22 août 2006
Kinshasa reprend son souffle
Catégorie actualité
Pour la troisième journée consécutive, le quartier de la Gombe à Kinshasa où se trouvent la résidence du vice-président Jean-Pierre Bemba et celle du président Kabila a connu des tirs nourris, échangés entre des combattants fidèles à Bemba et des militaires relevant du chef de l’Etat.
Cependant, la situation n’a pas dégénéré car les militaires de la Mission des Nations unies au Congo ont protégé le quartier général de Bemba tandis que la force européenne EUFOR a été renforcée dans la journée par 200 soldats allemands prépositionnés au Gabon et par des hélicoptères d’attaque et de transport.
Ce déploiement militaire s’est opéré parallèlement à une intense activité diplomatique: Wiliam Swing, le «patron» de la MONUC, a rencontré le chef de l’Etat dans la matinée en compagnie des autres ambassadeurs membres du comité d’accompagnement de la transition. Ces derniers, qui n’avaient pu quitter les caves de la résidence de Bemba que tard dans la soirée, exfiltrés par les militaires onusiens et européens,ont exprimé leur mécontentement et refusé d’entendre les explications qui leur étaient proposées.
William Swing a exhorté les deux protagonistes à se rencontrer au plus tôt. Dans la journée, les appels au calme se sont multipliés, notemment dans le chef de l’Eglise catholique tandis que Paris et Bruxelles exprimaient leurs graves préoccupations, en exhortant leurs ressortissants à la prudence. En effet, alors que, du côté belge, le plan «Pyramide» permettant l’extraction éventuelle des expatriés est actionné, les Occidentaux résidant à Kinshasa craignent de faire l’objet d’une vague de pillages, de premiers troubles ayant été signalés à l’est de la ville. Depuis Bruxelles, Karel De Gucht, comme le Premier Ministre Verhofstadt ont eu des contacts directs avec le président Kabila et le premier sans s’attarder sur les causes des affrontements, a qualifié d’ «inacceptable» la démonstration de force qui s’est déroulée lundi autour de la résidence de M. Bemba. Dans l’après midi, le président Kabila s’est prononcé pour le cantonnement immédiat des éléments de la garde présidentielle et des hommes relevant du vice-président Jean Pierre Bemba. Il a été décidé de constituer des patrouilles mixtes, compiosées de soldats européens et onusiens, et de militaires relevant de MM. Kabila et Bemba, chargées de veiller à ce que le casernement soit efffectif dès 17 heures.
Le chef de cabinat du président, She Okitundu, a exigé qu’une enquête soit menée pour déterminer l’origine des échanges de tirs de lundi. En effet, retraçant la chronologie des évènements, il nous a expliqué que les incidents avaient commencé dimanche, lorsque M. Bemba a voulu se diriger vers sa chaîne de télévision. Chez Kabila, on assure qu’il avait l’intention de proclamer sa victoire et de contester le chiffre qui lui a été attribué. M. Musangana, le porte parole de M. Bemba, assure, lui, que le vice-président voulait simplement remercier ses électeurs et proclamer son intention d’aller au second tour. Des tirs ont alors été échangés entre les gardes de Bemba s et des policiers, faisant quatre morts tandis que deux éléments de la garde présidentielle étaient enlevés. Lundi après midi, nous assure She Okitundu, des tirs venant de la résidence de Bemba, ont éclaté autour de la Primature, alors que je me trouvais à proximité des bureaux du chef de l’Etat au Palais de la Nation. Nous avons craint un moment une action contre le président Kabila. La garde républicaine, appelée sur les lieux, a ouvert le feu détruit l’hélicoptère de Bemba et tenté de récupérer les deux otages dans la résidence. Les coups de mortier ont été tirés alors que les ambassadeurs étaient en audience chez le vice-président.
Au même moment, selon d’autres sources, des militaires de Bemba, casernés à Kibomango, auraient commencé à faire mouvement vers l’aéroport et la radio aurait du coordonner les actions de ces divers éléments si son signal d’émission n’avait été suspendu in extremispar le ministre de l’Information Mova Sakanyi. Les partisans de Bemba soulignent cependant que Digitalcongo, la chaîne du président, continue, elle, à émettre des messages belliqueux sans être inquiétée. Cette guerre des ondes a incité Reporters sans Frontières à mettre en garde tous les protagonistes.
Colette Braeckman