6 décembre 2016

Congo: les feux passent au rouge

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Les diplomates et les faiseurs d’opinion auraient-ils des informations qu’ignore le commun des mortels ou alors, multipliant communiqués et déclarations plus alarmistes les unes que les autres, craindraient ils de ne pas être en reste dans l’escalade verbale dont le Congo fait aujourd’hui l’objet ?
De fait les raisons de s’inquiéter ne manquent pas : les élections n’ont pas eu lieu à la date prévue et le financement du futur exercice (1milliard 700 millions de dollars…) est plus qu’incertain, le chef de l’Etat n’entend pas se retirer dans les délais constitutionnels, l’inflation a repris (mais bien moins que du temps de Mobutu). Mais surtout, le dialogue politique scellé par un accord entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition n’a pas encore permis au Premier Ministre désigné, Sammy Badidanga de présenter un gouvernement crédible et le Kasaïen de nationalité belge pourrait bientôt être amené à céder la place…Autrement dit, les « palabres » pourraient durer bien au-delà du 19 décembre et même si elles aboutissaient, rien ne dit qu’elles suffiraient à calmer les esprits.
Car tout indique que le pouvoir, c’est-à-dire la « majorité présidentielle » n’est pas réellement enclin à partager réellement les commandes du pays et il apparaît que certains éléments durs du régime n’hésiteraient pas, s’il le fallait, à recourir à la force pour enrayer toute contestation. C’est pour cela qu’inexorablement, les signaux passent au rouge : malgré les apparences, l’espace politique rétrécit, la presse est sous haute surveillance, les outils de répression se renforcent. Face à cet arsenal subsiste une autre inconnue, tout aussi inquiétante : le fossé se creuse entre, d’une part, une classe politique qui, tous partis confondus, est incapable d’encadrer ses troupes et est attirée par le « partage du gâteau » et de l’autre une population, jeune et exaspérée, qui pourrait avoir des réactions aussi incontrôlées qu’imprévisibles…

6 décembre 2016

Le Congo suscite une avalanche de mises en garde

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A deux semaines de la date fatidique du 19 décembre, où expire le deuxième mandat du président Kabila, avertissements, mises en garde sinon menaces fusent de toutes parts. A l’instar des Américains, l’ambassadeur britannique aux Nations Unies Matthew Rycroft s’est adressé en termes très durs au président Kabila, lui demandant de quitter le pouvoir à la date prévue « il ne reste que deux semaines pour prévenir encre plus de violence, encore plus de décès, encre plus de conflits ». Il a conclu son intervention en disant « l’horloge tourne et le monde regarde, respectez la Constitution, respectez le peuple de la RDC, respectez votre limite de deux mandats.. » L’ambassadeur, s’exprimant devant le Conseil de sécurité, a également demandé à la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo de prendre ses responsabilités. Dans sa réponse, le représentant spécial de l’ONU à Kinshasa a fait part d’un « sentiment d’appréhension » à deux semaines du 19 décembre et détaillé les mesures envisagées : c’est ainsi que la Monusco a déployé trois équipes mobiles à Lubumbashi, Goma et Kinshasa pour « surveiller les violations des droits de l’homme » mais le représentant spécial relève que « ces efforts ne seront peut-être pas tout à ait suffisants pour réagir de manière adéquate à des explosions graves de violence à caractère politique ».
Partageant cette analyse alarmiste, la Belgique a recommandé à ses ressortissants « de reporter tout voyage non essentiel en République démocratique du Congo » et demandé aux Belges qui doivent impérativement se rendre au Congo de s’enregistrer auprès du ministère des Affaires étrangères. Quant aux Belges se trouvant sur place, il leur est demandé d’évaluer si leur présence en RDC est bien indispensable et recommandé de faire preuve de la plus grande prudence lors de leurs déplacements. »
Cette avalanche d’avertissements, -dont la gravité évoque les mises en garde formulées à propos du Burundi après cinq semaines d’émeutes à Bujumbura en 2015-, contraste avec le calme de la situation sur place et la sérénité dont font preuve nombre de nos compatriotes . « On vit normalement, tout en suivant les négociations politiques et en particulier la médiation des évêques » nous assure un expatrié proche de la coopération belge. Il reconnaît cependant « la situation est très difficile, mais la plupart des étrangers ont pris leurs précautions, et, sur le terrain, la situation est plus calme que ce que l’on imagine à l’extérieur ». Pour notre interlocuteur, qui voyage beaucoup à l’intérieur du pays, « il est exact que les frustrations s’accumulent, que depuis la décentralisation les gens se sentent accablés de taxes nouvelles. Le ras le bol est généralisé, mais s’il devait s’exprimer, il toucherait la classe politique dans son ensemble et les partis d’opposition ne pourraient encadrer les mouvements populaires. » Optimiste, notre interlocuteur conclut cependant : «on n’en est pas encore là et on ignore dans quelle mesure seront suivis les mots d’ordre des associations Filimbi et Lucha, qui exigent le départ du président à la date du 19 décembre ». Philosophe, ce vétéran du Congo relève que « dans ce pays, les explosions ne se produisent jamais quand ni où on les attend. »…

