29 novembre 2006

Tchad et Centrafrique: un nouvel arc de crise

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[------------][LETTRINE]A[/LETTRINE][/------------]lors que la paix se dessine en Afrique centrale, un nouvel arc de crise se renforce, obligeant l’armée française à s’impliquer en première ligne.
L’épicentre du conflit se trouve au Soudan, d’où la guerre déborde sur le Tchad et sur la Centrafrique. lire la suite

28 novembre 2006

Stanley , entre Couronne et Empire

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Entretien avec James L. Newman

 
Auteur de « Stanley, entre Couronne et Empire », éditions Luc Pire, 400 pages, 29,50 euros

 
Qu’est ce qui vous a conduit à vous intéresser à Stanley, alors que vous étiez connu pour être un spécialiste de la géographie africaine ?

 
J’avais déjà étudié l’histoire du continent africain, jusqu’à la veille de la pénétration européenne au 19eme siècle. J’y  avais étudié le rôle que jouèrent les Arabes, comment ils  ouvrirent la voie aux Européens. Dans la foulée, j’ai commencé à m’intéresser aux explorateurs comme Stanley, qui avaient noué des contacts avec les Arabes. More...Mais je n’aurais rien pu écrire sur Stanley si je n’avais pas eu accès aux archives du Musée de Tervuren. Lorsque j’ai proposé au conservateur Philippe Maréchal d’avoir accès à ces archives, j’ai reçu, très aimablement, une réponse positive et nous avons alors travaillé ensemble durant plusieurs années, pour notre meilleur bénéfice mutuel.  L’angle que j’ai voulu développer était la relation entre Stanley et l’impérialisme occidental  et j’ai travaillé sur ce projet durant 6 années, entre Londres et la Belgique. Les archives de Stanley avaient été achetées par la Fondation Roi Baudouin et ensuite données à Tervuren.
 
Par quoi avez vous été surpris en découvrant ces archives de Stanley ?
 
Tout d’abord par la quantité de documents disponibles, certains de ses journaux comptaient des centaines de pages, Stanley était beaucoup plus organisé que ce que l’on a pu croire à l’époque et ses textes rédigés en anglais étaient très lisibles.  La plus grande surprise est que Stanley avait gardé des copies de toutes ses lettres envoyées à Léopold II et recopié les réponses venues de Bruxelles, j’ai ainsi pu suivre le dialogue entre les deux hommes…
En plus du journal de Stanley, j’ai aussi découvert ses carnets de notes.  J’ai découvert que Léopold II et Stanley avaient quelques désaccords, entre autres sur la nature du travail demandé à l’explorateur. Le roi voulait qu’il s’emploie à créer un Etat, dans les plus brefs délais, alors que Stanley voulait avant tout créer et développer des stations le long du fleuve. Ces dernières auraient été la base de ce futur Etat, qui, dans son esprit, ne devait se développer que bien plus tard. Stanley résistait au roi, désireux de ne faire qu’une chose à la fois, et d’abord gagner la confiance des Africains, signer des traités avec eux, sans forcer personne…Au départ Stanley n’aurait du faire qu’une seule expédition, et c’est le roi qui le convainquit de retourner en Afrique…
 
Pourquoi, sujet britannique, Stanley n’a-t-il pas travaillé d’abord pour l’Angleterre ? N’a-t-il pas trahi son pays ?
 
Pas du tout. En fait, il avait d’abord proposé ses services à Londres, mais ses offres n’avaient pas été retenues, car les Anglais étaient déjà très engagés ailleurs, en Inde, mais aussi sur la côte orientale de l’Afrique.  Léopold était une sorte de deuxième choix. Aux yeux de Stanley, Léopold II était un philanthrope… En fait, Stanley  fut peut-être le dernier à croire totalement aux vertus de la liberté commerciale,  qu’il voulait instaurer sur les rives du fleuve. Il ne méprisait pas du tout les Africains et les considérait comme d’excellents marchands, à même de se défendre et de nouer des relations égalitaires avec des commerçants européens. Le roi ne lui révéla pas ses motivations ultimes. S’il lui avait dit ce qu’il voulait faire de l’Etat libre du Congo, je crois que Stanley l’aurait quitté. Pour lui,  tout devait se passer pacifiquement, personne ne devait être contraint par la force…
Pour Stanley, la liberté de commercer ne devait pas être confondue avec l’impérialisme, d’ailleurs lorsqu’il conclut ses accords commerciaux, il n’avait avec lui aucune force militaire…
 
Le Congo n’a donc pas été créé dans la violence ?
 
