3 avril 2020

Le retour des Belgo Congolais…

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Dans la nuit de mercredi à jeudi, deux avions affrétés depuis Bruxelles ont ramené des ressortissants belges depuis la République démocratique du Congo ainsi qu’au départ de Kigali et Bujumbura. Ce dernier vol, un avion militaire, sera affrété par le ministère belge de la Défense.
Quant à l’Airbus rentré de Kinshasa dans la nuit, il est déjà arrivé mardi soir dans la capitale congolaise d’où, mercredi, il a assuré la liaison avec Lubumbashi. La politique définie par le Ministère des Affaires étrangères est claire et n’entend pas établir de passe droits ou établir de distinction entre les passagers. Ce qui signifie qu’en principe tous les détenteurs d’un passeport belge peuvent s’inscrire sur les listes des passagers.
Cependant, une certaine confusion a régné à Kinshasa car dans les « hautes sphères » du pouvoir, les « Belgo Congolais » issus de la diaspora en Belgique sont nombreux. Certains d’entre eux, même s’ils n’étaient pas eux-mêmes candidats au voyage, ont tenté d’organiser le déplacement de leur épouse et de leurs enfants. Un sauve qui peut qui est plutôt mal vu par le « Congolais de base » qui relève qu’en plus, cette « élite » est issue du quartier de la Gombe à Kinshasa, le quartier résidentiel qui compte le plus grand nombre de contaminations sur un total de 123 cas recensés. Après le cafouillage du «confinement alternatif » instauré la semaine dernière et finalement annulé par une directive présidentielle, on s’attend à de nouvelles mesures pour la semaine prochaine, qui seront appliquées à la Gombe et les autres « quartiers riches » plutôt que dans les « cités » populaires où les gens ne peuvent se permettre de ne pas sortir pour chercher de quoi vivre.
Dans l’attente de ces mesures et au vu du départ de ceux qui le peuvent, une certaine tension règne dans la capitale et, comme dans d’autres capitales africaines, prend une tournure « anti blanc », d’autant plus qu’à une exception près, tous les cas jusqu’à présent recensés étaient des voyageurs revenant de France ou de Belgique.
C’est ainsi qu’un bus privé, qui ramenait de Moanda, sur la côte atlantique, une vingtaine d’employés de la société pétrolière française Perenco et se dirigeait vers l’aéroport où attendait un Airbus affrété par la France, ont du faire face à un début d’émeute. La population, croyant que cette poignée d’Européens venait de débarquer, à lancé des cailloux sur le bus et crié des slogans hostiles aux Européens.
Pour les Occidentaux qui ne pourront partir cette semaine, des arrangements ont été pris par les autorités consulaires, au départ de Lubumbashi, avec la compagnie Ethiopian Airlines, qui assurera le vol jusque Adis Abeba où les passagers retrouveront des compagnies européennes. Une solution plus coûteuse que l’Airbus gouvernemental : ce vol privé sera facturé 2650 dollars, contre 400 pour le vol Kinshasa Bruxelles…

30 mars 2020

A Bangkok la mobilisation contre le virus cache d’autres enjeux

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Les jeunes de Bangkok mènent aussi, via le numérique, une bataille pour la liberté d’expression et le changement politique
Bangkok,

« Nous ne voyons pas leur visage, car ils portent tous des masques, mais derrière ce tissu, nous voyons leur visage. « Le refrain de la chanson « des guerriers sous le masque »’ du très populaire chanteur Su Boonliang fait le tour des réseaux sociaux dans toute la Thaïlande.
D’autres groupes populaires comme Modern Dogreprennent « We Love You» , Apiwat «Stamp Ueathavornsuk reprend son tube « Dear Doctor » dédié à tout le personnel médical… Cet engagement des artistes dans la lutte contre le coronavirus, tel qu’il est décrit dans le Bangkok Post n’est pas seulement l’écho d’une mobilisation citoyenne derrière le corps médical qui combat en première ligne. Il est aussi une réponse ciblée aux propos du Ministre de la santé qui, avant de se rétracter, avait accusé les professionnels de la santé d’être eux-mêmes responsables de leurs pertes, par manque de précaution..
En fait, si les artistes bougent, si les jeunes, accrochés aux réseaux sociaux, reprennent leurs refrains dans tout le pays, ce n’est pas seulement à cause du coronavirus. Sur ce point, à Bangkok en tout cas, le public, depuis plusieurs semaines, porte des masques et dans les transports publics, ceux qui en sont dépourvus sont regardés d’un mauvais œil par leurs compagnons de voyage et ceux qui toussent voient leur compartiment se vider.
Quant aux autorités, elles ont pris la mesure de la menace et dans la capitale, les hôpitaux, qui n’ont rien à envier aux structures occidentales, sont sur pied de guerre tandis que la fermeture des commerces non essentiels a été imposée. Seuls sont ouverts les magasins d’alimentation, les restaurants de rue ou les pharmacies. Les autorités, sans imposer la mesure, ont recommandé à la population de rester à domicile et la consigne est largement suivie.
Dans cette mégapole de dix millions d’habitants, les malls immenses qui abritent les marques internationales sont fermés au même titre que les marchés populaires, la circulation s’est ralentie et le ciel est plus pur qu’il ne l’a été depuis longtemps. Sauf à Chiang Mai la capitale du Nord, ravagée par les incendies. Les étrangers n’ont pas été oubliés : ils sont des milliers, originaires d’Italie, d’Espagne, de France, de Belgique, backpackers ou retraités, à revenir des plages où ils passaient l’hiver et à se retrouver dans la capitale, les économies à zéro. Pour leur permettre d’attendre un (hypothétique) avion qui les ramènera en Europe, le gouvernement a réquisitionné quelques hôtels de luxe, vides de toutes façons, où ceux qui en ont encore les moyens se voient proposer un séjour de deux semaines au prix forfaitaire de mille euros. Tandis que d’autres font le siège de leurs ambassades…
La résistance numérique des étudiants
Si la presse, comme ailleurs dans le monde, critique volontiers l’impréparation des autorités, prises au dépourvu et si l’opinion accuse les voyageurs venus de Chine d’être à l’origine de l’épidémie, le malaise qu’expriment les chanteurs est plus profond.
C’est depuis le 21 février que les étudiants de Chulalongkorn, l’université la plus élitiste de Bangkok, située au centre ville, sont à la pointe d’une « résistance numérique » qui défie la censure et fédère toutes les oppositions. C’est à cette date en effet que le régime issu du coup d‘état militaire de 2014 a dissous le FFP, « Future Forward party » une nouvelle formation très populaire au sein de la jeunesse. Quelques jours plus tard, dans la cafetaria d’un mall huppé, nous avions rencontré quelques étudiants et étudiantes entrés en résistance. S’exprimant dans un anglais parfait, dotés de portables dernière génération, ces jeunes étaient venus à pied dans ce centre ville où les pauvres n’accèdent qu’après d’interminables trajets et n’avaient visiblement rien à voir avec les damnés de la terre. Mais la détermination de ces garçons et filles issus de milieux aisés et fréquentant la respectable Faculté des Arts et de la Communication était totale: « j’ai imaginé ce que je serais dans dix ans » nous déclarait une jeune étudiante en journalisme et j’ai songé à ce que cette version de moi pouvait me dire : tu aurais pu être libre et tu ne l’as pas été. » Les observateurs relèvent que cette protestation est une première historique : c’est la première fois que le mouvement de contestation soit lancé et porté par des étudiants issus d’une université notoirement liée à l’establishment. Ceux qui manifestent aujourd’hui ne sont ni des agriculteurs ou des travailleurs manuels, ni des étudiants de l’université libérale Thammasat, ni des conducteurs de motos taxis. Ceux qui se mobilisent, et utilisent tous les moyens de la technologie moderne auxquels ils ont accès, sont prêts à mettre en jeu aisance et sécurité pour obtenir un système démocratique équitable, où il sera enfin possible de débattre des questions d’écologie, d’inégalité des genres et de la répartition inégale des richesses.
Ces jeunes, de plus en plus rejoints par leurs contemporains de toutes les grandes universités de la capitale se sentent en décalage avec le régime issu du putsch militaire de 2014. Ils ne supportent plus les atteintes à la liberté d’expression, dénoncent la surveillance d’Internet, rendue possible par le « cyber security act » et inventent de nouvelles formes de lutte.
La « nov langue » de la contestation