28 novembre 2016

Dans le coeur des Malgaches le roi du Maroc l’ a emporté sur la francophonie

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Antsirabe

Le passé et le présent…Les fils de l’histoire quelquefois s’entrecroisent : alors qu’à Antsirabe, au cœur des Haut plateaux de Madagascar plus de 300 journalistes membres de l’Union de la presse francophone débattaient de l’avenir de leur métier et de sa viabilité économique, nouant là un vibrant dialogue Nord Sud, le roi du Maroc, Mohamed VI, relisait, à l’hôtel des Thermes, l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire de son pays et de la monarchie. De 1953 à 1955 en effet, le colonisateur français, en pleine guerre d’Algérie, choisit de reléguer le roi du Maroc à plus de 8000 kilomètres de son pays. Dans les couloirs de l’hôtel, jadis le plus prestigieux de la Grande Ile, des photos sepia rappellent la vie de reclus imposée au descendant du Prophète ainsi qu’à sa famille. Accueilli avec respect par la communauté musulmane de Madagascar, le roi venait régulièrement prier à la mosquée et c’est sur ses frères dans la foi qu’il put compter pour déjouer la surveillance des Français : Ismaïl Kattadra, un noble vieillard qui gérait à l’époque la mosquée se souvient encore des messages et des numéros que le souverain chérifien lui demandait d’apprendre par cœur et d’appeler en son nom : ceux qui répondaient au bout du fil s’appelaient Tito, Nasser, Suharto, Nehru… Ces grands leaders de ce qu’on appelait encore le tiers monde préparaient la conférence de Bandoeng qui allait donner naissance au mouvement des non alignés et sonner le glas de l’époque coloniale.
Petit fils du souverain exilé, le roi du Maroc s’est entretenu avec ceux qui avaient connu son aïeul et il exprima sa reconnaissance au peuple malgache qui avait accueilli les déportés avec hospitalité et respect. Les temps changent :alors que dans les années 50, le Maroc et Madagascar avaient à peu près le même niveau de développement, aujourd’hui le royaume chérifien est devenu une puissance, à l’échelle régionale en tous cas et il a les moyens de manifester sa reconnaissance à l’égard de Madagascar, qui est toujours l’un des cinq pays les plus pauvres du monde. C’est ainsi qu’en plus de la rénovation de l’hôtel des Thermes et de la construction d’un hôpitl et d’un cenjtre de formation, le souverain a annoncé la signature de quelque 24 traités de coopération économique avec la grande île.
Est-ce un hasard si cette visite officielle marocaine, qui avait été précédée par un soutien logistique et matériel non négligeable à la 45e édition des assisses de la presse francophone coïncidait avec le marathon de la francophonie auquel le roi dédaigna d’assister?

28 novembre 2016

Tshibanda:”il n’ y aura pas de printemps congolais”

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Tananarivo

En marge du sommet de la francophonie à Tananarivo, le ministre congolais des Affaires étrangères Raymond Tshibanda nous a détaillé l’accord politique intervenu à Kinshasa et les réactions enregistrées.

