17 décembre 2014

Cafouillage en Ouganda…

Catégorie Non classé

Voici un an, une offensive conjointe menée par les forces gouvernementales congolaises et la Brigade africaine d’intervention, intégrée au sein de la Monusco, obligeait les rebelles du M23 à franchir les frontières rwandaise et ougandaise.
Cette victoire militaire, la plus importante jamais obtenue par les FARDC, mettait fin au calvaire de 800.000 personnes déplacées au Nord Kivu et permettait à l’autorité de l’Etat de se rétablir progressivement dans la province.
A la suite de leur défaite militaire, 1678 rebelles furent installés dans un camp de cantonnement en Ouganda et 500 autres au Rwanda. Comme ces combattants avaient emporté leurs armes et leur matériel roulant, leur sort fit l’objet de longs pourparlers avec Kinshasa. Les autorités congolaises redoutaient une résurgence de la rébellion et de nouvelles attaques au départ des pays voisins, en dépit de l’accord conclu à Addis Abeba qui prévoyait un rapatriement contrôlé et l’octroi de l’amnistie à un certain nombre de combattants.
Une première étape du rapatriement volontaire vient d’avoir été organisée au départ de l’Ouganda, mais elle s’est accompagnée d’un « couac » inquiétant : quelque 120 ex-rebelles ont embarqué à Entebbe en direction de la RDC et d’après François Muamba, qui coordonne le mécanisme de suivi de l’accord d’Addis Abeba, d’autres vagues de rapatriements pourraient suivre, permettant à quelque 330 ex- combattants déjà amnistiés de regagner le Congo.
Cependant, le président du M23, Bertrand Bisimwa, a contesté le caractère volontaire de ce retour au pays, assurant que l’armée ougandaise, en accord avec une délégation congolaise, était arrivée avec des camions devant le camp de Bihanga, et que les ex rebelles auraient résisté à ce rapatriement forcé. L’opération aurait fait des blessés et peut-être des morts et surtout, elle a permis à un millier d’hommes de prendre la fuite et de se réfugier dans les collines voisines.
Selon certaines sources contactées sur le terrain, le semi fiasco de cette opération de rapatriement est du au fait que le colonel Makenga, l’un des chefs militaires du M23, aurait joué « en solo », négociant directement avec Kinshasa les conditions de son rapatriement. Il aurait obtenu l’amnistie et une réintégration dans l’armée avec son grade, laissant de côté ses alliés, le président du mouvement Bertrand Bisimwa et Innocent Kaina, dit India Queen, l’un des plus redoutables chefs militaires du mouvement, qui se sont sentis floués.
Cet éclatement de ce qui reste du M23 et la fuite d’un millier de ses éléments pourraient avoir des conséquences sur le plan régional. En effet, on s’interroge toujours sur l’identité réelle des rebelles qui sèment la terreur du côté de Beni, dans le « Grand Nord » du Kivu, procédant à des exécutions capitales et des décapitations en public.
Officiellement, ces actes de terreur sont imputés aux rebelles ougandais, les ADF Nalu, de confession musulmane, mais sur place, les observateurs dénoncent des bandes mafieuses qui s’opposent à une grande offensive des forces gouvernementales et de la Monusco. Sur le terrain, des enquêteurs ont relevé le fait que certains de ces rebelles s’exprimaient en kinyarwanda (ce qui est aussi le cas de nombreux combattants du M23 ayant été formés au Rwanda).
Par ailleurs, le calme règne toujours dans le camp abritant des ex M23 au Rwanda, mais des sources onusiennes assurent que 300 d’entre eux auraient disparu dans la nature…
Cette mobilisation des rebelles tutsis est à mettre en parallèle avec l’ultimatum qui pèse sur leurs ennemis jurés, les combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui, d’ici le 1er janvier prochain, doivent accepter le désarmement volontaire et le cantonnement. Jusqu’à présent, les combattants hutus, refusant de regagner le Rwanda ou d’être transférés à Kisangani, essaient de gagner du temps, demeurant disponibles pour toutes les aventures…

17 décembre 2014

Au Rwanda, l’autocensure demeure la règle

Catégorie Non classé

Vingt ans après le génocide, dans lequel les « médias de la haine » ont joué un rôle important, la liberté de la presse demeure un sujet sensible au Rwanda. Le « Comité pour la protection des journalistes » (CPJ) une puissante organisation d’origine américaine, a cependant osé envoyer un enquêteur au pays des Mille Collines, en la personne d’Anton Harber, professeur de journalisme à l’Université de Witwatersrand à Johannesbourg. Un Sud Africain donc, fondateur du journal anti apartheid « Weekly Mail » devenu « Mail and Guardian » et qui pourra difficilement être accusé d’avoir un « biais occidental »…
Son rapport, présenté à Bruxelles en présence de Sue Valentine, représentant le CPJ, Marie-Soleil Frère, professeur à l’ULB et Jean-Paul Marthoz, spécialiste des médias, est d’ailleurs nuancé : « la presse rwandaise est régie à la fois par la censure et par l’autocensure et beaucoup de journalistes craignent de tester les libertés qu’impliquent les récentes réformes des médias. » Cette prudence est inspirée par le fait que le gouvernement continue à agir impitoyablement contre les figures de l’opposition, à l’étranger et tolère mal les critiques portant sur certains sujets sensibles : les guerres aux frontières, l’action du président Kagame, la politique du Front patriotique rwandais et, plus largement, tout ce qui pourrait contribuer au divisionnisme et relancer les conflits ethniques. Certes, le contexte historique est lourd : selon le Haut Conseil des Médias, 50 journalistes furent tués durant le génocide, d’autres furent lourdement condamnés par la justice internationale. Depuis lors, des petits journaux ont commencé à émerger, hebdomadaires et journaux occasionnels, mais dans un contexte économique difficile et de nombreux journalistes ont choisi l’exil. Dans le contexte des élections de 2010, deux journaux, Umuseso et Umyuvugizi ont été suspendus tandis que Jean-Léonard Rugambage, rédacteur en chef du second, était abattu devant son domicile à Kigali. En 2013 cependant, une nouvelle loi a allégé le contrôle direct du gouvernement, désormais remplacé par l’ « autorégulation » et levé plusieurs restrictions tandis qu’en 2013, les journalistes élisaient eux mêmes la Commission rwandaise des médias.
Les orateurs estiment cependant que si progrès il y a, il est plutôt impulsé d’en haut, le Rwanda étant désireux de faire bonne figure sur le plan international alors qu’en réalité l’autocensure persiste et que de nombreux journalistes, confrontés à une réelle précarité matérielle, pratiquent toujours le « giti » (les enveloppes brunes), les reporters se faisant payer pour assister à des évènements.
Malgré les démentis des autorités, plusieurs interlocuteurs d’Anton Harper ont mentionné l’existence de lieux de détention clandestins, des menaces adressées à des journalistes et des disparitions. En rappelant qu’avant d’être liée au développement ou à l’économie, la liberté de la presse relevait d’abord des droits de l’homme, la CPJ souligne la nécessité de mettre un terme aux actions des autorités chargées de la sécurité, qui ne supportent guère la critique.

