26 novembre 2014

Ma part c’est combien?: la formule magique du Katanga…

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Lubumbashi,

Envoyée spéciale,
Près d’un million de tonnes de cuivre par an ! Jamais, ni durant l’époque coloniale ni sous le règne de Mobutu le Katanga n’avait atteint un tel record de production. Et cependant, dans la capitale du Katanga, l’atmosphère est morose. Faute de contournement, d’immenses semi remorques, immatriculés en Zambie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, traversent le centre ville et les quartiers densément peuplés dans un halo de poussière et de pollution. Ils transportent des ballots de minerais bruts, qui seront transformés hors des frontières, ou des produits chimiques hautement toxiques. « En cas d’accident, nous connaîtrons un Seveso à la puissance dix » s’inquiète un médecin expatrié qui constate aussi une explosion de cancers affectant même de enfants en bas âge. Un ophtalmologue confirme : « à cause de la poussière et de la pollution, nous assistons à un multiplication de cancers de la rétine, entre autres chez les jeunes enfants… »
A la lisière de la ville, le site du Ruashi était autrefois le domaine des creuseurs artisanaux. Des milliers d’hommes, à mains nues, taillaient des galeries dans la terre meuble et en ramenaient des blocs striés de traînées rouges et brillantes. Aux abords de la carrière se pressaient les négociants, les femmes proposaient des brochettes, des bananes plaintain. Au milieu d’une musique assourdissante, l’argent, par petites coupures ou grosses poignées, circulait de main en main et il n’était pas rare de rencontrer des étudiants qui finançaient leurs études en devenant creuseurs à temps partiel. Ruashi aujourd’hui offre un paysage lunaire : la terre semble avoir été retournée par des mains de géants, les derniers arbres ont disparu, quelques silhouettes furtives se faufilent encore sur les collines de terre fraîchement retournées, dans l’espoir d’en ramener quelque caillou négligé par les excavatrices géantes. Des gardes sud africains défendent le site, des barbelés barrent l’horizon. Au volant de son taxi déglingué, Jacques se lamente : « les creuseurs ont été chassés et même les sites qui avaient été légalement attribués à l’exploitation artisanale ont été cédés aux grandes compagnies minières… Elles amènent leurs propres travailleurs, originaires d’Afrique australe et pour nous il n’y a rien. »
Depuis la signature des contrats chinois en 2007 et l’irruption des géants de l’industrie minière, le Katanga connaît un boom spectaculaire, mais la population n’en bénéficie guère. Comment s’en étonner ? Le Congo est en passe d’être exclu de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives) car 25 des principales sociétés minières de la place n’ont toujours pas pu prouver qu’elles payaient des impôts !
Certaines d’entre elles assurent qu’elles bénéficient d’exemptions aussi longtemps que leurs investissements n’ont pas été amortis, d’autres ont contourné la loi en bénéficiant de complicités politiques. « Ta kwangu ni ngapi ? », « ma part est de combien ? » Voilà une phrase que tous connaissent par cœur et qui a fini par être collée comme un surnom aux plus hautes autorités de l’Etat… Par ailleurs, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, ne cesse de réclamer que Kinshasa, au minimum, applique la loi qui prévoit de rétrocéder aux autorités provinciales 40% des taxes perçues dans la capitale. « L’an dernier, le Katanga a envoyé à Kinshasa trois milliards de dollars et il en a reçu trente en retour… » assure un responsable qui tient à rester discret, « c’est notre province qui finance la reconstruction du pays… Voyez les péages routiers : chaque camion qui franchit la frontière à Kasumbalesa doit payer une taxe de 300 dollars, et chaque jour, ce sont 1500 camions qui se dirigent vers la Zambie et les ports de l’Océan Indien…Faites le compte… »
Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, est un personnage paradoxal : chacun sait que sa flotte de camions, heureusement appelée « Hakuna Matata » (pas de problème) franchit, elle, les péages sans rien débourser, que l’homme politique est aussi un homme d’affaires avisé, qui possède des journaux à sa dévotion, une station de télévision et une fortune personnelle se chiffrant en dizaines de millions de dollars. Mais nul ne lui en tient rigueur, bien au contraire : « puisqu’il est déjà riche, il ne volera plus » disent les uns, tandis que d’autres soulignent combien « Moïse » est un homme charismatique, qui adore les bains de foule et sait se montrer généreux. Et tous les Lushois (habitants de Lubumbashi) de nous montrer avec fierté la route de l’aéroport, élargie et asphaltée de neuf, le robot « made in RDC » qui, comme à Kinshasa règle la circulation du centre ville, les lotissements de luxe qui, du côté du Golf ou de l’hôtel Karavia, abritent des nouveaux riches…En outre, le gouverneur est le « patron » de l’équipe de football locale, le Tout Puissant Mazembe, l’une des plus redoutables du continent. Aujourd’hui, en plus d’une aura qui dépasse largement les frontières de sa province, Moïse Katumbi apparaît comme une victime : alors qu’il séjourne à l’étranger depuis deux mois, entre autres à Londres, toutes les sources « bien informées » assurent qu’il aurait été empoisonné et que ses relations sont exécrables avec le président Kabila depuis qu’il aurait exprimé son opposition à tout changement de constitution…
Hier membre de la majorité présidentielle à la tête de son parti, « Solidarité katangaise pour la démocratie et le développement » Me Muyambo nous reçoit dans une luxueuse villa qui domine un parking où sont alignées des Hummer et autres 4x4de luxe. Passé à l’opposition, le bâtonnier se dit « hostile à l’idée d’un troisième mandat présidentiel. Il est certain que le changement de la Constitution provoquera des troubles au Congo : la population, au Katanga comme ailleurs, dit non. » Selon lui, dans la perspectives de prochaines contestations, le pouvoir se durcit : « alors que j’avais affrété un avion privé pour pouvoir aller tenir un meeting à Mbuji Mayi, au Kasaï oriental, c’est le Ministre de l’Intérieur lui-même qui, depuis Kinshasa, a ordonné à l’appareil de faire demi-tour. »
Le désaveu de l’avocat est partagé par l’opinion : alors que le Katanga est considéré comme le fief électoral, la « base » du président Kabila , nous n’y avons rencontré personne, ni dans la rue ni dans les milieux intellectuels, qui soutienne l’idée d’une reconduction du chef de l’Etat après 2016. Pourquoi ? Ici aussi, la formule magique revient « de combien est ma part ? » et chacun, exemples ou rumeurs à l’appui, énumère les propriétés du « chef » et de sa famille dans la province : une ferme sur la route de Kasumbalesa, l’acquisition d’un domaine de 26.000 hectares à proximité de la réserve naturelle des Kundelungu, la transformation d’Ankoro, lieu d’origine de la famille Kabila, en « petit Gbadolite » katangais doté d’un aéroport flambant neuf, des participations dans les innombrables stations service qui ponctuent chaque carrefour de Lubumbashi. Tenues par des Somaliens, elles fournissent le carburant des véhicules privés mais aussi des innombrables groupes électrogènes qui tentent de compenser les coupures d’électricité et autres délestages quotidiens.
Le boom minier, l’abattage des arbres, la multiplication des génératrices sont en passe de modifier le climat généralement tempéré de Lubumbashi, située à 800 mètres d’altitude : en pleine saison des pluies, le thermomètre est monté à 42 degrés. Sur le plan politique, la capitale du cuivre est tout aussi chaude : chacun assure que s’il devait s’avérer que « Moïse » a bel et bien été empoisonné, les explosions de colère seront inévitables. « Le Burkina, ce sera ici », proclame un étudiant, taximan à ses heures…

