23 août 2016

Succès partiel pour l’opération Ville Morte

Catégorie Non classé

Kinshasa se tait tandis que le dialogue démarre entre le pouvoir et l’opposition

Cahin, caha…. Convoqué en novembre 2015 par le président Kabila en vue de préparer des élections «apaisées» (c’est-à-dire retardées…) le dialogue congolais a finalement démarré, sous la houlette d’ Edem Kodjo. Désigné comme « facilitateur » par l’Union africaine et surnommé « complicateur » par une partie de l’opinion, l’ancien président togolais, qui s’est vu adjoindre un autre chef d’Etat lui aussi spécialiste des prolongations, le Brazzavillois Denis Sassou Nguesso, a entamé les travaux préparatoires à la date prévue.
Cependant, le dialogue est loin d’être aussi « inclusif » que le souhaitait le chef de l’Etat et au lieu d’unir les protagonistes, il sème la division, au sein de l’opposition en tous cas. En effet, la séance d’ouverture du dialogue s’est déroulée en présence de délégués de la majorité présidentielle, d’une frange de l’opposition et de la société civile et de diplomates étrangers. Mais des personnalités de poids, comme MM. Tshisekledi et Moïse Katumbi brillaient par leur absence.
Selon M. Kodjo, « ces travaux préparatoires doivent jeter les bases d’un processus de dialogue inclusif autour d’un thème central, l’organisation d’élections pacifiques, crédibles, transparentes, conformes à la Constitution congolaise et aux instruments normatifs régionaux et internationaux. »
Alors que la commission électorale indépendante (CENI ) vient de déclarer officiellement que des élections ne seraient pas envisageables avant juillet 2017, c’est-à-dire sept mois plus tard que la date initialement prévue, le climat est loin d’être apaisé : conduite sur le sentier de la guerre par Etienne Tshisekedi qui, après avoir secrètement négocié avec le pouvoir a fini par rallier le camp des durs, une partie de l’opposition a boycotté la rencontre et appelé la population à observer les consignes de « Ville morte ».
Autres temps, autres situations : à l’époque du président Mobutu, les consignes de « Ville morte » étaient suivies avec une ferveur quasi religieuse par une population qui, presque unanime, exigeait le départ du dictateur et la nomination de Tshisekedi au poste de Premier Ministre. Cette fois, les enjeux sont moins clairs, les soupçons de collusions cachées hantent les esprits. Le parti de Vital Kamerhe, Union pour la nation congolaise, a refusé d’appeler au boycott du dialogue, estimant que refuser de discuter avec le pouvoir n’aura pour effet que retarder davantage encore le processus électoral. Seul le « Rassemblement de l’opposition » conduit par le parti de Tshisekedi er par l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi a boycotté les travaux préparatoires et choisi d’appeler à la » Ville Morte ».
D’après les journalistes présents,l’appel a été inégalement suivi : au grand marché de Kinshasa, deux magasins sur cinq avaient ouvert, les bouchons des heures de pointe étaient inexistants mais la ville n’était pas réellement paralysée. En province, à Lubumbashi (Katanga) Goma et Bukavu (Nord et Sud Kivu), Kisangani (Province orientale) les activités se sont déroulées normalement, comme à Beni, encore traumatisée par les récents massacres à la machette, dont les auteurs n’ont pas été formellement identifiés, nul ne croyant qu’il s’agisse uniquement des rebelles ougandais musulmans ADF Nalu…
Destinée à faire pression sur le «camp présidentiel » pour que les délais légaux soient respectés, la journée Ville Morte s’est terminée sur un bilan en demi teinte, ce qui s’explique tant par la division de l’opposition que par le fait, beaucoup plus concret, que la grande majorité des Kinois vivent au jour le jour et qu’à la veille d’une rentrée scolaire dispendieuse (les parents contribuent au salaire des enseignants…)ils ne peuvent se permettre de boycotter leur emploi ou leur gagne pain, aussi précaires soient ils.
Le pouvoir aurait cependant tort de voir dans ce demi succès, ou demi échec, un signe de soutien au « glissement » : c’est lorsqu’arrivera la date fatidique du 20 décembre 2016, jour de l’expiration du deuxième mandat de M. Kabila, que sonnera réellement l’heure de vérité…