La francophonie, une nouvelle fois, a insisté sur les droits de l’homme, vus dans leur globalité, droits politiques mais aussi économiques, sociaux et culturels. J’ai aussi eu l’occasion de mettre les Etats membres de l’OIF au courant de la situation qui prévaut dans mon pays et sur les perspectives d’avenir.
J’ai informé nos partenaires au sujet du dialogue qui s’est tenu et de l’accord politiques qui en a résulté et je les ai invités à l’appuyer comme le font déjà l’Union africaine, la conférence des Etats d’Afrique australe, la communauté des Etats de l’Afrique des Grands lacs, la communauté économique de l’Afrique de l’Est, bref toutes les organisations régionales qui nous soutiennent. Au plan international un principe veut que les situations de crise soient d’abord gérées par les institutions régionales et c’est seulement après, si on ne trouve pas de solution à ce niveau, que doit intervenir la communauté internationale via le Conseil de sécurité. Il n’y a pas de raison que le processus qui est en cours en RDC et qui a été appuyé par tous les Etats de la région, qui sont en prise directe avec les réalités du terrain, ne soit pas soutenu par la communauté internationale. Il n’est pas normal que certains partenaires continuent à proposer des schémas hasardeux, qui pourraient mener au chaos et à la violence dans le pays. Il y a un bon accord, responsable. L’effort est d’encourager ceux qui sont encore à l’extérieur de le rejoindre et d’y adhérer.
Dans cet accord, il n’y a pas de violation de la constitution congolaise. Nous entendons les propositions de ceux qui ne veulent pas adhérer à l’accord et le moins que l’on puisse dire est que le schéma qu’ils proposent n’ a rien à voir avec la Constitution, ils en sortent complètement. Il est temps que ceux qui veulent réellement assister le Congo disent la vérité à cette frange de la classe politique, qu’on lui fasse comprendre que ce chemin là est inacceptable. Il faut qu’ils rejoignent le reste de la communauté nationale dans la recherche de solutions qui restent conformes à notre constitution.
Dans le cas de certains de nos partenaires, nous ne sommes pas prêts à entendre des invectives, le Congo est un Etat indépendant et souverain…Nous ne sommes pas prêts à être soumis à une sorte d’inquisition alors que nous avons dit et répété dans toutes les langues que nous entendons respecter la Constitution du premier article jusqu’au dernier. Dans l’accord politique que nous avons produit il n’y a pas de violation de la Constitution congolaise.

Le Rassemblement de l’opposition estime qu’après le 19 décembre le mandat du chef de l’Etat n’étant plus valable ce dernier doit se retirer. En quoi cette position serait elle anti-constitutionnelle ?

Où, dans quel article, cette exigence figure-t-elle dans notre constitution ? Aucun de nos partenaires qui ne cessent d’appeler au respect de la constitution n’ont jamais dit à ces messieurs que là, ils étaient à côté de la plaque…Il y a des Etats qui pensent encore que la République démocratique du Congo est là pour recevoir des leçons sinon des ordres…
Si on veut aider le Congo il est temps que l’on dise la vérité à cette frange de notre classe politique…Leur chemin est une impasse…
Ceux qui gouvernent aujourd’hui la RDC sont des gens qui ont souffert dans leur chair, qui ont connu la dictature, qsui se sont battus les armes à la main pour y mettre fin et qui ont introduit la démocratie dans notre pays organisant deux fois des élections démocratiques. Ils n’ont jamais cessé de réaffirmer qu’ils allaient continuer à travailler à la consolidation de la démocratie. Ce n’est donc certainement pas à ceux là qu’il faut répéter sans cesse ce qu’ils doivent faire. Nous n’avons d’ordre à recevoir que de notre peuple…

Avez-vous réussi à faire valoir votre position dans l’enceinte de l’organisation internationale de la francophonie ?

Certainement. La déclaration de l’OIF est constructive et encourage nos efforts, elle est responsable et nous respecte. L’OIF est déjà engagée à nos côtés. Elle nous a aidés à réaliser l’audit du fichier électoral, à engager des spécialistes en questions électorales qui nous ont aidés durant le dialogue. En matière électorale comme de réforme du secteur de la sécurité, l’OIF est un partenaire de longue date et nous allons poursuivre notre coopération.

Avez-vous eu des entretiens bilatéraux avec MM. Rudy Demotte ou Reynders ?

Non, cela ne s’est pas fait, il y avait déjà eu de échanges entre nos délégations lors des réunions préparatoires du sommet et il n’y avait peut-être plus rien à discuter, de part et d’autre les choses avaient été dites clairement.

Les relations entre la Belgique et le Congo ne sont donc pas troublées ?

Elles ne sont pas troublées, mais il est clair que nous nous sommes entendus voici quelques années sur le fait que ces relations seraient basées sur des principes qui ont été rendus publics dans une déclaration conjointe. Aussi longtemps que l’on reste dans les limites de ce communiqué, il n’y aura jamais de problème, c’est ce que tout le monde souhaite. Ces principes ont été également signifiés à nos interlocuteurs français auxquels j’ai eu l’occasion d’expliquer la position de la RDC.
Lorsqu’il a été question de la paix et de la sécurité en Afrique pendant le sommet, la position de la RDC a été évoquée et nous avons pu donner notre point de vue.
Il faut comprendre une chose : même s’il y a des différends, qui peuvent même être assez forts, au sein de la classe politique congolaise, vouloir accréditer la crise selon laquelle le Congo est au bord d’une crise politique sévère et même serait au bord de l’implosion, c’est une prophétie autoréalisatrice, qui sert à valider certains schémas…
Nous connaissons notre pays et nous savons que le dialogue est la seule voie responsable pour régler des différends politiques mais dire que notre pays serait au bord de l’implosion, c’est à la fois faux et dangereux…On joue avec le feu…Il faut cesser de tenir de tels discours, c’est dangereux, le pays reste fragile…Il n’y a pas seulement ingérence, il y a instrumentalisation planifiée de certaines fixations, de certaines frustrations qui sont normales dans des pays jeunes où l’on n’a pas encore répondu à apporter une réponse à tous les besoins de la population, à toutes les insatisfactions..