26 novembre 2014

Ma part c’est combien?: la formule magique du Katanga…

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Lubumbashi,

Envoyée spéciale,
Près d’un million de tonnes de cuivre par an ! Jamais, ni durant l’époque coloniale ni sous le règne de Mobutu le Katanga n’avait atteint un tel record de production. Et cependant, dans la capitale du Katanga, l’atmosphère est morose. Faute de contournement, d’immenses semi remorques, immatriculés en Zambie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, traversent le centre ville et les quartiers densément peuplés dans un halo de poussière et de pollution. Ils transportent des ballots de minerais bruts, qui seront transformés hors des frontières, ou des produits chimiques hautement toxiques. « En cas d’accident, nous connaîtrons un Seveso à la puissance dix » s’inquiète un médecin expatrié qui constate aussi une explosion de cancers affectant même de enfants en bas âge. Un ophtalmologue confirme : « à cause de la poussière et de la pollution, nous assistons à un multiplication de cancers de la rétine, entre autres chez les jeunes enfants… »
A la lisière de la ville, le site du Ruashi était autrefois le domaine des creuseurs artisanaux. Des milliers d’hommes, à mains nues, taillaient des galeries dans la terre meuble et en ramenaient des blocs striés de traînées rouges et brillantes. Aux abords de la carrière se pressaient les négociants, les femmes proposaient des brochettes, des bananes plaintain. Au milieu d’une musique assourdissante, l’argent, par petites coupures ou grosses poignées, circulait de main en main et il n’était pas rare de rencontrer des étudiants qui finançaient leurs études en devenant creuseurs à temps partiel. Ruashi aujourd’hui offre un paysage lunaire : la terre semble avoir été retournée par des mains de géants, les derniers arbres ont disparu, quelques silhouettes furtives se faufilent encore sur les collines de terre fraîchement retournées, dans l’espoir d’en ramener quelque caillou négligé par les excavatrices géantes. Des gardes sud africains défendent le site, des barbelés barrent l’horizon. Au volant de son taxi déglingué, Jacques se lamente : « les creuseurs ont été chassés et même les sites qui avaient été légalement attribués à l’exploitation artisanale ont été cédés aux grandes compagnies minières… Elles amènent leurs propres travailleurs, originaires d’Afrique australe et pour nous il n’y a rien. »
Depuis la signature des contrats chinois en 2007 et l’irruption des géants de l’industrie minière, le Katanga connaît un boom spectaculaire, mais la population n’en bénéficie guère. Comment s’en étonner ? Le Congo est en passe d’être exclu de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives) car 25 des principales sociétés minières de la place n’ont toujours pas pu prouver qu’elles payaient des impôts !
Certaines d’entre elles assurent qu’elles bénéficient d’exemptions aussi longtemps que leurs investissements n’ont pas été amortis, d’autres ont contourné la loi en bénéficiant de complicités politiques. « Ta kwangu ni ngapi ? », « ma part est de combien ? » Voilà une phrase que tous connaissent par cœur et qui a fini par être collée comme un surnom aux plus hautes autorités de l’Etat… Par ailleurs, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, ne cesse de réclamer que Kinshasa, au minimum, applique la loi qui prévoit de rétrocéder aux autorités provinciales 40% des taxes perçues dans la capitale. « L’an dernier, le Katanga a envoyé à Kinshasa trois milliards de dollars et il en a reçu trente en retour… » assure un responsable qui tient à rester discret, « c’est notre province qui finance la reconstruction du pays… Voyez les péages routiers : chaque camion qui franchit la frontière à Kasumbalesa doit payer une taxe de 300 dollars, et chaque jour, ce sont 1500 camions qui se dirigent vers la Zambie et les ports de l’Océan Indien…Faites le compte… »
Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, est un personnage paradoxal : chacun sait que sa flotte de camions, heureusement appelée « Hakuna Matata » (pas de problème) franchit, elle, les péages sans rien débourser, que l’homme politique est aussi un homme d’affaires avisé, qui possède des journaux à sa dévotion, une station de télévision et une fortune personnelle se chiffrant en dizaines de millions de dollars. Mais nul ne lui en tient rigueur, bien au contraire : « puisqu’il est déjà riche, il ne volera plus » disent les uns, tandis que d’autres soulignent combien « Moïse » est un homme charismatique, qui adore les bains de foule et sait se montrer généreux. Et tous les Lushois (habitants de Lubumbashi) de nous montrer avec fierté la route de l’aéroport, élargie et asphaltée de neuf, le robot « made in RDC » qui, comme à Kinshasa règle la circulation du centre ville, les lotissements de luxe qui, du côté du Golf ou de l’hôtel Karavia, abritent des nouveaux riches…En outre, le gouverneur est le « patron » de l’équipe de football locale, le Tout Puissant Mazembe, l’une des plus redoutables du continent. Aujourd’hui, en plus d’une aura qui dépasse largement les frontières de sa province, Moïse Katumbi apparaît comme une victime : alors qu’il séjourne à l’étranger depuis deux mois, entre autres à Londres, toutes les sources « bien informées » assurent qu’il aurait été empoisonné et que ses relations sont exécrables avec le président Kabila depuis qu’il aurait exprimé son opposition à tout changement de constitution…
Hier membre de la majorité présidentielle à la tête de son parti, « Solidarité katangaise pour la démocratie et le développement » Me Muyambo nous reçoit dans une luxueuse villa qui domine un parking où sont alignées des Hummer et autres 4x4de luxe. Passé à l’opposition, le bâtonnier se dit « hostile à l’idée d’un troisième mandat présidentiel. Il est certain que le changement de la Constitution provoquera des troubles au Congo : la population, au Katanga comme ailleurs, dit non. » Selon lui, dans la perspectives de prochaines contestations, le pouvoir se durcit : « alors que j’avais affrété un avion privé pour pouvoir aller tenir un meeting à Mbuji Mayi, au Kasaï oriental, c’est le Ministre de l’Intérieur lui-même qui, depuis Kinshasa, a ordonné à l’appareil de faire demi-tour. »
Le désaveu de l’avocat est partagé par l’opinion : alors que le Katanga est considéré comme le fief électoral, la « base » du président Kabila , nous n’y avons rencontré personne, ni dans la rue ni dans les milieux intellectuels, qui soutienne l’idée d’une reconduction du chef de l’Etat après 2016. Pourquoi ? Ici aussi, la formule magique revient « de combien est ma part ? » et chacun, exemples ou rumeurs à l’appui, énumère les propriétés du « chef » et de sa famille dans la province : une ferme sur la route de Kasumbalesa, l’acquisition d’un domaine de 26.000 hectares à proximité de la réserve naturelle des Kundelungu, la transformation d’Ankoro, lieu d’origine de la famille Kabila, en « petit Gbadolite » katangais doté d’un aéroport flambant neuf, des participations dans les innombrables stations service qui ponctuent chaque carrefour de Lubumbashi. Tenues par des Somaliens, elles fournissent le carburant des véhicules privés mais aussi des innombrables groupes électrogènes qui tentent de compenser les coupures d’électricité et autres délestages quotidiens.
Le boom minier, l’abattage des arbres, la multiplication des génératrices sont en passe de modifier le climat généralement tempéré de Lubumbashi, située à 800 mètres d’altitude : en pleine saison des pluies, le thermomètre est monté à 42 degrés. Sur le plan politique, la capitale du cuivre est tout aussi chaude : chacun assure que s’il devait s’avérer que « Moïse » a bel et bien été empoisonné, les explosions de colère seront inévitables. « Le Burkina, ce sera ici », proclame un étudiant, taximan à ses heures…

