26 août 2006
Pauvre Congo, face à la régression de l’élite politique
Catégorie commentaire
Pauvre Congo ! Les images venues de Kinshasa, et l’interprétation qui en est donnée, sont lamentables. Alors que le peuple, massivement, avait voté pour la paix, c’est la violence qui a parlé à Kinshasa. Espérons que, en plus des déclarations du général Kinsempia, chef d’état-major général, une enquête réussisse à débrouiller l’écheveau fatal des provocations et de la réaction, à déterminer si l’action militaire contre la résidence du vice-président Bemba était bien une (trop ?) énergique tentative de rétablir l’ordre républicain et non une tentative d’élimination d’un rival…
Les images qui sont livrées donnent déjà un début de réponse : car enfin, ces corps qui jonchent le boulevard du 30 Juin semblent bien être ceux de policiers tués dans l’exercice de leurs fonctions, alors qu’ils gardaient des immeubles officiels. Ce qui était le cas aussi pour les policiers abattus la veille. Quelle tristesse ! Ceux qu’en Côte d’Ivoire on appelle les «corps habillés» commençaient à peine à se faire apprécier de la population, par leur sérieux, leur cohésion.. Certes, il y avait encore ça et là des exactions, des demandes de paiement injustifiées, des amendes qui ressemblaient à des rançons, mais malgré cela, de l’avis de beaucoup, la police commençait à devenir une institution respectée.
Est-ce pour cela que les policiers ont été les premières cibles ? Parce qu’ils incarnaient l’ordre républicain ? Ou bien les soupçonnait-on d’être des miliciens déguisés, au service du candidat Kabila plus que de l’Etat ? Et comment interpréter cette information donnée par l’Agence France Presse selon laquelle les policiers abattus ont été découverts avec un double uniforme, la tenue bleue de la police dissimulant l’uniforme noir de la garde présidentielle ? Si cela devait se confirmer, le danger serait évidemment immense pour tous les policiers de la ville, qui ne seraient plus considérés comme des hommes neutres, mais comme des belligérants potentiels…
Et dans cette hypothèse, pauvre Congo encore, car une fois de plus la perception des institutions publiques devra être corrigée…
A présent que l’attente du deuxième tour s’est ouverte dans la violence – provocations de l’un, réponse musclée de l’autre -, on ne peut que constater une régression sur le plan politique. Car à lire les commentaires, ceux de la presse mais aussi ceux des diplomates, on constate qu’un chef d’Etat en exercice et un vice-président de la République, c’est-à-dire deux personnages clés, liés par des serments, détenteurs de lourdes responsabilités qu’ils ont d’ailleurs partagé durant la transition, sont aujourd’hui ravalés au rang de chefs de bande.
Dans tous les commentaires, Bemba et ses fanatiques de la «congolité», Kabila et ses gardes présidentiels, sont désormais décrits comme des factieux potentiels. Il est question de leur «camp», ils sont réduits à leur vocation originelle de chefs de guerre, qu’ils s’étaient efforcés de faire oublier durant toute la transition…
Et l’Etat dans tout cela, et les institutions, et le respect de l’autre qu’impliquent les accords conclus, et ces vertus des dirigeants, qui auraient dû se montrer à la hauteur de la dignité, de la conscience des électeurs ?
Le président Kabila se veut garant des institutions, et ce serait pour les défendre que lundi dernier il a répliqué en force. Mais l’image qui subsiste de cette folle journée est-elle bien celle-là ?
On ne peut que frémir en imaginant les semaines qui séparent encore du 29 octobre. Se pourrait-il que tous les acquis de la transition, tout ce capital de travail et d’espoir dont on commençait à constater les effets soit en passe d’être dilapidé ?