué ou manipulé ? »

23 mai 2015

Les réfugiés affluent au Rwanda poussés par la peur

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Dans un discours télévisé, le président Pierre Nkurunziza a tenté de ramener la crise qui déchire son pays à de plus modestes proportions : la contestation, selon lui, ne s’étend qu’à quatre quartiers de Bujumbura, et sur 99% du territoire, le calme règne.
De fait, sitôt franchie la frontière rwandaise à hauteur de Gashora, dans le Bugesera, le Burundi présente son visage habituel. Des cyclistes « cascadeurs » accrochés aux lourds camions qui traversent l’Afrique de l’Est, des femmes qui vendent des sachets de petits pois soigneusement emballés, une foule de piétons qui, à la tombée du jour, semble attirée par la grand route comme par un aimant. Cependant, dans les cabarets, on entend l’écho de discussions animées ; un peu partout, des petits groupes d’hommes sont en grande conversation, les mains se dressent, les voix montent ; les femmes ramènent les enfants dans les plis de leur robe. Quelques drapeaux de partis politiques rappellent que le Burundi est en campagne électorale. Disciplinée, silencieuse, la police est très présente : de la frontière jusque Bujumbura, notre véhicule est contrôlé une quinzaine de fois, fouillé, inspecté. Dans l’autre sens, celui qui mène au Rwanda, les contrôles sont plus fréquents encore : les minibus sont stoppés sans ménagements et les passagers sont priés de se dessaisir de leurs téléphones portables, de leurs ordinateurs. Méticuleux, les policiers ouvrent les engins, parcourent les textos, scrutent les photos et, nous dit on, relèvent les numéros suspects.
Dans quelques localités, les militaires sont présents aussi, immobiles comme de grandes statues en uniforme tacheté. Ce n’est que dans le camp de Gashora, en territoire rwandais, que nous mesurerons la peur qui se tapit dans les villages, qui inspire les attroupements où les gens se demandent ce qui va leur arriver et quelles décisions prendre.
En deux semaines, le Haut Commissariat aux réfugiés, assisté par quelques ONG, a déployé au bord du petit lac, dans une région vouée au tourisme, une logistique depuis longtemps rodée dans la région ; trente sept grandes tentes de toile blanche, un centre médical, des rations de maïs et de haricots que les déplacés font bouillir sur de petits foyers, un centre d’enregistrement devant lequel de jeunes garçons font la file, essoufflés et excités comme s’ils avaient couru. Gashora, qui accueille 3000 déplacés du Burundi, n’est qu’un centre de transit ; c’est à Mahama, du côté de la frontière tanzanienne, que se trouvent plus de 20.000 réfugiés, dont le nombre grandit sans cesse. « La semaine dernière, ils arrivaient au rythme de cent par jour ; cette semaine le flux se réduit une dizaine de personnes » explique Judith Seidel, responsable du HCR «mais vers la Tanzanie, ce sont des villages entiers qui se déplacent, plus de 100.000 Burundais ont déjà traversé la frontière ; nous craignons une crise humanitaire majeure dans la région… »
Les garçons qui font la file devant le bureau d’enregistrement ne se font pas prier pour expliquer les raisons de leur fuite. Nishima, un étudiant à l’académie, a campé durant plusieurs jours devant l’ambassade des Etats Unis à Bujumbura jusqu’à ce que la police débarque. « Ils voulaient nous emmener en camion, je me suis enfui. Le passage a été difficile, tous les numéros de mon téléphone ont été relevés. » Pontien, 23 ans, a quitté Kirundo, une ville proche de la frontière, car « cela devenait trop dangereux. Mes parents sont restés, mais nous les jeunes, qui avions manifesté contre le troisième mandat, nous avons fui car la nuit, il y avait des rondes d’Imbonerakure (les milices du parti présidentiel) Ils avaient des matraques, des grenades, des fusils. Ils nous disaient qu’ils faisaient des rondes de sécurité, mais nous on se sentait menacés… »