18 novembre 2014

Te Deum centenaire à Kinshasa

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Le temps passe, les régimes changent, les générations se succèdent…Et cependant, il est des liens qui demeurent constants, comme les souvenirs communs entre la Belgique et le Congo. Ils ont amené une foule nombreuse, Belges et Congolais, côte à côte et tous vêtus avec le même souci d’élégance, à célébrer ensemble, à l’église Sainte Anne de Kinshasa, le traditionnel Te Deum en l’honneur du roi des Belges, chanté en lingala, avec comme refrain « totondo ya zambe », (à toi Dieu nous rendons grâce…)
L’anniversaire était double, sinon triple : c’est en 1914 que, dans le village de pêcheurs, simple comptoir commercial appelé à devenir l’immense Léopoldville, que fut entamée la construction de la petite église qui allait devenir la première cathédrale du Congo. Un an plus tard, ses voûtes gothiques devaient retentir du premier Te Deum, entonné avec d’autant plus de ferveur et qu’à ce moment la Belgique était occupée par l’armée impériale allemande. A l’est du continent, des troupes congolaises et belges s’employaient à repousser les avancées allemandes en Afrique, remportant plus tard la fameuse bataille de Tabora qui allait installer la Belgique dans le camp des vainqueurs et lui offrir un protectorat sur le Rwanda et le Burundi, au prix de plus de 20.000 morts, victimes des combats ou des maladies.
Depuis ces premières prières de soutien au « Roi chevalier » chaque année, sans exception, l’église Sainte Anne accueille le Te Deum d’hommage à la famille royale.
Aujourd’hui encore, alors qu’en métropole, les institutions symbolisant le destin commun des Belges sont affaiblies sinon combattues, à Kinshasa, de nombreux Congolais semblent avoir pris le relais de leurs « oncles » vieillissants : ils ne craignent pas, eux, d’afficher les sentiments de fidélité que leur inspire l’ancienne métropole, ils entonnent avec une même vigueur les deux hymnes nationaux et prient de bon cœur pour le roi Philippe comme naguère pour Albert, Baudouin, Léopold…
Au nom de l’amitié, de la pérennité de ces liens centenaires, l’ambassadeur de Belgique Michel Lastschenko se permit aussi de rappeler quelques uns des principes qui, en dépit des changements, garantissent la solidité des institutions. Il exhorta ainsi les Congolais à respecter leur Constitution, du moins ses dispositions conçues comme immuables (allusion non déguisée à l’article 220, qui limite à deux les mandats du chef de l’Etat) et à respecter les échéances électorales, afin de ne pas mettre en péril la « clé de voûte » du contrat social liant les dirigeants et les citoyens.
La cérémonie terminée, c’est sous la pénombre des arbres centenaires que les représentants des deux communautés partagèrent cet autre élément de leur héritage commun, la bière généreusement proposée…

18 novembre 2014

Le Congo tire la leçon des évènements de Ouagadougou

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Linshasa,

« La leçon »… En couverture, « Vis-à-vis », un nouveau périodique apparu à Kinshasa a montré en pleine page un Blaise Compaoré déconfit et pensif, sous un titre qui exprimait la question que se posent tous les Congolais : quelle leçon leur pays tirera-t-il de la succession des évènements au Burkina Faso, où les militaires se sont finalement retirés au profit d’un civil qui dirigera la transition ? Dès que les premières manifestations ont secoué Ouagadougou, de nombreux Congolais y ont vu des signes prémonitoires tandis que dans les cercles du pouvoir, on s’inquiétait de l’exfiltration discrète d’une délégation congolaise qui se trouvait dans la capitale burkinabe au mauvais moment et à la mauvaise heure…
