15 août 2014

“Kabila désir” une initiative destinée à séduire la diaspora

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Pourquoi donc le ministre congolais des postes, télécommunications et nouvelles technologies a-t-il choisi Bruxelles pour lancer une association énigmatiquement appelée « Kabila désir » ? Tout simplement parce que, dit-il « c’est depuis Bruxelles, bastion d’une diaspora importante et très politique, que l’on assiste à un « déferlement de mensonges ». Pour Kin-Kiey Mulumba, « le fossé est immense entre la perception que véhiculent les Congolais résidant à l’étranger (en Belgique, mais aussi en France, en Grande Bretagne, au Canada…) et la réalité d’un pays qui change et se développe à une vitesse surprenante. » Et de citer les réalisations les plus marquantes du gouvernement auquel il appartient : « les voies rapides, à huit bandes, qui traversent Kinshasa, les nouveaux bus qui font la navette entre le centre ville et les quartiers périphériques, les cités nouvelles et bâtiments neufs qui sortent de terre comme des champignons, le grand projet agro-industriel de Bukanga Lonzo qui approvisionnera la capitale en vivres frais. Sans oublier les chiffres magiques d’une croissance économique de 8,8% et d’une inflation réduite à zéro. » Le ministre n’oublie pas non plus de prêcher pour sa propre chapelle : « depuis le point d’atterrage de la fibre optique, ouvert à Moanda, 700 km de câbles ont été tirés jusque Kinshasa et le reste du pays va suivre, la 3G est une réalité dans la capitale, la 4 G va suivre, le pays est destiné à devenir un « hub » de communications pour tout le continent.. »
Bref, le Congo est bien entré dans la « révolution de la modernité » chère au président Kabila et les seuls à ne pas s’apercevoir du changement, ou à refuser d’en prendre acte seraient les Congolais de la diaspora… En réalité, au vu des manifestants qui se dirigeaient vers l’ambassade de la RDC à Bruxelles mais en furent dissuadés par un important dispositif policier, les soucis des « combattants » sont plutôt d’ordre politique : deux ans avant l’échéance électorale, prévue pour 2016, ils entendent bien veiller à ce que le prescrit de la Constitution soit respecté et que le président Kabila, dont le deuxième et dernier mandat va se terminer, soit dissuadé de se représenter. Ce souci rejoint d’ailleurs celui de nombreux acteurs nationaux : l’Eglise catholique, les partis d’opposition, de larges pans de la société civile.
Le ministre Kin Kiey ne veut pas s’inscrire dans un tel débat : son souci est seulement celui de la vérité :« reconnaître les réalisations du gouvernement, mettant en œuvre la vision du chef de l’Etat qui souhaite voir apparaître au plus vite un Congo émergent, sorti de la pauvreté.. » Dénonçant l’ignorance, ou l’aveuglement d’une diaspora très combative, le ministre se dit prêt à organiser des « charters pour Congolais de l’étranger » afin qu’ils se rendent compte de visu des progrès réalisés et retrouvent au pays ceux de leurs compatriotes qui ont déjà franchi le cap et amorcé un retour définitif. Mais malgré ces bonnes intentions immédiates, le nom de l’initiative, « Kabila désir » demeure ambigu : comment ne pas croire qu’il s’agît, aujourd’hui déjà, de susciter un « désir » qui devrait s’exprimer pleinement durant les deux années qui séparent le Congo de l’échéance électorale ?

12 août 2014

Etienne Tshisekedi attendu en Belgique pour examens médicaux

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Affaibli certes par une forte grippe contractée en ces temps de saison sèche, mais pas mourant, Etienne Tshisekedi se prépare à embarquer pour la Belgique où il devrait arriver d’ici la fin de cette semaine par vol régulier…Ces précisions nous ont été données par Me Mukendi, bâtonnier à Kinshasa et proche de l’UDPS, au sortir d’une réunion à Limete où il s’était entretenu avec l’ « opposant historique » et avec sa famille. D’après Me Mukendi, il y a longtemps que M. Tshisekedi avait l’intention de se rendre en Belgique, en compagnie de son épouse « Maman Marthe », pour y passer une série d’examens médicaux, comme il l’avait déjà fait voici trois ans à l’occasion d’un séjour prolongé. « Les documents sont en ordre, le départ est imminent » nous précise Me Mukendi, qui dément avec humour l’arrivée d’un avion médicalisé qui opérerait une évacuation sanitaire de l’ancien candidat à l’élection présidentielle: « cela n’a pas été demandé et je ne vois pas qui pourrait nous payer cela… »
Depuis des mois, la santé de M. Tshisekedi, qui se considère toujours comme le véritable vainqueur de l’élection présidentielle de 2011, fait l’objet de rumeurs, nourries par son absence de la scène publique mais Me Mukendi met en garde contre toute spéculation : « il ne faut pas tomber dans une guerre médiatique, ce voyage était prévu de longue date… »