Bizimana, 28 ans, à la différence de ses voisins, n’est pas un étudiant, un intellectuel. Même ici, ce chauffeur de camion roule des mécaniques, se vante d’avoir manifesté dès le premier jour contre « Pieter » (le surnom du président) : « je ne veux pas qu’il se représente car, avec ses gens, ils s’en sont mis plein les poches. Pour avoir du travail, il fallait être membre de leur parti. C’est pour cela qu’avec mes amis nous sommes allés devant la maison du CNDD (le parti de Nkurunziza) et nous avons enflammé de vieux pneus. Nous avons pu entrer dans la maison et là nous sommes tombés sur des listes que tenaient les Imbonerakure : des gens qu’ils considéraient comme des suspects, des adversaires et qu’ils se préparaient à tuer. Il y avait aussi des armes qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué, des sortes de lance pierres dotées d’explosifs. Quand j’ai découvert tout cela, j’ai décidé de partir. Le Burundi, cela n’est plus pour moi, je veux rester au Rwanda, aller en Ouganda ou plus loin encore. Ce pays, pour moi, c’est fini… »A côté de lui, Désiré, veut lui aussi fuir le plus loin possible et reconnaît : « à Bujumbura c’était dur. Dans la bagarre avec les policiers on a même tué un chef de poste… »
Si l’on peut comprendre les raisons qui ont poussé ces jeunes des quartiers chauds de Bujumbura, majoritairement Tutsis, à prendre la fuite dans la crainte de la répression, le témoignage des femmes en dit plus long encore sur la profondeur de la crise. Sandrine, originaire de Kirundo (la première ville après la frontière rwandaise) est arrivée voici trois jours, son bébé dans le dos « Mon mari m’a poussée à partir, d’autres gens du village avaient déjà fui. Il y avait un malaise, on disait que nos voisins, des Hutus, avaient acheté de « pangas » des machettes et qu’ils allaient bientôt se venger de la mort de leur grand père, voici 25 ans, tué par des Tutsis. Mon mari est resté car il ne vouait pas quitter nos champs, mais je crois qu’il va bientôt arriver ici lui aussi.
Rose Nezimana, trois enfants, venue de Kirundo elle aussi, a été poussée par les rumeurs et les chuchotements : « les Imbonerakure sont très nombreux, ils font des rondes et menacent tous ceux qui pourraient ne pas voter pour le président. On dit tant de choses : qu’ils auraient mis nos noms sur des listes, marqué de croix rouges les maisons de ceux qu’ils se préparent à tuer. Certains voisins ne nous parlent plus, mais murmurent derrière notre dos…Mon mari m’a poussée à partir, à mettre les enfants en sécurité… »
La trente septième tente de Gashora est celle des enfants seuls, les MENA (mineurs non accompagnés) dont s’occupe un service spécial du HCR : ils sont déjà 650 à être arrivés ici sans leurs parents, dont 99 auraient perdu la trace de leur famille durant la fuite. La Croix Rouge s’emploie à les identifier, à retrouver les parents, à réunifier les familles. Fabrice Mugisha, 14 ans, originaire de Kirundo, explique que « mes parents m’ont poussé vers la frontière m’ont dit cours vite au Rwanda. Ici, on ne sait pas ce qui peut arriver…A l’école, on parlait de menaces contre les Tutsis, nos voisins nous regardaient bizarrement en caressant leur machette… Je ne sais pas ce qui va arriver, j’ai trop peur pour rester dans mon pays… »
Le même soir, à la télévision, le président essaie d’expliquer que tout est normal au Burundi. Même dans les campagnes où la peur est revenue, on ne le croit pas.