Même si la situation des deux pays n’est pas comparable (Compaoré était au pouvoir depuis 27 ans…) en RDC aussi se pose la question des prochaines échéances électorales. En effet, c’est en novembre 2016 qu’arrive à son terme le deuxième mandat de Joseph Kabila, qui occupe le fauteuil présidentiel depuis la mort de son père en 2001. Depuis des mois, des ballons d’essai sont lancés depuis les rangs de la majorité présidentielle pour évoquer la modification de l’article 220 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de termes du chef de l’Etat. Cette hypothèse a déjà suscité les critiques de l’opposition et le refus de la société civile tandis que, dans toutes les églises du pays, les évêques ont fait lire une lettre pastorale désavouant toute modification du prescrit constitutionnel. En outre, les formations politiques qui appartiennent à la majorité présidentielle sont elles-mêmes divisées sur le sujet. Très implanté à l’intérieur du pays, le Mouvement social pour le renouveau, deuxième force au Parlement, a reflété une opinion largement partagée : « la Constitution est le socle de la paix. Si on y touche, malgré le fait que j’ai la chance d’avoir un travail régulier, je suis prêt à descendre dans la rue et à perdre ma journée de salaire» nous assure Pierre, un jeune métis de Kinshasa, chauffeur de son état…
Mais aujourd’hui, ce débat semble s’essouffler. Alors qu’au sein de la majorité, la décision semblait acquise, tous aujourd’hui semblent frappés d’amnésie. « Jamais le chef de l’Etat ne s’est prononcé sur le sujet » nous assure un ancien ambassadeur. « Il n’a pas encore tranché, ce qui compte pour lui, c’est la stabilité du pays » répète un autre proche. « Le meilleur discours, c’est le silence » nous assurait Kabila lui-même en juillet dernier… Aujourd’hui l’attentisme de celui que l’on appelle souvent « Subiri » (attendre en swahili), joue en sa faveur :à ceux qui voulaient le pousser à « rempiler », le président peut démontrer, exemple du Burkina Faso à la clé, que la partie n’est pas jouable…
Cela étant, rien n’est réglé : depuis un an, le gouvernement est démissionnaire, les ministres ont déjà touché leur indemnité de sortie (six mois de salaire…) et, de l’avis général, toutes les grandes décisions sont suspendues. Alors que la nouvelle équipe était attendue pour la rentrée parlementaire de septembre, cette fois, l’échéance de décembre, fin de la session, est citée, à moins que Kabila ne s’exprime lors de son discours à la Nation.
Cette paralysie officielle n’empêche pas les tractations de coulisses. En effet, comme il avait été décidé à l’issue des concertations nationales de 2013, des « poids lourds » de l’opposition devraient entrer dans le futur gouvernement. Cet accès aux ressources du pouvoir devrait permettre à leurs formations de se doter des moyens de mener campagne lors des prochaines échéances électorales et…d’accepter quelques entorses au prescrit constitutionnel.
L’hypothèse la plus souvent citée est celle d’un report des élections présidentielles, d’une ou deux années : la sacro-sainte Constitution ne serait pas modifiée, mais tous se mettraient d’accord pour retarder l’échéance en invoquant des raisons pratiques. En effet, l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale, s’est engagé à organiser un recensement général avant tout scrutin et Adolphe Lumanu, ancien ministre de l’Intérieur, a été chargé de diriger l’exercice. Or, aussi nécessaire, sinon indispensable soit-il ( les Congolais ignorent le chiffre exact de leur population !) un recensement techniquement impeccable coûte cher, prend du temps et se prolongera sans doute au-delà de l’échéance de fin 2016.
Pour que le cap soit franchi sans hostilité majeure, l’appui de l’opposition sera nécessaire, d’où l’inclusion probable de certains ténors au sein du gouvernement. Cependant, l’issue du procès de Jean-Pierre Bemba à La Haye, en décembre prochain, pèse sur ce scénario car une éventuelle remise en liberté du fondateur du Mouvement pour la libération du Congo après cinq années de détention aurait, à Kinshasa et dans l’Equateur, des effets imprévisibles…
Voilà pour le schéma, esquissé en secret dans les état majors et… débattu à tous les coins de rue. Mais la leçon du Burkina Faso, où Compaoré n’avait rien vu venir, c’est aussi que des vagues de fond peuvent se produire, où la population, écoeurée par les inégalités et les injustices, se soulève soudain pour réclamer un changement en profondeur. Jamais, dans les rues de Kinshasa, on n’a vu autant de Hummer et de Porsche Cayenne, les voitures les plus chères du monde…
Une « révolution de la moralité » à côté de la « révolution de la modernité » tant vantée aujourd’hui…Et là, au Congo comme à Ouagadougou, on pourrait alors voir apparaître de nouvelles têtes, des leaders issus de la société civile et des forces citoyennes, qui prendraient de court les calculs des politiciens et les ambitions des militaires…