23 août 2016

La révolte des Oromos lézarde la mosaïque éthiopienne

Catégorie Non classé

Une centaine de morts en deux jours : le bilan des manifestations qui ont eu lieu en Ethiopie s’alourdit sans cesse. Alors qu’un premier bilan donné par les partis d’opposition faisait état d’une cinquantaine de morts, Amnesty International assure que, les 6 et 7 août, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants dans deux régions du pays, celle peuplée par les Amharas au nord et celle peuplée par les Oromos au centre et à l’ouest.
Des rassemblements avaient eu lieu samedi dans l’ensemble de la région Oromo ainsi que dans la capitale Addis Abeba, généralement épargnée par les manifestations.
Il s’agît de la troisième vague de mécontentement depuis novembre dernier. Elles auraient déjà fait plus de 400 morts et sont le signe du profond malaise qui secoue ce pays de 85 millions d’habitants, considéré par les Occidentaux comme un allié important dans la région et cité en exemple pour son développement économique spectaculaire.
A première vue, ce développement serait l’une des causes de la crise actuelle : les Oromos qui représentent un tiers de la population éthiopienne estiment qu’ils ont été exclus des bénéfices de la croissance et que, comme les Amharas, le groupe ethnique dominant dans la capitale, ils sont marginalisés par rapport aux Tigréens, d’où est issu le parti au pouvoir, le TPLF (Front populaire pour la libération du Tigré). Plus concrètement, c’est en novembre 2015 que commencèrent les premières manifestations, lorsque les autorités décidèrent d’étendre les limites de la capitale Addis Abeba jusqu’en territoire Oromo. Les expropriations massives, la réaffectation des terres agricoles soudain vouées à la culture de fleurs destinées à l’exportation provoquèrent une vague de mécontentement qui se greffa sur un malaise plus ancien.
Issu de la province du Tigré, représentant 6% de la population, le TPLF, qui gouverne d’une main de fer, est l’expression d’un groupe minoritaire qui avait mené la guerre contre le régime militaire du colonel Mengistu Hailé Mariam, avec, à l’époque, le soutien du FPLE (Front populaire pour la libération de l’Erythrée, un mouvement plus ancien qui avait été son mentor). Après la défaite de la dictature communiste de Mengistu en mai 1991, le TPLF, accédant au pouvoir, avait accepté l’indépendance de l’Erythrée une décision qui ne fut jamais réellement acceptée par les Amharas, majoritaires à Addis Abeba.
Le bon voisinage entre les anciens compagnons d’armes, Erythréens et Tigréens, ne dura guère et en 1998, un litige frontalier entraîna une guerre meurtrière entre l’Ethiopie et la jeune Erythrée, désormais frères ennemis. Depuis lors, Asmara, la capitale de l’Erythrée, accueille des opposants éthiopiens, dont Dawad Ibsa, le président du Front de libération des Oromos. Ce dernier, en mai 2016, nous avait expliqué que, « du temps de l’empereur Menelik (fondateur de l’Ethiopie actuelle) les terres des provinces du Sud (Oromo, Gambela, Sidamo) avaient été données aux seigneurs de guerre abyssins. Depuis lors les Oromos, le plus important groupe ethnique du pays, se sont toujours sentis marginalisés. Leur langue a été interdite voici vingt ans et aujourd’hui 250.000 paysans ont été expropriés sans compensation… »
Pour lui, la révolte de son peuple n’est pas unique : « d’autres mouvements en lutte contre le pouvoir tigréen sont apparus dans le Sidamo, (2,3 millions d’habitants), dans l’Ogaden voisin de la Somalie, dans le Gambela et la région d’Asossa, où ont eu lieu des expropriations massives afin que puisse se construire le barrage sur le Nil bleu ».
Malgré la disparition du très habile Premier Ministre Meles Zenawi (décédé à Bruxelles en août 2012 ) et remplacé par Haile Mariam Desalegn, les autorités d’Addis Abeba semblent tenir le pouvoir bien en mains car, dans cette région sensible, l’Ethiopie représente un allié majeur pour les Etats Unis et le pouvoir en place n’hésite pas à recourir à la répression. Lors des dernières manifestations, dénonçant des soutiens étrangers voire des manœuvres de déstabilisation, les autorités avaient même coupé l’accès à Internet.

14 août 2016

Lorsque Fidel Castro changea l’histoire de l’Afrique

Catégorie Non classé

Début novembre 1975, Luanda retenait son souffle : à la veille de la date fixée pour l’indépendance, alors qu’un pont aérien avait emporté les derniers colons portugais, la capitale de l’Angola était prise en étau. D’un côté, depuis le Zaïre de Mobutu, les troupes du FNLA (Front national pour la libération de l’Angola) progressaient et à Caxito elles s’étaient emparées du dernier verrou les séparant de la capitale. D’un autre côté, Jonas Savimbi et ses hommes, qui avançaient de 75 km par jour, était épaulés par l’armée sud africaine, la plus puissante de la région, qui occupait le vaste territoire du Sud Ouest africain.
A l’époque, le groupe rebelle le plus important, comportant le plus de cadres qualifiés, souvent d’origine métisse, était le MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l’Angola) dirigé par le Dr Agostinho Neto et il avait le contrôle de la capitale. Dans leurs petits bureaux de Luanda, les dirigeants du MPLA, dont José Eduardo dos Santos, l’actuel président, qui était alors chargé des relations extérieures du parti, préparaient la célébration de l’indépendance, fixée au 15 novembre. Mais ils avaient aussi, sous leur bureau, une valise déjà bouclée, au cas où une défaite de leurs troupes les obligerait à se replier en hâte…Dos Santos, que nous avions rencontré à l’époque, n’avait cependant pas l’allure d’un homme aux abois. Il se montrait confiant et assurait que « tout pouvait encore arriver ».
De fait, le 3 novembre, le Dr Neto, voyant que ses troupes formées à la guérilla étaient incapables de faire face à une guerre de grande échelle menée en rase campagne, avait fait appel à l’aide cubaine et demandé des renforts. La réponse ne tarda guère : 48 heures plus tard, le bureau du parti communiste cubain donnait son accord à une intervention décisive. L’opération Carlota était décidée, portant le nom de Carlota Lukumi, une esclave noire qui, dans une plantation de Matanzas, avait, le 5 novembre 1843, empoigné sa machette et pris la tête d’une rébellion qui allait mener à l’indépendance de Cuba.
Le 7 novembre 1975, les 82 premiers soldats cubains, en civil et dotés d’armes légères, embarquaient sur un vol des Cuban Airlines en direction de la Guinée Bissau. Dans les jours qui suivirent, par air et par mer, des milliers de Cubains allaient être envoyés en Angola, stoppant net l’offensive du FNLA dans les faubourgs de la capitale. Fin novembre, à Ebo, huit blindés sur africains qui accompagnaient une « colonne zouloue » furent mis hors de combat, un répit qui permit l’acheminement de troupes supplémentaires venues de Cuba et d’armes envoyées par l’Union soviétique.
A cette époque, la guerre froide faisait rage et les Américains, qui avaient soutenu l’intervention sud africaine et appuyaient leur allié Mobutu, dénoncèrent une implication directe de Moscou, assurant que les Cubains n’avaient été que des « mercenaires ».
La réalité est bien différente : l’action cubaine avait été décidée par Fidel Castro en personne et s’inscrivait dans une longue histoire de solidarité avec l’Afrique, ouverte par le séjour de Che Guevara au Congo au milieu des années 60.
Par la suite, décrivant l’opération Carlota, l’écrivain Gabriel Garcia Marquez devait expliquer que Fidel Castro avait lui-même pris la tête des opérations : « il n’y avait pas un seul petit point sur la carte d’Angola qu‘il fut incapable d’identifier, pas une particularité du terrain qu’il ne connût par cœur. Il était si méticuleusement absorbé par la guerre d’Angola qu’il pouvait citer n’importe quelle statistique relative à l’Angola comme s’il se fût agi de Cuba elle-même.(…) Quand la situation était critique, Fidel Castro pouvait passer jusqu’à 14 heures d’affilée dans la pièce qui lui servait de quartier général à distance, sans manger et sans boire, comme s’il était vraiment sur le champ de bataille. Il suivait le cours des engagements avec des épingles sur des cartes détaillées, se tenant en contact avec le haut commandement du MPLA sur place. »
Fin 1975, 36.000 militaires cubains se battaient en Angola et les opérations tactiques et stratégiques étaient suivies et dirigées jour après jour par Fidel Castro en personne, renseigné par les satellites soviétiques.
Il fallut attendre 1988 pour que l’intervention cubaine fasse définitivement basculer l’histoire de l’Afrique : le 23 mars, les troupes cubaines et angolaises soutenant la SWAPO, le mouvement de libération de la Namibie, stoppèrent une avancée sud africaine à Cuito Canavale dans le sud de l’Angola. Cette défaite allait s’avérer fatale pour Pretoria : elle entraîna l’indépendance de la Namibie et, plus tard, la libération de Nelson Mandela et la fin progressive du régime d’apartheid qui déboucha sur les élections démocratiques de 1994.
Cuba entre-temps avait développé d’autres formes de coopération avec l’Afrique : plus de 40.000 étudiants africains avaient bénéficié de bourses d’études sur l’île tandis que des dizaines de milliers de médecins cubains ont été déployés sur le continent, combattant en première ligne un adversaire plus dangereux encore que les blindés sud africains : l’épidémie de fièvre Ebola…
Fidel Castro a aujourd’hui 90 ans: les jeunes d’Afrique savent ils encore ce qu’ils lui doivent?