Le confinement de la population décrété jusqu’au 12 avril prochain et qui rend tout mouvement de foule impossible ne les perturbe pas : il y a longtemps que, tirant la leçon de la répression des grandes manifestations qui secouèrent Bangkok en 2013, ils ont renoncé à descendre dans la rue et à livrer un combat trop inégal. Dans ce pays hyperconnecté, leur champ d’action, c’est le cyber espace. Sous forme de clips, de vidéos, de sketches satiriques leurs critiques saturent Internet, et, pour des milliers de jeunes, brandir les trois doigts de la main droite est devenu un signe de ralliement, un symbole de refus et de résistance. Quant à leur langue, elle est une sorte de « nov langue » comprise seulement de la jeunesse, mélange d’expressions populaires ou argotiques et de mots créés de toutes pièces qui font rire la jeune génération mais dont le sens échappe aux censeurs…
Si ces « millenials » de Bangkok refusent les manifestations publiques, ce n’est pas seulement parce qu’ils ne veulent pas donner prise à la répression, mais aussi parce qu’ils craignent qu’un mouvement de masse ne devienne la justification d’un nouveau putsch militaire. Leur exigence est très simple : ils veulent que la Constitution soit révisée et que de nouvelles élections soient organisées, plus démocratiques que celles qui ont eu lieu en 2019.
Pour l’instant, la lutte contre le coronavirus masque les protestations d’une jeunesse réfugiée sur Internet, mais la vague qui se prépare pourrait un jour surprendre…

30 mars 2020

L’erratique confinement de Kinshasa

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Impossible à appliquer, la mesure de confinement qui avait été décidée par le gouverneur de la ville de Kinshasa, Gentiny Ngobila a été rapidement annulée sur ordre de la présidence. Dès sa promulgation, elle avait surpris : le « confinement total » n’aurait du fonctionner que par intermittence, soit quatre jours d’isolement pour deux autres consacrés au ravitaillement. L’annonce de cette mesure eut un effet immédiat : tous ceux qui le pouvaient se ruèrent sur les magasins d’alimentation, -sans se soucier de la promiscuité-, tandis que les autres, dans les quartiers populaires, se contentaient de vivre au jour le jour, recourant au mini commerce de détail, le seul dont ils puissent s’offrir les produits… Mais surtout, les premières 24 heures de confinement avaient suffi à faire doubler les prix de tous les produits et à ranimer la crainte d’éventuels pillages.
Les banques elles aussi ont été prises d’assaut, chacun essayant de retirer ses économies et déplorant que les salaires de mars n’aient pas été payés en temps voulu. La décision de faire marche arrière a donc été prise au sommet de l’Etat, mais dans la commune bourgeoise de la Gombe, dont sont issues les premières personnes atteintes, un confinement de fait est pratiqué par ceux qui en ont les moyens. Si les autorités provinciales sur ordre de la présidence, ont annulé les mesures prises, c’est parce que les mises en garde n’avaient pas manqué : le mouvement citoyen Lucha avait évoqué les risques d’émeutes ou de catastrophe humanitaire, tandis que le cardinal Ambongo avait assuré que « si on confine les Kinois durant deux ou trois jours, il y aura des morts. » Dans cette métropole de 12 millions d’habitants, dont un habitant sur deux est privé d’eau potable et d’électricité non seulement le confinement est impraticable mais les simples règles d’hygiène sont difficiles à observer. C’est pourquoi un nouveau petit commerce a été initié par des « mamans » toujours en quête d’un modeste profit : dotées d’un bidon d’eau, de savon et d’une bassine, elles ont inauguré des stations de lavage des mains dans les rues des quartiers populaires.
L’ambassade des Etats Unis à Kinshasa a cependant recommandé de faire des provisions car un nouveau confinement, pour une période ininterrompue de 14 jours, pourrait être bientôt annoncé. Si pour le moment le nombre de cas déclarés est encore modeste, les professionnels de la santé ne cachent pas leurs craintes : le docteur Muyembe, le patron de la riposte au Covid, 19 évoque un taux de mortalité potentiel qui avoisinerait les 10% (c’est-à-dire 10.000 morts..)et depuis Bukavu, le docteur Mukwege assure que son hôpital de Panzi est prêt à toute éventualité mais qu’il redoute une « hécatombe. » A noter que lui aussi, en l’absence d’un autre traitement certifié, recommande d’utiliser la chloroquine, un remède bon marché qui, sous la forme d’antipaludéen appartient depuis longtemps à la pharmacopée congolaise et a déjà démontré ses capacités anti virales.
Des miliciens attaquent Lubumbashi
La tension et l’angoisse provoqués par le coronavirus n’empêchent pas d’autres manœuvres politico militaires : samedi, Lubumbashi, la capitale du Katanga, a été réveillée par des tirs nourris et des chants guerriers : Des miliciens appartenant au mouvement dit Bakata Katanga avaient attaqué la ville, de même que la cité minière de Likasi ou la ville de Bunkeya où ils ont hissé le drapeau du Katanga sur le bureau de la chefferie. La ville frontalière de Kasumbalesa sur la frontière zambienne a également été attaquée, comme la ville de Pweto.
Ce mouvement séparatiste Kakata Katanga , dirigé par le chef Gédéon Kyungu, est l’émanation de certains dirigeants katangais opposés au président Tshisekedi. Ce dernier, originaire du Kasaï, est considéré comme une menace pour les soutiens katangais de l’ ex président Kabila. La figure de Gédéon est tristement célèbre en RDC : son nom a été cité dans plusieurs massacres dont les affrontements au Kasaï où ses hommes avaient servi de supplétifs à la répression menée par l’armée régulière. Malgré sa condamnation à mort le chef de guerre avait réussi à s’évader et coulait des jours tranquilles à Lubumbashi, apparemment protégé par le général John Numbi, ancien Inspecteur général de la police et l’un des piliers de l’ex système Kabila…
Les errements du pouvoir actuel face au Covid 19, s’ajoutant à la crise économique (les recettes minières sont entrain de s’effondrer) et à certains désordres peu spontanés pourraient nourrir les ambitions de ceux qui rêvent d’un retour à l’ancien régime…