18 novembre 2014

Le retour de Miss Nobody à Kisangani

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En novembre 1964, Brigitte Peneff avait sept ans. Pour toute la presse internationale de l’époque, qui publiait en « une » son petit visage terrorisé, elle était « Miss Nobody ». Une petite fille perdue au milieu des tueries de Kisangani, Stanleyville à l’époque. Une petite fille debout à côté de ses parents blessés, de son oncle mort d’une balle dans la tête, une petite fille évacuée vers une Belgique dont elle ignorait tout car son pays c’était le Congo.
Durant cinquante ans, Brigitte Peneff, comme la plupart des Belges, a tourné la page de l’album de photos. Mais cette année, en compagnie de son mari et du cinéaste Bernard Balteau, « Miss Nobody » est retournée au Congo où ses souvenirs l’attendaient, où elle a réussi à retrouver des témoins de l’époque, y compris le chef des rebelles Simba, Christophe Gbenye, qui ne se souvient que de quelques « balles perdues », de part et d’autre…
Ce voyage consacré au travail de mémoire, à l’achèvement d’un long processus de deuil, est devenu, grâce à Bernard Balteau, un remarquable film historique qui nous rappelle soudain une époque où à la tribune des Nations unies, le remarquable tribun qu’était Paul-Henri Spaak défendait le principe de l’opération belgo américaine sur Stanleyville : le 24 novembre, les paras belges avaient mis fin à l’une des plus grandes prises d’otages de l’histoire, 800 civils belges, 300 Américains pris au piège d’une ville dont s’étaient emparés les rebelles Simba, se réclamant de Patrice Lumumba et hostiles aux autorités de Kinshasa.
Comme beaucoup de Belges restés au Congo après l’indépendance, la famille Peneff ne se doutait pas que son pays d’adoption était devenu l’un des enjeux de la guerre froide : le gouvernement de Kinshasa et surtout son chef des armées, le colonel Mobutu qui allait prendre le pouvoir un an plus tard, était soutenu par les Occidentaux, les rebelles qui combattaient dans la Province orientale mais aussi au Kivu, au nom d’un Patrice Lumumba qui incarnait la légitimité des élections de 1960, étaient considérés comme les alliés de Moscou et de Pékin.
Avec rigueur, aidé par des archives qui ravivent tous les souvenirs, Bernard Balteau restitue le contexte de l’époque et en particulier la montée vers Stanleyville de l’Opération Ommegang. Dans cette colonne se côtoient, en plus de l’armée congolaise, des soldats belges et américains ainsi que de nombreux mercenaires, avec pour objectif la reconquête des provinces contrôlées par les rebelles.
C’est au moment où « Ommegang » se rapproche de Stanleyville que les civils occidentaux sont pris en otages par les Simbas : 300 Belges, dont les Peneff, se retrouvent rassemblés dans l’hôtel des Chutes. Ils y resteront plus de 100 jours avant d’être déplacés à l’hôtel Victoria. Dans ces lieux aujourd’hui décatis, envahis par la végétation, Brigitte Peneff se laisse envahir par les souvenirs : les rebelles nourrissaient leurs otages avec une sorte de bouillie tandis que les pêcheurs Wagenias, prenant pitié des enfants, leur apportaient du lait, une sorte d’étrange cohabitation s’installe entre des Simbas ceints de feuilles et couverts d’amulettes et des Blancs réduits à une attente impuissante.
Alors que l’ « Ommegang » pénètre dans la ville, 546 paras belges sautent sur Stanleyville et se précipitent pour délivrer les otages. Par assez vite pour éviter le massacre : paniqués, les rebelles ouvrent le feu, des corps d’Occidentaux jonchent les rues, le petit visage de Brigitte Peneff devient le symbole de la panique puis de la libération de 375 ressortissants belges…Balteau ne l’oublie pas : la répression, menée ensuite par l’armée de Mobutu sera terrible, les leaders de la rébellion fuient vers le Soudan mais autour de Stanleyville, la cité martyre, les collines seront jonchées de cadavres que nul n’ira filmer. En outre, l’intervention belgo américaine ne s’étendra pas aux villages de brousse et de nombreux missionnaires seront tués en guise de représailles.
Avec émotion et dignité, Brigitte Peneff a revisité cette page terrible de son enfance, dont ne subsiste plus, ni chez elle ni chez ses interlocuteurs congolais, la moindre acrimonie. Rien d’autre que la conscience, au-delà des drames de l’histoire, d’un destin partagé…