12 août 2014

Aviation sans Frontières vole au secours de la Centrafrique

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Contre l’avis de la communauté internationale, qui redoute son manque d’expérience, l’ancien conseiller spécial de la présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza a été nommé au poste de Premier Ministre à Bangui. Même si cet ancien directeur du Trésor sous François Bozize, le président déchu, est le premier musulman à occuper cette fonction, sa nomination a provoqué le mécontentement des ex-rebelles de la Seleka, qui considèrent que le poste aurait du leur revenir. Cette nomination intervient dans un contexte tendu : la semaine dernière des affrontements entre la Seleka et la force française Sangaris ont fait une soixantaine de morts et le nord du pays, fief des rebelles musulmans, est toujours hors de portée des humanitaires. Ces derniers constatent que, sur le terrain, la situation ne fait qu’empirer : « elle est en train de virer au cauchemar » relève le directeur d’Aviation sans Frontières Belgique Christian Georlette, qui dénonce le fait que « des milliers d’enfants font l’objet d’une cruauté sans précédent : piégés dans les combats entre milices, des enfants ont été décapités et mutilés, tandis que d’autres agonisaient faute de soins. »
Dans cette situation d’extrême urgence, où les organisations humanitaires souhaiteraient pouvoir se déployer en brousse et occuper le terrain avant le début de la saison des pluies et des orages tropicaux qui rend les pistes impraticables, ASF Belgique a décidé de foncer : sur fonds propres, comptant sur la générosité de ses contributeurs privés, -de 12 à 15.000 donateurs plus un héritage-l’ONG belge, associée à ses homologues des Pays Bas et de Grande Bretagne, a envoyé en Centrafrique un appareil Cessna lui appartenant, pour une durée de cinq mois.
Sans attendre de co-financement mais espérant tout de même bénéficier de soutiens ultérieurs, du côté européen entre autres, ASF a jugé qu’il fallait répondre tout de suite aux besoins : « le Cessna 206 est l’avion de brousse par excellence, capable d’atterrir sur les pistes les plus sommaires. Alors que sur les pistes en terre, gorgées de pluie, des appareils plus lourds risquent d’ouvrir des ornières et de s’embourber, le Cessna, beaucoup plus léger, arrive à se poser sans encombre. Il nous permet d’aller là où les autres ne vont plus » explique Christian Georlette, soulignant que cet appareil complète le dispositif de transport aérien déjà sur place.
Malgré quelques difficultés bureaucratiques à l’arrivée, dues aux réticences d’ex Seleka, l’équipe d’ASF Belgique (un chef de mission et son adjoint ainsi qu’un pilote expérimenté, Hubert Decouvreur), a déjà été sollicitée par les Croix Rouges norvégienne et danoise, par Oxfam Angleterre, Save the Children et d’autres. Mais la vraie ambition d’ASF Belgique est aussi de travailler directement avec les ONG locales comme la Croix Rouge centrafricaine dont les membres ont déjà démontré leur engagement.
A plus long terme, ASF espère démontrer en Centrafrique sa capacité de gestion de projets de type humanitaire afin d’obtenir les moyens de réaliser des ambitions plus larges, comme l’acquisition d’un avion aéropropulseur dont les capacités d’action dépasseront celles du courageux petit Cessna, qui mènera des opérations dans un rayon de 350 km autour de Bangui et prépositionnera des stocks de carburant en cours de route, destinés à des opérations plus lointaines.
Partout dans le pays mais en particulier autour de Bangui, des dizaines de milliers de déplacés vivent toujours dans des camps, victimes de la malnutrition, de l’insécurité et de la persécution sur base ethnique.

12 août 2014

Ebola: le luxe de l’indifférence

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Le témoignage du Dr Peter Piot au sujet de la découverte du virus Ebola donne à réfléchir. Au début, les malades, les cas désespérés, c’étaient les autres. Lointains, pauvres, ignorants, superstitieux. Le virus Ebola ne leur laissait aucune chance et durant quatre décennies, la mise en quarantaine fut considérée comme le seul remède. Qu’ils meurent donc, et qu’on n’en parle plus… La recherche fut maigre et peu rentable, les résultats quasi nuls. Pourquoi se soucier de ceux qui vivaient dans les marges du monde, dans des régions abandonnées ou hantées par des guerres auxquelles on ne comprenait rien ?
L’exemple du Sida aurait pourtant du servir d’avertissement. Dans ce cas également, les premières victimes connues furent des ressortissants de Haïti, d’Afrique centrale et les communautés homosexuelles furent particulièrement touchées. Ces victimes là ne demeurèrent pas lointaines très longtemps : très vite, on découvrit que le Sida menaçait tout le monde, que le fléau amenait à modifier les plus intimes de nos comportements et qu’il requérait une lutte globale, un engagement à l’échelle de la planète. Par conséquent, des sommes colossales furent dégagées, les chercheurs réalisèrent des avancées importantes et le mal, s’il ne fut pas vaincu, fut au moins circonscrit.
Comment ne pas comprendre que dans notre monde globalisé, les victimes d’Ebola, ou d’autres maladies encore trop peu combattues, ce sont nos voisins ? Des voisins qui arrivent par route ou par avion, près desquels nous passons d’inconscientes vacances ?
Aujourd’hui, plus rien, plus personne n’est loin, et au cœur des foyers de tension dont nous détournons les yeux grossissent des bombes à retardement. Des bombes sanitaires, épidémiologiques, certes. Des bombes politiques aussi, lorsque des jeunes de chez nous s’en vont combattre pour des causes auxquelles nous refusons de nous intéresser ou de tenter de porter remède.
De nos jours, ne traiter que par l’indifférence ou l’ignorance les banlieues les plus brûlantes du monde où les cataclysmes s’additionnent ne représente pas seulement une faute morale et une erreur politique. C’est aussi un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

12 août 2014

La vie d’un détective impatient, traqueur de virus

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L’ambition de tout épidémiologiste est évidemment de découvrir un nouveau virus. Peter Piot, qui travaillait depuis deux ans comme microbiologiste à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers allait être exaucé au delà de toute attente lorsqu’il fut envoyé à Yambuku, un coin reculé de la province de l’Equateur au Congo, où il repéra et isola l’un des virus les plus meurtriers qui soient, auquel il donna le nom d’Ebola. Sept années plus tard, après avoir examiné à Anvers des patients venus d’Afrique, il est renvoyé au Congo, où des malades, de plus en plus nombreux, sont confrontés à l’effondrement de leur système immunitaire : le Sida (AIDS en anglais) ayant été identifié en France et aux Etats Unis, il s’agît désormais de le combattre. Pour Peter Piot, qui sera le premier directeur exécutif d’Onusida et sous secrétaire général des Nations unies, prévenir, circonscrire et peut-être vaincre le Sida, c’est aussi l’histoire de sa vie, qu’il raconte, avec verve, précision, émotion et humour dans un passionnant récit (1). Ailleurs que sur le terrain onusien, la lutte continue : l’Anversois dirige aujourd’hui la prestigieuse London School of hygiene and tropical medicine et l’explosion d’Ebola réveille les souvenirs de ses débuts.

(1)No time to lose
A life in pursuit of deadly viruses
W.W. Norton New York, London