Faites vous allusion aux revendications de la jeunesse ?

Il est vrai que nous n’avons pas encore su répondre à toutes les revendications en matière d’emploi mais même des économies développées connaissent le même problème. Il y a une stratégie d’instrumentalisation de ces réalités pour tenter de provoquer un changement par des voies qui ne sont pas constitutionnelles. C’est là jouer avec le feu parce qu’on a vu ce qui s’est réalisé ailleurs et où cela a pu mener…Nous refusons d’offrir cela comme avenir azu peuple congolais…

Un « printemps congolais » n’ est donc pas envisageable ?

Non, nous n’avons pas besoin de cela…Notre printemps, nous l’avons déjà eu et aujourd’hui nous sommes engagés dans la consolidation de tous nos acquis, sur le plan sécuritaire, politique, économique. Je le dis, je le signe : dans notre région, pour ne pas dire sur le continent, il y a très peu d’expériences aussi avancées que nous en matière de démocratie et de progrès économique. Il faut qu’on arrête de vouloir nous dépeindre comme si nous étions les derniers de la classe, alors que c’est l’inverse. A la limite, il est plus facile de gérer une dictature, car là personne ne parle et vous avez une certaine tranquillité,on dit de vos dirigeants « eux au moins savent tenir leur pays… Quand vous avez une démocratie, c’est beaucoup plus complexe mais tel est le choix que nous avons fait…Quand nous entendons des gens qui expriment avec véhémence dans les rues de Kinshasa il ne faut pas que l’on s’en émeuve outre mesure, que l’on crie au chaos…Que se passe-t-il dans les grandes cités américaines ? Là aussi on a cassé…
Chez nous on assiste à un processus complexe, qui prend du temps mais qui est la construction d’une démocratie…Si au sein de la francophonie on milite pour la diversité, il faut aussi accepter qu’il n’y a pas de modèle unique…Quant au calendrier, les experts reconnaissent qu’avant le 31 juillet 2017 il n’y aura pas moyen de terminer les opérations d’enrôlement des électeurs et les élections pourraient avoir lieu en avril 2018. Avant cela, c’est irréaliste, aucun expert ne pense que c’est faisable…