14 août 2016

Pas de deux avant le dialogue inter congolais

Catégorie Non classé

Katumbi demeure l’adversaire numero un, Kamerhe pourrait accepter un compromis
Quatre mois avant la fin-théorique- du mandat du président Kabila, la situation au Congo demeure confuse avant de devenir explosive…L’hypothèse selon laquelle Vital Kamerhe, devienne Premier ministre à la tète d’une équipe de transition gérant le « glissement » c’est-à-dire le retard du processus électoral pourrait-elle apaiser les esprits ?
Même s’il a pris ses distances avec les autres membres de l’opposition, et entre autres ceux d’entre eux qui s’étaient réunis à Genval en juin dernier autour d’Etienne Tshisekedi, Kamerhe ne manque pas d’atouts : il a été l’un des acteurs clés du dialogue intercongolais menant, en 2002 aux accords de paix de Sun City et connaît personnellement tout le personnel politique national et international, il a présidé avec brio l’Assemblée nationale, il s’exprime avec éloquence, dans les quatre langues du pays. En plus de l’expérience du pouvoir, sa popularité est bien réelle. Acceptera-t-il de mettre en jeu son capital politique pour participer à un dialogue avec le pouvoir, dans lequel la plupart des opposants et surtout de l’opinion congolaise ne voient qu’un nouveau processus de cooptation des élites, afin, une fois encore, de tenter de gagner du temps et de prolonger le mandat du président Kabila au-delà des délais légaux ? Aux yeux de la presse congolaise, le fait que M. Kamerhe ait, à plusieurs reprises, rencontré le « facilitateur » nommé par l’Union africaine, l’ancien président du Togo Edem Kodjo, renforcerait cette hypothèse.
Rappelons qu’à l’heure actuelle, il est pratiquement acquis que le pouvoir, par manque de moyens et surtout de volonté politique, a rendu impossible l’organisation d’élections d’ici la fin de l’année 2016 : la CENI (Commission électorale indépendante) aura besoin de plusieurs mois pour nettoyer les fichiers électoraux de tous les citoyens décédés depuis 2011 et surtout pour enrôler les « nouveaux majeurs » c’est-à-dire les jeunes ayant atteint l’âge de la majorité.
En janvier 2015 cependant, la seule idée d’une révision de la loi électorale avait réussi à enflammer les principales villes du pays et les manifestations s’étaient multipliées. A Kinshasa, les partis d’opposition eux mêmes avaient été dépassés par l’ampleur de la colère populaire et seule une répression musclée, faisant de nombreuses victimes, avait empêché les pillages et les violences incontrôlées engendrées autant par la frustration sociale que par le désaccord politique. A l’époque, le message de l’opinion publique semblait clair, c’était «non » au « glissement », c’est-à-dire à une prolongation du mandat présidentiel.
Deux années plus tard, ainsi que le relève le quotidien « Le Phare », le pouvoir a nettement gagné du terrain : les onze provinces existantes ont été démembrées en 26 provincettes qui manquent totalement de moyens pour fonctionner normalement tandis que la fronde du puissant Katanga (démembré en quatre provinces…) a été désamorcée.
En outre, des « commissaires spéciaux » chargés d’administrer les nouvelles entités et directement nommés par Kinshasa ont remplacé les gouverneurs de province naguère élus par les Assemblées provinciales . Quant à la commission électorale indépendante (CENI) elle n’a pas été pourvue des moyens financiers lui permettant d’exécuter son mandat dans les délais requis. Le gouvernement a invoqué la chute des cours du cuivre et le ralentissement de la croissance pour se déclarer incapable de mobiliser la somme de un milliard 200 millions jugée nécessaire à l’organisation des différents scrutins.
Face à ces blocages, le G7, coalition des partis d’opposition, entend contraindre la CENI à respecter les délais et à publier son calendrier électoral le 19 septembre prochain. L’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, passé à l’opposition, est le plus constant dans cette exigence et il est désormais soutenu par Etienne Tshisekedi, le leader historique du principal parti d’opposition l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), qui vient de débarquer le secrétaire général du parti, Bruno Mavungu, jugé trop indépendant… Lors de son retour à Kinshasa voici deux semaines, Tshisekedi avait tenu un discours radical, exigeant le respect des délais légaux et récusant le dialogue que le pouvoir entend organiser.
Ce « dialogue national » aurait pour objet de permettre au pouvoir et à l’opposition de se mettre d’accord sur un délai qui rendrait possible l’organisation du scrutin dans de bonnes conditions. Durant cette période intermédiaire, des membres de l’opposition pourraient être invités à partager le pouvoir. Nommé par l’Union africaine, l’ancien président togolais Edem Kodjo serait chargé d’organiser ce dialogue, mais, à part de nombreux contacts, il n’a guère progressé jusqu’à présent.
Ce blocage est inquiétant car la situation pourrait déraper sinon échapper à tout contrôle une fois que, fin novembre 2016, sera atteinte la « date de péremption » du pouvoir. C’est pourquoi la conférence des évêques catholiques, (CENCO) consciente du danger, a fini par se prononcer en faveur du dialogue afin d’éviter l’épreuve de force.
En outre, l’opposition est loin d’être monolitithique : Etienne Tshisekedi s’est aujourd’hui rapproché de Moïse Katumbi, mais initialement ,il avait accepté de discuter avec les émissaires de Kabila et un accord avait même été conclu….
D’autres défections sont envisageables, plusieurs hommes politiques estimant soit que Kabila et les siens (dotés d’un important arsenal répressif et de moyens financiers considérables) sont trop forts, soit que les risques d’une dérive à la burundaise sont trop grands.
Inspirés par le réalisme et l’analyse du rapport de forces, plusieurs politiciens en vue pourraient finir par se rallier au dialogue. Les moyens matériels des uns et des autres comptent dans l’équation : si Moïse Katumbi, l‘ex gouverneur du Katanga, est désormais considéré par le pouvoir comme l’adversaire principal, c’est aussi parce qu’il est pratiquement la seule personnalité politique à disposer de moyens matériels permettant une campagne électorale menée à l’échelle de ce pays-continent…
Si Kamerhe se présentait pour piloter un éventuel glissement, il prendrait de court une opposition plus divisée qu’il n’y paraît et travaillée par les ambitions et les calculs personnels des uns et des autres…