12 août 2014

Ebola: Peter Piot se souvient des premiers temps du virus

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Ebola. L’épidémie qui se propage en Afrique de l’Ouest réveille chez Peter Piot des souvenirs et des émotions qui datent de près de 40 ans. A l’époque, le jeune épidémiologiste de l’université d’Anvers, qui faisait ses premiers pas à l’Institut de médecine tropicale s’est retrouvé, en quelques heures, plongé dans une Afrique dont jusqu’alors il ignorait tout et qui allait façonner sa vie : le 30 septembre 1976, une religieuse belge était décédée dans une clinique de Kinshasa et un échantillon de son sang avait été envoyé en Belgique. Ce simple thermos transporté dans un avion de ligne comme un vulgaire colis allait se révéler une véritable bombe, car le sang était contaminé par un virus ressemblant à celui de Marburg, extrêmement contagieux et provoquant des hémorragies mortelles. Sans attendre le verdict des spécialistes américains, qui avaient eux aussi reçu quelques tubes de sang contaminé, les Anversois, soutenus par les Affaires étrangères, décidèrent, séance tenante, d’envoyer Peter Piot sur le terrain.
Kinshasa, Bumba, dans la province de l’Equateur, et finalement Yambuku, au cœur de la forêt tropicale : le chef de la coopération médicale belge de l’époque, le Dr Ruppol, mais aussi un Américain proche du président Mobutu, le Dr Bill Close (père de l’actrice Glenn Close…)avaient réglé tous les problèmes logistiques. Mais lorsque le pilote du C130 eut largué ses passagers dans la zone mise sous quarantaine, il s’envola sans avoir coupé ses moteurs, en criant « bonne chance » à ceux qui allaient s’enfoncer au cœur des ténèbres.
Cette année, pour son 65e anniversaire, Peter Piot est retourné à Yambuku et il y a retrouvé le père Carlos, un missionnaire flamand qui était déjà sur place en 1976. Mais alors qu’à l’époque Piot avait eu le sentiment de se trouver dans l’un des endroits les plus déshérités du monde, le sentiment d’abandon fut pire cette année : « les grandes plantations d’Unilever et de PLZ, qui produisaient de l’huile de palme, n’existent plus, le système de communications radio a été détruit au moment de la rébellion de Jean-Pierre Bemba (1998-2002) les hôpitaux désertés sont dépourvus de médicaments. Certes, grâce à la bancarisation (informatisation du paiement des salaires), les médecins touchent leur traitement, mais tout le reste fait défaut… »
La situation de la province de l’Equateur est cependant bien différente de celle de l’Afrique de l’Ouest : «alors qu’au Liberia, en Guinée, l’épidémie s’est déclarée dans des zones frontalières, où l’on enregistre beaucoup de mouvements de population, Yambuku est restée une zone isolée et à l’époque, grâce aux mesures de quarantaine, l’épidémie put être circonscrite en deux mois. »
Ce que Piot ne dit pas, c’est que le Dr Close avait alors conseillé au président Mobutu de placer toute la zone sous surveillance militaire, un isolement total qui allait empêcher la propagation du virus.
Dès son premier contact avec les religieuses qui ont payé un lourd tribut au fléau et ont entouré la mission d’une clôture dotée d’un écriteau « quiconque franchit cette limite va mourir » Peter Piot est ému : «originaires du Nord d’Anvers, ces sœurs appartiennent à la même « tribu » flamande que moi, et elles sont mues par un dévouement total…Mais leur hôpital ne compte aucun médecin…»
Alors que, quelques semaines plus tard, les Américains débarqueront en tenue de cosmonautes, l’équipement du jeune épidémiologiste est sommaire : des gants, un casque et des lunettes de motard, un microscope… L’équipe, après avoir brûlé les matelas de l’hôpital déserté par les malades, dort sur le sol nu, simplement désinfecté au préalable…
«Au cours de ces journées passées à Yambuku, je découvre que l’épidémie, en fait, sévit autour de l’hôpital et cela m’interpelle… « se souvient Peter Piot. Il découvrira plus tard que les injections de vitamines B et de calcium, administrées aux jeunes mères avec des seringues non désinfectées, ont pu être un facteur de propagation du fléau…
Il constate qu’aujourd’hui encore, en Afrique de l’Ouest, la promiscuité est un facteur aggravant : « les gens se rassemblent pour les funérailles, procèdent à la toilette des morts et contractent ainsi le virus… En outre, aujourd’hui comme hier, les villageois se méfient des étrangers. Alors qu’en Afrique de l’Ouest, Médecins sans Frontières réalise un travail magnifique, les gens ne comprennent pas que les équipes emportent les corps afin d’empêcher les contacts, les soustraient aux enterrements publics, les dissimulent sous des draps. Ils imaginent des tas de choses. Dans ces régions reculées, les croyances magiques sont encore très fortes… »
Une fois rentrés à Kinshasa, Piot et ses compagnons sont sommés de donner un nom au fléau. Ce sera très simple : « sur une carte, il apparaît que l’une des rivières les plus proches de Yambuku s’appelle Ebola, la rivière noire, en lingala. Le nom nous a paru évident… »
Quarante ans plus tard, Ebola tue toujours. Au Soudan, en Afrique de l’Ouest et parfois encore au Zaïre devenu Congo. Comment Piot, qui a réussi à mobiliser l’opinion et les financements internationaux en faveur de la lutte contre le Sida, peut il expliquer ce relatif désintérêt ?
« Il est vrai qu’on n’a pas beaucoup avancé, que c’est choquant. Cela s’explique peut –être par le fait que l’épidémie se déclare toujours dans des régions pauvres, relativement isolées, d’où l’Etat est absent…Même à l’époque, le bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé avait mis du temps pour intervenir et déclarer officiellement l’état d’urgence sanitaire…En outre, trouver un remède à Ebola n’est pas intéressant du point de vue commercial, l’épidémuie ne frappe que quelques centaines de milliers de cas, au maximum…
C’est cela qu’il faut impliquer les financements publics, financer des programmes de vaccination, former du personnel médical. Et, vu la terrible létalité du fléau, ne pas hésiter à utiliser des traitements expérimentaux : c’est cela ou la mort. C’est pendant l’épidémie qu’il faut vérifier l’efficacité de certains produits et constituer des réserves stratégiques.
La Sierra Léone, le Liberia, sont des régions qui sortent de la guerre, où l’autorité de l’Etat é été minée par des rébellions particulièrement atroces, où la plupart des médecins nationaux sont partis ailleurs. Le Congo aussi, pendant trop longtemps, a été abandonné par tout le monde…. Or de telles épidémies représentent des bombes à retardement. Un jour, grâce à la multiplication des transports aériens, à la pression migratoire, ces bombes éclateront chez nous. Désormais tout est lié, nous sommes tous concernés… »