Propos recueillis à Tananarivo

28 novembre 2016

Julien Trudeau sauve de l’ennui le sommet de la francophonie

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Tananarive

Il est de ces présences qui font oublier bien des défections : Julien Trudeau, a sauvé de la morosité le 16e sommet de la francophonie et fait oublier que sur les 80 pays membres de l’organisation, seulement vingt chefs d’Etat et de gouvernement avaient fait le déplacement. Ouattara (Côte d’Ivoire) Kabila (RDC) Bongo (Gabon), Charles Michel retenu par le budget et surtout le roi du Maroc, présent partout à Madagascar à la tête d’une délégation de 500 personnes, mais invisible au sommet, les absents étaient de taille. La secrétaire générale de la francophonie Michaëlle Jean, qui vivait à Tananarive son premier sommet, aurait pu se sentir un peu seule en l’absence des vétérans et face à un François Hollande, dernier arrivé, premier parti et gardant le nez plongé dans ses textos…Heureusement pour sa compatriote (qui fut gouverneur du Canada) le Premier Ministre canadien sauva plusieurs mises : celle d’une présence physique évidente, d’un discours clair mais surtout celle d’un courage politique inhabituel dans de telles assisses. Non seulement il rendit un hommage appuyé à Fidel Castro, « un ami de toute ma famille » mais il proclama « je suis féministe et j’en suis fier ». Sans reprendre son souffle, il assura à l’assistance médusée que « chacun devait avoir le libre choix de sa sexualité » et que les LBTG (lesbiennes, gays, transgenres…) étaient souvent victimes d’inacceptables discriminations et s’éleva aussi avec vigueur contre les mariages précoces et l’excision. Après ce lourd pavé jeté dans la mare et encaissé en silence par plusieurs Etats africains, Rudi Demotte, au nom de la Fédération Wallonie Bruxelles apparut comme un modéré lorsqu’il réclama que « la francophonie, intransigeante sur les valeurs, soit un espace démocratique irréprochable. »
Dans les heures qui suivirent, examinant les nouvelles candidatures à l’adhésion à la francophonie, le Canadien et le Wallon devaient avoir une autre occasion de démontrer leur attachement à certaines valeurs. Auparavant les « cousins » avaient eu l’occasion de refaire le point après la « bataille du CETA » et Rudi Demotte devait souligner que « d’avoir traversé une épreuve commune nous a rendu plus proches encore… », ajoutant :« la résistance menée par les Wallons n’a laissé aucune trace de rancune chez nos interlocuteurs canadiens auxquels en 2014 déjà, à l’occasion du sommet de Dakar, nous avions signifié que le traité de libre échange suscitait chez nous de graves objections, dont la Commission européenne ne tenait pas suffisamment compte. »
Lorsque se posa la question de l’adhésion de l’Arabie Saoudite à la francophonie les deux hommes se retrouvèrent côte à côte : Trudeau, sans ambages, rappela la peine de mort, la condition des femmes, tandis que Demotte misait sur les problèmes de procédure, soulignant que le dossier présenté par le royaume saoudien n’était pas complet et méritait un plus ample examen et devait donc, au minimum, être reporté à deux ans. Initialement favorable à la candidature saoudienne, « un pays avec lequel la France entretient de bonnes relations » François Hollande finit par conclure à son tour que mieux valait respecter la procédure et différer l’examen de l’adhésion saoudienne.
Fossé Nord Sud ? Poids de l’argent ? Bien des pays africains, dont le Sénégal, le Tchad, le Togo ne voyaient pas où était le problème tandis que le roi du Maroc, qui soutenait la candidature de Ryad, préféra peut –être ne pas perdre la face sur ce dossier sensible. En coulisses, plusieurs pays reprochèrent à Michaëlle Jean de ne pas avoir anticipé le problème et tenté de le régler en amont. Mais peut on vraiment en vouloir à la charmante secrétaire générale de la francophonie qui, misant sur les jeunes, introduisit des slameurs (dont la Belge Joy qui fit lever les yeux à François Hollande), des musiciens, des danseurs et surtout mit l’accent sur la dimension économique de la francophonie, afin que la formation professionnelle, l’appui aux petites entreprises, le réseautage, les « incubateurs de projets » rendent l’espoir aux jeunes et leur donne le goût d’être « libres ensemble ».

28 novembre 2016

En l’honneur de la francophonie Tananarive fait bonne figure

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Tananarive,
A l’occasion du 16e sommet de la francophonie, Tananarive a fait peau neuve.Enfin presque. Les mendiants ont été priés de déguerpir du centre ville, les petites échoppes des vendeurs d’artisanat ou des revendeurs de bimbeloterie chinoise ont du reculer sur deux rands bien serrés et non plus quatre ou cinq comme jadis, les policiers, en uniforme neuf, règlent le ballet des 4×4 et des limousines noires. Plus inquiétant, des militaires surarmés sont postés tous les 50 mètres sur l’itinéraire des convois officiels,
comme s’ils avaient pour consigne de tenir la foule en respect. Les craintes que suscitait initialement le choix de Madagascar comme pays hôte du grand raoût francophone se révèlent cependant largement infondées. La population, d’ordinaire si réservée, se montre amicale et bien avant l’ouverture officielle du sommet, le “village de la francophonie” est l’occasion d’une fête permanente. Les Malgaches y défilent en rangs serrés,les enfants gambadent, les musiciens se succèdent sur le podium… Durant des jours, la presse a tiré à
boulets rouges sur le sommet, dénonçant des malversations, des rêves de grandeur, des routes inachevées ou en passe de s’effondrer avant même d’être empruntées par les cortèges officiels. Souligner que dans ce pays de 18 millions d’habitants dont le revenu annuel ne dépasse pas les 4OO dollars (contre 9300 dans l’île voisine de Maurice)organiser un aussi grand rassemblement de chefs
d’Etat et de gouvernement (ils sont plus de trente à s’être annoncés) et attendre 3000 personnes relève de la mégalomanie est un reproche qui a du sens et la presse ne s’en est pas privée. Et pourtant, à la veille de l’ouverture de
la cérémonie, c’est l’esprit de fête qui prévaut. Les Malgaches sont fiers de leur pays, les vendeurs d’articles artisanaux ont triplé leur chiffre d’affaires et les jeunes se pressent en masse sur le site comme si soudain y soufflait un air de grand large, comme si, enfin, était mit fin à des années d’isolement…C’est que les crises politiques n’ont pas manqué et la dernière,
de mars 2009 à décembre 2013 fut sans dopute la plus cruelle: elle entraîna le départ de toutes les organisations internationales, la suspension de toutes les aides financières et l’île fuit mise à l’écart des grandes organisations régionales. Le blocage des exportations vers les Etats Unis entraîna la faillitte de centaines d’ateliers établis dans la zone franche et les travailleurs d’hier, massivement licenciés, se tournèrent vers le commerce
informel, vendant et revendant à l’infini des produits chinois depuis longtemps déclassés.
Ce n’est qu’en 2013 que des élections présidentielle et législatives
signifièrent un retour au calme et depuis lors, le président Hery
Rajaonarimampianina, ministre des Finances durant la transition, s’est efforcé de reconquérir la place de Madagascar au sein des organisations régionales et
internationales. C’est pour cela que le sommet de la francophonie ressemble à une sorte de bulle irisée, s’élevant au dessus d’un océan de pauvreté, mais il est aussi un gage d’espoir,il symbolise l’attente de nouveaux flux de touristes,l’espérance d’investissements qui détourneront les jeunes de l’émigration ou de
la délinquance…Pour Michaëlle Jean, la secrétaire générale de la francophonie qui a succédé voici deux ans au Sénégalais Abdou Diouf, ce sommet représente aussi un défi. En ces temps d’inégalités croissantes, de violence, celle qui fut gouverneur du Canada et initialement journaliste, a voulu rappeler l’importance
de la jeunesse, des valeurs. C’est ainsi que chacune des délégations nationales a inclus dans ces rangs un jeune homme ou une jeune femme et, vendredi après midi, ces jeunes ont été invités à s’exprimer sur le thème “libres ensemble”.Marie Beheyt, une jeune Belge originaire de Perulwez, qui termine à l’ULB un master en relations internationales, s’est montrée tellement percutante qu’elle
a été invitée à exprimer en séance plénière, devant les chefs d’Etat et de délégation, les attentes de sa génération. Une autre jeune Belge attirera d’ailleurs les feux de la rampe: la Belgo burundaise, Gioia Giolli, Joy lorsqu’elle est sur scène, sera invitée à slamer, sinon à crier devant tous ses
espoirs et sa révolte…