14 mai 2015

Burundi: au delà du débat constitutionnel

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Sourd aux avertissements émanant aussi bien de la société civile, de ses collègues ex-présidents, de l’Eglise catholique, d’une partie de l’armée et des services de renseignements, le président Nkurunziza est allé de l’avant, habité par la foi selon ses partisans, autiste selon ses adversaires. Cette obstination dépasse aujourd’hui le cas de sa personne, elle risque de ramener le Burundi au bord de l’abîme. Ce gouffre d’où les accords d’Arusha, conclus en 2000 sous la houlette de Nelson Mandela l’avaient tiré après des années de négociations extraordinairement délicates. Dans les années qui suivirent, on put, avec prudence, parler de « miracle burundais » : les clivages et les haines ethniques, qui avaient provoqué le « génocide sélectif » des intellectuels hutus en 1972, engendré le cycle des tueries, des assassinats et de la répression (Ntega Marangara en 1989, l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye en 1993) semblaient reculer progressivement, céder la place à des rivalités strictement politiques, à des élections tenues à intervalles réguliers, à des alternances et des partages du pouvoir…Ces quinze années de reconstruction, qui avaient aussi permis au Burundi de devenir un acteur de paix, pourvoyeur de Casques bleus en Somalie et en Centrafrique, vont-elles être jetées aux oubliettes à cause de l’obstination d’un homme cerné sinon manipulé par une poignée d’irréductibles ? Si la crise actuelle ne se dénoue pas rapidement, les risques font froid dans le dos. Car tous les Burundais, Hutus comme Tutsis, sont encore hantés par la peur de l’autre, par le souvenir de la mort ou de l’exil, marqués par la relative impunité des assassins. Leur « vivre ensemble » n’est encore qu’un équilibre fragile, garanti par des accords qui risquent aujourd’hui d’être jetés aux oubliettes. Il ne faudrait pas grand-chose pour que les démons de la haine ethnique, si patiemment conjurés, ne resurgissent, réactivés par de cyniques manipulateurs. Et dans ce cas, la poudrière burundaise, à nouveau rallumée, mettrait le feu à toute la sous-région et obligerait les voisins à se transformer en pompiers et/ou pyromanes. On est ici bien au-delà de la polémique constitutionnelle et du juridisme : ce qui se joue est une question de vie et de mort, pour une démocratie fragile mais surtout pour des citoyens en danger.

14 mai 2015

Quelques questions au sujet de l’armée burundaise

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L’armée burundaise est-elle homogène ?
Réorganisée après les accords d’Arusha, signés en 2000, l’armée burundaise actuelle, forte de 20.000 hommes environ, a été obligée d’intégrer des milliers d’ex-rebelles, issus des mouvements armés hutus qui, durant la guerre civile (1993-2000) s’opposaient à l’armée nationale. La nouvelle armée se compose désormais de Hutus et de Tutsis, dans une proportion de 50/50. Professionnalisée, bien encadrée, une bonne moitié de cette armée a été envoyée en Somalie et en Centrafrique, sous la bannière des Nations unies et de nombreuses unités sont encore en formation. Le général Godefroid Nyiongare, qui a mené la tentative de coup d’Etat est un Hutu, issu, comme le président Nkurunziza, des rangs du FDD-CNDD(Forces pour la défense de la démocratie). Il avait été le principal responsable des opérations d’intégration des ex-rebelles et du mixage d’hommes d’origine très différente. L’appellation « putschiste » est relative : cet officier très respecté avait été limogé voici trois mois alors qu’à la tête des services de renseignements, il avait publié un rapport déconseillant au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat. Il avait ensuite pris le commandement d’une unité d’élite des paracommandos et une majorité d’officiers tutsis appuyait sa position. Par contre le président Nkurunziza a pu compter sur l’appui du chef d’état major de l’armée et sur d’autres factions de son parti. Quant à la police, elle est généralement considérée comme plus proche du pouvoir et a été critiquée pour la violence de la répression.
Les affrontements actuels ont-ils une base ethnique ?
Les affrontements actuels ne se déroulent pas sur une base ethnique : le dernier des mouvements armés hutus à avoir rejoint le processus politique, les FNL (Forces nationales de libération) d’Agathon Rwasa s’est lui aussi opposé à un troisième mandat du chef de l’Etat. Il y a donc des Hutus dans les deux camps. Cependant, les crimes commis par toutes les factions n’ayant jamais été analysés ou jugés, la mémoire des Burundais est imprégnée de références ethniques et, ces dernières semaines, le clan du président ne s’est pas privé de raviver les souvenirs du passé assurant que « les Tutsis voulaient reprendre le pouvoir. »
Les militaires soutenant le chef de l’Etat sont-ils pour autant des « loyalistes » ?
Ils s’appuient sur une interprétation contestée des accords d’Arusha, validée par la Cour constitutionnelle, mais les membres de cette dernière auraient été soumis à des pressions et des menaces telles que le vice président de la Cour a préféré fuir le pays.
Les dispositions adoptées à Arusha en 2000, sous l’égide de Nelson Mandela, interdisent au président d’exercer plus de deux mandats consécutifs, obtenus au suffrage universel direct. Or le président Nkurunziza a déjà exercé deux mandats, mais le premier avait été obtenu au suffrage indirect, à l’issue d’un un vote au Parlement. Le chef de l’Etat s’estime donc en droit de se présenter une deuxième fois au suffrage direct des Burundais le 26 juin prochain.

