Des fossettes, un regard vif caché derrière une lourde monture : Nzanga Mobutu, à 36 ans, rappelle son père au temps où il incarnait les espérances du Congo. Comme lui d’ailleurs, il refuse les clivages régionaux et ethniques, récuse le thème de la « congolité » et donne la priorité à la réconciliation nationale. 
Les électeurs ont été sensibles au programme de son parti, l’Udemo, qui a envoyé 9 députés à l ‘Assemblée.
Aujourd’hui, au grand dam de son beau-frère Jean-Pierre Bemba (son épouse est la sœur du chairman du MLC) Nzanga Mobutu a conclu ses négociations avec l’Alliance pour une majorité présidentielle, rassemblée autour du président Kabila. Cet apport, ajouté à celui du Parti lumumbiste unifié d’Antoine Gizenga et de ses 34 députés, constitue l’ossature d’une solide majorité parlementaire, dépassant largement les 250 sièges requis. Nzanga Mobutu, qui a étudié et vécu en Belgique, tient à rappeler ce qu’est une coalition : « nous ne faisons pas partie de l’AMP, nous avons simplement conclu avec l’Alliance un accord de gouvernement, sous réserve que les points importants de notre programme soient pris en compte. Pour nous, la politique, c’est l’art du compromis, il importe, à l’aube de cette nouvelle période qui s’ouvre au Congo, de dépasser les blessures, de rassembler les grands courants historiques. »
En souriant, Nzanga Mobutu récuse les accusations de « trahison » qui lui sont adressées, « trahison » par rapport à son beau-frère Bemba, « trahison » par rapport à sa province de l’Equateur : « je suis fidèle à l’exemple de mon père, qui a toujours voulu transcender les clivages régionaux, gouverner avec tout le monde. Dans mon enfance, jamais mon père ne m’a interrogé sur l’origine ethnique ou régionale de mes amis, chez nous, la «congolité » cela n’existait pas. Et à ceux qui contestent la nationalité congolaise du président Kabila, je réponds seulement qu’ils auraient du poser cette question lors des accords de Sun City, aujourd’hui il est trop tard… »
S’il a rallié la coalition qui demain sera majoritaire à l’Assemblée c’est, dit-il, « parce que j’ai le sentiment qu’elle offre la meilleure opportunité pour le Congo, nous nous trouvons à un moment historique, celui de la démocratie, de l’équilibre des pouvoirs, qu’il ne s’agît pas de manquer. J’ai le sentiment que notre accord, qui réunit tous les grands courants de notre pays (ndlr.Gizenga le lumumbiste, le fils de l’ancien président Mobutu, celui du défunt président Kabila) est de nature à rassurer la population. »
Au programme de l’Udemo, les priorités ne manquent pas : « créer une armée où la qualité compte plus que le nombre, afin que les soldats trop nombreux et pas assez payés ne représentent plus une menace pour les citoyens, mettre en place une justice indépendante, rétablir l’enseignement primaire et secondaire. Nous devons aussi rendre la priorité à l’agriculture, ne pas tout miser sur les ressources minières. Sauvegarder l’écologie : je me souviens que mon père a été l’un des premiers dirigeants à créer de grandes parcs, des réserves naturelles afin de sauvegarder la biodiversité. » Constatant que c’est depuis le début des années 90 que le Congo s’affaiblit et dérive, Nzanga Mobutu veut rétablir l’autorité de l’Etat, remettre en place une administration crédible. Même s’il souhaite participer personnellement à ce travail de reconstruction, il refuse de se prononcer sur la tâche qui aurait sa préférence « ce ne sont pas les postes qui comptent, mais les programmes. Notre génération doit créer une nouvelle culture politique… »
Refusant de s’étendre sur le « cas » Bemba, Nzanga Mobutu se contente de rappeler que « durant toutes les années où le MLC était installé à Gbadolite, la ville de la famille Mobutu, jamais ne n’ai été autorisé à m’y rendre. »
Mais lors d’une visite récente, le cadet de la famille de l’ancien président a été atterré par la dégradation de l’ancienne résidence de son père, complètement pillée et détruite alors que Bemba campait à Gbadolite, et il a été consterné en voyant ce qui restait de la chapelle Notre Dame de la Miséricorde où l’épouse du président, Marie Antoinette, a été inhumée « qu’est ce qu’un dirigeant politique qui n’a même pas le respect des défunts ? »