26 mars 2020

Urgence à Kinshasa: Tshisekedi passe à la vitesse supérieure

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Alimentée par le décès d’une personnalité de renom comme le bâtonnier Jean Joseph Mukendi, avocat de feu Etienne Tshisekedi et figure mythique du barreau, ou du musicien Manu Dibango la peur monte à Kinshasa, où 48 cas de coronavirus ont été confirmés. Le sentiment d’impuissance s’accroît aussi dans cette mégapole de plus de 10 millions d’habitants, dont la plupart vivent au jour le jour, dans l’incapacité de respecter les mesures de discipline déjà édictées le 18 mars dernier..
C’est pourquoi, s’adressant une nouvelle fois à l’opinion, le président Tshisekedi a durci le ton : cette fois, toute la ville –province de Kinshasa, considérée comme le foyer de la pandémie, sera confinée, c’est-à-dire isolée du pays et du reste du monde.
Qu’il s’agisse des avions, des bateaux, des transports en commun, des camions et autres véhicules, tous les mouvements seront interdits de Kinshasa vers les provinces et des provinces vers la capitale. Seuls les avions transportant du fret ou les bateaux amenant des marchandises depuis l’intérieur du pays seront autorisés. Des barrières seront érigées par les gouverneurs de provinces et tous les véhicules seront soumis à des contrôles. Pour ce faire, et pour maintenir l’ordre public, les unités de la police de la police et des forces armées organiseront des patrouilles mixtes.
Confirmant l’interdiction des rassemblements publics, les réunions de plus de vingt personnes sont prohibées, la fermeture des bars et des restaurants est maintenue, les cultes sont interdits, tous les établissements d’enseignement sont fermés pour une durée de quatre semaines.
Alors qu’il venait de vaincre l’épidémie d’Ebola, le professeur Jean-Jacques Muyembe, figure rassurante et connue, a été nommé coordinateur de la nouvelle riposte face au coronavirus, détrônant de fait le ministre de la santé.
Dans cette mégapole où les ordures s’amoncèlent, où les eaux usées coulent à ciel ouvert, où l’eau potable manque dans les maisons, l’hygiène est un point essentiel. C’est pourquoi des points de lavage des mains, dotés de savon et de désinfectant, devraient être établis dans toute la ville et plus particulièrement dans les ports fluviaux et à l’aéroport.
Inspirées par les mesures prises dans les pays occidentaux et tenant compte de la faiblesse du système de santé, ces mesures de confinement sont présentées à Kinshasa comme dans d’autres capitales africaines comme la seule réponse possible face au coronavirus.
Sont elles pour autant tenables ? H.K. qui fut l’un des animateurs de la société civile et organisateur des « journées ville morte » dans les années 90, se souvient d’une relative impuissance : « contre Mobutu, puis contre Kabila, les journées ville morte n’ont jamais duré plus de 48 heures. Au-delà, les gens devaient sortir pour chercher de quoi manger.. ; » Il relève aussi un paradoxe : les quartiers populaires seront les plus touchés par les mesures, alors que jusqu’à présent, c’est dans les quartiers riches, comme la Gombe que sont apparus les premiers cas et c’est là aussi que se dirigeaient les porteurs de virus débarquant des avions venus d’Europe…
Autrement dit, les mesures de confinement n’ont pas le même goût pour tout le monde…En outre la fermeture des églises, qui se justifie par la volonté d’éviter la contagion, accroît le stress général et des fidèles désorientés n’hésitent pas à parler de fin du monde…
A Lubumbashi, on vit « au taux du jour »

A Lubumbashi, la bonne nouvelle, c’est que les premiers cas suspects se sont révélés exempts de coronavirus. La mauvaise nouvelle, c’est qu’on peut aussi mourir d’autre chose.
Depuis la capitale du cuivre, notre ami Malu nous explique la portée des mesures prises par les autorités : « il est demandé à tout le monde de ne pas sortir. Pas de transport, les déplacements sont interdits, les alimentations sont fermées. Mais ici aussi, la population vit « au taux du jour », le matin, les gens ne savent pas s’ils mangeront le soir.. Or dès l’annonce des mesures, il y a eu carence et majoration des produits de première nécessité. » En cause, le fait que la police a du rechercher activement les 77 passagers d’un vol international ayant atterri à l’aéroport de la Luano. Déjouant les contrôles, ils se sont tous envolés dans la nature et sont devenus introuvables…
« Les militaires » poursuit notre ami, « sont alors entrés en action : ils arrêtent ceux qui vendent, renvoient ceux qui circulent. Tout est interdit, circuler, vendre, acheter. Des quartiers entiers sont dépourvus d’électricité et d’eau potable. S’il n’y a pas de courant, il faut quand même sortir pour acheter la braise (ndlr. le charbon de bois qui permet de cuire les aliments). S’il n’y a pas d’eau, il faut malgré tout sortir de la maison pour chercher un magasin d’alimentation qui serait ouvert. Au risque de rencontrer les militaires qui brutalisent et arrêtent à tour de bras…. »
Evidemment, il y a le système D, qui aide ceux qui en ont les moyens : « pour échapper au confinement, c’est simple, il faut donner de l’argent… »
A Bukavu aussi, la situation pourrait devenir dramatique : manquant d’eau potable, les gens doivent aller chercher l’eau du lac, et, comme à Goma, les vivres frais (le lait, le slégumes…)qui d’ordinaire viennent du Rwanda commencent à manquer.
Dans cet océan de peur et d’incertitude, quelques points positifs se détachent cependant : dans cette population jeune, des personnes sont contaminées, malades puis le Covid 19 disparaît de lui-même. La crainte, c’est que les porteurs sains et en voie de guérison sont cependant contagieux et cela en l’absence totale de test.
Par ailleurs, l’entreprise Pharmakina, une institution au Sud Kivu, annoncé qu’elle allait reprendre et intensifier sa production de quinquina, d’où est extraite la quinine, qui, dûment transformée, est la matière de base de l’hydroxhloroquine. Jadis, la Pharmakina était l’une des principales industries du Sud Kivu, mais en 2011, les difficultés économiques avaient obligé l’entreprise à vendre 500 hectares de terres consacrées au quinquina et désormais vouées aux cultures vivrières.