L’opposition à un troisième mandat est-elle uniquement d’ordre constitutionnel ?
Certainement pas : si à Bujumbura la société civile, les medias indépendants, l’Eglise et des milliers de manifestants ont exigé le départ du président, c’est parce que le gouvernement a été accusé de réprimer ses opposants, de pratiquer des exécutions extra judiciaires et de vouloir sortir du cadre des accords d’Arusha qui avaient établi un savant équilibre entre Hutus et Tutsis. En outre, les ex rebelles du CNDD, sortis des maquis, ont été accusés de manque de professionnalisme et pratiquant une corruption qui a mené le Burundi à figurer à la 159eme position sur l’indice établi par Transparency International. Avec un revenu national brut de 260 dollars par habitant le pays demeure l’un des plus pauvres du monde et la malnutrition touche 58% de la population.
Dans les campagnes cependant, la construction de milliers d’écoles primaires a valu au président une popularité certaine tandis que les jeunes miliciens Imbonerakure, par un mélange de propagande et d’intimidation s’assuraient de la fidélité des masses rurales.

Pourquoi la guerre des radios ?
Deux des trois principales radios privées du pays (Radio publique africaine et Radio Bonesha) ainsi que la principale télévision indépendante, Télévision Renaissance ont été attaquées, pillées et brûlées par des policiers et des miliciens Imbonerakure tandis que le contrôle de la Radio télévision nationale du Burundi, institution d’Etat, a provoqué d’âpres combats entre factions militaires rivales jusqu’à sa reprise en mains par les partisans du président. Dans ce pays où la presse écrite demeure confidentielle, les radios demeurent le principal organe d’information et aussi de mobilisation des citoyens. Largement soutenues par l’aide étrangère, les radios privées se montraient très critiques à l’égard du régime et révélèrent de nombreux scandales. Le pouvoir craignait, en particulier dans le cas de la RPA, que les radios réussissent à mobiliser les masses rurales de l’intérieur du pays.

Une nouvelle guerre civile est-elle possible ?
Hélas oui : le parti hutu FNL (opposé au président Nkurunziza) n’a pas encore totalement déposé les armes et il garde des bases au Congo. Quant au CNDD, le parti au pouvoir, il pourrait se scinder entre « frondeurs » hostiles au chef de l’Etat et « loyalistes », les deux groupes pouvant, le cas échéant, retourner à la lutte armée et relancer une nouvelle rébellion, les jeunes miliciens Imbonerakure, dotés d’armes, appuyant M. Nkurunziza.