COLETTE BRAECKMAN

« Little Miss Nobody » Un film de Bernard Balteau, produit par « Les Films de la Passerelle » présenté à l’Espace Delvaux le 14 novembre et à la RTBF le 24 novembre

6 novembre 2014

TOus ensemble: le non tranquille des Belges à l’austérité

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Rouge. Vert. Tous ensemble, chantant, brandissant des drapeaux, des banderoles, marchant d’un bon pas sur les boulevards du centre: des dizaines de milliers de citoyens, répondant à l’appel des deux grands syndicats, ont défilé à Bruxelles mais aussi dans les rues adjacentes, comme si l’entonnoir était trop étroit pour canaliser une telle marée humaine, déversée sur la ville par trains entiers.
Un homme nous apostrophe : « on a dit que cette manifestation était organisée par les francophones, contre un gouvernement dominé par les Flamands. Dites bien que c’est faux : nous les Flamands, sommes les plus nombreux à être descendus sur Bruxelles. » Et son voisin d’ajouter » dites aussi que moi je suis un Flamand, un libéral, mais que je ne suis pas d’accord… »
Plus loin, des groupes s’inspirent de Stromae et chantent «tous ensemble » ; une chorale entonne Bandiera Rossa, de grands panneaux dénoncent les exemptions d’impôts dont bénéficient les multinationales…
C’est la manifestation du non, de la défense des droits acquis par des générations de travailleurs, au cours d’interminables réunions de « concertation sociale » qui ont forgé l’inimitable système belge, à la fois généreux et relativement performant, un système auquel le gouvernement de centre droit veut porter atteinte par une série de mesures. L’équipe dirigée par le libéral Charles Michel voulait frapper fort. Elle a été servie par le choc en retour : il y avait longtemps que les rues de Bruxelles n’avaient plus vu défiler une manifestation d’une telle ampleur, où Flamands et Francophones ont refait leur unité pour dénoncer, pèle mèle les atteintes à l’index, les coupes sombres dans les budgets de la santé, de l’enseignement, de la culture, au nom d’une austérité qui ne convainct plus personne de son efficacité…
L’avertissement était clair « ne touchez pas… » à mon droit de grève, à l’âge de ma pension, à ma retraite, à mes soins de santé, à mes transports, à mon salaire.. ». ON wse demande pour qui donc ont voté ces gens, lors des dernières élections ? S’ils avaient tous voté à gauche, on l’aurait vu… La réalité, c’est que les électeurs de Bart De Wever et même de Charles Michel sont eux aussi descendus dans la rue lorsque le vent du boulet les a frôlés. « Hey Bart, check your Rolex » proclamaient des dockers d’Anvers « it is time to revolt… »tandis qu’à côté d’eux, des Wallons affichaient bien haut “ les employés liégeois ne sont pas des esclaves… » et que d’autres scandaient « Michel poubelle »…
Ce non tranquille du peuple belge, qu’il soit du nord et du sud, ce refus pacifique de mesures prises sans concertation, sera-t-il entendu ? Nombreux étaient les manifestants d’origine étrangère, des « sans valeur ajoutée » s’il faut en croire le ministre Vrancken, chargé de l’immigration, qui ont participé à cet exercice de démocratie et se sont interrogés sur l’effet de telles démonstrations de force…En tous cas, la ville a tremblé sous les pas des marcheurs et dans l’écho des pétards et aux yeux de tous, une certitude s’est dégagée : « s’il le faut, on reviendra… »