8 décembre 2014

Katanga: le cadeau de la lumière

Catégorie Non classé

Lubumbashi, ,

Les habitants du quartier de Katuba II, à l’orée de Lubumbashi, ne sont pas loin de croire au miracle depuis que Kapia, s’invitant dans l’église luthérienne, a pris la parole avec autant d’éloquence que le pasteur. Le jeune homme, responsable des relais communautaires et agent de l’ONG belge « Lumière pour le monde », a demandé à l’assistance de lui signaler tous les cas de personnes aveugles ou mal voyantes.
Maman Louise Bijvena a été la première à se porter volontaire pour un examen des yeux et une opération éventuelle. « A 82 ans, explique-t-elle, qu’avais je encore à perdre ? »
En réalité, vivant avec sa fille, Maman Louise était le pilier de la famille, la seule à s’occuper de ses deux petits enfants, à les nourrir et les élever et depuis 2002, à mesure que sa vue baissait, elle se sentait inutile et impuissante. La harangue de Kapia a changé son existence : la vieille dame s’est rendue à l’hôpital ophtalmologique Sainte Yvonne, installé sur une parcelle de la paroisse Saint Joseph, où une cataracte bilatérale a été diagnostiquée. Depuis que l’intervention a eu lieu voici onze mois, Maman Louise a retrouvé à la fois la vue et le goût de vivre et son aide permet à sa fille de travailler à l’extérieur.
A deux rues de là, Jean-Luc Kahanga, onze ans, ose à peine avouer qu’en jouant avec ses frères, il a cassé ses lunettes. Kapia le rassure, on va remplacer le verre, gratuitement, afin de ne pas mettre en péril les bénéfices d’une opération réussie : les deux yeux atteints de cataracte nucléaire, Jean-Luc a été opéré en février puis en mars 2014. Le succès de l’intervention n’était pas évident : si, du point de vue technique, il est relativement facile de retirer la cataracte, passé l’âge de huit ans, le cerveau risque de ne pas suivre, incapable d’établir les connections nécessaires. Aujourd’hui encore, Jean-Luc souffre d’amblyopie, sa vision est basse et les exercices de thérapie visuelle demeurent indispensables. Mais même si sa mère l’élève seule, si son père a disparu après avoir constaté le handicap de son fils, Jean-Luc nous fixe d’un regard bien droit et assure qu’il veut devenir ingénieur !
Dans le quartier de Kapanga, qui se compose lui aussi de maisons de brique plantées au milieu de parcelles de terre rouge, Quertus Mbuyi est lui aussi élevé par ses grands parents, dont un grand père qui a été mineur en Zambie et ne parle qu’anglais. Le vieil homme raconte qu’au lendemain de la naissance de l’enfant, le père de Quertus, accusant son épouse d’être responsable de la cataracte qui affectait les deux yeux de l’enfant, a préféré disparaître. Le gamin n’avait que onze mois lorsqu’il a été opéré avec succès et depuis lors, sa grand-mère veille jalousement sur ses précieuses lunettes rondes et poursuit à domicile les exercices de stimulation visuelle afin de reconquérir une vision complète.
Quant à Bernadette Ngalula, 5 ans, du quartier Gécamines, opérée, de la cataracte toujours, en août 2013, elle oscille encore. La petite, attirée par les points lumineux, qui sont comme des tâches blanches dans l’obscurité, pleure dès qu’elle se trouve dans un endroit sombre. Mais sa maman a bon espoir : poursuivant à domicile la stimulation visuelle commencée à l’hôpital elle constate que, de mois en mois, la vision de sa fille s’améliore, jusqu’à atteindre déjà 80%.
C’est après avoir travaillé en Tanzanie, dans le plus grand hôpital ophtalmologique d’Afrique, où il avait déjà été envoyé par « Lumière pour le Monde », que le Dr Geert Vanneste, spécialiste en gestion hospitalière, a été envoyé à Lubumbashi. Il y a découvert qu’au Congo, après l’obstétrique et la gynécologie, les problèmes de vision représentaient la deuxième urgence en matière de santé : le pays compte 5% de mal voyants dont 800.000 aveugles et parmi ces derniers, 60% sont victimes de la cataracte, y compris de nombreux enfants atteints de la cataracte congénitale.
«Pour les familles pauvres », explique le Dr Geert, « cette affection est un drame : les parents, croyant leur enfant définitivement aveugle, handicapé à vie, ont tendance à le négliger, à privilégier frères et sœurs en bonne santé qui, eux, sont mieux nourris et envoyés à l’école. Et cela alors que la cataracte est opérable ! »
C’est en 2008 que le gouvernement congolais a demandé à « Lumière pour le Monde » de travailler dans le sud du pays et plus particulièrement au Kasaï et au Katanga, la zone de Kinshasa étant confiée à une ONG allemande, CBM, partenaire de l’association belge.
LPLM a pour objectif d’établir, d’ici 2015, cinq cliniques ophtalmologiques au Congo, un pays qui ne compte au total que 50 ophtalmologistes dont 35 sont établis dans la capitale. « Notre idée, c’est de franchiser les établissements » explique Geert Vanneste : « Lubumbashi est le projet pilote, mais nous allons poursuivre à Mbuji Mayi, à Likasi et surtout à Kolwezi, au cœur de la zone minière où notre hôpital représentera un investissement de 500.000 euros. Un projet lourd, car les 25.000 donateurs que nous comptons en Belgique nous assurent un budget de 2,8 millions d’euros. » La « franchise » telle que l’a conçue Geert Vanneste, consiste à doter chaque établissement d’un même protocole, d’une marche à suivre qui doit être suivie à la lettre. Ce qui permet de limiter l’intervention des expatriés et de former rapidement le personnel congolais à ce « mode d’emploi » standardisé.
C’est pour cela que le médecin britannique Marc Wood vient quatre fois par an à Lubumbashi. Spécialiste réputé, opérant surtout à Dar el Salaam, et anobli par la reine d’Angleterre pour une vie consacrée à l’Afrique, ce septuagénaire au regard perçant, aux gestes vifs, passe un mois entier à opérer les cas sélectionnés au préalable. Travaillant dans une salle d’opération dotée de deux lits et d’un matériel impeccable, le Dr Wood, secondé par des adjoints congolais qui devinent ses besoins, opère une vingtaine de patients par jour. A ses côtés, un médecin de la place travaille lui aussi au même rythme.
A Lubumbashi comme à Likasi ou Mbuji Mayi, le principe est le même : les patients doivent tous, d’office, se présenter devant le service social. Ici, à la clinique Sainte Yvonne, l’œil expert de Sœur Marie évalue la situation matérielle, les capacités de paiement éventuel et la pauvreté de la plupart des patients. Geert Vanneste insiste : «je suis opposé à la gratuité des soins, cette pratique n’est pas soutenable. Chacun doit payer quelque chose, en fonction de ses moyens et in fine, les plus riches contribuent aux soins donnés, presque gratuitement, aux plus pauvres. Cependant, les prix demeurent très modestes. Le tarif normal d’une opération de la cataracte ne dépasse pas les 100 dollars, mais pour la plupart des patients c’est encore trop…».
Nous présentant la lunetterie, où des centaines de montures neuves sont épinglées devant de grands miroirs, Geert fulmine : « en Belgique, lorsqu’on nous amène des sacs entiers de montures usagées, je ne sais pas quoi dire. Comment expliquer aux gens de bonne volonté qu’extraire les verres, nettoyer les vieilles montures, les remettre en état revient plus cher qu’acheter des montures neuves : ces dernières nous reviennent à cinq dollars, une paire de lunettes pour vision éloignée ne coûte pas plus que 50 dollars….
Comme les gens viennent de loin pour nous consulter et que le voyage coûte cher, nous veillons à ce que les patients, le jour même, puissent sortir avec une paire de lunettes neuves. Il est très important que riches et pauvres puissent être placés sur le même pied, avoir accès aux mêmes services, c’est un gage de qualité qui rassure tout le monde… »
L’ONG belge ne se contente pas d’envoyer des « relais communautaires » dans les quartiers les plus pauvres de Lubumbashi afin d’y repérer tous les mal voyants et de leur conseiller une consultation à la clinique Sainte Yvonne, elle assure également le suivi des opérations : dans un local minuscule, envahi par les lampes, les jouets lumineux, les boules de couleur vive, le petit Benoît et les autres, fraîchement opérés, réapprennent à jouer. Ils fixent les points de lumière, et de jour en jour, la stimulation oculaire, ravivant les connections du cerveau, parachève les effets de l’intervention chirurgicale. Quelle émotion lorsque Benoît, battant des mains, arrive même à se reconnaître sur l’écran de notre appareil photo !
Mais le suivi ne s’arrête pas aux portes de la clinique : sitôt les opérés rentrés dans leurs quartiers, une autre équipe prend le relais. « Notre philosophie » explique le Dr Vanneste, « c’est que les enfants auxquels on a rendu la vue, même imparfaite, doivent être réintégrés dans le circuit scolaire normal, l’Institut Nuru, tenu par les sœurs de la Charité devant, lui, être réservé aux aveugles complets qui apprennent le Braille. »
C’est pour cela que Frédéric Ilunga, coordinateur du projet « éducation inclusive », se rend si souvent à l’école maternelle du quartier Balou : il veut suivre les progrès de deux petites opérées, Prisca et Generose. Intégrées dans une classe normale, les deux petites déchiffrent comme les autres les lettres inscrites sur le tableau noir et tentent, maladroitement encore, de les reproduire dans leur cahier neuf. Une soixantaine d’enfants sont ainsi suivis dans les différentes écoles de Lubumbashi, Frédéric et ses collègues expliquant aux instituteurs les besoins particuliers des enfants mal voyants : « ils doivent être installés au premier rang, face au tableau noir et pas sur le côté, et suivis avec une attention particulière… »Bien souvent, lorsqu’il s’agît d’enfants issus de milieux pauvres, LDLM intervient dans les frais scolaires, fournit un peu de matériel et veille, si nécessaire, à ce que les petits « miraculés » bénéficient de quelques cours de rattrapage…
«Ces enfants reviennent de loin » conclut Frédéric, « mais ils ont une telle rage d’apprendre, ils sont tellement heureux de se retrouver en classe avec les autres, qu’ils s’accrochent et le plus souvent réussissent à récupérer leur retard… »