28 novembre 2016

Le visage concret de la coopération Wallonie Bruxelles

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Tananarive

Dans le village de la francophonie, tous les membres de la « famille » font bonne figure : leurs stands illustrent leurs principaux atouts touristiques, ils proposent des articles d’artisanat, rappellent leur savoir faire. La Fédération Wallonie Bruxelles, elle, a choisi de s’abstenir et de miser sur l’essentiel, qui est d’ailleurs l’un des thèmes du sommet, la coopération économique et les opportunités à donner aux jeunes. Absente côté jardin, la fédération offre dans d’autres enceintes ce qu’elle a de meilleur : son goût pour la recherche, l’innovation et n’hésite pas à le partager. C’est ainsi qu’au lieu d’inaugurer un stand, Rudi Demotte a couronné des projets présentés par des jeunes originaires des pays de l’Océan Indien. Les sommes sont modestes en apparence, de l’ordre de 1000 ou 1500 euros, mais ce petit pécule offert à une douzaine de jeunes lauréats leur permettra de lancer leur propre entreprise, génératrice d’emplois : l’un créera une salle de sports, l’autre se lancera dans la transformation de miel, un troisième apprendra à engraisser des porcs, un autre encore s’initiera à la pisciculture….
Réunis dans une grande salle de l’hôtel le pavé, une vingtaine de jeunes Malgaches, encadrés par Nest in, une initiative wallonne d’appui à la création d’entreprises, n’ont eux rien reçu. Mais pour Nantenuina et sa compagne Tiffany, deux étudiants en télécommunications, ce qu’ils ont gagné durant une formation de huit jours est inestimable : « nous avons appris à monter un projet, à définir un public cible, à monter un business plan. Bientôt nous allons déposer un brevet… » Leur innovation pourrait avoir des effets révolutionnaires dans les campagnes malgaches, où les rizières teintent de vert vif les paysages des Haut plateaux : ils ont développé un modèle de capteur qui enregistre le degré d’humidité du sol, de l’air, mesure la luminosité et établit les paramètres dont le riz a besoin pour se développer. Si ces capteurs sont placés dans les rizières et mis en liaison, ils peuvent déterminer le niveau d’irrigation nécessaire afin que la culture soit optimale…Les deux étudiants ont déjà réalisé un prototype et désormais savent quelle voie suivre pour le faire breveter et, in fine, tenter de le vulgariser dans leur pays. Un peu plus loin, elles aussi penchées sur leur portable, Tafanay et son amie Naftaleie, l’une docteur en médecine l’autre spécialiste en gestion, ont avancé dans leur projet de mutuelle de santé. « Durant une semaine, avec nos coachs venus de Belgique, nous avons appris comment monter le projet, comment le présenter, le défendre…Sûres de nous, nous entendons bien réussir à créer la première mutuelle de santé à Ivato, l’une des communes de Tananarive : moyennant une cotisation mensuelle de un euro par mois, les membres seront assurés de la gratuité des soins.. »
S’il fera bonne figure au sommet des chefs d’Etat, représentant une région qui représente tout de même le cinquième contributeur de l’Organisation c’est ici que Rudi Demotte, littéralement, laisse éclater sa fierté : « pour nous ce qui compte, c’est parier sur les jeunes, partager ce que nous avons de meilleur, notre sens de l’innovation, notre inventivité ». Voilà qui fait oublier l’absence d’un stand bien visible…

