21 août 2006
Amère et incertaine victoire
Catégorie commentaire
Depuis trois semaines, les éloges pleuvent sur… les électeurs congolais. Observateurs, diplomates et autres représentants de la communauté internationale mettent en avant leur sang-froid, leur implication démocratique, leur détermination. Des louanges plus que méritées. Mais au moment crucial de la publication des résultats, ces compliments peuvent-ils être étendus aux autres acteurs ? Certes, le président Kabila l’emporte largement sur tous ses rivaux, mais il n’atteint pas la barre des 50 % et se voit imposer un deuxième tour qui réveillera toutes les passions sinon les risques de violence. Quant aux partisans de Bemba, ils contestent déjà la validité du scrutin, poursuivent leurs dénonciations incendiaires et on frémit déjà à l’idée du tour que prendra la prochaine campagne, où tous les coups seront permis.
Quant à la communauté internationale, si présente, si attentive, non seulement, elle a laissé inscrire dans la Constitution une exigence impossible (un deuxième tour deux semaines après la proclamation des résultats définitifs), mais elle avoue aujourd’hui ne pas avoir les moyens, pour l’instant en tout cas, de financer et d’organiser ce second tour !
Faudrait-il en conclure que, violant déjà la Constitution et les exigences des électeurs, il sera bientôt demandé aux acteurs politiques, au nom du réalisme, de conclure un nouvel « accord inclusif » à l’issue d’une tractation entre les vainqueurs et les vaincus ? Afin que chacun s’y retrouve et que la violence, toujours latente (la dernière fusillade à Kinshasa le démontre), soit, momentanément, conjurée ?
Au moment de la proclamation des résultats si attendus, tant de nuages s’amoncellent sur les prochaines semaines qu’on se demande si le 30 juillet n’a pas été la plus belle journée qu’ait connue le Congo depuis longtemps, et avant longtemps…
Il faut cependant conseiller à tous les acteurs, tant nationaux qu’étrangers, de ne pas jouer avec les sentiments de ces électeurs qu’ils ont sollicités ou félicités. De s’en tenir, plus que jamais, aux engagements qu’impliquent les textes signés. Car, si le vote leur était dérobé, la fureur des électeurs trompés pourrait être à la mesure des espoirs déçus…