29 avril 2016

Motus sur le long tête à tête Kabila Reynders, sauf la mise en garde…

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Kinshasa,
De mémoire de Congolais, l’évènement est exceptionnel : à peine rentré de New York où il a signé l’accord sur le climat, et suivant de près la préparation des obsèques nationales réservées à Papa Wemba, le président Kabila a pris deux heures pour recevoir Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères ! L’entretien s’étant déroulé en tête à tête, rien n’a filtré des propos du chef de l’Etat. Quant au ministre belge, on sait, au minimum, qu’il a mis ses interlocuteurs congolais en garde contre les restrictions des libertés et la fermeture de l’espace public, soulignant que la « responsabilité personnelle » des personnalités chargées de l’ordre public était engagée, ce qui représente une menace à peine voilée…Il a aussi proposé d’entamer sans attendre les premières étapes du processus devant aboutir aux élections, c’est-à-dire les opérations d’enrôlement sur les registres électoraux et à tous ses interlocuteurs, il a souligné que le « momentum » actuel n’allait plus durer longtemps. Ce qui signifie, en clair, qu’il est encore temps de fixer des échéances électorales claires, d’entamer réellement un dialogue politique réunissant la majorité présidentielle et des formations d’opposition bref de redresser la barque et de fixer un cap précis…Car sinon…
La menace subliminale, c’est la presse congolaise qui la formule en clair: « tout peut arriver » titre « le vrai Modérateur » soulignant que « les populations congolaises et la communauté internationale ne cachent plus leur inquiétude face à la dégradation du climat sociopolitique ». Quant au Potentiel, dénonçant « les inquiétantes répressions » et la « chasse aux sorcières » il craint que « cette descente aux enfers plombe toutes les avancées démocratique que le pays a engendré ces dix dernières années ».
Il est vrai que tous les feux passent progressivement au rouge : il est pratiquement certain que, faute de budget et d’agenda précis, la Commission électorale indépendante ne pourra pas organiser de scrutin dans les délais requis. Quant à suggérer au président de chercher, au sein de sa majorité, une personnalité qui jouerait le rôle d’un Medvedev aux côtés d’un Poutine, c’est-à-dire de s’effacer au profit d’un homme de confiance, voilà qui est plus vite dit que fait. Car qui jouit réellement de la confiance de Kabila et serait capable de lui succéder avec loyauté et compétence ? Des noms sont cités, ceux de personnalités du sérail aujourd’hui passées à l’opposition, comme Moïse Katumbi, qui en bon président d’un club de foot marque aujourd‘hui des points mais prend des risques croissants. D’autres noms circulent, ceux de fidèles au sein du parti, comme l’actuel président de l’Assemblée Aubin Minaku, voire l’actuel premier Ministre Matata Mponyo. Mais peut on dire que ces hommes, quelle que soit leur valeur personnelle, maîtrisent une armée encore en pleine structuration, connaissent les dessous des relations avec les pays voisins, soient à même de réformer le système judiciaire encore tellement déficient et corrompu ?
Au sein de la population cependant, on constate un grand désir de « changement », d’ « alternance », sans qu’une solution alternative fasse l’unanimité, car la classe politique, dans son ensemble, demeure discréditée. Et surtout, les chiffres de croissance brandis par le Premier ministre, ses réalisations concrètes ne pèsent pas encore lourd au regard des difficultés de la majeure partie de la population. Car si la politique échauffe les esprits, c’est peut-être l’économie qui aura le dernier mot : au Congo comme en Angola, M. Reynders a découvert des Etats frappés de plein fouet par la chute des prix des matières premières et l’effondrement des prix du pétrole. Luanda comme Kinshasa ont du revenir vers le FMI pour solliciter un crédit d’un milliard 700 millions de dollars dans le cas de l’Angola, de 300 millions de dollars dans le cas de la RDC. Mais le Congo Kinshasa est bien plus fragile que son voisin, sa monnaie s’est dépréciée de 2,4% en trois mois, les prix se sont envolés et le panier de la ménagère s’est allégé : c’est à nouveau par petits tronçons qu’on achète les poulets !
Après quelques années d’embellie et d’espoir, la population a le sentiment que la crise frappe à nouveau, et si elle devait être déclarée, la faillite de la BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo) l’une des quatre plus grandes banques du pays, qui compte 150 agences dans seize villes, ruinerait la confiance encore très limitée dans le système bancaire et mènerait à la révolte les petits épargnants, embryons d’une future classe moyenne.
A vrai dire, même si M. Reynders n’a pas eu le temps d’en prendre la mesure, la seule véritable inconnue au Congo, c’est le potentiel de colère populaire. Dans le Katanga fidèle à Katumbi et qui n‘accepte pas son découpage en quatre provinces, le mécontentement est évident, à Kinshasa où se déploie l’arrogance des nouveaux riches, la grogne est patente, malgré les larges avenues et les nouveaux bus… A Beni dans le Nord Kivu, la violence meurtrière est quotidienne. Les frustrations politiques s’ajoutant à la crise économique et au désespoir social, le Congo n’attendrait-il qu’une étincelle pour exploser ? Après avoir commandé du nouveau matériel de police et autres instruments de répression, les autorités se disent prêtes à toute éventualité. Mais 20% de la population est aujourd’hui dotée d’un portable, vingt millions de Congolais ont accès à Internet : si le feu se déclare, il se propagera au fil des réseaux et la coupure des moyens de communications ne fera qu’accentuer la colère des jeunes…
Le « momentum » décrit par Didier Reynders est peut-être l’un des derniers…