Rigueur au Rwanda, religion au Burundi

Au Rwanda voisin, la situation apparaît sous contrôle : meilleure : « les mesures sont strictement observées, « relève un correspondant. « tous les passagers qui sont arrivés de Dubai ou de l’Inde sur les derniers vols sont interrogés, testés dès leur arrivée, soignés s’ils présentent le moindre problème. Les Rwandais, pour le meilleur ou pour le pire, sont disciplinés, ils obéissent à l’autorité. Mais le fossé entre les riches et les pauvres se creuse. Chez nous, les enfants passent la journée à travailler sur l’ ordinateur, il y a de la place pour tout le monde dans la maison. Mais tous n’ont pas cette chance : à tout moment nous recevons des appels au secours. Le menuisier, le marchand de légumes, tous ceux qui habitent loin du centre ville et n’ont pas de réserves demandent qu‘on leur avance un peu d’argent. Ils ne savent pas comment ils vivront demain… »
Quant aux étudiants du Burundi qui étudient à Kigali, la plupart d’entre eux tentent de regagner leur pays ou sont priés de le faire, n’ayant plus les moyens de subvenir à leurs besoins. Ce qui n’est pas simple : une soixantaine d’étudiants, dont quarante jeunes filles se sont retrouvées bloquées à la frontière de leur pays, empêchées de rentrer par les fonctionnaires burundais qui leur disaient « vous n’avez qu’à rester au Rwanda » Dans l’attente d’une solution, les autorités rwandaises ,les ont prises en charge.
Il est vrai que le Burundi n’a jusqu’à présent déclaré aucun cas, le porte parole de la présidence ayant expliqué que « la main de Dieu » le protège et que les élections prévues fin mai auront lieu quoiqu’il advienne…
La réalité du «miracle burundais » c’est qu’aucun test n’a encore été réalisé. Mais surtout pour le meilleur ou pour le pure, le pays a subi les effets d’une quarantaine décrétée par la communauté internationale : il y a plusieurs années que les ONG internationales ont été priées de quitter le pays qui s’est refermé sur lui-même, l’aide a été réduite, les hôpitaux sont totalement dépourvus de moyens. Mais la population, repliée sur ses collines, peu en contact avec le monde extérieur, vit pratiquement en autosubistance. Ce qui représente un confinement de fait…

23 mars 2020

Le Congo s’inquiète, le Rwanda mobilise, le Burundi s’en remet à Dieu

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Intensément connectées à l’Europe, toutes les villes du Congo sont sur le qui vive, suivant d’heure en heure les bilans qui s’alourdissent sur le Vieux Continent. Nombreux sont les Africains qui prennent des nouvelles de leurs amis européens, leur conseillent la prudence et réaffirment leur solidarité. Cependant, en RDC, le ministre de la santé, le Docteur Éteni Longondo a déclaré que sept personnes avaient déjà trouvé la mort, dont trois avaient contracté le virus lors d’un séjour en Europe tandis que le nombre de personnes était passé de 23 à 30. Un chiffre modeste par rapport à la population du pays, mais chacun sait combien la progression peut être vertigineuse et cela alors que les respirateurs et autres moyens de traitement manquent cruellement. Les gouverneurs de province relayant l’appel lancé jeudi soir par le président Felix Tshisekedi ont multiplié les mesures de prévention. Ainsi, à Kolwezi, dans la province du Lualaba, 70 % des agents de l’Etat sont en arrêt forcé, avec interdiction de se rendre sur leurs lieux de travail, des pancartes apposées dans les magasins invitent les populations à l’hygiène et le confinement est imminent. A toutes les frontières du pays et dans les grandes villes, des distributeurs d’eau et de savon sont en place, les contrôle de température sont obligatoires aux frontières et, suivant les instructions du président, tous les vols venant de pays à risques, dont la France et la Belgique sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Les voyageurs quittant la capitale sont soumis à des contrôles stricts afin de ne pas disséminer le fléau en province. Ce week end, la décision de suspendre les cultes a été bien suivie dans l’ensemble du pays même si quelques pasteurs ont du être ramenés à la raison par la police. Les activités sportives ont été également interdites, de même que les cérémonies de deuil, souvent synonymes de grands rassemblements sociaux.
La direction de la task force consacrée à l’épidémie a été confiée à une personnalité bien connue, le Docteur Jean-Jacques Muyembe, celui là même qui, après avoir découvert le virus Ebola dans les années 70, avait été chargé de le juguler dans l’Est du pays. A peine les équipes de la riposte contre Ebola avaient elles crié victoire qu’une nouvelle mobilisation contre le coronavirus s’est imposée. Si ces mesures se veulent rassurantes, l’inquiétude persiste et la presse craint une « hécatombe ». Pour plusieurs raisons : à cause de la difficulté d’un éventuel confinement dans les quartiers surpeuplés de villes comme Kinshasa ou Bukavu, du manque d’eau potable, et surtout de l’impérieuse nécessité, pour la plupart des Congolais, de travailler au jour le jour. Malgré les mises en garde, des bus bondés continuent à gagner le centre de Kinshasa avec des passagers obligés de chercher de quoi nourrir leur famille. A cela s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement : le Rwanda ayant adopté des mesures drastiques, le lait et les légumes manquent déjà à Goma.
Au Rwanda en effet, 17 cas ont déjà été confirmés et le confinement de la population a été décidé pour une durée initiale de deux semaines. Le président Kagame ainsi que Mme Mushikiwabo, secrétaire générale de la francophonie, ont multiplié les interventions sur les réseaux sociaux.
Alors que la RDC et le Rwanda se mobilisent, le Burundi demeure étrangement silencieux. Seules des mesures préventives ont été prises mais aucun cas n’a encore été officiellement déclaré. Tout au plus les autorités ont-elles invité la population à garder les distances dans les manifestations sociales ou religieuses, à multiplier le lavage des mains. Le porte parole de la présidence, M. Jean-Claude Karerwa Ndenzako a confirmé que les élections prévues pour mai prochain auraient bien lieu et qu’elles seraient précédées du 27 avril au 20 mai, d’une campagne électorale normale. Il a conclu, de manière surprenante : « la situation est au beau fixe. Le Burundi est une exception parmi d’autres nations, car c’est un pays qui a donné à Dieu la première place, un Dieu qui le garde et le protège de tout malheur(…)Que vous le croyiez ou non, le Burundi est un pays qui a signé un pacte spécial avec Dieu. »

18 mars 2020

Renforcer le système immunitaire: la réponse congolaise au coronavirus

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Interview du professeur Michel Balaka-Ekwalanga, immunologiste et virologue, membre de l’équipe de recherches de l’Université de Lubumbashi, formé à Paris à l’Institut Pasteur de Paris et à Cuba