14 mai 2015

Les voisins du Burundi se font discrets

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Si les pays voisins du Burundi observent une discrétion exemplaire, cela ne signifie pas, loin s’en faut, qu’ils se désintéressent de la crise. Lors du sommet de Dar es Salaam, qui n’a finalement pas eu lieu, les présidents du Kenya, du Rwanda, de l’Ouganda, de la République démocratique du Congo se sont contentés d’émettre un communiqué condamnant les « putschistes » c’est-à-dire, en réalité, les militaires attachés à l’esprit des accords d’Arusha et ils ont suggéré un report des élections qui doivent débuter le 26 mai prochain. En réalité, les voisins du Burundi sont préoccupés par l’afflux de réfugiés que pourrait provoquer une guerre civile : la Tanzanie vient à peine de clôturer le rapatriement des réfugiés burundais arrivés en 1972, le Rwanda accueille déjà plus de 20.000 de ses voisins, Tutsis pour la plupart. Quant au Congo, il est préoccupé par l’insécurité notoire dans la plaine de la Ruzizi, au Sud Kivu, où se multiplient depuis longtemps les affrontements entre les ethnies locales des Bafulero et des Barundi, éleveurs ou cultivateurs désireux de s’installer dans ces terres très fertiles tandis que des groupes armés burundais auraient gardé des caches d’armes dans la région.

14 mai 2015

L’inquiétude des “putschistes”

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« La situation se détériore… Devant la Radio télévision nationale, nous avions essayé de discuter avec nos collègues militaires, de leur expliquer que leur position était déraisonnable, mais ils n’ont pas voulu nous écouter et les combats ont repris… » Venon Ndabaneze, porte parole des « puschistes » qui préfèrent plutôt se qualifier le « légalistes » car ils soutiennent le respect des accords d’Arusha, se montrait, jeudi en fin de journée, plutôt pessimiste. Il déplorait que la garde présidentielle « formée à l’image de son chef » se soit montrée déterminée à en découdre et il a blâmé l’ancien chef des services de renseignements, Adolphe Nshimiyrimana considéré comme un « dur » du régime : « avec ses compagnons, il a installé son quartier général dans un bar qu’il possède, dans un quartier populaire, d’où il dirige les opérations. » Néanmoins, M. Ndabaneze assure « espérer toujours que ses collègues se ressaisissent, mieux vaut tard que jamais, et mettent tout en œuvre pour protéger la population, même si le déploiement des Imbonerakure dans les quartiers suscite les pires craintes. » M. Ndabaneze a refusé de commenter les rumeurs selon lesquelles le président Nkurunziza aurait décidé, depuis la Tanzanie, de regagner son pays par la route (l’aéroport étant fermé) assurant seulement « c’est un cas d’école, qui sera suivi dans le monde entier… »
Insistant sur le caractère préoccupant de la situation, le porte parole des « putschistes » conclut : « ce que nous craignons, c’est que la guerre ne reprenne, sur une large échelle, opposant d’abord des adversaires politiques et se transformant, in fine, en guerre ethnique… Le risque existe…»

13 mai 2015

La révolution des oeillets au Burundi, où la foule fraternise avec les militaires…