8 décembre 2014

La petite musique de la Fédération Wallonie Bruxelles

Catégorie Non classé

Dakar,

Alors que chaque année, de nouveaux pays membres rallient l’organisation de la francophonie, qui devient la plus importante institution internationale après les Nations unies (sinon la concurrente du Commonwealth), la Belgique francophone est présente depuis la naissance de l’organisation. Cette année encore, le programme du ministre président Rudi Demotte atteste des priorités et des modes d’intervention de la Fédération Wallonie Bruxelles : la coopération bilatérale avec le Sénégal porte sur la conservation du patrimoine (à Saint Louis et sur l’île de Gorée, où sera restaurée la « maison de l’Amiral ») mais aussi sur des formations pratiques aux métiers de la restauration. En matière de cinéma aussi, la Belgique francophone intervient, soutenant le jeune cinéma sénégalais en matière d’équipement, de formations diverses mais aussi d’archivages : il apparaît en effet que les mesures d’austérité imposées par les institutions internationales ont obligé l’Etat sénégalais à se désengager du secteur culturel, ce qui a entraîné la perte de 70% du fonds cinématographique national, faute d’attention et de budget ! Ce constat a permis à Rudi Demotte, citant l’exemple de la Wallonie et de Bruxelles, de rappeler avec force que l’ « offre culturelle fait partie de l’économie, car elle est productrice d’emplois, génératrice de formations, d’échanges, d’équipements. Bref, elle représente une incontestable « valeur ajoutée »… » Un message qui parviendra peut-être aux oreilles du Premier Ministre Charles Michel, lui aussi arrivé à Dakar…
Mais au niveau de la francophonie, la Belgique fédérale doit se contenter d’un rôle de figuration : elle ne contribue en rien au budget de l’organisation, alors qu’avec 14 millions d’euros par an, la Fédération Wallonie Bruxelles représente le troisième contributeur, (derrière la France et le Canada) mais le premier en termes d’effort individuel, à raison de 3,5 euros par an et par habitant contre 1,03 pour les citoyens français. Cet effort soutenu au fil des années permet aux représentants de Wallonie Bruxelles de faire entendre, sans complexe, leur « petite musique » et de défendre les valeurs de leur communauté…

.

8 décembre 2014

Charles Michel et les bleus de Dakar

Catégorie Non classé

Même si, à son arrivée, il était rayonnant de bonne humeur, le Premier Ministre Charles Michel, représentant à Dakar la Belgique fédérale, s’est rapidement retrouvé dans un rôle qui ne lui sied guère : occuper, sur le plan, institutionnel, une seconde place à côté de Rudi Demotte, président de la Fédération Wallonie Bruxelles (qui a lui aussi joué les figurants, car il y a dix ans que les francophones belges n’ont plus été invités à prononcer un discours à la tribune…), être politiquement invisible et devoir subir les difficultés d’organisation d’une rencontre totalement décentrée et isolant les chefs d’Etat du monde réel.
La décision n’a pas tardé : après avoir, samedi, écouté les seize interventions officielles et suivi les débats de coulisses à propos du successeur d’Abdou Diouf, Charles Michel a pris le large. Se souvenant de ses premiers contacts avec l’Afrique alors qu’il était Ministre de la Coopération, le Premier Ministre a gardé le goût du terrain et il s’en est allé visiter des entreprises belges de la place, spécialisées, l’une dans l’import export et l’autre dans les travaux de chantier. Il a cependant du interrompre sa visite, requis par l’urgence dans une conférence qui tardait à se prononcer à propos du successeur d’Abdou Diouf.
A leur arrivée à Dakar, Charles Michel et Rudi Demotte ont donné à leurs hôtes une leçon de courtoisie à la belge, lors de la réception donnée en leur honneur à l’ambassade de Belgique : parfaitement bilingues l’un et l’autre, ils ont salué l’assistance dans les deux langues, se réjouissant de se retrouver en terre africaine et dimanche soir, à l’issue des travaux, le Premier Ministre a offert à son collègue de Wallonie- Bruxelles et à sa délégation l’hospitalité de l’avion gouvernemental. Quant à Rudi Demotte, loyauté fédérale oblige, à aucun moment il ne s’est avancé sur le terrain politique, laissant au Premier Ministre le soin de mener plusieurs rencontres bilatérales, avec les présidents du Burundi, du Congo Brazzaville, de Cote d’Ivoire et bien sûr avec Joseph Kabila avec lequel le contact a été particulièrement détendu, les deux hommes se connaissant depuis longtemps. Prudent et respectueux, le Premier Ministre s’est bien gardé de donner conseils ou consignes à ses interlocuteurs, sachant qu’en Afrique le climat de confiance s’établit sur le long terme et commence par l’écoute.
Peu visible au sommet, le Premier Ministre sait comment faire la une. Vendredi soir, avant de quitter l’ambassade, il disputa une partie de quicker acharnée qui fit le bonheur de tous les photographes présents : sur le plan de la com, la partie était gagnée, et il jouait, évidemment, avec les bleus…

.