Dans quelle mesure la RDC est-elle touchée par l’épidémie de coronavirus ?
D’après le Ministre de la Santé, le Docteur Eteni Longondo, l’INRB (Institut national de recherches biomédicales) a relevé que trois nouveaux cas de patients atteints par le coronavirus ont été enregistrés, dont un Congolais qui a séjourné en France, ce qui porte le nombre total à sept. Mais ce chiffre ne reflète pas la réalité de la pandémie, car dans les provinces, il n’y a pas de matériel de détection, et même ici, à Lubumbashi nous n’avons pas de cameras thermiques.
A première vue, les pays africains semblent moins touchés que l’Europe ? Peut-on expliquer cela par la chaleur ?
La température extérieure n’a rien à voir. La réalité, c’est que les pays africains ont déjà connu plusieurs épidémies causées par des virus, qui ont sévi avec des intensités diverses, le SRAS, le virus Mers qui a frappé en Egypte mais pas au Soudan. Pourquoi cette différence ? Mon analyse, c’est qu’en Afrique, on vit dans des milieux multiinfectieux, ce qui provoque des antigènes, dont certains croisent celui du coronavirus. Autrement dit, la réponse immunitaire est plus rapide…
En Europe, la situation n’est pas la même, les milieux ambiants sont beaucoup plus aseptisés et la population est donc plus vulnérable. L’environnement joue aussi : il y a plus d’allergies dans les villes que dans les campagnes et dans des situations de stress, de pollution, le système immunitaire fournit une réaction inappropriée.
Quel est le protocole que propose votre équipe ?
Notre équipe s’attache surtout à « booster » le système immunitaire. Le protocole proposé par l’Université de Lubumbashi se compose de trois molécules, les interférons, la chloroquine et des antioxydants. Rappelons que les interférons sont des protéines fabriquées naturellement par les cellules de notre corps. Elles sont chargées de nous défendre lorsque nous sommes attaqués par un virus quel qu’il soit. Ces molécules stimulent le système immunitaire et réagissent contre le virus. Nous pouvons aider en amenant des inferférons extérieurs, de type 1 et 2 (alpha et beta), fabriqués en laboratoire. Autrefois ils étaient utilisés pour lutter contre l‘hépatite.
Nous avons observé la coopération entre la Chine et Cuba, rarement mentionnée en Occident. A Cuba, il y a longtemps que l’on utilise les interférons pour combattre les virus et cette année, Cuba en a fourni aux Chinois, pour un montant de 300 millions de dollars. C’est ce qui a permis de combattre le coronavirus, qui est maintenant en régression. Au Vénézuela, le président Maduro a lui aussi préconisé de faire davantage de prévention, en donnant aux gens des molécules dont les interférons et les anti oxydants, afin de renforcer le système immunitaire.
Dans notre protocole, nous travaillons sur la conjugaison de plusieurs molécules, les interférons mais aussi la chloroquine qui a été longtemps utilisée pour lutter contre le paludisme ; même si elle a été délaissée car elle n’agissait plus, ses propriétés immunologiques sont demeurées entières dans le cas d’autres infections. La chloroquine est, entre autres, utilisée dans le cas de sclérose en plaques et de cancer.
Pourquoi, dans votre protocole, avez-vous ajouté des antioxydants ?
Nous utilisons aussi la vitamine C, qui est un antioxydant et agit contre les conséquences négatives du stress. On l’a vu en Chine : les éléments de stress sont responsables des mutations des virus. Quatre vingt pour cent des personnes qui contractent le SARS-CoV2 (le coronavirus), s’en sortent avec des affections bénignes. Sur les vingt pour cent qui restent, 5% guérissent également mais si les autres décèdent, c’est parce qu’il y a eu mutation du virus au bénéfice de la souche L, la plus virulente. Elle est provoquée par le stress et l’anxiété. Les anti oxydants combattent les conséquences négatives du stress.
En RDC, nous avons pu observer sur le terrain les conséquences négatives de ce « stress oxydant » : il provoque une multiplication de radicaux libres et de substances toxiques, aggravant l’effet des virus. En RDC, l’épidémie de rougeole n’a pas eu la même intensité dans toutes les provinces. Dans les régions en guerre, elle s’est avérée plus dévastatrice. Nous avons aussi connu les variables d’Ebola : dans l’Ouest de la RDC, Ebola a fait quelques centaines de morts alors que dans l’Est, toujours ravagé par la guerre, il y a eu plus de 3000 victimes. Ce n’est pas par hasard si c’est à Beni, où l’armée mène une offensive contre les groupes armés, que l’épidémie d’Ebola a été la plus meurtrière ; les populations y vivent dans une situation de grand stress et le virus s’est révélé beaucoup plus résistant. Quinze années de guerre, de traumatismes, cela se paie.
Mais je m’interroge aussi sur le stress, l’angoisse que peuvent générer en Europe les mesures de confinement généralisé…
Si le virus prend de l’ampleur, quelle serait la situation à Kinshasa et ailleurs en RDC ?
Même si nous avons une certaine habitude des virus,- Marburg, Ebola et autres- et que nous savons quelles précautions prendre, nous n’avons pas de système de santé digne de ce nom. C’est pourquoi mon protocole préconise de commander des doses d’interferons, et de les combiner avec la chloroquine et les antioxydants, afin de renforcer le système immunitaire. Il nous faut travailler en amont, renforcer les défenses naturelles. Cela s’est déjà fait lorsque le professeur Jacques Thèze, de l’Institut Pasteur, un des plus grands immunologistes de notre époque, a apporté une solution immunitaire au VIH Sida.
Il est certain qu’en Afrique, au vu du mode de vie des populations, il serait impossible de tout bloquer comme vous l’avez fait en Europe, cela créerait un stress insupportable et dangereux…

18 mars 2020

Groupe à risque? Quel risque?

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Dix huit ans, c’est un rendez vous qui compte…C’est avec plaisir que, pour le week end dernier, j’avais accepté de fêter l’anniversaire de deux jolies jumelles. Mais c’est sans surprise que je reçus le message de la maman me prévenant, avant même le lock down fédéral, que la fête était annulée. Envoyant des vœux et des bises par téléphone, j’expliquai aux parents que je comprenais très bien, qu’il ne fallait pas prendre de risque. La maman abonda dans mon sens, assurant qu’on n’était jamais trop prudent. Mais lorsque j’expliquai que je prévoyais de passer en vélo pour déposer chez eux les cadeaux prévus, sans entrer pour autant, afin de ne contaminer personne, la réponse fut pour le moins embarrassée : «mais si nous avons postposé la fête, c’est en pensant aux grands parents, et aussi à toi.. Si tu passes quand même saluer les filles, c’est pour toi que c’est dangereux, tu appartiens à un groupe à risque… »
Bigre, j’avoue que je n’y avais même pas pensé. Des risques, oui, une chute en vélo, un scooter embouti, tout cela peut arriver. Et aussi une maladie tropicale, une balle égarée, voire le crash d’un vieux coucou jamais révisé, sans oublier le vol de sacoche ou la bousculade dans le métro. Ces risques là sont connus, ils font partie du quotidien et les ennuis de santé sont possibles aussi, pas nécessairement maîtrisables. Mais ici, faire partie d’une « catégorie à risque », alors que je proposais à ma cousine de faire ses courses, à mon ami d’apporter le dîner et que je me préparais à enfin ranger papiers et bouquins, j’avoue que je n’y avais pas pensé… Ce petit virus baladeur nous aura, entre autres choses, appris la modestie, la vulnérabilité et cet anti corps indispensable, la solidarité. Car le téléphone sonne, les amis appellent et j’ai enfin le temps de répondre à l’aise ou, à mon tour, de prendre des nouvelles, d’émettre des projets, d’avancer des propositions. Soudain, tous ces êtres me manquent et ma vie est dépeuplée. Je ne savais pas que nous étions si proches, que nous avions tant besoin les uns des autres, que les bises distraites ou furtives valaient aussi leur pesant d’affection…
« Groupe à risque » oui sans doute… Mais ce risque là, celui de l’affection, de l’attention aux autres, il est urgent de le prendre et de le garder bien au-delà du confinement. Au delà de ce temps où dans la maison silencieuse, les souvenirs et les sentiments ont soudain regagné le droit à la parole…