21 juillet 2014

Les métis, enfants oubliés de la colonisation belge

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« Papaoutais »… La belle chanson de Stromae est bien plus qu’un tube à succès… Elle exprime, en termes actuels, le malaise de ceux dont on ne parle pratiquement jamais, et qui furent les enfants oubliés de la colonisation belge, les métis. Aujourd’hui que les couples mixtes se multiplient, nul ne prête plus attention à ces enfants un peu plus bronzés, un peu plus bouclés, qui peuplent les crèches et les écoles. Mais voici quelques décennies, et longtemps après l’indépendance du Congo, du Rwanda et du Burundi, il était loin d’en être ainsi. Le vocabulaire lui-même en témoigne : avant 1960, on parlait moins de « métis » que de « mulâtres » un terme dérivé du mot espagnol « mulato » mulet, qui désignait l’animal hybride né de l’accouplement d’un cheval et d’une ânesse !
Cependant, ces enfants de « sang mêlé » étaient nombreux, leur existence illustrait un pan peu connu de la colonisation belge et le destin qui leur était réservé démontrait à quel point les mentalités de l’époque étaient imprégnées du concept de la supériorité de la race blanche, qui ressemblait fort à un racisme de bon aloi.
Lorsque les Belges, dès la fin du 19eme siècle, prennent pied en Afrique centrale, ce sont des hommes seuls qui font le voyage. Ils s’installent en bravant le climat difficile, la mortalité est élevée et dans cette Afrique centrale encore insalubre, il est hors de question de faire venir des femmes. En outre, à l’inverse des Portugais en Angola ou des Français en Algérie, l’administration coloniale n’encourage pas l’établissement permanent des colons, à ses yeux, le Congo est avant tout une entreprise commerciale ou, plus tard, une « œuvre civilisatrice » mais pas une colonie de peuplement. Les hommes cependant ne restent pas seuls très longtemps : pour éviter le « coup de bambou » (sorte de spleen alcoolique) ou régler les problèmes domestiques, les Européens embauchent des femmes congolaises, pudiquement appelées « ménagères ». Elles ne sont pas simplement chargées de tâches domestiques mais souvent vivent en concubinage avec leur « maître », le temps de l’affectation de ce dernier.
Plus tard, lorsqu’arriveront les épouses belges, ces femmes retourneront dans l’ombre et, à de rares exceptions près, les enfants nés de ces relations interraciales ne seront jamais officiellement reconnus par leur géniteur. A la veille de la deuxième guerre mondiale, le Congo comptait ainsi quelque 5000 enfants nés entre deux mondes…
Ils n’étaient cependant pas inconnus aux yeux de l’administration coloniale : cette dernière redoutait que la «goutte de sang blanc» qui coulait dans les veines de ces enfants fasse d’eux les instigateurs d’éventuelles révoltes et, méthodiquement, elle retirait les enfants métis du milieu indigène, les soustrayant donc à l’influence et à l’affection de leur mère, sans que pour autant le père les reconnaisse ou les prenne en charge ! Ces jeunes métis, dès le départ, étaient donc victimes d’une double discrimination : on leur avait inculqué qu’ils étaient différents des Noirs et que certains métiers leur étaient réservés (contremaîtres, catéchistes…) mais par ailleurs le monde des Blancs leur demeurait fermé, ils étaient relégués dans leurs propres cercles, vivaient dans des homes situés entre la ville européenne et la cité indigène !Aujourd’hui encore, des métis, nés à la veille de l’indépendance, gardent la brûlure et le souvenir de cette discrimination originelle et certains d’entre eux sont toujours en quête de leur père voire de leur mère, désireux, quelle que soit leur trajectoire sociale, de combler le vide béant de leurs racines arrachée. La plupart du temps, ils se heurtent au déni du côté de leur famille paternelle, peu soucieuse de découvrir cet enfant né « hors mariage » et c’est très difficilement que les plus obstinés réussissent à ouvrir les archives de l’administration coloniale pour tenter de retracer leur filiation.
Durant plus de vingt ans, Assoumani Budagwa, un ingénieur d’origine congolaise, installé en Belgique, s’est attelé à une tâche qui avait rebuté bien des historiens professionnels : il a méthodiquement rassemblé et compulsé toutes les archives faisant état de l’existence des métis, parcouru textes de loi et dispositions administratives, retracé les histoires individuelles et les parcours collectifs. Et au fil de ses recherches, il a, inévitablement, croisé les fils de dizaines de cas individuels, recueilli les témoignages, mesuré les souffrances, les déchirements des enfants non reconnus. Il a aussi pris connaissance de la douleur des mères auxquelles leur enfant avait été arraché et qui se voyaient repoussées par leur « patron » rappelé en Belgique ou convolant en « justes » noces. L’ouvrage né de ces recherches n’est ni une thèse, ni un roman, ni une compilation de règlements administratifs pas plus qu’une fresque historique. Il est tout cela et plus encore : une véritable somme d’informations, de témoignages, d’histoires plus vraies et plus poignantes les unes que les autres. Mais surtout, ce livre qui, pour la première fois, dit les choses, nomme les cas, ne recule pas devant l’énoncé des souffrances individuelles et des quêtes désespérées, est riche d’une immense valeur thérapeutique. Lors de la présentation de l’ouvrage, plusieurs métis ont tenu à expliquer combien la quête de leurs origines avait marqué leur vie et il apparut que, même à la deuxième voire la troisième génération, cette question existentielle demeurait toujours brûlante…
L’un des épisodes les plus dramatiques et aussi symptomatique de la geste des métis se situe à Save, au Rwanda, à la veille de l’indépendance.

Estimant que, de toutes manières, les métis d’un orphelinat tenu par des religieuses seront plus en sécurité en Belgique que dans leur pays d’origine, la sœur Lutgardis et le père Delooz décident de les évacuer massivement vers la Belgique, Des familles belges les accueillent, surtout en Flandre et tous les liens sont coupés avec la mère biologique, victime d’un véritable rapt…Durant des décennies, les « enfants de Save » tenteront de retrouver qui leur mère restée au Rwanda, qui leur père biologique et l’ouvrage se termine sur ces récits poignants d’une quête qui, pour certains, n’est pas encore terminée…

Assumani Budagwa, Noirs, blancs et métis, La Belgique et la ségrégation des métis du Congo belge et du Rwanda-Urundi (1908-1960) contact : noirsblancsmetismail.com