8 décembre 2014

Le double visage de la francophonie

Catégorie Non classé

A Dakar, pour son 15eme sommet, la francophonie, une fois de plus, a présenté son double visage. D’un côté, l’ennui profond que dégage une réunion institutionnelle, où le seul sujet ouvertement débattu porte sur le nom du futur secrétaire général de la francophonie et sur le lieu du prochain rendez vous bisannuel. Et de l’autre, une fête, à laquelle la population de Dakar, plus qu’à Kinshasa voici deux ans, a joyeusement participé, déambulant dans le « village de la francophonie », découvrant la diversité d’une « famille » exceptionnelle où cette année, les pays du Nord ne sont plus les seuls à présenter leurs innovations technologiques, leurs ambitions d’excellence ou leurs initiatives humanitaires…
Institution d’abord. Comme aujourd’hui sécurité oblige et que le terrorisme au Sahel tout comme Ebola aux frontières auraient pu faire reculer certains participants, le Sénégal n’a pris aucun risque, obligeant tous les participants à passer devant des thermomètres géants décelant la moindre hausse de température. Par ailleurs, c’est tout au bout d’une autoroute déserte, ou plutôt vidée, dans le paysage lunaire d’une ville en construction qui devrait désengorger Dakar qu’une société turque a construit le centre de conférences de Diamniadio, un majestueux rectangle de verre posé sur l’herbe. Foulant un tapis rouge posé sur le sable, les chefs d’Etat et de délégation se sont engouffrés par la grande porte pour ne plus apparaître que sur des écrans de télévision, sans aucun contact direct avec des centaines de journalistes et de membres de leur escorte. Au travers des vitres teintées de leur limousine, les chefs d’Etat n’auront aperçu qu’un Dakar sans habitants, peuplé de policiers et de gendarmes plantés sur les voies d’accès comme des poteaux de signalisation…
Ce fossé entre la population et un sommet désincarné a suscité critiques et mécontentements : la presse sénégalaise, très libre de ton, a critiqué le fait que 65 millions de CFA aient été consacrés à la construction de l’éléphant de verre de Diamniadio, elle a dénoncé l’Organisation de la francophonie comme un instrument de l’influence française en Afrique et souligné, non sans raison, que, malgré le nombre exponentiel de francophones supposés (750 millions d’ici 2020), les étudiants africains, faute de bourse ou de visas, vont étudier aux Etats Unis ou en Inde et, pour les besoins de la cause se convertissent à l’anglais. Le fait d’avoir confié à Richard Attias (désormais connu comme l’époux de Cécilia Sarkozy) la communication du sommet, une équipe française travaillant sur le sujet depuis des mois, a également suscité des critiques dans un pays où nombre d’intellectuels multidiplômés sont au chômage et les remerciements adressés à l’ « ami Richard » par les officiels sénégalais ont fait lever bien des sourcils.
A la veille du sommet, le Théâtre national, nouvellement construit au centre ville avait accueilli une cérémonie brève mais chaleureuse, la remise du prix des Cinq Continents à l’écrivain algérien Kamel Daoud, l’occasion d’un hommage vibrant et sincère au secrétaire général sortant de l’Organisation internationale de la francophonie, l’ancien Premier ministre et président sénégalais Abdou Diouf qui quitte l’organisation où il avait succédé à l’Egyptien Boutros Boutros Ghali. Déboulant sur la scène, de jeunes enfants, chantant et dansant, brandissaient des panneaux dessinés à la main, proclamant « Merci Grand Père » tandis que la salle applaudissait à tout rompre un homme qui, durant douze ans, a réussi à donner un visage politique à la francophonie et à l’imposer dans la médiation de plusieurs crises africaines (avec un discernement mitigé, Abdou Diouf ayant approuvé l’intervention occidentale en Libye et, jusqu’au bout, vanté l’amitié qui le liait à Blaise Compaoré)…
Lors du sommet proprement dit, les hommages au sortant n’allaient pas manquer, le président Macky Sall annonçant même qu’il allait donner son nom au centre de Diapmniadio. L’essentiel cependant était ailleurs : chacun se demandait si la « famille francophone » qui compte en son sein nombre de présidents à vie et autres anciens putschistes, allait continuer longtemps à conjuguer l’ exception culturelle (bataillant pour que la production culturelle échappe aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce) et l’exception sinon l’exemption démocratique. Le doute fut rapidement dissipé par un François Hollande arrivé à la réunion papiers à la main, réécrivant son texte jusqu’à la dernière minute : dans des termes sans équivoque, le président français allait saluer les exemples du Burkina Faso et de la Tunisie, dont, dit-il, « il faudra tirer les leçons : le peuple burkinabe a fait réfléchir ceux qui voudraient se maintenir au pouvoir en manipulant la constitution. »
Un discours de Dakar peut en chasser un autre : François Hollande fut nettement mieux inspiré que son prédécesseur Nicolas Sarkozy, qui avait osé naguère soutenir que les Africains n’étaient pas entrés dans l’histoire. Le président actuel, au contraire, souligna les mutations du continent, encouragea les entreprises françaises à se rendre en Afrique « allez y mais soyez les meilleurs » souligna que l’Afrique était la « nouvelle frontière »de l’économie mondiale, plaida pour un développement durable protégeant toute la planète. Mais surtout, il sut trouver les mots pour souligner l’importance d’une langue française devenue celle de la diversité culturelle, du respect des différences, du refus de l’homogénéisation. « Nous avons l’ambition de vaincre le fatalisme, de changer le monde en français… Changeons le ensemble » devait-il conclure avec une éloquence inhabituelle…
Alors que jusqu’au bout, le suspense a régné à propos du successeur d’Abdou Diouf, donnant lieu à une âpre bataille de coulisses et de nombreux jeux d’influence, dans le « Village de la francophonie » installé en pleine ville l’institution a montré un autre visage. Les citoyens de Dakar venus en famille et en musique ont découvert l’incroyable diversité des pays membres et surtout, le meilleur de l’institution : la place donnée aux femmes, aux petits paysans, aux jeunes et surtout aux innovateurs. C’est ainsi que le jeune Nigerien Saleh Abombo nous a démontré comment, au départ des déchets urbains, il recyclait et revendait des plastiques, les transformant en pavés, en meubles, donnant ainsi de l’emploi à des combattants démobilisés. Un peu plus loin, des Maliens, ayant, grâce à la francophonie, obtenu accès au Salon du meuble de Paris, expliquaient comment ils pouvaient désormais passer directement commande aux femmes de Sikassou, productrices de merveilleux tissages…

8 décembre 2014

Quelques poids lourds de l’opposition intègrent le nouveau gouvernement congolais

