29 octobre 2006
Amani… Le Kivu a voté pour la paix
Catégorie Non classé, actualité
Déjà sollicités lors de l’enrôlement, du referendum constitutionnel, du premier tour des élections, les Congolais seraient-ils devenus blasés ? Habitués en tous cas aux consultations électorales, à tel point que ce dernier scrutin a gagné en organisation ce qu’il a perdu en affluence.![]()
A Goma en tous cas les électeurs de la ville, qui en juillet se pressaient avant l’aube devant les centres de vote, sont cette fois d’abord allés à l’église ou au temple. Comme toutes les confessions religieuses avaient avancé l’heure des offices, c’est vers 10 heures que les files ont commencé à se former. Calmes, respectueux les uns des autres, les électeurs se sont alignés en silence, surveillés par des policiers débonnaires qui se sont bien abstenus cette fois de solliciter le moindre « matabiche ». Dans les bureaux de vote, le choix du futur président, une simple croix à mettre à côté d’un visage, fut une formalité expédiée rapidement et sans états d’âme. Par contre, la désignation des élus à l’Assemblée provinciale s’avéra plus ardu, car le visage des candidats s’étalait sur six pages.
Paluku Boaze, chef de centre à Jiwe ( la pierre), un hameau installé à même la coulée de lave, reconnaît que les électeurs sollicitent souvent son aide : « analphabètes ou souffrant d’une vue déficiente, ils ne distinguent ni les noms ni les partis. S’ils savent pour qui ils veulent voter, je désigne alors trois témoins qui les assistent dans l’isoloir, en veillant à ce qu’il n’y ait pas de tricherie ».
Vigilance et transparence… Tels sont les maîtres mots des témoins, bien plus nombreux que lors du premier tour, qui se serrent sur les bancs d’école. Ils sont envoyés par les différents partis, les groupes religieux, les organisations de la société civile et dans certains centres ils sont tellement nombreux qu’ils ne sont admis dans les bureaux qu’à tour de rôle. Tous sont volontaires, bénévoles et, présents depuis 5heures du matin, s’apprêtent à passer la nuit pour surveiller le dépouillement. Leur zèle sera récompensé : ils seront les premiers informés des résultats de leurs bureaux respectifs, qu’ils communiqueront alors à leurs diverses organisations.
Comment peut-on vouloir vivre au pied du volcan Nyiragongo, comment peut-on y voter ? En 1938, puis dans les années 70 et enfin en 2002, une coulée de lave submergea le village, les cultures et les habitants qui avaient tout perdu fuirent jusqu’au Rwanda. Ils y restèrent deux jours, puis sur la boue encore fumante, se réinstallèrent. Aujourd’hui, des bananiers poussent dans les anfractuosités et pour avoir de l’eau potable, ils doivent se rendre à Goma, à 8 kilomètres d’ici, car les sources sont polluées ; à tout moment, des groupes armés viennent leur voler quelques biens, recruter les garçons pour la guerre, les filles pour d’autres services.
Le bureau de vote se compose de quelques planches plantées sur la lave, mais aussi il y a des listes, des isoloirs, une organisation impeccable. Qu’espèrent ces gens pauvrement vêtus, qui attendent sous le soleil ? Deux mots-clés fusent « amani », la paix, ou « maendeleo » le développement. Et Valentin, un garçon qui a déjà été recruté plusieurs fois par les milices, ajoute, approuvé par ses compagnons de file : « nous allons voter pour celui qui a déjà commencé à construire la paix ».
Même son de cloche à Nyabyunyu, près du Lac Vert : Jean-Claude et Adrien, l’un maçon, l’autre électricien, espèrent que les élections les mèneront à la paix, leur donneront enfin du travail « nous en avons assez de rester à la maison, et l’agriculture ne suffit pas. » Dans ces campagnes hantées par la guerre, dévastées par les caprices de la nature, où les réfugiés hutus détruisirent champs et forêts avant de s’enfuir ou de rentrer au Rwanda, Kabila incarne sans conteste la volonté de paix qui hante tout le monde. Un vieil homme ajoute : « en plus, lui, il ramènera les Blancs pour nous aider ». A Mugunga, où les cultures ont désormais remplacé l’ancien camp de réfugiés hutus, Sara Chisanye ne se contente pas de commenter le scrutin présidentiel. Pour elle, les élections provinciales sont tout aussi importantes : il faut choisir des gens qui aideront les pauvres, qui rétabliront le système judiciaire. Par trois fois, mon fils a déjà été dépossédé de sa parcelle, tout simplement parce qu’il ne pouvait pas payer le juge. » Safari Bahati, lui, espère la sécurité : démobilisé des troupes du RCD, il n’a jamais touché la prime promise, et son petit frère a été recruté de force par Laurent Nkunda. « Si je n’ai rien pour vivre, moi aussi je vais devoir rejoindre un groupe rebelle »…