29 avril 2016

Au Congo, Didier Reynders veut profiter d’un “momentum”

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« Si rien n’est fait, on arrivera au 27 novembre (date de l’expiration du deuxième mandat du président Kabila) et alors il risque d’être trop tard… » Soucieux de prévenir la crise plutôt qu’en gérer les conséquences, le ministre Reynders, après un bref séjour en Angola consacré entre autres au volet régional (comprenant entre autres le Burundi) a passé à Kinshasa deux journées bien remplies : il a rencontré tous les acteurs concernés par la situation très particulière que traverse en ce moment le pays, depuis Henri Mova le secrétaire général du PPRD,le parti au pouvoir et Evariste Boshab le ministre de l’Intérieur, jusqu’aux diverses composantes de la palette politique, le « G7 » composé d’anciens dignitaires et la « Dynamique de l’opposition », composé de l’opposition traditionnelle, sans oublier la société civile et l’Eglise catholique en la personne du cardinal Monsengwo, sans oublier les Nations unies.
Cette visite du représentant du pays que le ministre congolais des Affaires étrangères Raymond Tshibanda appelle « notre principal partenaire » était très attendue, car, malgré les positions américaines très tranchées exigeant les élections dans les délais prévus et la résolution 2277 des Nations Unies en faveur du prescrit constitutionnel, c’est encore vers Bruxelles que se tournent les regards.
Alors que dimanche dernier une manifestation en faveur de Moïse Katumbi a été sérieusement réprimée à Lubumbashi (et cela alors qu’à Kinshasa des opposants ont pu défiler sans encombre), à l’heure où plusieurs voix dénoncent des restrictions à la liberté de la presse et un nombre croissant d’arrestations, le ministre belge a choisi d’insister sur « la nécessité de maintenir un espace public le plus ouvert possible », d’éviter l’arbitraire et d’impliquer les forces de sécurité dans la garantie des libertés publiques. Une manière courtoise, mais ferme et répétée à chaque occasion, de prier le pouvoir congolais de respecter les droits des citoyens et les libertés d’expression et de manifestation… Cela étant le ministre a aussi relevé qu’à Kinshasa, sans entrave aucune, il avait pu, en quelques heures faire le tour de l’éventail politique… Avec le Ministre de l’Intérieur, qui était entouré du chef de la police le général Bisengimana et du chef de l’agence nationale de renseignements, Kalev Mutomb, Reynders a aussi partagé une préoccupation commune : la radicalisation croissante de certains groupes de jeunes, à cause de la crise sociale mais aussi pour des raisons religieuses. Il y a déjà plusieurs mois que l’on sait que, dans les deux Kivu, des jeunes, recrutés par des inconnus de confession musulmane partent se former au loin et que des mosquées se multiplient, animées par des imams venus de pays connus pour être des foyers de fondamentalisme. Mais ce qui est nouveau, c’est l’information selon laquelle des phénomènes similaires ont été relevés dans certains quartiers de Kinshasa. D’où la décision des deux pays d’échanger des informations sur ces sujets extrêmement sensibles…
En ce qui concerne le calendrier électoral, Reynders n’a certes pas fait étalage de toutes les ressources de l’ingéniérie politique belge, mais il semble tout de même avoir convaincu ses interlocuteurs de tout bord de la nécessité d’avancer et de procéder par étapes. Il a constaté que le processus de révision du fichier électoral avait déjà commencé, afin de dénombrer les millions de jeunes arrivés à l’âge de la majorité et en droit de voter. Il a aussi encouragé l’idée d’un dialogue entre les forces politiques, afin de répondre à certaines questions de base : quelles élections, locales, législatives avancées (permettant le renouvellement du Sénat) et bien sûr présidentielles, à quel moment et avec quel financement…Soutenant l’intervention du facilitateur Edem Kodjo, en charge de la préparation du dialogue politique, le ministre belge estime que, de toutes façons, il est urgent de dépasser l’immobilisme actuel (le calendrier provisoire du dialogue n’a même pas encore été établi…)..
C’est pour cela que la date du voyage avait été soigneusement choisie : Reynders estime qu’il existe en ce moment un « momentum » une « fenêtre d’opportunité » qui risque, si elle n’est pas mise à profit, de se refermer dans les semaines qui viennent.
Ce qui est certain, c’est que, tant par ses propos et ses suggestions concrètes, Didier Reynders a voulu démontrer que l’intérêt de la Belgique pour le Congo demeurait aussi vif que jamais. Un intérêt désormais inscrit dans la brique : sur le Boulevard du 30 juin, le bâtiment qui abritera la future ambassade du Royaume, avec un étage qui sera loué aux Pays Bas, prend une allure imposante tandis que plusieurs immeubles destinés à accueillir du personnel diplomatique et consulaire ont été achetés avec le produit de la vente d’autres ambassades, à Brazzaville entre autres, et sont actuellement rénovés en tenant compte du style Art Nouveau qui régnait à la veille de l’indépendance…