4 novembre 2014

Les leçons du Burkina Faso ailleurs en Afrique

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D’heure en heure, du Nord jusqu’au Sud de l’Afrique, les internautes et les bloggeurs ont suivi le hashtag « lwili », inspiré par le nom du vêtement traditionnel que portaient les manifestants de la Place de la Nation à Ouagadougou. Durant ces quelques jours, les Burkinabe, connus pour leur calme, leur réserve ont, comme les Tunisiens aux premiers jours du printemps arabe, incarné les aspirations au changement de la jeunesse du continent.
Comment, d’une capitale à l’autre, ne pas lire ces « signes qui s’inscrivent sur les murs ? » Le bilan de Blaise Compaoré, si souvent mis en avant par la propagande du régime, était loin d’être le pire : une croissance économique de 8% mais avec des bénéfices très inégalement répartis et une corruption, souvent dénoncée, une stabilité relative, exceptionnelle pour la région, une stature internationale conférée à un chef d’Etat habile, médiateur dans de nombreuses crises régionales alors même qu’il les avait attisées ou en avait tiré profit… Miser sur ces relatifs succès, c’était oublier, comme en Tunisie, qu’aux yeux de populations jeunes, la stabilité est considérée comme allant de soi, tandis que l’absence de liberté, les inégalités et les compromissions du pouvoir sont jugées insupportables.
Les opinions publiques africaines n’ont pas été les seules à vivre à l’heure de Ouagadougou : dans les palais présidentiels aussi, on s’est efforcé de lire les signes des temps.
A la limite, les dictateurs les plus endurcis, qui n’ont fixé aucune limite à l’expiration de leurs mandats, sont peut-être ceux qui ont le moins à craindre tant leur système est verrouillé : ce n’est sans doute pas la rue qui bousculera Issaias Afeworki, maître absolu de l’Erythrée, Robert Mugabe, aux commandes du Zimbabwe depuis 1987 ou Eduardo dos Santos, qui dirige l’Angola depuis l’indépendance en 1975. Par contre, un pays comme le Cameroun, qui connaît un relatif développement et où Paul Biya règne depuis 31 ans, pourrait subir le contrecoup de la révolution burkinabe, suivie avec passion par l’opinion tandis qu’au Gabon, où Ali Bongo a succédé à son père, et au Togo, où Faure Eyadéma a également hérité du pouvoir paternel, la révolte pourrait se diriger contre l’aspect monarchique du pouvoir.
En fait, la leçon à tirer du Burkina Faso, c’est que les opinions publiques africaines, de plus en plus informées et politisées, sont résolument hostiles à la manipulation de leurs constitutions respectives. Or en Afrique centrale, plusieurs dirigeants, en fin de mandat, sont confrontés à l’hypothèse de leur maintien au pouvoir moyennant un éventuel « tripatouillage » de la Constitution : le Congo Brazzaville, où le mandat du président Sassou Nguesso se termine en 2016, le Burundi, où le président Nkurunziza doit décider s’il se représentera ou non en 2015 alors que son second et en principe dernier mandat se termine, le Rwanda où le président Kagame n’est, en principe, plus rééligible après 2017 et la République démocratique du Congo où le président Kabila achèvera, en 2016, son deuxième et dernier mandat.
Dans ces pays, l’échéance est particulièrement dangereuse car les dirigeants arrivés en fin de règne sont des hommes issus de la lutte armée, portés au pouvoir à l’issue d’une guerre civile (dans le cas de Sassou Nguesso), d’une guerre et d’un génocide (dans le cas du Rwanda) d’une guerre civile (le Burundi), d’une guerre opposant à la fois des Congolais et des forces étrangères dans le cas de Joseph Kabila qui succéda à son père assassiné. Autrement dit, pour de tels hommes, dont la matrice fut la violence et la lutte armée, la tentation peut être grande de recourir à la force pour demeurer au pouvoir. Mais l’exil ivoirien de Compaoré devrait aussi servir de leçon : les dirigeants d’Afrique centrale, revenus dans leur pays après avoir vécu à l’étranger comme des réfugiés, doivent aussi savoir que défier la volonté de leur peuple en s’accrochant au pouvoir peut les conduire à un nouvel et humiliant exode…

2 novembre 2014

Compaore sous la protection de son ami Ouattara

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Un prêté pour un rendu…Alors qu’il avait accueilli à Ouagadougou Alassane Ouattara, alors opposant, et appuyé les forces rebelles venues du Nord qui, après avoir coupé la Côte d’Ivoire en deux, allaient finir par chasser le président Laurent Gbagbo, Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par des manifestations populaires, a pu compter sur son voisin et ami. Après avoir quitté le palais présidentiel, vendredi après midi, au moment où le communiqué annonçant sa démission passait sur antenne, le chef de l’Etat déchu s’est initialement dirigé vers Po, son fief dans le sud du pays et selon certaines sources il aurait souhaité se rendre au Ghana ou au Togo. Mais selon Jeune Afrique, arrivé à 45 km de Po, le cortège a subitement bifurqué, quittant la route nationale où des manifestants attendaient le président en fuite. Ayant atteint par des chemins de brousse une zone non habitée, Blaise Compaoré et ses accompagnateurs furent récupérés par un hélicoptère envoyé par le président ivoirien Alassane Ouattara et emmenés à Yamoussoukro, la ville construite par l’ancien président Houphouet Boigny.
Depuis lors, l’ancien président et son épouse Chantal occupent une luxueuse demeure, la « villa des hôtes », dans l’enceinte de l’hôtel Président, aussi appelée le «Giscardium » car elle fut inaugurée autrefois par le président français Giscard d’Estaing. D’autres personnalités ont trouvé refuge en Côte d’Ivoire, dont le frère du président, François Compaoré, qui avait tenté de fuir le Burkina le 30 octobre avant d’être arrêté à l’aéroport.
Selon l’Agence France Presse, les réactions de l’opinion ivoirienne sont partagées : les anciens partisans de Laurent Gbagbo accusent Compaoré d’avoir soutenu la rébellion ayant porté au pouvoir Alassane Ouattara après la crise électorale de 2010-2011 qui fit plus de 3000 morts, Par contre, la population de la Côte d’Ivoire comptant quelque 30% de Burkinabé, émigrants de fraîche date ou résidents plus anciens, Compaoré trouve parmi eux de nombreux partisans qui rappellent que dans la crise ivoirienne, celui qui était considéré par certains comme un pyromane a aussi tenu le rôle d’un médiateur.