Pas du tout. Sa création est le résultat d’une série d’accords commerciaux patiemment négociés et aux yeux de Stanley les traités n’étaient pas inégaux, ses interlocuteurs n’étaient pas des naïfs. Plus tard, lorsque Stanley fut informé de la violence pratiquée au Congo, il refusa toujours de croire que la responsabilité du roi ait pu être engagée, il préférait blâmer les engagés locaux.  Bien sûr, il était au courant des campagnes menées par Morel, par Casement, mais il se disait que  le Roi ne pouvait pas être informé de ces excès.  C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas voulu retourner au Congo ensuite pour voir ce qui se passait, la confusion, le gaspillage, les officiers incompétents et cruels, le détournement des revenus…
Il savait bien que le roi tirait des revenus du Congo mais il croyait que ces sommes allaient être réinvesties en Afrique.
 
Quelle était la relation entre Stanley et Léopold II ?
Je crois qu’il y avait entre eux une véritable amitié, une relation de confiance. Par la suite, le roi maintint les contacts avec lui,  et pas uniquement  parce qu’il en avait besoin…
 
Pouvez vous comparer Stanley et Savorgnan de Brazza dont le souvenir vient d’être célébré à Brazzaville ?
 
De Brazza aussi avait une force militaire derrière lui mais Stanley était plus efficace dans ses efforts pour convaincre les  Africains de signer des accords avec lui, et il réussit à maintenir de Brazza de l’autre côté du fleuve. Il régnait entre ces deux hommes une sorte de rivalité amicale.  C’est le roi qui s’inquiétait à propos de Brazza. Stanley était plus lent mais plus tenace, il voulait consolider ses traités. Sans Stanley, il n’y aurait pas eu d’Etat indépendant du Congo et pas de Congo du tout, ni aujourd’hui de RDC. Stanley avait une vision : il voyait le fleuve, ses affluents et dessinait une sorte d’Etat commercial, qui  se serait étendu sur toute la superficie du bassin du Congo.  C’est cette carte qu’il avait dessiné avant la conférence de Berlin et il obtint la création de cette immense entité, plus petite que prévu à l’embouchure, plus large à l’intérieur. Pour lui, cet Etat devait bénéficier à tous et la présence des Européens devait être synonyme de progrès pour les Africains. Il était peut être un visionnaire naïf, mais c’est ce qu’il répéta souvent, sans critiquer le capitalisme, le libéralisme. Il n’était pas raciste, ne croyait pas à la hiérarchie des races, et pensait que seules l’éducation, l’expérience faisaient la différence.
 
Stanley mériterait-il d’être célébré à Kinshasa, comme de Brazza l’a été en face ?
La question est intéressante car il est certain que, sans Stanley, le Congo n’aurait jamais existé. C’est d’ailleurs cela aussi qui m’a poussé à m’intéresser à lui, dans les livres d’histoire de l’Afrique publiés en Grande Bretagne, son nom était à peine mentionné, ce qui est réellement injuste…C’est Patrice Lumumba lui-même qui écrivit que « Stanley apporta la civilisation au Congo »…  Je le répète, cet homme mérite le respect et son souvenir devrait être réhabilité.
 