27 avril 2016

Le Burundi, un souci de Luanda à Kinshasa

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Kinshasa,

De Luanda à Kinshasa, Didier Reynders, en plus des problèmes particuliers se posant tant en Angola qu’en République démocratique du Congo, a eu l’esprit en partie mobilisé par la situation au Burundi. Il y a un an, très exactement le 25 avril 2015, qu’a commencé la descente aux enfers de ce pays, lorsque le CNDD, le parti du président Nkurunziza a annoncé qu’il présenterait la candidature du chef de l’Etat sortant à un troisième mandat. Aujourd’hui que la violence politique a engendré 250.000 réfugiés et fait de 400 à 600 morts, les débats purement politiques et les manifestations de masse dans les quartiers majoritairement tutsis de Bujumbura ont fait place à une terreur quotidienne, à des assassinats qui, en ce moment, visent principalement des officiers de l’ancienne armée burundaise : dimanche, au sortir de la messe, un officier a été grièvement blessé par une grenade lancée à bout portant. Figure connue, il était chargé du renseignement et de l’observation des droits de l’homme dans une cellule proche de la présidence. Le lendemain, le général de brigade Athanase Kazazura tombait lui aussi sous les balles d’un inconnu, en même temps que son épouse et son garde du corps, son enfant étant très grièvement blessé. La liquidation de ce conseiller principal à la vice présidence, abattu avec les siens, a suscité beaucoup d’émoi car cet officier avait occupé de hautes fonctions au sein de la force des Nations unies déployée en Centrafrique. Les attentats visant des officiers tutsis issus de l’ancienne armée burundaise et loyaux au régime issu des accords d’Arusha ont semé une inquiétude d’autant plus vives que d’autres de leurs compagnons d’armes sont désormais mutés en province, éloignés des leurs qui se sentent sans défense.
Au vu de ces nouvelles inquiétantes, Didier Reynders n’a pas seulement dénoncé avec force les « assassinats ciblés », il a aussi mis la situation du Burundi a menu de ses entretiens, tant à Luanda qu’à Kinshasa.
Il apparaît que, dans ces deux pays, l’initiative récente de la Tanzanie est suivie avec le plus grand intérêt : l’ex président Mkapa, désigné comme facilitateur dans la crise burundaise, compte organiser un dialogue à Arusha, afin de trouver une solution négociée à la crise de légitimité qui déchire le Burundi. Dans la région il se murmure en effet qu’il sera impossible, dans l’immédiat, d’obliger le président burundais à quitter le pouvoir, mais qu’un délai pourrait être discuté avec un régime qui, de toutes manières, se trouve aux abois. En effet, malgré les capacités de résilience d’une population majoritairement rurale, les sanctions économiques commencent à produire leur effet et la Cour pénale internationale a décidé, enfin, d’ouvrir le dossier Burundi.
De plus ,-ce qui contredit l’interprétation strictement ethnique de la crise- les assassinats ne visent pas uniquement l’opposition : les militaires récemment abattus étaient des hommes connus pour leur loyauté, qui avaient, entre autres, fait échouer la tentative de coup d’état de mai 2015…
A Kinshasa également, M. Reynders a longuement discuté du Burundi avec le ministre des Affaires étrangères Raymond Tshibanda. Ici aussi, l’inquiétude est bien réelle : le Congo craint de devoir accueillir un nouvel afflux de réfugiés et renâcle devant la proposition du HCR de préparer au Sud Kivu un camp qui pourrait accueillir 250.000 personnes. Pour M. Tshibanda, « la seule solution c’est le dialogue entre toutes les parties » et lui aussi fait confiance à la médiation tanzanienne, assurant que c’est au niveau de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de la Communauté est africaine qu’une solution doit être trouvée.
Autrement dit, les préoccupations du ministre belge des Affaires étrangères ont été chaleureusement accueillies dans deux des pays clés de la région, qui ont apprécié que, malgré ses problèmes, la Belgique se soucie encore de l’Afrique centrale. Mais dans les deux cas également le message a été clair : c’est en Afrique et nulle part ailleurs que se trouvera la solution.