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« Les militaires négocient entre eux, mais nous avons bon espoir. Cela devrait aller… »En début de soirée, Innocent Muhozi, directeur de la radio télévision nationale du Burundi, se montrait optimiste, certain que l’affrontement n’aurait pas lieu entre les militaires « putschistes » partisans du général Godefroid Nyonbare et le dernier carré des fidèles du résident Pierre Nkurunziza. Durant la journée en effet, on aurait pu craindre que l’armée se divise, non sur des lignes de fracture ethnique mais sur la fidélité au chef de l’Etat. En effet, le général Godefroid Nyonbare est, au même titre que Pierre Nkurunziza un Hutu issu de la lutte armée menée par le parti au pouvoir, le CNDD et voici trois mois encore il se trouvait à la tête des services de renseignement. Il avait été limogé pour une raison très simple : ce militaire réputé loyal et compétent, qui avait supervisé l’intégration des ex rebelles au sein de l’armée nationale, avait averti la présidence du fait que le « troisième mandat » rencontrerait une très large opposition et que poursuivre dans cette voie risquait de replonger le pays dans la guerre civile.
Alors qu’il se trouvait en Tanzanie, le président Nkurunziza avait cependant refusé d’accepter sa déposition et annoncé son intention de regagner son pays. Mais ce plan fut très rapidement déjoué lorsque les militaires décidèrent de fermer l’espace aérien du Burundi.
Un observateur belge, président à Bujumbura, ne cachait pas son enthousiasme : « nous assistons à une révolution des œillets à l’africaine » (allusion au coup d’Etat militaire qui, en 1974 mit fin à a dictature portugaise) où nous voyons, dans les rues de la capitale, la population fraterniser avec les soldats… Ceux qui souhaitaient, en dépit des accords d’Arusha et de la Constitution, reconduire Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat se sont heurtés à une opposition très large, qui dépassait de loin les clivages ethniques et,finalement , c’est un officier hutu qui a destitué un chef d’ Etat, hutu lui aussi, qui voulait confisquer le pouvoir au profit d’un groupe très restreint… »
Aux dernières nouvelles, renonçant finalement à revenir dans son pays, Pierre Nkurunziza aurait tenté de gagner l’Ouganda, mais l’accès de ce pays lui fut refusé.
Au yeux de notre observateur belge, la liesse qui régnait dans les rues de Bujumbura, après deux semaines de manifestations ininterrompues, représentait non seulement une victoire de l’Etat de droit, mais un avertissement pour tous les chefs d’Etat de la région désireux de s’accrocher au pouvoir : « une nouvelle page se tourne en Afrique centrale » concluait-il…

12 mai 2015

Les masques géants du Congo retrouvent la lumière

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Présents en Afrique centrale depuis le 16eme siècle, les Jésuites se sont implantés en terre kongo dès la naissance de l’Etat indépendant du Congo, fondant la Mission du Kwango. Tout les intéressait : la botanique, la linguistique, l’histoire, l’archéologie et, au fil des années, ces érudits-missionnaires envoyèrent en Belgique des documents ethnographiques ou scientifiques qui aujourd’hui encore font autorité. Leur rapport aux objets fut mitigé : pour certains, masques et statues utilisés dans les rites religieux n’étaient que des « fétiches » qu’il importait de désacraliser et de détruire. Pour d’autres, ces masques rituels étaient des outils aidant à mieux connaître des populations qu’il importait de convertir et même si les objets collectés dans les villages n’étaient pas considérés comme des œuvres d’art au sens occidental, les religieux s’employèrent souvent à les rassembler et à les envoyer en Belgique, soit au siège de leur ordre à Louvain-Heverlee, soit au Musée de l’Afrique centrale à Tervuren. Ce dernier, en 1998, a repris la gestion physique de la collection missionnaire, préservant ainsi des œuvres d’une richesse aussi exceptionnelle que… pratiquement invisible.
En effet, les collections de Tervuren sont d’une diversité telle, enrichies par des envois de générations d’administrateurs coloniaux, de missionnaires, de colons que la plupart de ces trésors, faute de place pour les exposer, ont longtemps dormi dans des caves et des armoires. Préservés certes, mais inconnus du grand public. La fermeture provisoire du Musée de l’ Afrique centrale, en pleine rénovation, peut apparaître comme une chance : soucieuse de rappeler son existence, l’importance de ses collections et la valeur de son personnel scientifique, la vénérable institution se voit obligée d’organiser, ailleurs que dans ses locaux, des expositions thématiques. C’est ainsi que le musée Belvue, qui jouxte le Palais royal, accueille jusqu’en novembre prochain une série de masques géants qui dormaient dans les caves de Tervuren depuis qu’ils avaient été envoyés par les missionnaires depuis le cœur du Kwango, répertoriés et classés par la suite.
Chez les populations Yaka et Suku du Kwango, ces masques imposants, le grand Kakuunguou son pendant féminin le Kazeba, étaient utilisés lors des fêtes d’initiation, les mukanda . Les jeunes garçons, lors d’une longue retraite en brousse, étaient alors préparés à leur vie d’adulte et circoncis. Leur retour au village était marqué par des danses masquées publiques, où les danseurs s’identifiaient aux ancêtres et à leur force vitale.
Aujourd’hui encore, pour la première fois exposés ensemble, côte à côte, ces masques dégagent une force impressionnante. Même si certains d’entre eux ont gardé un aspect terrifiant, tous demeurent empreints de mystère, comme s’ils demeuraient reliés à des forces inconnues. Mais notre regard a changé : qui oserait encore qualifier de « fétiches » ces pièces d’une beauté extraordinaire, dont certaines sont de purs chefs d’œuvres qui suscitent la jalousie des plus grands musées du monde…
Cette exposition, pas très grande, mais magnifique et centrée sur un sujet précis mériterait d’être visitée par les enfants des écoles bruxelloises, qu’ils soient inscrits ou non dans les cours de morale ou de religion: ils y apprendraient la beauté des cultes des “autres”, feraient fonctionner leur imaginaire et éduqueraient leur regard dans un monde diversifié. Quant au enfants d origine africaine, si nombreux à Bruxelles, on ne peut que souhaiter qu’ils viennent en masse au musée Belvue: ils en ressortiront avec des étoiles dans les yeux…