Catégorie Non classé

Même si l’attente a été longue, le résultat de comporte pas de surprise majeure : un an après la fin des concertations nationales, le président Kabila a promulgué la liste d’un gouvernement remanié, qui reste dirigé par le Premier Ministre sortant Matata Ponyo.
Cependant, plusieurs personnalités issues de l’opposition intègrent la nouvelle équipe, dont Thomas Luhaka, secrétaire général du MLC (Mouvement congolais pour la libération) de Jean-Pierre Bemba, qui devient vice-premier ministre et ministre des Postes et télécommunications, remplaçant Tryphon Kin Kiey Mulumba qui sera chargé des relations avec le Parlement. Un autre représentant de l’opposition est Michel Bongongo, très proche du président du Sénat Léon Kengo wa Dondo. Il est nommé Ministre d’Etat et sera en charge du Budget. Germain Kambinga, lui aussi membre du MLC, a été nommé au poste de Ministre de l’Industrie.
Cependant, aucun représentant du parti d’Etienne Tshisekedi, l’UDPS, ne se retrouve dans la nouvelle équipe.
Tout en accueillant l’opposition, le président Kabila a également renforcé son emprise sur la nouvelle équipe : le Premier Ministre Matata Ponyo représente une passerelle vers la communauté internationale et il garde la confiance du chef de l’Etat car il poursuit la modernisation du pays. En outre, des poids lourds de la majorité présidentielle ou de l’entourage de Kabila sont placés à des postes clés : le professeur Evariste Boshab, secrétaire général du PPRD, le parti présidentiel, devient Ministre de l’Intérieur et vice-premier Ministre tandis que la Défense revient à Aimé Ngoi Mukena. Ancien gouverneur du Katanga, il a de nombreux contacts dans le Nord du Katanga, une région où opère le groupe armé des « Bakata Katanga » et où des affrontements interethniques opposent les Luluas aux Pygmées.
Aux Finances également, c’est un homme de confiance qui a été nommé, Henri Yav Mulang, ancien directeur de cabinet adjoint à la présidence, une personnalité forte qui, selon les observateurs, ne sera pas un simple exécutant aux ordres du Premier Ministre. Une autre nomination remarquée est celle d’Olivier Kamitatu, l’ancien bras droit de Bemba, qui réintègre le ministère du Plan avec comme atout, entre autres, ses excellents contacts avec les milieux libéraux africains et… belges.
Le président a aussi maintenu une dizaine de « poids lourds » du gouvernement sortant, dont Lambert Mende, chargé de l’Information et des medias, Martin Kabwelulu aux Mines, Raymond Tshibanda aux Affaires étrangères, Félix Kabange Numbi à la Santé.
Cependant, même si la proclamation de la nouvelle équipe met fin à douze mois de spéculations, elle ne répond pas à deux questions qui demeurent en suspens : le président tentera-t-il ou non de se maintenir au pouvoir après 2016 et, de manière plus immédiate, que se passe-t-il exactement dans la région de Béni au Nord Kivu, où un nouveau massacre de civils vient encore de faire 36 victimes le week end dernier ?

26 novembre 2014

Ma part c’est combien?: la formule magique du Katanga…

Catégorie Non classé

Lubumbashi,

Envoyée spéciale,
Près d’un million de tonnes de cuivre par an ! Jamais, ni durant l’époque coloniale ni sous le règne de Mobutu le Katanga n’avait atteint un tel record de production. Et cependant, dans la capitale du Katanga, l’atmosphère est morose. Faute de contournement, d’immenses semi remorques, immatriculés en Zambie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, traversent le centre ville et les quartiers densément peuplés dans un halo de poussière et de pollution. Ils transportent des ballots de minerais bruts, qui seront transformés hors des frontières, ou des produits chimiques hautement toxiques. « En cas d’accident, nous connaîtrons un Seveso à la puissance dix » s’inquiète un médecin expatrié qui constate aussi une explosion de cancers affectant même de enfants en bas âge. Un ophtalmologue confirme : « à cause de la poussière et de la pollution, nous assistons à un multiplication de cancers de la rétine, entre autres chez les jeunes enfants… »
A la lisière de la ville, le site du Ruashi était autrefois le domaine des creuseurs artisanaux. Des milliers d’hommes, à mains nues, taillaient des galeries dans la terre meuble et en ramenaient des blocs striés de traînées rouges et brillantes. Aux abords de la carrière se pressaient les négociants, les femmes proposaient des brochettes, des bananes plaintain. Au milieu d’une musique assourdissante, l’argent, par petites coupures ou grosses poignées, circulait de main en main et il n’était pas rare de rencontrer des étudiants qui finançaient leurs études en devenant creuseurs à temps partiel. Ruashi aujourd’hui offre un paysage lunaire : la terre semble avoir été retournée par des mains de géants, les derniers arbres ont disparu, quelques silhouettes furtives se faufilent encore sur les collines de terre fraîchement retournées, dans l’espoir d’en ramener quelque caillou négligé par les excavatrices géantes. Des gardes sud africains défendent le site, des barbelés barrent l’horizon. Au volant de son taxi déglingué, Jacques se lamente : « les creuseurs ont été chassés et même les sites qui avaient été légalement attribués à l’exploitation artisanale ont été cédés aux grandes compagnies minières… Elles amènent leurs propres travailleurs, originaires d’Afrique australe et pour nous il n’y a rien. »