27 avril 2016

Reynders a pris le pouls de l’Angola, économie blessée

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Luanda
Les immeubles neufs, construits avec l’argent du pétrole, dominent la baie de Luanda, le palais dans lequel le président dos Santos reçoit Didier Reynders est encore un bijou d’art baroque portugais. Cependant, la capitale angolaise, reconstruite après la guerre civile avec l’aide des entreprises chinoises, donne aujourd’hui des signes de fragilité. Mendiants et enfants des rues se sont multipliés, les ordures ne sont pas ramassées, des maladies endémiques, comme la malaria, que l’on croyait en recul, reviennent à l’assaut. C’est que la chute des cours du pétrole, vendu 130 dollars le baril l’an dernier, 50 aujourd’hui, frappe durement une économie qui s’était bâtie sur l’or noir et l’abandon de la production agricole au profit des produits importés. Frappé par la crise, l’Angola a demandé au FMI de lui accorder un crédit exceptionnel d’un milliard 700.000 dollars pour les trois prochaines années.
Cependant, géant blessé, l’Angola demeure, au niveau de la région, une puissance qui compte et la voix du président dos Santos, au pouvoir depuis 1979, est l’une des plus écoutées. D’autant plus que l’Angola préside cette année la Conférence internationale sur les pays des Grands Lacs et que le pays occupe un siège de membre de non permanent au Conseil de Sécurité , qu’il présidait le mois dernier lorsque fut adoptée la résolution 2277 sur les élections en République démocratique du Congo, exigeant le respect du prescrit constitutionnel.
C’est dire si, faisant précéder son séjour à Kinshasa d’une visite d’une journée à Luanda, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders n’a pas manqué de sujets de conversation avec ses divers interlocuteurs dont son homologue le ministre angolais Georges Chikoti et surtout le président José Eduardo dos Santos, un homme d’accès difficile, qui lui a cependant accordé un long entretien. C’est que, depuis octobre 2013, où la princesse Astrid avait accompagné en Angola une mission commerciale, la situation du pays a bien changé, entre autres pour les entreprises belges sur place : des sociétés comme Brussels Airlines ou Glaxo Smith Kline, entre autres, frappées par la crise des liquidités, n’arrivent plus à rapatrier leurs devises. Quant aux diamantaires de la métropole, ils se demandent s’ils ne sont pas pénalisés pour avoir soutenu le « processus de Kimberley » ce système de certification des gemmes dont le trafic avait longtemps nourri la guerre civile angolaise : les pierres précieuses extraites en Angola sont désormais proposées sur le marché de Dubaï au détriment d’Anvers…
Diplomatie économique oblige, le ministre Reynders a évidemment soulevé ces sujets de préoccupation avec ses interlocuteurs et il a aussi rappelé les capacités d’entreprises belges dans des domaines comme le traitement des déchets et des eaux usées ou l’approvisionnement en eau potable. Il suffit de traverser Luanda, une ville à la fois orgueilleuse et souillée, pour se rendre compte de l’importance de cette « expertise verte »…
Mais si le ministre a rencontré les plus hauts dirigeants angolais, c’est avant tout pour partager avec eux l’inquiétude que suscite l’évolution de deux pays, le Burundi et, à terme, la République démocratique du Congo. En ce qui concerne le Burundi, la diplomatie angolaise, très proche de l’Afrique du Sud, a parfois eu tendance à privilégier une lecture « ethnique » sinon simpliste du problème : des Hutus seraient en conflit avec des Tutsis soutenus par Kigali ! Aujourd’hui cette vision change, et Luanda semble partager la vision de Bruxelles selon laquelle on se trouverait en face d’une crise politique à laquelle il faut trouver, de toute urgence une issue via le dialogue entre toutes les parties. « Assez de morts, assez de réfugiés » nous déclare le ministre Chikoti, « il faut tout faire pour appuyer l’initiative du président tanzanien Mkapa, qui se propose d’organiser début mai un dialogue en Tanzanie. » Comme la Belgique l’Angola soutient le projet proposé par l’Union africaine d’envoyer au Burundi des observateurs et une force de police qui sécuriserait certains quartiers de Bujumbura. Didier Reynders voit là « un petit espoir »…
Quant au Congo, malgré l’entrée en lice d’un médiateur africain Edem Kodjo et les laborieux préparatifs d’un dialogue réunissant le pouvoir et une partie de l’opposition, (celle de Tshisekedi) l’inquiétude est partagée par l’Angola et la Belgique: « si cela tourne mal, nous allons devoir accueillir des flux de réfugiés » nous déclare M. Chikoti, « la crise affectera toute l’économie de la région…Comment faire pour prévenir tout dérapage ? »
Reynders compte mettre à profit ses deux jours à Kinshasa pour tenter de trouver une réponse…

19 avril 2016

Fausse accalmie au Burundi

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Eclipsé par d’autres urgences, le Burundi s’enfonce dans ce qui pourrait être qualifié de «crise de basse intensité » et il ne fait plus les grands titres. La sortie de l’impasse actuelle pourrait être d‘autant plus terrifiante car la reprise en mains n’est qu’apparente et s’accompagne d’une répression quotidienne. Depuis le début de la crise, plus de 400 personnes ont été tuées, une estimation jugée minimaliste par beaucoup, les arrestations se chiffrent par milliers et 250.000 Burundais ont fui à l’étranger. Selon le Haut Commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, 345 cas de tortures et de mauvais traitements ont été enregistrés depuis le début de cette année, soit près de 600 sur les douze derniers mois.
Ces sévices graves ne sont pas seulement infligés dans les lieux de détention officiels, ils se déroulent aussi dans des postes de police ou des prisons clandestines, des cellules disséminées à travers le pays et contrôlées par la « Documentation », nouveau nom du SNR (service national de renseignements).
La Documentation, dont le chef, le général Adolphe Nshimirimana a lui-même été assassiné l’an dernier par des inconnus, est un service de plus en plus sophistiqué, doté de pouvoirs considérables : directement lié au clan des durs proches de la présidence, il agit à la marge de l’Etat, ne rend compte à personne de ses actions et, avec la coopération des Imbonerakure, les milices de jeunes armées par le pouvoir, il a réussi à quadriller le territoire et à terroriser toute la population jusque dans les zones rurales.
Le système de répression s’appuie aussi sur quelques unités de l’armée et de la police, essentiellement composées de Hutus qui avaient naguère participé à la rébellion du CNDD, le parti au pouvoir, et qui estiment qu’après leurs années d’exil en Tanzanie et de maquis, ils ont une revanche à prendre. D’après les observateurs, ce « noyau dur » met en œuvre un agenda parallèle préparé durant les années de clandestinité.
Il faut se rappeler en effet que la base des Forces pour la défense de la démocratie, (FDD) a été recrutée dans les camps de réfugiés en Tanzanie, parmi les centaines de milliers de Hutus qui, en 1972 avaient été contraints de fuir le pays. Ils étaient visés par ce que l’on avait appelé à l’époque le « génocide sélectif » où des officiers tutsis avaient systématiquement éliminé des intellectuels hutus ( dont le père du président actuel, un instituteur étranglé avec sa cravate…). Les Tutsis, à l’époque, pensaient avoir « gagné du temps ». Le temps d’une génération… Le pouvoir actuel, porteur de cette volonté de revanche, ne s’estime pas lié par les accords d’Arusha, qui prévoyaient le partage du pouvoir, à raison de 40% pour les Tutsis, et un maximum de deux mandats pour le chef d’Etat en exercice. D’après les observateurs, on assiste actuellement à la mise en œuvre de cet « agenda caché » dont s’inspirent des généraux hutus issus de la rébellion qui s’emploient désormais à mettre à l’écart ou à éliminer physiquement leurs collègues, Tutsis et même Hutus, issus des anciennes Forces armées burundaises.
Ce « génocide au compte goutte » qui pourrait tout de même déboucher sur un bain de sang généralisé, est aussi rendu possible par les divisions au sein de l’opposition, malgré l’existence d’une plate forme commune, et surtout par l’ impuissance de la communauté internationale, où la Chine et la Russie refusent, au Conseil de Sécurité, d’adopter des mesures contraignantes pour le pouvoir en place, tandis que l’Union africaine elle-même ne dégage pas de ligne commune et que des armes arrivant à Bujumbura transiteraient par la Guinée Equatoriale et le Congo Brazzavile. Poursuivant dans son attitude de défi, Bujumbura a mis en garde les ressortissants de pays qui ont décidé de suspendre leur coopération avec le Burundi, dont la Belgique, leur demandant de regagner leur pays d’origine ou… de demander un visa touristique…