8 mai 2015

Une fondation belge au secours du parc des Virunga

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Soutenue par des mécènes privés, dont l’Américain Howard Buffet, l’ »Alliance Virunga » développe de nombreux projets de développement liés au plus ancien parc d’Afrique, dans le Nord Est du Congo. D’ici fin décembre, une centrale électrique de 13 mégawatts, construite à Matebe, sur la rivière Rutshuru, fournira toute l’énergie nécessaire à la région du même nom. « Nous devons prendre de vitesse les chefs de guerre, les noyer sous les possibilités d’emploi que nous allons créer » explique Emmanuel de Merode, conservateur du parc. Il sera désormais appuyé par une fondation belge, portant également le nom de Virunga et qui s’intéressera plus particulièrement aux aspects sociaux liés au plus ancien parc d’Afrique.
Créée à l’initiative de François Xavier de Donnéa, soutenue par Didier Reynders, Herman de Croo et d’autres personnalités, cette fondation-sœur devrait aider Emmanuel de Mérode à améliorer les conditions de vie et de travail de ceux auxquels le directeur a rendu un hommage appuyé : les 480 agents de l’Institut congolais pour la conservation de la nature et les 300 membres de l’équipe déployés sur le terrain. « Leur dévouement est exceptionnel » souligne le conservateur « et, au cours des années de troubles que nous avons traversées, 140 agents congolais du parc ont perdu la vie. »
C’est que, non content d’abriter de nombreux groupes armés, le parc leur fournit aussi des ressources appréciables : l’ exploitation du charbon de bois rapporte 35 millions de dollars par an, la pèche illicite 38 millions. A ces menaces s’ajoutent les perspectives d’exploitation pétrolière…
Désireux de prendre de vitesse les chefs de guerre, de Merode entend multiplier les activités génératrices de revenus, entre autres grâce à la production d’énergie : « chaque mégawatt produit peut générer de 800 à 1000 emplois, dans les secteurs de l’agro industrie, du tourisme… La seule savonnerie de Mutwanga que nous avons créée représente 400 emplois. Il y a une course entre les promesses de développement, de travail et la dégradation de la situation sécuritaire : des caches d’armes ont été découvertes, de nouveaux groupes armés apparaissent… »