2 novembre 2014

Recreatrales à Ouagadougou: en prise sur la révolution

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« Ce que nous vivons, c’est l’insurrection d’un peuple qui a longtemps attendu pour reprendre son destin en mains. Pour les dirigeants, le réveil a été brutal : en fait, Blaise Compaoré ne connaissait pas son peuple. Ce dernier, en état d’amnésie depuis les années 60, s’est brusquement réveillé. La pauvreté a ceci de bon qu’elle confère aux gens la lucidité qui leur permet de constater toutes les failles du système… »
A Ouagadougou, le comédien metteur en scène Etienne Minoungou assure qu’il vit une expérience extraordinaire. En effet, après avoir présenté à Bruxelles son spectacle « Mohamed Ali » un monologue consacré au boxeur noir américain qui, voici 40 ans exactement disputa son match historique à Kinshasa contre Georges Foreman, l’acteur belgo-burkinabe participe en ce moment à Ouagadougou au Festival « Récréthéâtrales ».
« Ce festival, en direct, évoquait ce qui était au cœur des préoccupations des gens » explique Minoungou, « les spectateurs faisaient des aller retour entre la Place de la Nation et des spectacles comme « la manifestation des hommes » qui se terminait par l’ enregistrement d’un éditorial de Norbert Zongo, où le journaliste, assassiné par la suite, évoquait la résistance politique dans nos pays. Dans un autre spectacle, des Congolais de Brazzaville adjuraient les autorités « de ne pas tripatouiller la Constitution », tandis que le groupe burkinabe, « le balai libéré » en première ligne du mouvement de contestation, prenait part lui aussi à une représentation…. »
« Le premier soir des manifestations » poursuit Minoungou, « nous avons du annuler le festival. Mais dès vendredi, tout a repris et nous faisons salle comble : des milliers de personnes font un va et vient entre nos représentations qui évoquent des luttes citoyennes, des combats en faveur de la démocratie, et les manifestations sur la place, où des foules, immenses et déterminées, ont fini par obtenir le départ du dictateur…. »
Minoungou, relativement optimiste par rapport à la suite des évènements, assure que « des négociations ont lieu, qui préparent l’après Compaoré…Les militaires ont entendu la clameur du peuple, et refusé d’ouvrir le feu sur la foule. Ce dimanche après midi, ce sont les hommes de la sécurité présidentielle qui quadrillent la ville. Alors que les négociations se poursuivent, je crois qu’on arrivera à un consensus… »

31 octobre 2014

“Nos amis sont formels: Compaoré doit partir”

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« Nos amis burkinabe nous ont expliqué qu’il s’agissait d’une affaire interne et que nous, les étrangers, nous n’avions rien à craindre… » Depuis dix ans, Giles Delouvroy, membre de l’association Traits d’Union, créée à l’athénée Robert Catteau à Bruxelles, se rend chaque année au Burkina Faso. Il y soutient activement une ONG locale, Clarté-Puukri, très active dans le domaine de l’enseignement.
Alors que le retour était prévu pour ce week end, le petit groupe de 14 Belges est cloîtré à Pissy, dans un hôtel de la périphérie de Ouagadougou et attend que les liaisons aériennes soient rétablies. « Les rues sont désertes » précise Giles, « parce que hier tout le monde s’était dirigé vers le centre ville pour aller manifester et aujourd’hui les gens sont retournés devant le palais présidentiel : ce qu’ils veulent, c’est le départ du président Compaoré. Nul n’a été convaincu par son message d’hier… On peut les comprendre : la population du Burkina, comme ailleurs en Afrique, est très jeune et tous les moins de 25 ans n’ont jamais connu que Compaoré comme président. Et grâce aux moyens de communication, nul n’ignore plus l’enrichissement du président et de ses proches, la corruption du régime…Les gens en ont assez, ils veulent que cela change.
Pour mes interlocuteurs, ni le message du président, ni celui du chef d’état major n’étaient assez clairs et tous sont décidés à poursuivre les manifestations. Cependant, même si Ouaga est toujours paralysée, les gens sont optimistes : ils affirment qu’un règlement pourrait intervenir assez rapidement. »
Giles conclut : « les étrangers ne sont absolument pas menacés, ils sont seulement pris à témoin et dans notre hôtel tout est calme. Le seul point, c’est que l’approvisionnement commence à manquer un peu… »