18 mars 2020

L’émigration fait vivre les Philippines mais les enfants en paient le prix

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Manille,

Sur la Plaza, au cœur de Bacolod, capitale de l’île de Negros, le gamin à la casquette rouge est connu sous le surnom de Mick. Il a quinze ans, en paraît dix, mais il nourrit des rêves d’adulte : « un jour je quitterai la rue car j’aurai acquis une formation professionnelle. On m’a dit qu’à Taiwan, on avait besoin de soudeurs… C’est là que je veux aller.. »
En attendant, entouré de sa bande de copains, il tourne sur la Plaza, aide les automobilistes à trouver un stationnement, porte les courses des femmes qui reviennent du marché, défend chèrement le banc, « son » banc, sous lequel il compte passer la nuit, il assure son tour de guet pour donner l’alerte lorsque les gyrophares bleus de la police trouent la nuit. Bref, il se débrouille et de temps à autre, pour se laver ou grignoter quelque chose, il atterrit chez son grand père qui est censé veiller sur lui depuis que ses parents sont partis travailler à l’étranger. Mais sa vraie famille, c’est la bande qui hante la Plaza, des garçons et des filles qui sniffent les drogues locales, le « rugby » ou l’epoxy (fabriquée à partir de la méthanphétamine) « avec moins de deux dollars tu t’envoie en l’air, tu es « high » » dit Mick qui pourtant répète qu’il a envie d’ arrêter et il serait même prêt à suivre la formation professionnelle dont Sara, la directrice de l’ONG Virlanie lui parle à chaque rencontre. Sa copine Mina, mince comme une brindille, reconnaît que pour manger, elle accepte de suivre les automobilistes qui tournent lentement autour de la place et font leur choix parmi les fillettes qui plaisantent avec Mick et les autres. Un peu plus loin, dans un recoin de trottoir, Jaynet et celui qu’elle présente comme son « mari » se préparent pour la nuit. Lui, il est déjà recroquevillé contre un mur, abrité par deux planches qui se croisent, elle, elle traîne encore dans la rue, dans l’espoir de grappiller quelques piécettes du côté de la station service où jour et nuit s’arrêtent les camionneurs. Lorsqu’elle apostrophe Sara, qui fait sa tournée, ce n’est pas pour lui demander de l’argent ou pour lui dire que le lendemain elle passera au centre Virlanie pour prendre une douche. C’est pour demander, une fois encore, des nouvelles de ses deux enfants qui lui ont été enlevés par les services sociaux de la ville. Elle est au bord des larmes, Jaynet, elle demande qu’on lui montre une photo des gamins, elle assure que, sous son auvent de planches, son « mari », un papa de 17 ans serait lui aussi prêt à accueillir les petits.
Avec son sourire patient, étreignant doucement la mère-enfant, Sara lui explique que les enfants sont hébergés dans un centre social de la ville, qu’ils y sont mieux que dans la rue et que si Jaynet et son copain arrivent à s’en sortir, ne serait ce qu’un peu, ils pourront récupérer leurs petits. Mais pour cela il faut arrêter la drogue : intoxiqué par la came de sa mère, le dernier né a été sauvé de justesse, dans un état de malnutrition avancé…
Quant à Joanna, 14 ans, elle n’a pas le temps de traîner sur la place. C’est au marché central que tôt matin nous la découvrons, propre et souriante derrière son « stand », une petite table en contrebas des rayons surchargés de fruits et de légumes tenus par sa tante. Elle, elle vend des oignons, des échalotes déjà épluchées et, avec un sourire éblouissant elle assure qu’elle gagne sa vie, sans être à charge de sa tante. Cette dernière qui veille sur elle depuis que la maman est « partie à l’étranger, sur un bateau », laissant sa fille sans nouvelles. Joanna a gardé un mauvais souvenir des années passées sous le toit familial : le père ayant quitté le pays, la maman s’était mise en ménage avec un homme qui, régulièrement, violait la gamine. Cette dernière finit par s’enfuir de sa ville de Binaloga pour rejoindre une tante qui travaillait sur le marché de Bacolog. Qu’elle y reçut le gîte et le couvert, ce serait beaucoup dire : la nuit, la tante et sa nièce montent au premier étage du marché et se couchent sous une couverture tendue sur les étals de céramique verte, jusqu’à ce qu’à l’aube, elles soient réveillées par les premiers commerçants. Joanna, manifestement douée pour le commerce et le calcul, explique à Sara qu’elle souhaiterait aller à l’école. Mais pour cela, elle devra franchir un véritable parcours d’obstacles, le moindre n’étant pas de se procurer un certificat de naissance en règle, exigé lors de l’inscription dans les établissements scolaires. Sara, et ses collègues assistantes sociales lui promettent de l’aider, de prendre contact avec sa ville d’origine de Binaloga, mais les démarches risquent de prendre du temps…
Fay, 13 ans, est menue comme un lutin et depuis son accouchement elle a quitté la rue pour être hébergée dans une institution religieuse. Régulièrement, elle franchit le seuil de Virlanie pour discuter de son avenir avec Sara et les autres. Evoquer son passé ne lui prend pas beaucoup de temps : un père parti à l’étranger, une mère vivant avec un autre partenaire qui la battait régulièrement, un boy friend de 22 ans qu’elle dit aimer encore, mais qu’elle jauge avec lucidité. « Il dit qu’il tient à moi, qu’il aime le bébé, mais il vivait de l’argent que je rapportais grâce à la prostitution… Je ne crois pas que je vais continuer avec lui…» Pour elle aussi, le retour à la normalité passe par le certificat de naissance, l’inscription à l’école, le séjour dans l’institution moyennant quelque travail ménager, et surtout, insiste Sara, le renoncement absolu à la prostitution et à la drogue…
Le centre de jour Virlanie, au cœur de Bacolod, sur l’île de Negros, est soutenu par la coopération belge et l’ONG Enfance Tiers Monde et il fait partie de la coalition internationale pour les enfants de rue, Dynamo. . Si les financements ne permettent pas d’héberger les enfants durant la nuit, en revanche dans les petits bureaux installés au cœur de la ville, entre la Plaza et le marché, les travailleurs sociaux conseillent, consolent, nourrissent des enfants vivant dans la rue. « Ils viennent ici pour décompresser, trouver un peu de sécurité, d’écoute , ou tout simplement prendre une douche . Et à l’issue des activités, un repas leur est offertI» explique Sara Vial, la coordinatrice du centre, venue aux Philippines voici huit ans. « S’ils le souhaitent nous leur donnons aussi une formation de base afin qu’ils puissent reprendre des études. Mais c’est à eux de décider, nous ne sommes que de simples supports…»
Dans l’enceinte du centre de jour, les « bénéficiaires » se sentent chez eux, mais on entend aussi les bruits de la ville, les motos pétaradantes, le ronflement des jeepneys, ces minibus fabriqués au départ de jeeps américaines et décorés de couleurs vives. A quelques dizaines de mètres de là, on distingue le rivage du Pacifique, planté de casiers où sont élevés des crabes et autres crustacés ; la plage est encombrée de montagnes de cartons et de déchets plastiques (les Philippines sont le troisième pollueur de plastique au monde…)et dans le bidonville voisin, les gens plaisantent en nous saluant « vous voyez, on a vue sur mer, mais il nous arrive aussi d’être inondés… »
Ici, on comprend vite pourquoi Bacolod est appelée « capitale du sourire » :, malgré les conditions difficiles, nul ne se plaint, ni les vieux qui ont construit eux-mêmes des maisons de paille et de torchis qui ressemblent à des boîtes d’allumettes, ni les enfants de la rue qui revendiquent leur liberté et se font des mamours sous les yeux des caïds liés aux mafias de la drogue.
Le secret, c’est peut-être que nul ne se sent enfermé dans cet univers de misère, tout le monde rêve d’ailleurs, comme Mick qui sera soudeur ou charpentier.
Mais surtout, chaque famille compte des parents qui travaillent à l’étranger et qui n’oublient pas les aînés ou les plus jeunes restés au pays : ce n’est pas par hasard si les bureaux de Western Union, qui réceptionnent les envois des migrants, sont aussi nombreux et si le « balikbayan » est une institution nationale. Dans cette caisse qu’ils emmènent avec eux, les travailleurs migrants déposent, à chaque fois qu’ils ont rassemblé quelques économies, des cadeaux destinés à leur famille, jouets, vêtements, électroménager, bibelots évoquant les contrées traversées. « L’essentiel est de démontrer à ceux que l’on aime qu’on ne les oublie pas, que l’on pense à eux chaque jour » souligne Trisha, qui, à Leuven, a suivi des cours consacrés aux migrations.