10 août 2016

L’Ethiopie entre dans une zone de turbulences: 400 morts depuis novembre

Catégorie Non classé

Une centaine de morts en deux jours: le bilan des manifestations qui ont eu lieu en Ethiopie s’alourdit sans cesse. Amnesty International assure que, les 6 et 7 août, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants dans deux régions du pays, celle peuplée par le s Amharas au Nord et celle peuplée par les Oromos au centre et à l’ouest.
Des rassemblements ont eu lieu samedi dans l’ensemble de la région Oromo ainsi que dans la capitale Addis Abeba, généralement épargnée par les manifestations. Il s’agit de la troisième vague de mécontentement depuis novembre dernier. Elles auraient déjà fait plus de 400 morts et sont le signe du profond malaise qui secoue ce pays de 85 millions d’habitants, considéré par les Occidentaux comme un allié important dans la région et cité en exemple pour son développement économique spectaculaire.
A première vue, ce développement serait l’une des causes de la crise actuelle: les Oromos, qui représentent un tiers de la population éthiopienne, estiment qu’ils ont été exclus des bénéfices de la croissance et que, comme les Amharas, le groupe ethnique dominant dans la capitale, ils sont marginalisés par rapport aux Tigréens, d’où est issu le parti au pouvoir, le TPLF (Front populaire pour la libération du Tigré). En plus des griefs économiques, ils dénoncent en particuilier le fait que leur langue nationale, parlée par plus de 40 millions de locuteurs ait été officiellement bannie des langues nationales ; C’est en novembre 2015 que commencèrent les premières manifestations, lorsque les autorités décidèrent d’étendre les limites de la capitale Addis Abeba jusqu’en territoire Oromo. Les expropriations massives, la réaffectation des terres agricoles provoquèrent une vague de mécontentement.
Issu de la province du Tigré, représentant 6% de la population, le TPLF, qui gouverne d’une main de fer, est l’expression d’un groupe minoritaire qui avait mené la guerre contre le régime militaire du colonel Mengistu Hailé Mariam, avec, à l’époque, le soutien du FPLE (Front populaire pour la libération de l’Erythrée, un mouvement plus ancien qui avait été son mentor). Après la défaite de la dictature communiste de Mengistu en mai 1991, le TPLF, accédant au pouvoir, avait accepté l’indépendance de l’Erythrée: une décision qui ne fut jamais réellement acceptée par les Amharas, majoritaires à Addis Abeba.
Peuple marginalisé
Le bon voisinage entre Erythréens et Tigréens ne dura guère et, en 1998, un litige frontalier entraîna une guerre meurtrière entre l’Ethiopie et la jeune Erythrée, désormais frères ennemis. Depuis lors, Asmara, la capitale de l’Erythrée, accueille des opposants éthiopiens, dont Dawad Ibsa, le président du Front de libération des Oromos.
Ce dernier, en mai dernier, nous avait expliqué que, «du temps de l’empereur Menelik (fondateur de l’Ethiopie actuelle) les terres des provinces du sud (Oromo, Gambela, Sidamo) avaient été données aux seigneurs de guerre abyssins venus des haut plateaux. Depuis lors, les Oromos, le plus important groupe ethnique du pays, se sont toujours sentis marginalisés. Leur langue a été interdite voici vingt ans et aujourd’hui 250.000 paysans ont été expropriés sans compensation… »
Les revendications historiques des Oromos se greffent sur un malaise plus général, du à l’absence de libertés publiques et à la centralisation du pouvoir. L’Ethiopie, où une dizaine de journalistes se trouvent en prison, est considérée comme l’un des pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse et le parti au pouvoir contrôle totalement le Parlement. !
Malgré la zone de turbulences dans laquelle est entré le régime, les autorités d’Addis Abeba semblent tenir le pouvoir bien en mains, principalement grâce à l’appui des étrangers. En effet, dans cette région sensible et qui fait face au Golfe persique, l’Ethiopie représente un allié majeur pour les Etats-Unis , et est considéré comme un pôle de stabilité régionale. Lors des dernières manifestations, dénonçant des soutiens étrangers voire des manœuvres de déstabilisation, les autorités avaient même coupé l’accès à Internet.et t empêché l’accès aux réseaux sociaux. D’après le spécialiste René Lefort, il est clair que le pays, l’un des plus vastes et des plus peuplés d’Afrique est entré dans « une zone de turbulences » . Les risques de déstabilisation de l’Ethiopie,un pays autoritaire et centralisé, dirigé par un groupe minoritaire sur le plan ethnique, sont d’autant plus préoccupants que ce pays, l’un des plus vastes et des plus peuplés d’Afrique,se trouve en face des pétromonarchies du Golfe persique et jouxte l’instable Soudan…