19 avril 2016

Congo: préparer les élections via un financement… par tranches?

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Tout en proposant aux partis de l’opposition, et principalement à l’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi, d’entrer dans un dialogue politique, le pouvoir de Kinshasa continue de jurer, la main sur le cœur, qu’il n’est pas question que le chef de l’Etat cherche à se faire élire pour un troisième mandat et qu’il n’a aucune intention de violer la Constitution, qui prévoit que son deuxième mandat actuel arrive à expiration fin 2016.
Pas question donc, à Kinshasa, de défier l’opinion nationale ou internationale en passant outre au prescrit constitutionnel et en gouvernant, comme au Burundi, par défi, en affrontant la violence de la rue et le désaveu des bailleurs de fonds.
Bien plus subtilement, le pouvoir congolais se contente de s’incliner devant une évidence : l’incapacité de la CENI (Commission électorale indépendante) d’organiser dans les délais requis des élections législatives et présidentielles, sans oublier les élections locales…La CENI, peut-être moins indépendante que ne l’indique son nom, vient d’ailleurs de confirmer qu’elle s’était fixé un timing de 17 mois pour fiabiliser le fichier électoral. C’est-à-dire pour dénombrer les morts et les rayer des listes, pour intégrer de 7 à 8 millions de jeunes ayant atteint l’âge de voter…
Autrement dit, à ce délai de 17 mois qui a pris court en février dernier devraient s’ajouter de quatre à six mois, le temps nécessaire à l’organisation des élections elles-mêmes. A ces problèmes d’agenda s’ajoutent de questions budgétaires : l’organisation des prochains scrutins devrait coûter plus de 500 millions de dollars et cette somme, en tout ou en partie, n’ayant pas été budgétisée depuis les dernières élections de 2011, force est de recourir à la communauté internationale. Mais, instruits par l’expérience, les bailleurs se montrent exigeants : ils exigent un calendrier électoral complet avant de consentir le moindre déboursement. Les Nations Unies ont formalisé ce point de vue par la résolution 2277 qui invite le CENI « à publier un calendrier complet révisé couvrant la totalité du cycle électoral » et demandant à la Monusco de « fournir une assistance technique et un soutien logistique pour la révision des listes électorales ».
La Monusco se voit aussi chargée « de promouvoir la consolidation de la paix et un dialogue politique transparent associant toutes les parties prenantes congolaises (…)afin d’ouvrir la voie à la tenue des élections. »
Idéalement, si un dialogue associant tous les partis, majorité comme opposition, aboutissait à un consensus accordant à la CENI un délai supplémentaire, moyennant la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, les élections pourraient être organisées dans des conditions acceptables et le spectre d’une « burundisation » du Congo serait écarté.
Mais à ce stade, le dialogue proposé par le pouvoir, et qui aboutirait à un partage des responsabilités, c’est à dire des postes, durant la période du « glissement », n’est pas accepté par une importante coalition, dite le G7. Composé d’anciens alliés de Kabila, le G7 refuse que, même à titre transitoire, Joseph Kabila reste en fonctions après l’expiration du délai légal. Des personnalités de poids, qui participaient naguère au pouvoir et s’en sont aujourd’hui exclues, comme Vital Kamerhe (ancien président de l’Assemblée nationale) Moïse Katumbi, (ex-gouverneur du Katanga) Charles Mwando, (ex ministre de la Défense), Gabriel Kyungu, (ex président de l’Assemblée provinciale du Katanga) Joseph Olenghakhoy souhaitent, pour des raisons évidentes, que l’on fasse à nouveau rouler les billes et qu’ils aient une chance de revenir aux affaires sans délai. Mais à contrario, tous les élus actuels, députés nationaux et provinciaux comme sénateurs, ne seraient pas hostiles à un « glissement » qui leur permettrait de garder leurs postes un peu plus longtemps et de retarder le verdict de l’électeur…
Quant à l’opinion congolaise, elle n’est rassurée ni par les préparatifs du dialogue, ni par le délai réclamé par la CENI, pas plus qu’elle n’est convaincue par les arguments d’ordre financier et elle soupçonne le pouvoir de vouloir tout simplement se maintenir le plus longtemps possible…
Un financement par tranches ?
C’est pourquoi, pour vaincre, au moins, le blocage financier et rendre un peu de confiance aux électeurs congolais, le député socialiste belge, Stephane Crusenière, membre de l’Interparlementaire européenne est rentré d’un voyage au Congo avec une solution astucieuse : «pourquoi ne pas procéder par tranches ? On pourrait dès aujourd’hui, débloquer les crédits qui permettront la remise en ordre du fichier électoral et intégreront les «nouveaux majeurs ».
Cette proposition a été examinée en Commission des Affaires étrangères de la Chambre. Si le principe de ce « financement par tranches » était adopté, il pourrait servir d’exemple à d’autres bailleurs et aurait au moins le mérite d’ôter au pouvoir congolais l’argument selon lequel les promesses de financement faites par la communauté internationale n’ont pas été tenues…

14 avril 2016

Moïse Katumbi, candidat unique de l’opposition?