21 juillet 2014

Laperspective des présidentielles fait bouillonner le Congo

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Kinshasa,

Les apparences sont trompeuses. A première vue, le Congo connaît l’une des situations les plus favorables de son histoire : une croissance économique de 8,5%, une monnaie stable, les salaires des agents de l’Etat régulièrement payés par voie bancaire. Dans Kinshasa traversée d’artères bien entretenues, de nouveaux supermarchés, magasins d’alimentation et même boutiques de luxe s’ouvrent chaque semaine et il n’est plus rare de rencontrer des Congolais issus de la diaspora qui ont rapatrié au pays leurs économies et leur dynamisme, estimant que la conjoncture était favorable pour entamer un retour définitif. En outre, malgré des combats sporadiques qui mettent encore aux prises les forces gouvernementales et des groupes armés dans l’Est du pays, et malgré des massacres comme celui de Mutarule au Sud Kivu, la sécurité est peu à peu rétablie sur l’ensemble du territoire et l’autorité de l’Etat s’exerce partout. Bref, le Congo se modernise, se stabilise, de grands projets sont mis en chantier et les souvenirs amers de la confusion et des fraudes qui avaient marqué les dernières élections de 2011 s’estompent peu à peu…
Cependant, ces indices favorables sont contredits par de nombreuses incertitudes et, sur le plan politique, la situation apparaît dangereusement bloquée : voici plus de huit mois que les Congolais attendent la promulgation d’un gouvernement dit de « cohésion nationale », qui avait été promis à l’issue des « concertations nationales », où des représentants du pouvoir, d’une partie de l’opposition et de la société civile s’étaient rencontrés du 7 septembre au 5 octobre 2013. Depuis lors, même s’il se montre actif et sûr de lui, le Premier Ministre Matata Ponyo est, officiellement, en affaires courantes et toute son équipe est, en principe toujours, sur un siège éjectable. Ce qui signifie que depuis des mois, des décisions importantes sont bloquées, que des actes de gestion ne sont plus posés et que nul n’ose s’engager à moyen ou à long terme.
En réalité, l’ absence de décision au niveau du gouvernement est liée à une incertitude plus fondamentale encore, portant sur le calendrier électoral et plus précisément sur les prochaines élections présidentielles. Auront-elles lieu en 2016, la majorité présidentielle osera-t-elle modifier l’article 220 de la Constitution, présenté comme « boulonné » et qui limite à deux le nombre de mandats du chef de l’ Etat sortant ?
Président de la Commission électorale indépendante (CENI) l’abbé Malu Malu a déjà présenté le calendrier des élections locales mais sans se prononcer sur la date ou les modalités des présidentielles, ce qui a déjà suscité une levée de boucliers : à l’étranger, l’Américain John Kerry, au nom du président Obama, a pressé les Congolais de ne pas modifier la Constitution existante, des messages similaires sont partis de plusieurs capitales occidentales et en gros, les bailleurs, censés financer le scrutin conditionnent leur soutien à la publication d’un calendrier électoral complet. Sur le plan intérieur, la Conférence épiscopale des évêques du Congo (CENCO) s’est élevée contre toute modification éventuelle de la Constitution et, d’un bout à l’autre du pays, la plupart des Congolais se déclarent hostiles à un renouvellement du mandat du chef de l’Etat estimant que le prescrit de la Constitution existante doit être respecté. Quant au président Kabila, il se tait dans toutes les langues :« le meilleur des discours, c’est le silence » nous a-t-il déclaré lors d’une récente (et infructueuse) demande d’interview, laissant planer le flou sur ses intentions…
Adoptera-t-il un scénario à la Poutine, s’effaçant au profit d’un candidat issu de la majorité présidentielle qui aurait toute sa confiance ? Les tenants de cette hypothèse citent souvent le nom du gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, mais ce dernier demeure lui aussi silencieux à propos de ses intentions.
Dans une récente interview, (publiée sur lesoirenligne) le président de l’Assemblée Aubin Minaku vient de lancer un autre ballon d’essai : l’idée d’associer au pouvoir l’opposition, ou au moins une partie d’entre elle, celle qui, sous la houlette du président du sénat Kengo wa Dondo se présente comme « républicaine », permettrait de préparer des « élections apaisées » et, qui sait, de faire accepter un retard du scrutin présidentiel, qui, pour des raisons logistiques et financières, pourrait se trouver reporté de quelques mois, sinon plus…Une autre idée circule dans les cercles du pouvoir : créer, dès à présent, un poste de vice président, issu de l’opposition, innovation qui serait soumise à un referendum constitutionnel qui se tiendrait en même temps que l’une des consultations électorales déjà prévues. Là aussi, cette association de l’opposition au pouvoir permettrait de dégager un consensus et de faire passer un éventuel report, ou retard, du scrutin présidentiel…
Malgré les relatifs succès engrangés en ce moment, la perspective d’une manipulation des échéances électorales suscite un profond malaise au sein de l’opinion et beaucoup rappellent que le Congo, un pays post conflit, demeure encore fragile…

21 juillet 2014

Aubin Minaku: éviter les passions post électorales

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Rencontre avec Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, secrétaire général de la majorité présidentielle

Après avoir compté sur le développement du secteur minier, le Congo semble se tourner à nouveau vers l’agriculture…

Depuis Léopold II puis l’ère coloniale, l’agriculture représente la première génération des ressources du pays, les mines sont la deuxième. Aujourd’hui il nous faut passer à la troisième génération de nos ressources, les richesses stratégiques comme le coltan, mais aussi les forêts, les eaux douces et, une fois encore, l’agriculture… Ce sont ces ressources là qui feront du Congo un pays émergent en 2030, qui assureront la prospérité des générations à venir…
Il faut des projets structurants, ambitieux, comme à Bukanga Lonzo dans le Bandundu. Dans toutes les provinces, le gouvernement envisage de mettre des moyens pour développer des projets similaires.

Des documents officiels assurent que « le Congo a perdu la bataille contre la faim ». Que pensez vous d’un tel scandale ?

Je ne dirais pas que nous avons perdu, mais que nous avons connu beaucoup de vicissitudes, essentiellement les guerres récurrentes, les pesanteurs dans la gestion… Mais aujourd’hui nous sommes en train de mieux planifier la République, nous savons où nous allons. Un Etat avec autant de ressources naturelles que la RDC ne peut pas perdre la bataille de la pauvreté…
Désormais, l’argent obtenu proprement circule selon des critères acceptés. Aujourd’hui, pour être payé par l’Etat, il faut avoir suivi toutes les procédures prévues. Un million de fonctionnaires, dont 500.000 à Kinshasa, sont désormais régulièrement payés.

Pourquoi cette exigence de « cohésion nationale » née des concertations qui ont eu lieu en octobre dernier ? Pourquoi ne pas suivre le jeu normal « majorité/opposition » et alternance éventuelle à l’issue des élections ?