28 juillet 2016

Qui héritera du capital politique de Tshisekedi?

Catégorie Non classé

Ministre chargé des relations avec le Parlement, ancien journaliste et fondateur de l’hebdomadaire « Le Soft », Tryphon Kin Kiey Mulumba, depuis l’ère Mobutu dont il fut le dernier ministre de l’Information, a connu tous les régimes politiques des dernières décennies. Aujourd’hui engagé aux côtés du président Kabila, il n’est certainement pas un observateur neutre, mais c’est avec lucidité et franchise qu’il analyse les derniers développements de l’heure.
Il croit toujours que, sous l’égide du facilitateur Edem Kodjo un dialogue pourrait s’amorcer entre le pouvoir et l’opposition le 30 juillet prochain, afin de négocier un inévitable report des échéances électorales, sinon le rythme même des scrutins : « est-il réellement indispensable que, tous les cinq ans, dans un pays aussi vaste que la RDC, l’Etat ait à débourser un milliard de dollars pour organiser des élections générales ? Actuellement, à la suite de la baisse des cours du cuivre, le budget total ne dépasse guère les 5 milliards de dollars… »
Pour Kin Kiey Mulumba, l’idée du dialogue n’est pas nouvelle : « au début, c’est le parti d’Etienne Tshisekedi qui, au nom de l’opposition, réclamait cette discussion « inclusive ». Le président Kabila, désireux de dépasser le cadre de la classe politique, s’était entretenu avec des représentants des syndicats, des femmes, des jeunes, des étudiants, afin de prendre le pouls de la population…
Les négociations avec l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) le parti d’Etienne Tshisekedi, ont eu lieu en plusieurs endroits : à Ibiza, en Italie, à Bruxelles, à Nice… Il était question de l’entrée de membres de l’UDPS au gouvernement, d’ouvertures et de promotions au niveau de l’Assemblée nationale… »
Kin Kiey Mulumba, l’ancien journaliste, est formel : « un accord a été signé, en bonne et due forme… » Et il ne dément pas lorsque nous citons le chiffre de ce « gentlemen agreement » qui circule à KInshasa, quelque douze millions de dollars…
L’enjeu réel de ces tractations, au-delà de la gestion de la période de transition se situant au-delà de l’expiration du mandat présidentiel, c’est évidemment le « capital politique » que représente encore Etienne Tshisekedi : malgré son âge, 84 ans, ce dernier a gardé une immense popularité, gagnée lorsqu’il démystifiait un Mobutu au faîte de sa puissance. Aujourd’hui encore, « Tshi Tshi » est le préféré » des quartiers populaires de Kinshasa, le héros des Kasaïens, sa province d’origine et son nom est resté connu jusque dans les campagnes les plus reculées.
Le pouvoir en place aurait souhaité s’associer à ce poids lourd de la politique, mais il aurait été « dribblé » par Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga. Ce dernier apparaît aujourd’hui comme le principal challenger du chef de l’Etat et, craignant pour sa vie, il a du quitter le pays.
D’après Kin Kiey Mulumba, Moïse Katumbi, après s’être opposé au président Kabila, aurait nourri pour lui-même des ambitions présidentielles, servies par son immense fortune.
Cette dernière découlerait de la très profitable revente d’actifs miniers et des bénéfices réalisés par ses sociétés au Katanga. Grâce aux moyens matériels dont il dispose, ainsi que son frère Katebe Katoto, un homme d’affaires domicilié en Belgique, Moïse Katumbi est le seul à pouvoir « s’offrir » une campagne électorale à l’échelle du pays, le seul à pouvoir soutenir ses alliés du G78 (sept personnalités naguère proches de Kabila et qui se sont ralliés à sa candidature). Pour Kin Kiey Mulumba, le virage de Tshisekedi, désormais opposé au dialogue et exigeant à son tour que des élections se tiennent dans les délais prévus, s’expliquerait par une raison très simple : « Moïse a doublé la mise…C’est lui aussi qui a payé le jet privé avec lequel Tshisekedi est rentré au pays, l’aller ayant été, voici deux ans, payé par le président Kabila… »
C’est dimanche prochain que le vieux leader devrait tenir un meeting à Kinshasa, ce qui permettra de mesurer réellement sa popularité.
Kabila/Katumbi : les contours du match se précisent de plus en plus, avec tout le potentiel de violence qu’il comporte. A noter cependant que l’hebdomadaire français « le Point » généralement bien introduit, assure pour sa part que le Docteur Mukwege, malgré ses démentis répétés, pourrait un jour apparaître comme le candidat idéal pour diriger une transition consensuelle…Le médecin de Panzi est d’ores et déjà soutenu par une large partie de la diaspora congolaise, de plus en plus présente dans le débat…