 

27 novembre 2006

Rwanda: les dessous d’une “histoire secrète”

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 (Texte rédigé en 2005 lors de la sortie du livre d’Abdul Ruzibiza)
 

Une véritable offensive éditoriale déclenchée en France avait, en 2005, replacé le Rwanda sous les feux de l’actualité. Plusieurs auteurs, comme l’écrivain Pierre Péan, le journaliste enquêteur Charles Onana, et surtout un ancien officier membre du Front patriotique rwandais, (FPR) Abdul Ruzibiza ont publié des ouvrages qui témoignent d’une remarquable unité de ton : ils dénoncent les nombreux massacres commis par l’actuel régime de Kigali et surtout, ils mettent en cause la responsabilité de l’actuel président rwandais, Paul Kagame, dans l’attentat commis le 6 avril 1994 contre l’avion qui ramenait à Kigali le président Habyarimana et son collègue le président du Burundi. More... Ce crime, qui n’a jamais donné lieu à une enquête internationale, est considéré comme l’ « élément déclencheur » du génocide et diverses thèses s’affrontent toujours quant à ses auteurs.
Les extraits de l’enquête menée par le juge antiterroriste français René Bruguière distillés par des privilégiés (le journaliste Stephen Smith ou Pierre Péan) accablent le FPR.  La source principale de ces graves accusations vient de faire son « coming out » : le lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza a publié aux éditions du Panama (1)(inconnues jusqu’à présent…) un ouvrage d’autant plus documenté que l’auteur  est un Tutsi originaire du Burundi, qui rejoignit le Front patriotique rwandais en 1990, alors que la guerre menée depuis l’Ouganda venait de commencer. Les assertions du lieutenant,  étayées par des souvenirs personnels ou des témoignages recueillis auprès de  compagnons d’armes sont précises et détaillées.  Il rappelle que dès 1990,  les hommes du FPR ont délibérément massacré des civils hutus dans les régions du Nord, provoqué la fuite d’un million de déplacés vers Kigali afin de déstabiliser  le régime et  assassiné des personnalités politiques.   Alors que le FPR a toujours expliqué que, malgré sa supériorité militaire qui lui aurait permis de prendre le pouvoir par la force, il avait accepté la négociation et le compromis que représentaient les accords d’Arusha, car il savait que les Tutsis de l’intérieur étaient pris en otages, Ruzibiza infirme cette thèse. Pour lui, seule la force et la terreur ont  prévalu. Il accuse ses anciens compagnons d’armes de s’être livrés à des massacres systématiques, dès le lendemain de l’attentat contre l’avion présidentiel et il les décrit avec un luxe de précisions. Il cite des lieux, des chiffres, une profusion de noms, et affirme qu’à côté du génocide des Tutsis, il y eut celui des Hutus. L’auteur évoque des faits qui avaient, à l’époque, été portés à la connaissance de la presse  (le massacre de l’arboretum de Butare, les tueries à Byumba, entre autres)  mais il  arrive aussi que l’abondance des accusations  suscite le doute. Pour deux raisons : l’accès aux sources, et l’ampleur des crimes dénoncés. En effet, si le FPR, qui conquiert le Rwanda en trois mois (avril-juillet 1994) et dont les troupes, quoique plus aguerries, étaient moins nombreuses que les soldats gouvernementaux, avait réellement passé tant de temps à massacrer des civils par dizaines de milliers tout en veillant à  effacer les traces de ses forfaits (en incinérant les corps par exemple) il ne serait jamais arrivé aussi rapidement à Kigali. Ce qui n’empêche que des atrocités ont bel et bien été commises, et, plusieurs années plus tard, des Ougandais, anciens compagnons d’armes de Kagame,  nous diront que les massacre de civils commis  près  de la frontière avaient été la première cause de la brouille entre les deux pays.  
Une autre réserve s’impose : Ruzibiza, durant toutes ces années, semble avoir eu accès aux secrets les mieux gardés, avoir eu le loisir de prendre des notes ou de mémoriser les témoignages,  de vérifier ses sources, de faire parler les uns et les autres. Une telle latitude est d’autant plus surprenante qu’au sein du FPR le culte du secret n’est pas un vain mot. Il  est douteux que notre auteur, un francophone originaire du Burundi, ait pu  avoir eu accès au premier cercle entourant Kagame, où ne se retrouvent que des anciens réfugiés anglophones originaires d’Ouganda.