Dix millions de héros
Pour une population totale de 110 millions d’habitants, ils sont dix millions de Philippins à vivre et travailler à l’étranger. « Ce sont nos héros » répète la presse locale qui leur rend volontiers hommage… « La contribution des Philippines à l’économie mondialisée, c’est notre force de travail » assure une sociologue, « les migrants nous aident à sortir de la misère, à ne pas désespérer ». De fait, sur l’échelle du bonheur national brut, les Philippines viennent en deuxième position, juste après le célèbre Bhoutan…
Cette ouverture sur le monde ne date pas d’hier : c’est autour des années 1900, alors que le pays était encore sous occupation américaine, que les premiers cultivateurs philippins ont été envoyés à Hawaï, puis sur le continent américain. On les a retrouvés dans les hôtels, les restaurants, où ils ont contribué à la construction des chemins de fer, travaillé dans les plantations en Californie ou tracé des routes en Alaska. Après la deuxième guerre mondiale, où de nombreux Philippins avaient combattu sous le drapeau américain pendant que l’occupation japonaise s’avérait particulièrement cruelle, (100.000 morts à Manille, systématiquement détruite en 1945…) l’émigration devint plus spécialisée, envoyant de l’autre côté du Pacifique du personnel médical, des comptables, des ingénieurs et aussi des soldats pour l’US army.
Au cours des années 60, le mouvement migratoire s’est élargi aux pays du Sud est asiatique, la Thaïlande, le Vietnam et même le Japon avant de gagner le Canada, l’Australie et finalement l’Europe.
Que seraient les pays du Golfe sans les travailleurs philippins ? Ces derniers sont près de 600.000 en Arabie Saoudite, 350.000 dans les Emirats arabes unis, 154.000 au Koweit, 126.000 au Qatar, et à Hong Kong 150.000 et 121.000 à Singapour…
En outre, qu’il s’agisse de cargos ou de navires de croisière, les équipages sont presque toujours philippins : 700.000 marins évoluent ainsi sur toutes mers du monde tandis que sur leurs îles d’origine, les familles collectionnent des cartes postales venues de partout… Au fil du temps, la formation des équipages s’est améliorée et plusieurs écoles de navigation ont été ouvertes, bientôt scrutées de près par l’Union européenne qui veut durcir ses règles d’accès. C’est pour cela qu’ une école belge, que l’on appelle déjà la « solution belge », s’est ouverte à Manille : des professeurs venus d’Anvers y dispensent un enseignement en tous points comparable aux formations à la marine marchande dispensées en Europe.
Dans le domaine de la santé, du « care », c’est-à-dire les soins aux personnes, les Philippins se sont taillés une enviable réputation. Non seulement à cause de leur caractère enjoué, de leur inaltérable sourire, mais aussi parce qu’au pays, des écoles spécialisées ont été ouvertes : les candidats à l’émigration se voient proposer des écoles d’infirmiers et de nurses tandis que le personnel domestique, des femmes principalement, peut suivre des cours de cuisine, apprendre les diverses manières de dresser la table ou de plier les draps d’un lit d’hôpital ou d’une chambre d’hôtel…
Avec le temps, plus organisée, mieux suivie par les autorités nationales, (qui au moment de la chute du colonel Kaddhafi s’étaient souciées d’évacuer leurs ressortissants présents en Libye) l’émigration est devenue une ressource majeure pour l’économie du pays : en 2018, les envois des migrants représentaient 26,9 milliards de dollars. Ces contributions expliquent l’apparition de nouvelles maisons sur les îles mais surtout, elles servent à payer les études des jeunes qui sont de plus en plus nombreux à fréquenter les universités et les établissements d’enseignement supérieur. Un certain nombre d’entre eux, qui s’expriment dans un anglais parfait, trouvent du travail dans les call centers, une spécialité de l’île de Negros, et ils répondent aux appels venus du monde entier.
C’est aussi l’argent de l’émigration qui permet de satisfaire une sorte de frénésie de consommation, surtout palpable à Manille, une ville de 10 milllions d’habitants : la circulation n’a rien à envier à celle de Bangkok, les autoroutes urbaines sortent de terre, et surtout, les « malls » agissent sur les consommateurs comme des aimants. Partout dans la ville, des centres commerciaux rafraîchis par l’air conditionné proposent les grandes marques internationales, mais en leur centre, ils abritent des jardins paysagers et aussi, bien dissimulée sous la verdure luxuriante, une église où les fidèles viennent se recueillir à toute heure du jour.
Pour les nouveaux riches qui consomment à l’américaine comme pour les, enfants des rues de Bacolod, l’émigration est plus qu’une nécessité économique, qu’un rêve d’ailleurs : elle est devenue un statut, elle valorise les familles et accélère le mouvement de l’ascenseur social.
Mais pour Sara Vial et pour ses collègues de Virlanie, le lien est évident entre l’exode des parents, le vagabondage des enfants, l’usage de drogues dures qui menace de détruire les jeunes générations.
En Occident, le président Rodrigo Duterte a mauvaise presse car, sans y mettre de formes, il a promis de détruire les mafias de la drogue. Depuis son accession au pouvoir, la police n’hésite pas à tirer à vue sur les trafiquants, se référant aux propos du chef de l’Etat qui répète « nous sommes en guerre ». Plus de 7000 trafiquants ou supposés tels auraient déjà été abattus par des policiers à la dégaine de cow boys et sans états d’âme. Ces pratiques meurtrières révulsent les défenseurs des droits de l’homme qui estiment que Dutertre est infréquentable. Mais cet homme aux allures provinciales (originaire de Danao dans le Sud, il déteste ou ignore la bourgeoisie de Manille qui le lui rend bien) qui n’hésite pas plus à défier le président Trump qu’à mettre aux accords militaires avec les Etats Unis ou à livrer une guerre ouverte aux mafias de la drogue, connaît jusqu’à présent une popularité sans faille….