28 juillet 2016

La presse africaine, instrument de développement, outil politique

Catégorie Non classé

Un manuel destiné aux étudiants des 1er et 2E cycles en information-communication ! Marie-Soleil Frère, chargée de cours à l’Université libre de Bruxelles, est bien trop modeste lorsqu’elle présente son ouvrage sobrement intitulé « Journalismes d’Afrique ». En réalité, fruit de vingt- cinq ans de séjours sur le terrain, de centaines de conversations et parfois de confidences, d’innombrables expériences de formation, de longues années de recherche universitaire, ce livre représente une somme inédite et passionnante. Au fil des pages, des décennies d’histoire de l’Afrique défilent sous un angle original, celui des médias, et plus largement de la production intellectuelle du continent.
Des médias africains, le grand public ne sait pas grand-chose, à part quelques sombres souvenirs, comme le rôle joué par la Radio des Mille Collines, instrument du génocide au Rwanda ou le long martyrologue des journalistes emprisonnés, assassinés, ayant payé au plus haut pris leur combat pour l’émancipation, l’indépendance, la démocratie…
Sous la plume alerte de Marie Soleil Frère défile soudain la passionnante histoire de la presse africaine : qui sait encore le tout premier journal imprimé sur le continent est le Courrier d’Egypte, qui voit le jour en 1798 au sein des garnisons françaises installées en Egypte ? Qui rappelle que c’est en 1800 qu’une première gazette en anglais est publiée au Cap, par les colons d’origine britannique, suivie en Afrique de l’Ouest par « The Sierra Leone Gazette » ?
Tout au long du 19eme siècle, d’anciens esclaves affranchis revenus des Etats Unis créent des entreprises de presse au Liberia, au Sierra Leone et ils se positionnent de manière critique face aux autorités coloniales bientôt relayés par les missionnaires protestants, donnant naissance au courant panafricaniste.
Dans les colonies françaises, l’éveil de la presse est bien plus tardif car les premiers journaux sont avant tout destinés aux colons, tandis qu’au Congo belge, seuls quelques titres religieux échappaient difficilement à une stricte censure…
Ce long détour qui rappelle que la presse africaine existait déjà avant les indépendances est utile pour rappeler…le recul qui suivit. Car si une nouvelle ère s’ouvrit dans les années 60, ce ne fut pas celle d’une consolidation des libertés, mais, au contraire, du contrôle renforcé de la presse par les nouveaux gouvernements.
Les justifications, parfois avalisées par les milieux progressistes européens, ne manquaient pas : il fallait consolider l’ « union nationale » et donc ne rien écrire qui puisse réveiller les velléités sécessionnistes ou mettre en cause des nations encore fragiles. Vint ensuite la théorie de la « modernisation », avec priorité donnée au développement : à quoi bon s’étendre sur les enjeux politiques, jugés stériles, alors qu’il fallait à tout prix, au plus vite, combler ce qui était présenté comme un « retard de croissance » ? C’est alors qu’apparurent le « journalisme rural », qui privilégiait la circulation de l’information dans les petites localités, dans les langues locales et le « journalisme de développement ». Ce dernier, souvent souvent financé par des ONG du Nord, relayait les thèmes et les innovations défendus par les experts étrangers avec toujours en arrière-plan un certain évolutionnisme qui présentait le développement comme un « don » à recevoir d’en haut….
Marie Soleil Frère démontre, avec brio, que l‘histoire de la presse africaine coïncide aussi avec celle des idées nourries à propos du continent : elle rappelle que c’est au Etats Unis que fut forgé, après la deuxième guerre mondiale, le concept de « sous développement » présenté comme un « retard de croissance ». Par la suite, la « théorie de la dépendance » présenta la pauvreté des pays du Sud comme la conséquence de l’exploitation de la « périphérie » par le système capitaliste du «centre».
Décrivant le fonctionnement de la presse africaine, l’auteur n’oublie rien, ni le courage et les sacrifices de ceux qui luttèrent pour une presse réellement indépendante, ni les compromissions avec le pouvoir, les manières détournées dont les journalistes, avec les « coupages » les « frais de transport » et autres faveurs, tentaient d’arrondir leurs fins de mois et… de ne plus dépendre uniquement de leur salaire dérisoire…
Au cours des deux décennies, tout a brutalement changé : les nouvelles technologies ont rendu l’information plus accessible, la production de journaux moins coûteuse ; les radios se sont multipliées et Internet, dont la progression demeure limitée, a cependant permis l’irruption des diasporas africaines dans les débats locaux. Aujourd’hui, grâce au développement de la fibre optique, le continent compte plus de 200 opérateurs de téléphonie mobile et plus de 50% d’Africains possèdent des portables, qui peuvent représenter jusqu’à 10% des dépenses mensuelles des foyers africains !
Pour les journalistes, ces portables sont devenus un moyen de communication essentiel et dans plusieurs pays, des fraudes électorales ont pu être révélées grâce aux informations qui remontaient directement du terrain, sans oublier les disparitions, les massacres, dont le monde était directement informé. Le génocide au Rwanda aurait-il été possible à l’heure des smartphones ? »
Cette amélioration des moyens techniques a multiplié les canaux d’informations au sujet des libertés publiques et renforcé la solidarité internationale au bénéfice des journalistes naguère isolés face au pouvoir.
S’interrogeant sur la formation des journalistes, sur les sources de financement de la presse, l’auteur se penche aussi sur les associations professionnelles et constate que des associations telles que « Journalistes pour la paix » ou « contre le VIH-Sida » ou « pour les droits de l’homme » ont souvent pour enjeu réel la mise en valeur des activités de leur partenaire, qui est aussi leur principal soutien financier…
A la fois histoire et photographie d’un paysage médiatique africain en plein changement, ce livre amène le lecteur à relativiser bien des idées reçues, mais aussi à se poser d’utiles questions sur l’évolution des moyens et du rôle de la presse partout dans le monde, y compris dans les pays du Nord…