Depuis la signature des contrats chinois en 2007 et l’irruption des géants de l’industrie minière, le Katanga connaît un boom spectaculaire, mais la population n’en bénéficie guère. Comment s’en étonner ? Le Congo est en passe d’être exclu de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives) car 25 des principales sociétés minières de la place n’ont toujours pas pu prouver qu’elles payaient des impôts !
Certaines d’entre elles assurent qu’elles bénéficient d’exemptions aussi longtemps que leurs investissements n’ont pas été amortis, d’autres ont contourné la loi en bénéficiant de complicités politiques. « Ta kwangu ni ngapi ? », « ma part est de combien ? » Voilà une phrase que tous connaissent par cœur et qui a fini par être collée comme un surnom aux plus hautes autorités de l’Etat… Par ailleurs, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, ne cesse de réclamer que Kinshasa, au minimum, applique la loi qui prévoit de rétrocéder aux autorités provinciales 40% des taxes perçues dans la capitale. « L’an dernier, le Katanga a envoyé à Kinshasa trois milliards de dollars et il en a reçu trente en retour… » assure un responsable qui tient à rester discret, « c’est notre province qui finance la reconstruction du pays… Voyez les péages routiers : chaque camion qui franchit la frontière à Kasumbalesa doit payer une taxe de 300 dollars, et chaque jour, ce sont 1500 camions qui se dirigent vers la Zambie et les ports de l’Océan Indien…Faites le compte… »
Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, est un personnage paradoxal : chacun sait que sa flotte de camions, heureusement appelée « Hakuna Matata » (pas de problème) franchit, elle, les péages sans rien débourser, que l’homme politique est aussi un homme d’affaires avisé, qui possède des journaux à sa dévotion, une station de télévision et une fortune personnelle se chiffrant en dizaines de millions de dollars. Mais nul ne lui en tient rigueur, bien au contraire : « puisqu’il est déjà riche, il ne volera plus » disent les uns, tandis que d’autres soulignent combien « Moïse » est un homme charismatique, qui adore les bains de foule et sait se montrer généreux. Et tous les Lushois (habitants de Lubumbashi) de nous montrer avec fierté la route de l’aéroport, élargie et asphaltée de neuf, le robot « made in RDC » qui, comme à Kinshasa règle la circulation du centre ville, les lotissements de luxe qui, du côté du Golf ou de l’hôtel Karavia, abritent des nouveaux riches…En outre, le gouverneur est le « patron » de l’équipe de football locale, le Tout Puissant Mazembe, l’une des plus redoutables du continent. Aujourd’hui, en plus d’une aura qui dépasse largement les frontières de sa province, Moïse Katumbi apparaît comme une victime : alors qu’il séjourne à l’étranger depuis deux mois, entre autres à Londres, toutes les sources « bien informées » assurent qu’il aurait été empoisonné et que ses relations sont exécrables avec le président Kabila depuis qu’il aurait exprimé son opposition à tout changement de constitution…
Hier membre de la majorité présidentielle à la tête de son parti, « Solidarité katangaise pour la démocratie et le développement » Me Muyambo nous reçoit dans une luxueuse villa qui domine un parking où sont alignées des Hummer et autres 4x4de luxe. Passé à l’opposition, le bâtonnier se dit « hostile à l’idée d’un troisième mandat présidentiel. Il est certain que le changement de la Constitution provoquera des troubles au Congo : la population, au Katanga comme ailleurs, dit non. » Selon lui, dans la perspectives de prochaines contestations, le pouvoir se durcit : « alors que j’avais affrété un avion privé pour pouvoir aller tenir un meeting à Mbuji Mayi, au Kasaï oriental, c’est le Ministre de l’Intérieur lui-même qui, depuis Kinshasa, a ordonné à l’appareil de faire demi-tour. »
Le désaveu de l’avocat est partagé par l’opinion : alors que le Katanga est considéré comme le fief électoral, la « base » du président Kabila , nous n’y avons rencontré personne, ni dans la rue ni dans les milieux intellectuels, qui soutienne l’idée d’une reconduction du chef de l’Etat après 2016. Pourquoi ? Ici aussi, la formule magique revient « de combien est ma part ? » et chacun, exemples ou rumeurs à l’appui, énumère les propriétés du « chef » et de sa famille dans la province : une ferme sur la route de Kasumbalesa, l’acquisition d’un domaine de 26.000 hectares à proximité de la réserve naturelle des Kundelungu, la transformation d’Ankoro, lieu d’origine de la famille Kabila, en « petit Gbadolite » katangais doté d’un aéroport flambant neuf, des participations dans les innombrables stations service qui ponctuent chaque carrefour de Lubumbashi. Tenues par des Somaliens, elles fournissent le carburant des véhicules privés mais aussi des innombrables groupes électrogènes qui tentent de compenser les coupures d’électricité et autres délestages quotidiens.
Le boom minier, l’abattage des arbres, la multiplication des génératrices sont en passe de modifier le climat généralement tempéré de Lubumbashi, située à 800 mètres d’altitude : en pleine saison des pluies, le thermomètre est monté à 42 degrés. Sur le plan politique, la capitale du cuivre est tout aussi chaude : chacun assure que s’il devait s’avérer que « Moïse » a bel et bien été empoisonné, les explosions de colère seront inévitables. « Le Burkina, ce sera ici », proclame un étudiant, taximan à ses heures…