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Si les plus grandes incertitudes planent encore à propos du financement, des dates et des modalités des futures élections congolaises, il est d’ores et déjà certain que les état majors politiques ont entamé de grandes manœuvres et qu’au sein de la majorité comme de l’opposition, nul n’ignore que le mandat du président Kabila se terminera officiellement fin 25 novembre prochain.
Alors que le principal intéressé ne s’est pas encore prononcé publiquement, ses alliés membres de la « majorité présidentielle » tentent toujours d’ouvrir un « dialogue national » avec une partie de l’opposition, incarnée par Etienne Tshisekedi. Ce dialogue devrait aboutir à la gestion concertée d’une période intermédiaire, lourde de dangers potentiels : celle qui séparerait la fin officielle du mandat présidentiel de l’organisation d’un nouveau scrutin dans des conditions acceptables. Un délai qui, pour certains se réduirait à quelques mois, mais que d’autres comptent déjà en années…
S’il réussissait, le « dialogue » devrait mener au maintien du président Kabila à la présidence, pour une période déterminée, en échange d’une gestion concertée du pays voire de la mise sur pied d’un « gouvernement d’union nationale » qui inclurait dans le gouvernement une partie de l’opposition.
L’Union africaine, qui redoute par-dessus tout la déstabilisation du pays et qui a déjà avalisé bien des entorses aux Constitutions africaines, a désigné l’ancien président togolais Edem Kodjo comme « facilitateur » d’un « dialogue » dont ni les participants ni le calendrier ne sont encore fixés. Quant à l’ONU, sous la poussée de Washington, elle maintient une attitude plus stricte, exigeant toujours que les élections aient lieu à la date prévue par la Constitution. Cette position incarnée par la résolution 2277 a été qualifiée d’ « irresponsable » par le ministre congolais des Affaires étrangères.
Repoussant l’idée de ce « dialogue national» synonyme de compromis et de « partage du gâteau », le G7 un groupement de sept partis qui étaient naguère membres de la majorité présidentielle, a décidé d’aller de l’avant et a proposé à Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, de se présenter officiellement comme candidat à l’élection présidentielle.
S’il multiplie les consultations, au Congo et à l’étranger, l’intéressé n’a pas encore officiellement répondu à cette offre qui est peut-être prématurée et marquée par certaines ambiguïtés. En effet, il n’est pas certain que d’autres personnalités membres du G7 aient déjà renoncé à leurs propres ambitions pour se mettre au service de l’ancien gouverneur du Katanga. Sait on déjà ce que décidera en définitive Vital Kamerhe, président de l’UNC, (Union pour la nation congolaise) et ancien président du Parlement, qui jouit d’une grande popularité dans l’Est du pays ainsi qu’à Kinshasa ?
Est on certain que Jean-Pierre Bemba, président du MLC (Mouvement pour la libération du Congo) en appel à La Haye après avoir été condamné par la Cour pénale internationale donnera pour consigne à ses partisans de l’Equateur et de Kinshasa de voter pour Katumbi le Katangais, qui fut longtemps un allié de Kabila ? Quant à Etienne Tshisekedi, qui séjourne toujours à Bruxelles pour des raisons médicales, il est autant courtisé par le G7 que par le pouvoir mais on sait aussi que l’imprévisible octogénaire garde la ferme conviction que c’est à lui seul que revient le titre de chef de l’Etat…
Si Moïse Katumbi garde aujourd’hui une longueur d’avance sur ses rivaux potentiels, il le doit à plusieurs atouts : son incontestable popularité, conquise grâce à son club de football, le Tout Puissant Mazembe et sa relativement bonne gestion du Katanga. Son succès repose aussi sur les moyens financiers qu’on lui prête : ses nouveaux alliés, plutôt désargentés, comptent aussi sur lui pour financer leur propre campagne électorale. Mais rien ne dit que Katumbi, bon gestionnaire de sa propre fortune, sera disposé à partager ses ressources avec des rivaux éventuels…
A l’heure où les « Panama papers » jettent une lumière crue sur les transactions opaques et les paradis fiscaux, les ressources financières de M. Katumbi pourraient d’ailleurs se transformer en faiblesse si certains de ses partenaires au Katanga, comme l’Israélien Dan Gertler, passaient soudain sous les feux des projecteurs. Mais en cas de scandale, un autre interlocuteur de Dan Gertler serait plus éclaboussé encore : le président Kabila, qui entretient des relations avec l’homme d’affaires depuis 1997, le reçoit régulièrement et lui a permis d’emporter des contrats importants, dans le domaine des diamants, des mines, du pétrole…