Lorsque le chef de l’Etat avait lancé les concertations nationales l’an dernier, cela répondait à deux objectifs, mettre fin à la guerre et améliorer la gouvernance. A l’époque, dans la majorité, certains estimaient qu’un simple remaniement suffirait, au niveau des partis au pouvoir afin de renforcer leur cohésion. Mais le chef a voulu aller plus loin parce qu’il ne peut pas accepter que l’on parle d’un « émiettement » de la RDC, aussi longtemps qu’il est Président de la République. Il doit donc tout mettre en œuvre, sur le plan structurel, pour que tout se passe de façon apaisée. C’est pourquoi nous avons organisé les concertations nationales auxquelles, malheureusement, certains amis de l’opposition ont refusé de prendre part. Aujourd’hui l’un des objectifs est déjà atteint, la fin de la guerre à l’Est. Cependant, le chef s’est engagé solennellement auprès d’une partie de l’opposition, celle qui a participé aux concertations, à l’associer au pouvoir. Autrement dit, si une partie de l’opposition du MLC (Mouvement pour la libération du Congo, présidé par Jean-Pierre Bemba) nous rejoint pour mieux organiser les élections, cela fait 75 députés qui s’inscriront dans la logique d’une meilleure organisation des élections et d’un renforcement de la stabilité nationale.
Je suis convaincu de la nécessité d’organiser les choses de manière à ce qu’après les prochaines élections, il n’y ait pas de troubles susceptibles de réveiller les passions post électorales.
Autant certains ont essayé de déstabiliser ce pays par la voie des armes, autant la « passion post électorale » peut être tout aussi dangereuse…Si nous pouvons construire un schéma avec l’opposition, en tous cas avec celle qui a accepté de participer aux concertations, pourquoi pas ?
Il faut trouver des mesures plus adaptées à la mécanique politique et cela prend du temps… Les recommandations des concertations nationales doivent être mises en œuvre mais en tenant compte de la dynamique actuelle.

Si je comprends bien, la nouvelle équipe gouvernementale devra préparer les prochaines échéances électorales…

Elle devra préparer ces échéances de manière à ce que les prochaines élections se déroulent dans un climat apaisé, avec un consensus acceptable qui nous évitera de tomber dans des schémas d’affrontements. Le chef se demande souvent si nous avons déjà atteint le point de non retour ..Il nous faut encore travailler pour éviter totalement la guerre…D’où l’idée d’associer l’opposition au pouvoir, déjà maintenant…
Dans notre pays, l’opposition a toujours souhaité participer au pouvoir. Nous sommes une jeune démocratie, un système où l’opposition doit se construire…

Ailleurs dans les « vieilles démocraties » l’opposition se construit dans l’alternance. Ici, ce serait plutôt dans le consensus, l’association au pouvoir…

Il y a deux impératifs ; organiser des élections, ce qui est clair car la RDC a réellement fait ce choix, pas sous la pression extérieure, pour faire plaisir à qui que ce soit mais pour nous-mêmes, parce que nous y croyons. Mais nous voulons aussi sauvegarder l’unité du pays, l’intégralité de nos 2.345.000 km2 de territoire…
L’un des piliers de cette unité, c’est notre armée, que nous n’avons pas encore fini de reconstruire, qui n’a pas encore atteint le niveau requis pour une armée républicaine. Dans un tel contexte, après une longue guerre, après des « mixages » ou « brassages » (ndlr. ce terme désigne l’intégration d’anciens groupes armés rebelles au sein de l’armée nationale) pas nécessairement réussis c’est un élément dont il faut tenir compte dans l’analyse globale de la problématique électorale, avoir une approche qui va au-delà de la seule majorité. Nous devons construire quelque chose avec l’opposition.
Notre situation demeure spécifique, il faut donc des mesures particulières propres au Congo, c’est pour cela que nous avons entamé les concertations. Le besoin pour l’opposition, de co-gérer avec la majorité s’explique aussi par le besoin de préserver l’unité de ce pays atypique qu’est la RDC.
Nous sommes en train d’asseoir notre jeune démocratie sur une culture où il y a une certaine tradition d’arbitrage, de consensus. Même la justice coutumière congolaise est fondée sur l’arbitrage. Il nous faudra peut être trois législatures pour asseoir un type de démocratie qui reflétera à la fois les standards universels en matière de démocratie et la particularité du peuple congolais qui tend vers cette culture du consensus, où les étiquettes fabriquées à l’étranger (droite, gauche…) ne valent pas. Le consensus doit aussi s’établir entre les différentes aires linguistiques qui sont aussi une réalité. C’est avec le temps que nous allons définir le modus vivendi approprié.
Après les concertations nationales il est entendu que le prochain gouvernement devra travailler davantage avec l’opposition pour préparer les futures échéances électorales.

Dans ce contexte peut on imaginer une vice-présidence qui serait confiée à l’opposition ?
Nous allons y réfléchir… Je n’affirme rien, mais dans l’hypothèse où il y aurait une vice-présidence, cela pourrait aussi être un instrument important pour répondre à la particularité congolaise. Mais rien n’est décidé à ce stade..

La particularité du schéma congolais

Cette idée est cependant sur la table..

En parler, ce n’est pas mauvais car il s’agît d’une hypothèse sérieuse…On en parle…
C’est une idée qui pourrait devenir le « schéma congolais » avant ou même après les élections… Il faut réfléchir, ensemble, avec les amis de l’opposition… Nous discutons beaucoup avec eux, avec ceux qui sont ouverts…
Dans les jours à venir, je vais aussi discuter avec ceux qui n’ont pas pris part aux concertations nationales, car face à un impératif aussi important que la stabilité du pays, il faut que tout le monde se parle.

L’incertitude qui se prolonge n’est elle pas dangereuse, elle aussi ? Les décisions ne se prennent pas, cela ne va plus durer..

Certes, cela ne va pas durer…Quand le fruit est mûr il tombe, tout va se préciser.. .Avant septembre, où nous reprendrons la session ordinaire de l’Assemblée, la décision devrait tomber.
Le chef de l’Etat s’est imposé une méthode, à l’aune de son expérience depuis 2001, de sa connaissance des hommes politiques congolais.. Il prendra une décision dans l’intérêt de la République…

Les jours du Premier Ministre Matata Ponyo sont comptés. Etes vous candidat pour lui succéder ?