Marie-Soleil Frère, Journalismes d’Afrique, éditions De Boeck, coll.info com

27 juillet 2016

Haro sur les pirates du mail

Catégorie Non classé

Amis, relations, simples correspondants, tous ont reçu le même message voici quinze jours : un appel à l’aide pressant et confidentiel, demandant à tous les destinataires de prendre contact avec moi pour résoudre un problème urgent, sans doute d’ordre financier.
Aussitôt, les questions, les messages de soutien ont afflué : la plupart de mes correspondants exprimaient leur perplexité, dénonçaient la probabilité d’un piratage, d’une prise de contrôle de mon adresse mail et de mes contacts par des inconnus. Mais surtout, les messages de solidarité étaient presque aussi nombreux que les demandes d’éclaircissement : la plupart de mes contacts se disaient disposés à me soutenir, d’une manière ou d’une autre, si j’avais effectivement été agressée, dépouillée, voire enlevée ! Cette sollicitude était aussi touchante qu’inquiétante. Touchante car j’ignorais que tant d’amis, et même d’inconnus auraient été disposés à m’aider en cas de coup dur. Mais inquiétante aussi car cette multitude de messages démontrait aussi que les auteurs du piratage, car c’était bien de cela qu’il s’agissait, avaient insisté, renvoyant des messages de relance à tous ceux qui, imprudemment, avaient donné suite au mail initial.
Plainte ayant été déposée à la police, une rapide enquête démontra que la manœuvre de piratage avait été initiée au Nigeria, ce qui expliquerait peut-être le style ampoulé, stéréotypé et surtout les nombreuses fautes d’orthographe émaillant les divers messages.
De ce point de vue, les pirates ont torpillé eux-mêmes leur manœuvre : la plupart de mes correspondants ont eu l’attention attirée par ce style inhabituel, ces fautes et cette lourde insistance. Ayant remis de l’ordre dans ma messagerie (avec l’aide d’un officier de police…) il ne me reste plus qu’à remercier ceux qui se sont montrés solidaires, et à mettre en garde tous mes correspondants : la moindre réponse peut les mettre eux-mêmes sur la voie d’une intrusion dans leur carnet d’adresse et ouvrir la voie à d’autres tentatives de piratage…

27 juillet 2016

Tshisekedi rentre au pays dans un contexte tendu

Catégorie Non classé

Alors que la réunion préparatoire au dialogue inter congolais devrait, en principe, s’ouvrir le 30 juillet sous la houlette de l’ancien président du Togo Edem Kodjo, désigné par l’Union africaine, les partisans d’Etienne Tshisekedi ont attendu avec impatience le retour de leur leader. Après deux années d séjour en Belgique, essentiellement consacré aux soins médicaux, le vieux chef, (84 ans) a pris à Zaventem un jet privé en compagnie de Katebe Katoto, le frère de l’ex- gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, candidat déclaré à l’élection présidentielle. L’avion est arrivé avec retard et, tout au long du parcours, des milliers de partisans ont afflué des quartiers populaires en brandissant des pancartes et des photos du leader historique.
Le porte parole du gouvernement, le ministre Lambert Mende, a souligné que le retard n’était du qu’à un problème techniques tandis que le général Kanyama, chef de la police à Kinshasa, précisait que toutes les dispositions avaient été prises en vue d’assurer un maximum de sécurité et d’empêcher tout débordement et toute provocation.
Dans les jours à venir, ce retour sera l’occasion, pour le pouvoir comme pour l’opposition, d’évaluer la popularité réelle qu’a gardé le « lider maximo », en dépit de sa longue absence et de ses nombreuses volte face.
Début juin, celui que la presse congolaise appelle parfois « le sphynx de Limete » avait, de manière surprenante, réussi à rassembler à Genval les principales forces de l’opposition. Alors que jusque là la famille de Tshisekedi avait discuté avec le pouvoir d’un éventuel report des élections (le fameux glissement…) et même envisagé de participer au pouvoir durant la période de transition, la réunion de Bousval s’était clôturée sur une toute autre conclusion, réclamant que, dans les délais prescrits par la Constitution, des élections présidentielles soient organisées d’ici la fin de cette année !
Par la suite, des failles sont apparues dans cette belle unanimité : plusieurs membres du G7 (un rassemblement de sept leaders ayant déjà exercé des fonctions sous la présidence de Joseph Kabila) ont fait savoir qu’ils accepteraient de participer au dialogue politique. C ’est ainsi que l’un des leaders les plus en vue, Vital Kamerhe, ancien président de l ’Assemblée nationale et président de l’UNC (Union pour la nation congolaise), a déclaré qu’il était prêt à tenter de faire sortir le pays de l’impasse et de faire avancer le processus.
Rappelons les termes du problème et tout d’abord quelques données objectives : la Constitution interdit au chef de l’’Etat de se représenter pour obtenir un troisième mandat et, en principe, M. Kabila devrait abandonner son poste le 20 décembre prochain. Des élections présidentielles et législatives devraient donc être organisées d’ici cette date. Cependant, les conditions matérielles de l’exercice ne sont pas réunies, entre autres parce que les autorités en place n’ont pas prévu les budgets nécessaires et qu’elles ont multiplié les obstacles. Sans surprise, la Cour constitutionnelle a décrété que le chef de l’Etat sortant était autorisé à demeurer en place jusqu’à l’installation de son successeur.
Cependant une frange non négligeable de la société civile congolaise et de l’opinion considère que, malgré les difficultés, il serait encore possible de respecter le prescrit constitutionnel et de procéder aux élections dans les délais requis. Ce point de vue a déjà été répété à plusieurs reprises par les Etats Unis.
C’est ainsi que la plate forme dite AETA (agir pour des élections transparentes et apaisées) assure qu’ à six mois de l’expiration du délai constitutionnel, il serait encore possible de réussir le pari de l’élection présidentielle, à condition de mettre sur pied une procédure d’urgence. Cette méthode simplifiée utiliserait le fichier électoral existant et créerait au sein des consulats congolais des cellules d’enregistrement des nationaux vivant à l’étranger et elle mettrait en place des mécanismes souples au niveau de la territoriale afin de pouvoir enregistrer les jeunes ayant atteint leur majorité. Selon les experts de l’AETA, cette prouesse pourrait être réalisée si la communauté internationale s’engageait à fournir un appui logistique conséquent et d’ importants moyens financiers.
De nombreux membres de la société civile estiment en effet que les Congolais, dans leur grande majorité, sont attachés au respect de la Constitution et ne souhaitent pas que M. Kabila demeure au pouvoir au-delà de l’expiration de son deuxième mandat. De nombreux diplomates et observateurs étrangers redoutent d’ailleurs des explosions de violence, à l’image du Burundi, si la date limite était dépassée.