12 avril 2016

Des jeunes qui préparent le printemps de l’Afrique

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Casquette ou chapeau de rappeur, chemise ouverte, coiffure nette, vocabulaire imagé et engagé : ils pourraient se confondre avec des millions de jeunes en Afrique francophone. D’ailleurs, des millions de jeunes s’identifient à eux, rêvent dans leurs mots et à leurs rythmes. Et surtout, le seul nom de leurs mouvements, « Y en a marre », le « Balai citoyen » et autres « Filimbi » ( le sifflet) donne des sueurs froides aux classes politiques et fait trembler les services de sécurité.
Invités à Bruxelles par le Parlement européen, confrontant leurs expériences dans l’enceinte de l’ULB, quatre jeunes Africains, incarnant ce « Front citoyen » qui représente désormais l’avant garde des luttes en Afrique, ont d’abord présenté leur bilan. Il n’est pas mince : « au Sénégal », a expliqué l’ancien journaliste Aliou Sané, « nous sommes issus de longues luttes syndicales, d’une très ancienne opposition au parti unique, qui avait installé au pouvoir Léopold Sedar Senghor puis Abdou Diouf. A la fin du mandat de ce dernier, nous avons été lassés de l’arrogance du pouvoir, qui contrastait tellement avec la situation sociale de la population. Nous avons clamé « Y en a marre ». Marre de ces pièces sans électricité où on s’entasse à quatre pour étudier, marre de toutes ces inégalités. Aux jeunes, nous avons dit : «avant de faire la révolution, prenez votre carte d’électeur. Inscrivez vous sur les listes et allez voter. Et veillez ensuite à ce qu’on ne vole pas votre voix… Nous avons été entendus : Addoulaye Wade, qui aurait voulu rester président, a du s’incliner, renoncer à un mandat supplémentaire. A Macky Sall, qui lui a succédé, nous rappelons que nous n’avons pas appelé à voter pour lui, mais pour l’alternance, et qu’il devra présenter son bilan… »
Lorsqu’il se présente comme slammeur, le Tchadien Didier Lahaye porte le doux nom de Croque Mort. Lorsqu’il s’engage, il le fait sous la bannière de Iyina, un mouvement proche des jeunes « dans les écoles, sur les marchés, nous avons des cellules, nous parlons aux jeunes. Le président Deby est très fort, il a mobilisé à son service les meilleurs intellectuels du pays. Mais pour discuter, il a du passer par nous, car nous représentons la base… »
Comme son collègue tchadien, le rappeur burkinabe, Smokey, fondateur du mouvement «le Balai citoyen » estime que « l’art est le « véhicule de la transformation sociale. Nos concerts, qu’aucun jeune ne voudrait manquer, sont des meetings déguisés, C’est la musique qui permet de faire passer des messages. »
Le «non » du Burkina Faso à la réélection de Blaise Compaoré a été clair et massif et Compaoré, l’un des hommes forts de l’Afrique francophone a du quitter le pouvoir. Smokey a le triomphe modeste : « Nous sommes les héritiers de nombreuses luttes, menées entre autres sur le plan syndical. Aujourd’hui nous sommes dans un processus… Le dictateur est parti. Nous avons fait échouer une tentative de putch, soutenu les élections qui ont donné la victoire à Roch Kaboré. Chacun sait désormais que le pouvoir, cela ne se garde pas… »
Ces victoires font rêver le Congolais Floribert Anzuluni, qui, en exil en Belgique, représente le mouvement citoyen Filimbi (le sifflet). «Lorsque les rebelles du M23 ont envahi Goma, notre génération a soudain estimé que « trop c’est trop. Trop d’humiliation. Trop de mauvaise gestion. Ras le bol. Nous voulons qu’en novembre 2016 les élections aient lieu, dans le respect de la Constitution. Quel que soit le vainqueur…Même si ce dernier ne sera pas le meilleur des candidats, car le temps est compté, au moins nous aurons institué le principe de l’alternance. »
Atypiques, refusant les récupérations politiciennes ou économiques, (« nous nous finançons en vendant des T-shirts », dit Smokey, tandis que les Sénégalais organisent des « ateliers de rap »), ces mouvements citoyens ne craignent pas la répression.
Au Congo Kinshasa des militants de Filimbi sont détenus depuis un an, à Goma des membres de Lucha ont été condamné à six mois de prison pour avoir appelé à une journée morte. Au Burundi, 500 jeunes ont été tués car ils s’opposaient au troisième mandat de Pierre Nkurunziza… Mais est-ce au canon que l’on stoppe les vagues de fond ? A la mitrailleuse que l’on chasse les moustiques ? Ces jeunes Africains appartiennent à la génération Internet. Artistes ou intellectuels, ils surfent sur les réseaux sociaux, communiquent gratuitement, envoient des photos en temps réel, sont en même temps acteurs, communicateurs, mobilisateurs. « Ni l’argent ni les solutions ne viendront de l’étranger, dit Aliou Sané. A nous de trouver les solutions. Il faut rendre aux jeunes le goût de la démocratie. » Et Smokey de conclure : « Thomas Sankara est mort en 1987. Nous sommes ses enfants. Nous sommes là, enfin. Et déjà il est temps de préparer la relève… »