16 novembre 2016

Kabila parle mais ne répond pas

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Depuis longtemps pressé de s’exprimer, le président Kabila s’est enfin résolu à parler. Longuement. Solennellement. Il s’est livré à unesorte de plaidoyer pro domo, rappelant les acquis des quinze dernières années, les avancées multiples qui ne peuvent être mises en péril. Refusant de se prononcer sur ses intentions personnelles, il n’a cependant pas répondu à la seule question qui importait.
En dépit des promesses réitérées de respecter la Constitution, force est de constater que l’une des dispositions du texte fondamental, au lieu d’être prise en compte, sera bel et bien transgressée : alors qu’il devrait être démissionnaire et préparer l’arrivée d’un successeur démocratiquement élu, le président sortant sera toujours en poste lorsque s’achèvera son mandat! Certes, le processus électoral pris du retard, mais qui blâmer d’autre que le pouvoir en place ? La date du 19 décembre, celle de l’expiration du mandat présidentiel, n’était-elle pas aussi prévisible que la fête de Noël elle-même ? Pourquoi la majorité présidentielle n’a-t-elle pas prévu en temps utile une succession pacifique et rassurante ?
Au lieu de respecter des règles simples (même si elles sont financièrement coûteuses) on a préféré, une fois de plus, les grandes manœuvres politiques, celles d’un accord conclu avec une partie de l’opposition qui, demain, sera peut-être rejointe par d’autres candidats aux avantages du pouvoir… La population se retrouvera-t-elle dans ces arrangements entre amis et ex-adversaires ? Y verra-t-elle le gage d’une meilleure gestion de la chose publique. Rien n’est moins sûr…
Certes, la porte reste en principe ouverte et, s’ils le souhaitent ou le jugent profitable, les derniers irréductibles pourront toujours rejoindre l’équipe associant désormais majorité et opposition. Mais d’être plus largement partagé, le gâteau n’en deviendra pas plus grand pour autant…S’il était cautionné par l’Union africaine, par les puissances occidentales soudain bien attentives au devenir du Congo (les Etats Unis entre autres), par des voisins comme l’Angola très soucieux de la stabilité régionale, l’accord pourrait réussir. Mais il faudrait pour cela que les protagonistes donnent les preuves de leur indépendance d’esprit, la composition du futur gouvernement représentant à cet égard un indicateur utile.
Mais on n’en est pas encore là, et dans son adresse le président a subtilement renversé les rôles. Il a dénoncé « ceux qui tenteraient de s’emparer du pouvoir par la force », mais n’a rien dit de ceux qui essayent d’y rester, en ayant la force de leur côté…

