22 août 2006

Le verdict de la poudre fait déjà deux perdants

Catégorie commentaire

Les diplomates qui se réjouissaient ouvertement de la tenue d’un second tour, assurant que cette perspective allait faire baisser la tension à Kinshasa, n’ont pas tardé à découvrir que le mieux pouvait être l’ennemi du bien.

Car, au-delà des congratulations de circonstance, ces élections ont fait deux déçus, qui estiment tous deux avoir été grugés d’une certaine manière : fort de sa popularité dans la capitale et dans l’Equateur, Jean-Pierre Bemba ne semble pas admettre n’avoir engrangé que 20 % des voix, tandis que le président Kabila renâcle d’autant plus devant la perspecticve d’une nouvelle épreuve électorale que les bailleurs, naguère si stricts sur la lettre des textes fondamentaux, avouent aujourd’hui ne pas avoir les moyens d’organiser ce scrutin dans le délai de deux semaines prévu par la Constitution et la loi électorale. Déçus, amers peut-être, épuisés par la campagne et l’attente des résultats, ces deux hommes que tout sépare sont également entourés de militants armés, prêts à en découdre à la moindre occasion et attentifs à la moindre provocation. Alors que 33 candidats se partageaient la scène durant le premier tour, cette fois, les esprits seront polarisés sur deux camps très différents, dirigés par des hommes qui connaissent la guerre et ne redoutent pas la violence.

Il fallait être naïf, ou inconséquent, pour miser sur leur patience, durant plus de deux mois. L’image d’un abbé Malu Malu traversant la ville protégé par une colonne de blindés pour s’en aller proclamer le résultat des élections était tristement prémonitoire de ce qui allait suivre : une prise en otage non seulement des ambassadeurs du CIAT terrés dans la cave de la résidence de Bemba jusque dans la soirée, mais aussi une tentative de confiscation d’un processus électoral devenu ingérable.

Comment les professionnels de la diplomatie ne se sont-ils pas rappelé les élections de 1992 en Angola, où le président dos Santos l’avait emporté sur son rival Jonas Savimbi, mais sans remporter la majorité absolue ? Le deuxième tour ne fut jamais organisé, et l’Angola qui avait voté pour la paix s’enfonça dans dix années de guerre…

Comment arrêter le Congo au bord du gouffre ? L’épreuve de force en cours à Kinshasa pourrait devenir autre chose qu’une simple démonstration d’autorité et en fin de soirée, elle pouvait laisser craindre l’imminence d’un coup d’État.

Si tel était le cas, la faute deviendrait impardonnable, injuriant à la fois la communauté internationale à travers ses diplomates mais surtout les électeurs congolais qui s’étaient prononcés pour le retour à la légalité et le rejet de la violence.

Dans le camp présidentiel, d’aucuns citent l’exemple d’Israël ayant déclenché la guerre au Liban pour rechercher ses deux soldats pris en otage. C’est oublier que dans cette riposte disproportionnée, l’État hébreu perdit beaucoup de son crédit moral, sans pour autant gagner la guerre.

Ici, dans cette violence disproportionnée elle aussi, plus que l’avenir des candidats, c’est celui du Congo qui se joue.