18 novembre 2014

Te Deum centenaire à Kinshasa

Catégorie Non classé

Le temps passe, les régimes changent, les générations se succèdent…Et cependant, il est des liens qui demeurent constants, comme les souvenirs communs entre la Belgique et le Congo. Ils ont amené une foule nombreuse, Belges et Congolais, côte à côte et tous vêtus avec le même souci d’élégance, à célébrer ensemble, à l’église Sainte Anne de Kinshasa, le traditionnel Te Deum en l’honneur du roi des Belges, chanté en lingala, avec comme refrain « totondo ya zambe », (à toi Dieu nous rendons grâce…)
L’anniversaire était double, sinon triple : c’est en 1914 que, dans le village de pêcheurs, simple comptoir commercial appelé à devenir l’immense Léopoldville, que fut entamée la construction de la petite église qui allait devenir la première cathédrale du Congo. Un an plus tard, ses voûtes gothiques devaient retentir du premier Te Deum, entonné avec d’autant plus de ferveur et qu’à ce moment la Belgique était occupée par l’armée impériale allemande. A l’est du continent, des troupes congolaises et belges s’employaient à repousser les avancées allemandes en Afrique, remportant plus tard la fameuse bataille de Tabora qui allait installer la Belgique dans le camp des vainqueurs et lui offrir un protectorat sur le Rwanda et le Burundi, au prix de plus de 20.000 morts, victimes des combats ou des maladies.
Depuis ces premières prières de soutien au « Roi chevalier » chaque année, sans exception, l’église Sainte Anne accueille le Te Deum d’hommage à la famille royale.
Aujourd’hui encore, alors qu’en métropole, les institutions symbolisant le destin commun des Belges sont affaiblies sinon combattues, à Kinshasa, de nombreux Congolais semblent avoir pris le relais de leurs « oncles » vieillissants : ils ne craignent pas, eux, d’afficher les sentiments de fidélité que leur inspire l’ancienne métropole, ils entonnent avec une même vigueur les deux hymnes nationaux et prient de bon cœur pour le roi Philippe comme naguère pour Albert, Baudouin, Léopold…
Au nom de l’amitié, de la pérennité de ces liens centenaires, l’ambassadeur de Belgique Michel Lastschenko se permit aussi de rappeler quelques uns des principes qui, en dépit des changements, garantissent la solidité des institutions. Il exhorta ainsi les Congolais à respecter leur Constitution, du moins ses dispositions conçues comme immuables (allusion non déguisée à l’article 220, qui limite à deux les mandats du chef de l’Etat) et à respecter les échéances électorales, afin de ne pas mettre en péril la « clé de voûte » du contrat social liant les dirigeants et les citoyens.
La cérémonie terminée, c’est sous la pénombre des arbres centenaires que les représentants des deux communautés partagèrent cet autre élément de leur héritage commun, la bière généreusement proposée…