16 novembre 2016

Le plaidoyer pro domo de Kabila

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Devant les deux Chambres réunies, le président Kabila s’est enfin exprimé. Mais alors qu’on l’attendait sur les perspectives d’avenir, il a surtout livré une sorte de « discours du Trône » récapitulant les avancées enregistrées par le Congo au cours de ses deux mandats successifs.
Au cours d’une séance solennelle, qui s’est ouverte par l’hymne national, le président a rappelé que voici 15 ans le Congo était « un lambeau, un non Etat » et que face à une nation déchirée, il avait pris l’engagement de réaliser des changements profonds et surtout de pacifier le pays, de libéraliser l’activité économique, de combattre la pauvreté. Se réjouissant des réformes lancées, il a assuré que le pays avait renoué avec la croissance, que l’éducation au cycle primaire était passée de 83à 107% et il a rappelé l’augmentation des salaires des fonctionnaires civils et des militaires.
Il a aussi rappelé l’importance des élections régulières et apaisées assurant le renouvellement de la classe politique.
Mais surtout, il a insisté sur le dialogue national et assuré que l’accord politique qui en était issu représentait la seule « feuille de route » capable de résoudre la crise liée au report des élections présidentielles à une date indéterminée. Autrement dit, il a éludé la question que se posent tous les Congolais : a-t-il ou non l’intention de prolonger sa présence à la tête de l’Etat après le 19 décembre, date de l’expiration de son second et en principe dernier mandat ? Ne pas poser la question c’est en même temps y répondre : promettant de désigner « incessamment » un Premier Ministre issu des rangs de l’opposition ayant pris part au dialogue avec mission prioritaire d’organiser le prochain cycle d’élections, le président, en ne se prononçant pas sur son sort personnel, a fait comprendre qu’ilentendait poursuivre son œuvre et, maniant discrètement la menace, il a fermement invité le « Rassemblement » (c’est-à-dire les partisans de MM. Tshisekedi et Moïse Katumbi) à venir signer l’accord, dénonçant « toute tentative de s’emparer du pouvoir par la force alors que dans quelques mois, les scrutins seront convoqués après l’élaboration des listes électorales. » Le chef de l’Etat a aussi promis de « respecter la Constitution dans son intégralité ». Et cela alors que le 19 décembre prochain, il se trouvera toujours aux commandes en dépit du prescrit constitutionnel…

16 novembre 2016

Le Premier Ministre s’en va l’inquiétude demeure

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En présentant sa démission, le Premier Ministre congolais MatataPonyo a, selon ses propres dires, répondu à l’esprit de l’accord politique prévoyant la nomination d’un chef de gouvernement issu de l’opposition. Plusieurs noms circulent pour sa succession, celui de Vital Kamerhe, qui était le co modérateur du dialogue, mais aussi celui du président du Sénat Léon KengowaDondo, ou de Me AzariasRuberwa, ex « rebelle » pro rwandais ou encore d’un représentant d’Etienne Tshisekedi…Les tractations sont toujours en cours et l’opinion sera -peut-être- fixée lorsque le président Kabila se sera adressé, mardi matin, aux deux Chambres réunies.
De toutes manières, par plusieurs aspects le Premier Ministre sortant est passé dans l’histoire. Tout d’abord par sa longévité : c’est à l’issue des élections législatives de 2011 que ce technocrate d’allure austère, originaire du Maniéma dans l’Est du pays est désigné par la majorité présidentielle. Durant quatre ans, alors que le vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur Evariste Boshab gère les questions politiques et prépare le fameux « glissement » qui devrait permettre au président de prolonger son mandat, MatataMponyo s’attelle surtout au redressement de l’économie. Bourreau du travail, réputé pour arriver au bureau avant le lever du soleil, issu du BCECO, un bureau qui gère les apports financiers extérieurs, il entend surtout stabiliser le cadre macro-économique afin de rassurer investisseurs et créanciers. Aidé par la hausse du cours des matières premières, il peut se vanter d’avoir maîtrisé l’inflation et se targue d’une croissance de 8%. Mais de graves failles altèrent ce bilan rassurant : plusieurs « domaines réservés » échappent au Premier Ministre, dont la défense, la sécurité, les grands contrats miniers et alors que la mise en œuvre de la TVA frappe tous les citoyens, les fruits de l’embellie économique ne sont pas équitablement redistribués : non seulement les conditions de vie des plus pauvres ne s’améliorent pas, mais la croissance des inégalités accentue le mécontentement général. En outre, le Premier Ministre est le témoin impuissant des tueries qui se poursuivent à Beni (Nord Kivu) et des menaces de reprise de la guerre à l’Est. Loyauté oblige, MatataMponyo se tiendra toujours à l’écart des manœuvres politico militaires et ne se prononcera pas davantage sur le retardement délibéré des élections générales qui auraient du avoir lieu cette année.
Reste à savoir si l’arrangement politique auquel a été sacrifié cet homme compétent réussira à calmer une tension croissante. Au moment de sa démission, les grandes manoeuvres se poursuivaient : le Rassemblement de l’opposition continuait à refuser le compromis politique portant sur le report des élections et le maintien au pouvoir du président Kabila jusqu’en 2018, les représentants du Conseil de sécurité, en visite à Kinshasa, plaidaient en faveur d’un accord bien plus inclusif que le compromis intervenu et le représentant de l’Angola, prônant la poursuite du dialogue inclusif ne cachait pas son inquiétude…En réalité l’opinion est suspendue au discours que devrait prononcer Joseph Kabila mardi matin, devant les deux chambres réunies et qui lèvera peut-être l’hypothèque majeure qui pèse sur la vie politique congolaise sinon la stabilité du pays : l’incertitude sur les intentions réelles du chef de l’Etat…