Nous sommes de la même génération lui et moi, nous sommes entrés en politique à la même période. Son échec serait mon échec, nous ne sommes pas rivaux, bien au contraire : dans ma fonction à l’Assemblée nationale, je l’ai toujours protégé. Il y a eu des moments durs pour lui, où des motions étaient en l’air et, par principe, je l’ai toujours soutenu. Il ne s’agissait pas seulement de loyauté : il y a aussi le fait que j’appréciais le travail abattu par Matata, même s’il est très technique dans la finance alors que l’appréciation de l’appareil de l’Etat dans sa globalité, la conjugaison des différentes priorités, c’est toujours politique.
Par rapport à mon éducation, reçue de ma mère et de mon père, par rapport aux réalités du pays, je n’ai jamais demandé au chef de l’Etat de recevoir le poste de Premier Ministre. Je l’ai répété à Matata Ponyo, pour qu’il en soit certain…Ici, je suis bien dans ma peau, j’ai du travail à faire, je me bats à l’Assemblée, pour mon parti, pour mon pays…
Il est vrai que ma position est moins exposée que celle du Premier Ministre…

La théorie de la ligne ineffaçable

Cela étant, par rapport à d’éventuels changements institutionnels, vous jouez un rôle pivot…

J’ai un rôle important, c’est vrai, ne serait ce que pour conseiller le chef de l’Etat, et je ne tremble pas devant lui. Je ne peux que lui présenter les conséquences positives ou négatives de toute décision…. A l’université, chacun devait présenter sa théorie : la mienne, c’était la théorie de la ligne ineffaçable. Je parlais du Congo : nous avons connu la conférence de Berlin, en 1885, nous avons connu Léopold II, la colonisation, connu Lumumba et sa manière ineffaçable de s’exprimer, connu Kasa-Vubu et bien sûr Mobutu…
Quand vous voyez l’acte de Berlin, en 1885 vous constatez que les Américains ont joué un rôle, que la France avait un droit de préemption…Il faut savoir évaluer les rapports de force et, éventuellement, travailler pour les changer, c’est toujours possible.
J’ai quatre projets de loi importants à présenter, sur la loi électorale, susciter une certaine cohésion non seulement avec l’opposition mais aussi avec la majorité. Il faudra aussi modifier l’article 97 qui parle de la possibilité du suffrage indirect pour l’élection des députés provinciaux…

A l’étranger, on connaît surtout l’article 220, qui concerne l’élection présidentielle et qui est « boulonné »…

A ce sujet, il faudra qu’une décision soit prise, et alors on appellera les conseillers…Il faudra en tous cas tenir compte de tous les paramètres, dont celui de l’armée.
Brassages et mixages ayant échoué, il faut savoir qu’un seul homme, aujourd’hui, a de l’ascendant sur tous les commandants, et il ne s’agît pas du chef d’Etat major ni de tout autre officier supérieur, mais du chef de l’Etat… Il est le seul qui, commandant suprême de l’armée, en connaît tous les rouages. Cette armée, en pleine recomposition, il ne faudrait pas la mettre mal à l’aise. Constituer une armée forte, avec une capacité dissuasive, pour un pays de cette taille, cela prend du temps, ce n’est pas en cinq ans qu’on peut le réussir, sinon, il y a beaucoup de risques de dérapages…
En outre, le dossier de l’Est du pays est loin d’être clos, rien n’est terminé. Des aspects militaires doivent encore être gérés…
Un autre président élu chercherait d’abord à se sécuriser lui-même, ce qui signifierait démanteler les bataillons actuels pour créer d’autres structures. Durant ces temps de recomposition, il apparaîtra peut-être que les velléités rwandaises ne sont pas terminées. Et ne parlons pas des Mai Mai, des Bakata Katanga…Il y a tellement de tensions en Afrique que l’on ne peut s’offrir le luxe d’une déstabilisation du Congo, qui serait provoquée par une « passion post électorale ». D’où la nécessité de maîtriser tous ensemble le processus post électoral, c’est un impératif qu’il faut bien faire comprendre.
Nous allons aussi défendre notre dossier sur le plan international en soulignant qu’on ne peut faire deux poids deux mesures, avoir un message pour le Congo, un autre pour le Burkina Faso, le Congo Brazzaville, le Rwanda…Il faut avoir le même degré d’exigence pour tout le monde…
De toutes façons, pour toute révision constitutionnelle, nous pensons qu’il faut passer par le « souverain primaire » c’est-à-dire le peuple, donc organiser un referendum…Mais le « go » n’est pas encore donné, même si la majorité présidentielle va bientôt révéler sa stratégie…

Propos recueillis à Kinshasa

20 juillet 2014

Chaises musicales en Afrique centrale: qui bougera le premier?