18 novembre 2014

Le Congo tire la leçon des évènements de Ouagadougou

Catégorie Non classé

Linshasa,

« La leçon »… En couverture, « Vis-à-vis », un nouveau périodique apparu à Kinshasa a montré en pleine page un Blaise Compaoré déconfit et pensif, sous un titre qui exprimait la question que se posent tous les Congolais : quelle leçon leur pays tirera-t-il de la succession des évènements au Burkina Faso, où les militaires se sont finalement retirés au profit d’un civil qui dirigera la transition ? Dès que les premières manifestations ont secoué Ouagadougou, de nombreux Congolais y ont vu des signes prémonitoires tandis que dans les cercles du pouvoir, on s’inquiétait de l’exfiltration discrète d’une délégation congolaise qui se trouvait dans la capitale burkinabe au mauvais moment et à la mauvaise heure…
Même si la situation des deux pays n’est pas comparable (Compaoré était au pouvoir depuis 27 ans…) en RDC aussi se pose la question des prochaines échéances électorales. En effet, c’est en novembre 2016 qu’arrive à son terme le deuxième mandat de Joseph Kabila, qui occupe le fauteuil présidentiel depuis la mort de son père en 2001. Depuis des mois, des ballons d’essai sont lancés depuis les rangs de la majorité présidentielle pour évoquer la modification de l’article 220 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de termes du chef de l’Etat. Cette hypothèse a déjà suscité les critiques de l’opposition et le refus de la société civile tandis que, dans toutes les églises du pays, les évêques ont fait lire une lettre pastorale désavouant toute modification du prescrit constitutionnel. En outre, les formations politiques qui appartiennent à la majorité présidentielle sont elles-mêmes divisées sur le sujet. Très implanté à l’intérieur du pays, le Mouvement social pour le renouveau, deuxième force au Parlement, a reflété une opinion largement partagée : « la Constitution est le socle de la paix. Si on y touche, malgré le fait que j’ai la chance d’avoir un travail régulier, je suis prêt à descendre dans la rue et à perdre ma journée de salaire» nous assure Pierre, un jeune métis de Kinshasa, chauffeur de son état…
Mais aujourd’hui, ce débat semble s’essouffler. Alors qu’au sein de la majorité, la décision semblait acquise, tous aujourd’hui semblent frappés d’amnésie. « Jamais le chef de l’Etat ne s’est prononcé sur le sujet » nous assure un ancien ambassadeur. « Il n’a pas encore tranché, ce qui compte pour lui, c’est la stabilité du pays » répète un autre proche. « Le meilleur discours, c’est le silence » nous assurait Kabila lui-même en juillet dernier… Aujourd’hui l’attentisme de celui que l’on appelle souvent « Subiri » (attendre en swahili), joue en sa faveur :à ceux qui voulaient le pousser à « rempiler », le président peut démontrer, exemple du Burkina Faso à la clé, que la partie n’est pas jouable…
Cela étant, rien n’est réglé : depuis un an, le gouvernement est démissionnaire, les ministres ont déjà touché leur indemnité de sortie (six mois de salaire…) et, de l’avis général, toutes les grandes décisions sont suspendues. Alors que la nouvelle équipe était attendue pour la rentrée parlementaire de septembre, cette fois, l’échéance de décembre, fin de la session, est citée, à moins que Kabila ne s’exprime lors de son discours à la Nation.
Cette paralysie officielle n’empêche pas les tractations de coulisses. En effet, comme il avait été décidé à l’issue des concertations nationales de 2013, des « poids lourds » de l’opposition devraient entrer dans le futur gouvernement. Cet accès aux ressources du pouvoir devrait permettre à leurs formations de se doter des moyens de mener campagne lors des prochaines échéances électorales et…d’accepter quelques entorses au prescrit constitutionnel.
L’hypothèse la plus souvent citée est celle d’un report des élections présidentielles, d’une ou deux années : la sacro-sainte Constitution ne serait pas modifiée, mais tous se mettraient d’accord pour retarder l’échéance en invoquant des raisons pratiques. En effet, l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale, s’est engagé à organiser un recensement général avant tout scrutin et Adolphe Lumanu, ancien ministre de l’Intérieur, a été chargé de diriger l’exercice. Or, aussi nécessaire, sinon indispensable soit-il ( les Congolais ignorent le chiffre exact de leur population !) un recensement techniquement impeccable coûte cher, prend du temps et se prolongera sans doute au-delà de l’échéance de fin 2016.
Pour que le cap soit franchi sans hostilité majeure, l’appui de l’opposition sera nécessaire, d’où l’inclusion probable de certains ténors au sein du gouvernement. Cependant, l’issue du procès de Jean-Pierre Bemba à La Haye, en décembre prochain, pèse sur ce scénario car une éventuelle remise en liberté du fondateur du Mouvement pour la libération du Congo après cinq années de détention aurait, à Kinshasa et dans l’Equateur, des effets imprévisibles…
Voilà pour le schéma, esquissé en secret dans les état majors et… débattu à tous les coins de rue. Mais la leçon du Burkina Faso, où Compaoré n’avait rien vu venir, c’est aussi que des vagues de fond peuvent se produire, où la population, écoeurée par les inégalités et les injustices, se soulève soudain pour réclamer un changement en profondeur. Jamais, dans les rues de Kinshasa, on n’a vu autant de Hummer et de Porsche Cayenne, les voitures les plus chères du monde…
Une « révolution de la moralité » à côté de la « révolution de la modernité » tant vantée aujourd’hui…Et là, au Congo comme à Ouagadougou, on pourrait alors voir apparaître de nouvelles têtes, des leaders issus de la société civile et des forces citoyennes, qui prendraient de court les calculs des politiciens et les ambitions des militaires…