27 mars 2016

Ntite Aubert Kizito Mukendi: une bibliothèque s’est fermée

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Il y avait longtemps qu’Aubert Nitte Kizito Mukendi avait quitté la scène politique congolaise, mais il restait toujours présent dans le cœur de ses compatriotes, comme pionnier de l’indépendance et comme «conteur » qui, dans les films de Thierry Michel « le cycle du serpent » et «Mobutu roi du Zaïre » avait tenté d’expliquer non seulement les aléas politiques, mais les ressorts de l’âme de son pays, dénonçant en particulier les « cueilleurs »…
Né en 1935, Aubert Mukendi avait été l’un des premiers diplômés du Congo belge, sorti de l’Université de Liège avec un diplôme de docteur en mathématiques et d’astrophysicien. C’est à Liège d’ailleurs qu’il avait rencontré son épouse Josée et formé avec elle un couple indestructible. Dès 1960, ce militant nationaliste originaire du Kasaï fuit nommé Ministre des Transports par Patrice Lumumba et fut ensuite premier directeur d’Air Congo.
Dès la prise de pouvoir du général Mobutu en 1965 Aubert Mukendi s’afficha comme un opposant résolu et, aux côtés d’Etienne Tshisekedi, il fut l’un des fondateurs de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) le premier parti d’opposition au Congo, qui rivalisa bientôt avec le parti unique Mouvement populaire pour la révolution. Observateur engagé, Aubert Mukendi était aussi linguiste, conteur, écrivain.
Lorsqu’il fut porté au pouvoir par l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo ) Laurent Désiré Kabila, succédant à Mobutu, n’hésita pas un instant : il fit d’Aubert Mukendi son chef de cabinet, se servant de ce nationaliste rigoureux pour tenter de contrer l’influence des conseillers que le Rwanda avait placé à ses côtés, pour le contrôler autant que pour l’assister. Mukendi ne faillit pas à sa mission, entrant plusieurs fois en conflit ouvert avec Déogratias Bugera, un Tutsi congolais proche de Kigali.
Les affrontements entre les deux hommes contribuèrent d’ailleurs à faire comprendre aux Congolais les ambiguïtés de la situation et moins d’un an après l’arrivée au pouvoir de Kabila commençait la deuxième guerre du Congo, dont Mukendi avait très tôt compris et souligné les enjeux réels…
Même s’il était déçu par les évolutions de la politique congolaise, Aubert Mukendi, retiré à Paris, suivait toujours l’actualité avec passion, toujours écouté par ses compatriotes, toujours respecté pour sa rigueur et son intégrité…

23 mars 2016

Bruxelles capitale de la douleur

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Depuis 48 heures, les images de Bruxelles, vues sur des écrans étrangers, sont insoutenables. A l’horreur s’ajoutent la révolte, l’incompréhension, la peine de ne pas partager cette souffrance collective, mais aussi ce sentiment d’unité, autour de valeurs partagées, d’un destin commun soudain menacé… Avoir envie de dire à ses proches « nous sommes ensemble, nous sommes là, beaucoup ont du le ressentir de la même manière et au chagrin, à l’angoisse s’est ajoutée, dès les premières minutes de la tragédie, la démonstration d’une solidarité sans frontières. De monde entier, les messages ont afflué, inquiets, chaleureux, compassionnels. Bruxelles, soudain elle aussi, capitale de la douleur, propulsée au cœur du drame au lieu d’en être, comme souvent, le témoin. Certes, hier nous étions Charlie, nous étions le Paris du Bataclan,… Mais étions nous Bamako, Grand Bassam, Istanboul ? C’est moins sûr. Le sang qui éclabousse les Syriens, les Libyens, les Congolais de Beni ne nous apparaît il pas plus comme une pornographie de violence et de sang que comme un défi concret : avions nous vraiment compris que combattre la barbarie là bas, c’est aussi la mettre en échec chez nous. Si les dernières heures nous ont prouvé que la solidarité est sans frontières, nous avons perdu notre innocence, nous savons désormais que la haine est sans frontières elle aussi et que rien ne nous prémunit contre elle.
En ces heures de doute et de chagrin, c’est là aussi une source d’angoisse, de remords rétrospectif : aurions nous été tellement sûrs de nous, indifférents aux difficultés de l’intégration, à la montée des radicalismes, que des groupes entiers sont entrés en dissidence, au point de commettre des crimes innommables mais aussi, pour les logeurs, les recéleurs, de se solidariser concrètement avec les assassins ?
Et pourtant, dans ce petit pays nous avons connu des criminels hors normes. Des tueurs du Brabant wallon, des Marc Dutroux, des pasteur Pandy… Ceux là étaient bien de chez nous, ils n’étaient actionnés par aucune idéologie étrangère…N’est il pas temps de se demander comment ce pays peut engendrer de tels monstres, être le ferment de tant de haines, de méchanceté… Accuser l’Etat défaillant, les carences des pouvoirs publics, les égoïsmes et les aveuglements collectifs, c’est compréhensible mais cela ne suffit pas. Les voisins de Dutroux n’avaient rien remarqué, les habitants de la ceinture verte de Bruxelles ne mettaient pas les pieds sur les rives du canal et pour beaucoup les chiffres du chômage des jeunes et de l’échec scolaire sont restés des statistiques…
Aujourd’hui nous devons refuser l’échec, défendre nos valeurs, tout ce qui nous unit. Oui, demain on rira encore, on sortira encore dans la ville, on osera se pratiquer l’humour…Mais demain aussi après nous être serrés les coudes face à la haine et au déferlement du malheur, nous devrons mesurer que le sang des autres a la même couleur que le nôtre, que notre sécurité ne vaut rien si celle des autres n’est pas assurée, que pour mettre en échec les champions de la haine, de l’aveuglement, qui veulent nous faire plonger, nous n’avons pas d’autre choix que nous redresser et proclamer que le chagrin des Belges ne les immobilisera pas. Demain, oui, nous serons encore là, pour tenter d’inventer l’avenir. Comme les Parisiens hier, il nous faudra démontrer que nous sommes un vieux peuple qui sait ce que la résistance veut dire et que nous en sommes chacun responsables,pour que la vie reprenne et continue…