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Confrontés aux mêmes échéances, ils se surveillent du coin de l’œil et ne pipent mot sur leurs intentions réelles… Les trois chefs d’Etat des pays de l’Afrique des Grands Lacs, République démocratique du Congo, Rwanda et Burundi, bien installés au pouvoir, se trouvent tous dans une période étrange : leur mandat se termine, la Constitution de leur pays leur interdit de se représenter et…le silence absolu règne autant sur leurs intentions réelles que sur l’identité de leurs éventuels successeurs. Cette ambiguïté fait monter la tension politique, autorise toutes les spéculations et porte en germe un fort potentiel de violence. En outre, au Congo et au Burundi, les pressions internationales se multiplient, car ces deux pays sont considérés comme relativement fragiles.
C’est au Burundi que les inquiétudes sont les plus vives, depuis qu’un rapport de la Binub, la mission de l’ONU au Burundi, a révélé que le parti au pouvoir, le FDD CNDD (Comité national pour la défense de la démocratie) qui organise depuis longtemps ses jeunes militants en groupes de sportifs, était passé à la vitesse supérieure : les Imbonerakure apparaissent désormais comme une sorte de milice paramilitaire, ils font régner la peur dans les campagnes et surtout, des armes et des uniformes leur auraient été distribués ! Malgré les démentis officiels, il se confirme que les durs du parti, d’anciens rebelles issus de la lutte armée, n’entendent pas laisser le président Nkurunziza abandonner le pouvoir sans essayer d’imposer un troisième mandat. Ils assurent que le premier a été exercé avant la conclusion des accords de paix d’Arusha et que le mandat actuel est donc le premier obtenu dans le cadre de la nouvelle Constitution, ce qui signifie que le chef de l’Etat pourrait se présenter pour un autre terme…Une telle interprétation est vivement contestée par l’opposition et le Parlement l’a mise en échec. C’est pourquoi d’aucuns redoutent que les tenants de la majorité présidentielle recourent à la violence et à l’intimidation, afin de persuader les électeurs de ne pas s’aventurer à « mal » voter.
A Bujumbura, le climat politique se durcit : l’un des plus respectés des défenseurs des droits de l’homme, André Mbonimpa, a été arrêté, des journalistes sont réprimés et l’inquiétude gagne du terrain. Mais aujourd’hui, la crainte d’affrontements interethniques, entre Hutus et Tutsis, a cédé la place à des rivalités entre partis hutus. En effet, les accords de paix ont désamorcé les tensions ethniques en réservant des places garanties au groupe minoritaire des Tutsis : les Hutus gouvernent certes, mais les Tutsis sont représentés à tous les échelons politiques et militaires et se voient garantir une certaine sécurité. Par contre, d’autres formations, majoritairement composées de Hutus (le Frodebu, Front pour la démocratie au Burundi) et le FNL (Front national de libération) estiment que la formation du président Nkurunziza se comporte de plus en plus comme un parti unique, raflant la plupart des postes et des avantages du pouvoir.
Si l’opposition est vive dans la capitale, les paysans, quant à eux, soutiennent encore le parti au pouvoir, car, fait sans précédent dans l’histoire du pays, le président multiplie les séjours à l’intérieur du pays et a pris des mesures sociales spectaculaires, dont la gratuité de l’accès aux soins pour les femmes enceintes et l’ouverture de l’accès à l’enseignement primaire.
Si au Burundi les tensions préélectorales s’affichent ouvertement, au Rwanda par contre, où le deuxième et, en principe, dernier mandat du président Kagame se termine en 2017, le sujet n’est pas à l’ordre du jour. Officiellement tout au moins, car en réalité il ne laisse personne indifférent. Voici un an encore, les milieux officiels assuraient que le Rwanda, élève modèle, respecterait le prescrit de la Constitution et que le président céderait la place à un successeur discrètement préparé depuis longtemps, ces assurances se sont faites moins fortes. Le chef de l’Etat, refusant de se prononcer sur la question, a assuré que « si le peuple le lui demandait » il pourrait demeurer aux commandes et il n’a pas exclu la possibilité d’une révision de la Constitution.
Il est vrai qu’une certaine nervosité règne en ce moment au Rwanda : le meilleur contrôle de la frontière avec le Kivu a fortement réduit le flux de minerais et surtout, Kigali s’inquiète de mouvements militaires qui en principe devraient plutôt rassurer. Il apparaît en effet que les ex rebelles hutus, rassemblés au sein des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), qui se trouvent au Congo depuis 1994, sont en train de déposer les armes, de se regrouper dans des centres de transit avant, en principe, d’être envoyés dans d’autres provinces congolaises, loin de la frontière. Quelque 1700 hommes sont déjà arrivés à Kisangani, où ils sont hébergés dans un camp militaire bien gardé, au vif déplaisir des populations locales qui ne cachent pas leur inquiétude. Mais Kigali redoute un « coup tordu » et se méfie de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) et surtout de la Brigade d’intervention africaine composée de 3000 hommes venus du Malawi, d’Afrique du Sud et de Tanzanie. Les relations sont en effet très mauvaises entre Paul Kagame et son homologue tanzanien Jakaya Kikwete qui conseille un « dialogue interrwandais » par lequel le Front patriotique rwandais, au pouvoir depuis vingt ans, discuterait avec ceux qu’il considère toujours comme des « génocidaires ». En outre, malgré l’opacité du système, le FPR redoute l’influence des opposants exilés en Afrique du Sud, le général Kayumba, ancien chef d’état major et ¨Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements, assassiné dans un hôtel de Pretoria le 31décembre dernier. Leur parti, le RNC, (Congrès national rwandais) garde des contacts à l’intérieur du Rwanda ainsi qu’avec les groupes armés demeurant au Congo. Face à ces incertitudes, nombre de Rwandais estiment peu probable que le président Kagame lâche les rènes et, malgré le remarquable développement du pays, la crainte de développements violents n’a pas disparu…
Discrétion et répression au Burundi, silence inquiet au Rwanda… Tout autre est le climat à Kinshasa, où le calendrier électoral est le principal sujet de conversation.
Président de la Commission électorale indépendante, l’abbé Appolinaire Malu Malu a déjà rendu public le calendrier des scrutins à venir, les élections locales, provinciales, sénatoriales. Ces élections sont importantes car elles vont conforter la base de la » pyramide démocratique » et permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique. Elles seront coûteuses également et vont requérir un matériel sophistiqué (il est même question de retransmettre les résultats par satellite vers un serveur central, afin de dissiper tout soupçon de fraude). Mais les bailleurs de fonds potentiels n’ont pas encore annoncé de soutien financier, alors que le coût global de l’exercice est estimé à 750 millions de dollars. En réalité, l’opinion tant intérieure qu’extérieure, n’a les yeux fixés que sur une seule échéance : le président Kabila se représentera-t-il ou non pour un troisième mandat ? Pour cela, il faudrait que l’Assemblée nationale fasse sauter l’article 220 de la Constitution, qui prévoit l’exercice de deux mandats au maximum. Déjà les « envoyés spéciaux » de la communauté internationale, représentant les pays membres du Conseil de sécurité, se sont prononcés contre une éventuelle modification de la Constitution et les bailleurs éventuels ont assuré qu’ils ne libérerait les fonds qu’au vu du calendrier global des élections et d’une politique « consensuelle ». Autrement dit, ils récusent d’avance une manœuvre que beaucoup soupçonnent : sans que la Constitution soit modifiée, l’élection présidentielle, venant après toutes les autres, serait retardée. Le mandat actuel du président Kabila serait ainsi prolongé pour une certaine durée, pour des raisons de budget et l’organisation. Cette seule perspective met l’opposition en émoi tandis que les pressions internationales suscitent un agacement visible à Kinshasa : « comme partout dans le monde, c’est la commission électorale indépendante, et elle seule, qui fixera le calendrier des élections » assène l’abbé Malu Malu tandis que le Premier Ministre Matata Ponyo, qui doit budgétiser le coût du prochain scrutin, assure que « les élections, c’est avant tout l’affaire des Congolais et d’eux seuls… »
Cette incertitude sur l’échéance électorale s’ajoute à un autre suspense : en principe le gouvernement dirigé par Matata Ponyo est démissionnaire et en affaires courantes et une autre équipe devrait prendre la relève, dans laquelle se retrouveraient des membres de l’opposition. Mais surtout le nouveau gouvernement, censé être « consensuel » serait chargé de préparer les élections. Autrement dit, si manœuvre il y a, l’opposition ou une partie d’entre elle, devrait y être associée, ce qui suppose de nombreuses tractations préliminaires et explique le « silence radio » absolu qui plane dans les milieux officiels de Kinshasa…