9 mars 2020

Le décès inopiné du général Kahimbi creuse le fossé entre Tshisekedi et Kabila

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La mort général Delphin Kahimbi, chef d’état major adjoint des forces armées congolaises et chef des renseignements militaires, survenue le 28 février dernier, continue à faire des vagues en République démocratique du Congo, non seulement au vu des états de service de ce haut gradé mais aussi à cause du mystère qui plane toujours sur les circonstances de son décès. S’adressant au Conseil des Ministres, le président Tshisekedi vient d’alourdir le mystère en révélant qu’il s’agissait d’une « mort par pendaison » et en précisant qu’il avait chargé la Monusco de diligenter une enquête indépendante. Cette intervention de la Monusco, une nouveauté, représente aussi un désaveu implicite de la commission d’enquête militaire dirigée par le général Célestin Mbala, seule habilitée à enquêter sur la disparition d’un aussi haut gradé.
Les éléments connus jusqu’à présent sont faciles à résumer : à l’instar d’autres hommes de confiance de l’ex-président Kabila, comme le chef de l’ANR Kalev Mutomb ou la sœur jumelle Jaynet Kabila, le général Kahimbi avait été interpellé à l’aéroport par la DGM (Direction générale des Migrations) alors qu’il se préparait à se rendre en Afrique du Sud pour y acheter du matériel permettant entre autres la géolocalisation et les écoutes téléphoniques, des acquisitions qui rentraient dans le cadre de ses fonctions d’ « homme de renseignement. » Reste à savoir à qui il comptait rendre compte des informations ainsi obtenues, au président Tshisekedi ou à Joseph Kabila son prédécesseur…
Alors qu’en principe, la coalition Cach, (coalition pour le changement) a conclu un accord avec le FCC (Front commun pour le Congo, qui soutient l’ex président Kabila), on constate qu’une méfiance croissante sépare les deux alliés de circonstance et que le général Kahimbi, dans le cadre de ses fonctions, en a sans doute fait les frais, étant soupçonné d’avoir mis sous surveillance l’actuel gouvernement ainsi que le président Tshisekedi lui-même. Après avoir été interrogé par la DGM et été informé du fait qu’il avait été suspendu de ses fonctions, le général Kahimbi rentra chez lui et son corps sans vie fut découvert le lendemain, les premières hypothèses étant une mort par strangulation ou par empoisonnement, sans que nul et pas même son épouse, qui a parlé d’une crise cardiaque, n’évoque ou ne montre les traces d’une pendaison à domicile.
Figurant sur la liste des personnalités congolaises placées sur la liste des sanctions par l’Union européenne, le général Kahimbi avait aussi été désigné par l’envoyé spécial américain Peter Pham (qui vient d’être déplacé dans la région du Sahel) comme un homme à écarter par le nouveau pouvoir. Originaire du Kivu, Delphin Kahimbi avait été recruté en 1998 dans les rangs des Mai Mai (guerriers traditionnels congolais) lors de la deuxième guerre du Congo, alors que Laurent Désiré Kabila tentait de contrer l’invasion rwandaise menée avec le soutien tacite des Occidentaux. En compagnie de Joseph Kabila, il avait été envoyé en formation militaire en Chine où il termina son cursus alors que son compagnon d’armes fut obligé de regagner précipitamment son pays où son père fut assassiné en 2001. Avant d’être chargé des renseignements militaires, Kahimbi avait été commandant en second des opérations Kimya 2 au Sud Kivu et surtout des opérations menées au Nord Kivu contre le M23, le dernier en date des mouvements rebelles soutenus par le Rwanda et finalement vaincu par les FARDC. En marge de ses faits d’armes officiels, le général Kahimbi était demeuré proche de Joseph Kabila, appartenant sans doute au cercle très restreint de ses hommes de confiance, au même titre que le général Akili Mundos. Ce dernier vient, lui, aurait été rappelé du front de Béni où il opérait en première ligne dans cette « sale guerre » menée contre les groupes terroristes des ADF. Le nom de Delphin Kahimbi avait également été cité dans certaines « basses besognes » du régime, comme l’assassinat à Goma, en 2008, d’Albert Ngezayo Prigogine, homme d’affaires mais surtout connu pour être un défenseur passionné de la nature et en particulier du parc des Virunga. Ce crime, malgré de nombreuses enquêtes diligentées par la famille,, est demeuré impuni jusqu’à présent.
Lune de miel avec Washington
Un an après son entrée en fonctions, Félix Tshisekedi, qui a renouvelé la magistrature, semble vouloir démanteler pièce par pièce la « garde de fer » de son prédécesseur. Il est encouragé en cela par les Etats Unis dont le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, en visite à Kinshasa, a vanté la « trajectoire positive » du chef de l’Etat et promis de travailler à un « partenariat privilégié Etats Unis RDC. Cette lune de miel entre Kinshasa et l’administration américaine explique aussi pourquoi le président Tshisekedi, lors de son voyage à Washington, s’est fait applaudir par le lobby pro israélien Aipac lorsqu’il a déclaré soutenir le plan Trump pour la Palestine et promis d’installer à Jerusalem une section économique de l’ ambassade de la RDC. Non seulement cet engagement a été mal accueilli par l’opinion congolaise, largement pro palestinienne, mais l’Union africaine, dont Félix Tshisekedi est le vice président, est hostile au plan Trump. Notons aussi que si un « ambassadeur plénipotentiaire » sera envoyé en Israël, le Congo n’est toujours pas représenté à Bruxelles ou à Anvers…

7 mars 2020

Un colloque sur le Rwanda suscite la controverse à Paris

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En 2007 puis en 2014 le club Démocraties, proche du parti socialiste français, convoquait une conférence consacrée au « drame rwandais » et à « la vérité des acteurs ». Lundi prochain, dans l’enceinte du Palais du Luxembourg qui abrite le Sénat français, le propos va s’élargir, il sera question des « tragiques instabilités » qui endeuillent la région des Grands Lacs depuis 60 ans et plus particulièrement le Rwanda. Ce nouvel euphémisme, une fois de plus, permettra d’éviter le mot « génocide »… Plusieurs des personnalités invitées au colloque sont fortement contestées, qualifiées de « révisionnistes », comme le Camerounais Charles Onana, auteur de « Rwanda, la vérité sur l’Opération Turquoise » un livre préfacé par le colonel belge Luc Marchal ou la Canadienne Judi Rever qui a publié un ouvrage consacré aux « Crimes du Front patriotique rwandais. » Sera également présent Johann Swinnen, qui était ambassadeur à Kigali en 1994. Depuis lors, le diplomate a fortement durci sa position, se rapprochant de positions françaises qu’il dénonçait naguère et il se retrouvera aux côtés d’Hubert Vedrine, défenseur de la mémoire et de l’action de François Mitterrand. Bref du beau monde, soigneusement sélectionné, car plusieurs semaines avant le colloque, le secrétariat nous communiquait déjà que la liste des inscriptions était close. Une pétition circulant dans Paris et adressée au président du sénat Gérard Larcher juge « inacceptable » la tenue de ce colloque et rappelle que la législation française condamne le négationnisme. Quant aux organisateurs, leur invitation mentionne que la rencontre bénéficie du soutien du Docteur Mukwege. Ils rappellent que ce dernier, dans son discours lors de la remise du Prix Nobel de la paix, avait demandé que cesse l’impunité dont jouissent les coupables de crimes perpétrés dans la région. Visant implicitement l’actuel pouvoir rwandais, il avait évoqué le « rapport Mapping » consacré aux crimes commis au Congo entre 1993 et 2003 et qui fut mis sous le boisseau par l’ONU. Malgré les suspicions de révisionnisme qui entourent ce colloque, au vu des organisateurs et des intervenants, le médecin= chef de Panzi, qui fut un témoin de premier plan de tout ce qui s’est passé dans la région, y compris l’exode des Hutus favorisé par l’Opération Turquoise, n’a pas retiré son soutien à cette rencontre où sa présence n’est cependant pas annoncée.