Face à cette position « légaliste » se dressent d’autres calculs : si les élections n’avaient pas lieu à la date prévue, la période intermédiaire devrait être gérée par « consensus » c’est-à-dire être le fruit d’un accord entre le pouvoir actuellement en place et les principaux partis de l’opposition. Nombre d’opposants seraient prêts à se laisser séduire par la perspective de participer au pouvoir…
Plusieurs scenarios demeurent donc possibles : une gestion consensuelle de la période intermédiaire associant l’actuelle majorité et l’opposition ou une « table rase » qui ne pourrait être que le fruit d’affrontements violents et mènerait à un nouveau pouvoir…
Edem Kodjo, le facilitateur désigné par l’Union africaine, s’emploie à favoriser l’option du dialogue, mais les radicaux le qualifient déjà de « complicateur et récusent aussi son adjoint », le président du Congo Brazzaville, Sassou Nguesso, qualifié de spécialiste des élections truquées…Si toutes les options sont encore possibles, ce qui est certain, c’est que le compte à rebours s’accélère…

25 juillet 2016

L’Union africaine face aux défis d’un continent

Catégorie Non classé

Dans le tout nouveau centre de Convention de Kigali, inauguré pour l’occasion, une quarantaine de chefs d’Etat invités au 27eme sommet de l’Union africaine ont abordé un programme marqué par les nombreux défis qui se posent tant à l’organisation elle-même qu’à un continent marqué par plusieurs conflits. Alors que les délégués se préparaient à décider de la succession de la présidente actuelle de l’organisation, la Sud Africaine Ndamini Zuma, un premier incident a illustré l’impuissance de l’organisation : le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, a refusé de se rendre à Kigali, accusant son voisin de vouloir déstabiliser le Burundi et d’entretenir à cet effet des groupes armés. Les Burundais ont quitté les lieux avant la fin de la réunion des ministres des Affaires étrangères. Ce départ très remarqué illustre l’échec de l’Union africaine qui n’a jusqu’à présent pas réussi à envoyer de force militaire ou policière au Burundi, afin de protéger des civils et d’enrayer l’engrenage de la violence. Soutenues par l’Union africaine, les négociations ouvertes à Arusha patinent tandis que les meurtres se poursuivent : la semaine dernière, Mme Hafsa Mossi, figure modérée du parti au pouvoir CNDD-FDD et ancienne correspondante de la BBC a été tuée à Gihosha, un quartier résidentiel à l’est de Bujumbura. Outre le Burundi, un autre conflit va mobiliser l’Union africaine : la guerre fratricide qui déchire le Sud Soudan opposant le président Salva Kiir et son rival Riek Machar sur fond de crise pétrolière due à l’effondrement des cours. Paradoxalement, le président du Soudan, Omar el Bechir, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, a bien été accepté à Kigali, sur base d’une invitation de l’Union africaine. Cette invitation illustre le fossé qui s’est creusé entre la CPI et la plupart des pays d’Afrique, qui regrettent que leur continent fournisse l’essentiel des cibles de la justice internationale. Alors que le Rwanda a pris la tête de cette fronde et plaide en faveur d’une Cour africaine de justice, les ministres des affaires étrangères se sont cependant montrés prudents, refusant de se prononcer sur les modalités d’un éventuel retrait. Le fait que les procédures visant le président et le vice-président du Kenya aient été abandonnées par la CPI a peut-être fait pencher la balance…
La première journée des travaux a été marquée par un acte symbolique, la cérémonie de lancement du premier passeport panafricain, un document de couleur passe muraille remis à deux chefs d’Etat, le président du Tchad Idriss Deby et Paul Kagame, hôte du sommet. Le président rwandais, s’appuyant sur l’exemple de son pays et des progrès réalisés en vingt ans, a d’ailleurs plaidé en faveur de l’autosuffisance, souhaitant que l’Afrique puisse financer elle-même la plupart de ses programmes de développement ainsi que les travaux de l’Union africaine elle-même et les opérations de maintien de la paix. Le Rwanda, compte tenu de la menace des shebabs, en Somalie entre autres, a aussi plaidé en faveur d’une coopération accrue des services de sécurité et il a soutenu l’admission du Maroc au sein de l’organisation panafricaine, bloquée jusqu’à présent à cause du Sahara Occidental.
La journée de lundi a été marquée par les débats portant sur la succession de la présidente de l’Union africaine Mme Dlamini Zuma, portant plus sur les défis lancés à son successeur ( la lutte contre le terrorisme, les poussées djihadistes dans le Sahel…) que sur le bilan très contesté de la diplomate sud africaine, à laquelle, entre autres, l’opposition congolaise reproche la nomination d’Edem Kodjo, l’ancien président du Togo, au titre de médiateur et d’organisateur d’un « dialogue national » toujours au point mort.