L’accusation la plus forte émise par Ruzibiza est que « les Tutsis de l’intérieur du Rwanda  auraient été délibérément sacrifiés ». L’auteur, pour ce dire, s’appuie sur son expérience personnelle : alors qu’il combattait dans les rangs du FPR, il fut empêché de se porter au secours de ses proches, qui furent tous massacrés.  Ce témoignage là,  bouleversant, ne surprend guère : durant les trois mois du génocide, le FPR avait bien pour  objectif principal de chasser du pouvoir les tenants de l’idéologie génocidaire, de casser définitivement la « machine à tuer » et les opérations de secours venaient dans un deuxième temps. A l’instar des Alliés qui, en Allemagne, avaient comme priorité de gagner la guerre contre les nazis et ne s’engagèrent dans la libération des camps que lorsque la victoire fut assurée…
Si Ruzibiza a autant de succès en France (au point d’avoir profondément inspiré Pierre  Péan) c’est évidemment parce qu’il impute à ses anciens compagnons d’armes la responsabilité de l’attentat contre l’avion présidentiel et, avec force détails, assure qu’il a lui-même participé à l’opération finale.
La description qu’il donne des préparatifs est  plausible : lorsque, escortés par les casques bleus, les soldats du FPR faisaient des navettes entre Kigali  et leur quartier  général de Mulindi, ils ne transportaient pas uniquement du bois de chauffage mais dissimulaient aussi des armes sous le bois et les récipients de nourriture.  L’on sait aussi que le FPR disposait de quelques missiles et avait formé des tireurs capables de s’en servir. Il est donc possible qu’une équipe de tireurs se soit  installée sur la colline de  Massaka  dans la journée du 6 avril, afin de guetter le retour de l’avion présidentiel.
Il est cependant une question à laquelle Ruzibiza ne  répond pas de manière convaincante : le lieu d’où le tir est parti  était situé au cœur d’une zone étroitement contrôlée par la garde présidentielle, qui en surveillait tous les accès.  Comment un commando tutsi  aurait il  pu s’y installer en position de tir  et passer inaperçu ?
Cette question, nous l’avons déjà posée à Ruzibiza , rencontré à Kampala en 2002. A l’époque,  le lieutenant venait de quitter le Rwanda où il avait purgé une peine de prison, et il cherchait à gagner l’Europe. Hanté par la douleur d’avoir perdu sa famille,  par la rancœur à l’égard de Kagame, il souhaitait écrire son histoire. Notre longue et intéressante  conversation achoppa sur les circonstances de l’attentat et il nous sembla que sur ce sujet, le transfuge se faisait  moins convaincant. Ruzibiza ne tarda pas  à rencontrer des interlocuteurs moins sceptiques.  A cette  époque en effet,   l’opération Artemis avait permis de déployer  au départ de l’Ouganda des troupes françaises,  belges et européennes afin de pacifier l’Ituri et l’aéroport d’Entebbe était devenu la base arrière du déploiement français. Lorsque, quelques jours après une  première rencontre,  je tentai de retrouver Ruzibiza pour poursuivre notre entretien, le transfuge avait disparu.  J’appris alors que les militaires français d’Artemis et les hommes de la DGSE avaient immédiatement transféré l’homme à Paris pour le « débriefer ».  C’est ainsi que le jeune soldat révolté devint  le principal témoin à charge du juge Bruguière.
Celui que  Kigali traite aujourd’hui de « psychopathe » et que Paris vénère, a cependant gardé lucidité et liberté de parole puisque, depuis la Norvège où il a rédigé son livre, il assure que « l’objectif de l’Opération Turquoise (qui se déploya au Rwanda de juin à fin août 1994 et fut présentée comme une opération humanitaire) était de ramener les extrémistes hutus au pouvoir. »
Colette Braeckman
 

Lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, Rwanda, l’histoire secrète, éditions du Panama, 491 pages, 22 euros

27 novembre 2006

Paris Kigali: la rupture est consommée

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Entre Paris et Kigali, la rupture est consommée. Il est relativement rare qu’un pays africain, francophone de surcroît, décide de rompre les relations diplomatiques avec la France, d’ expulser l’ambassadeur, de prier les services culturels et de coopération de quitter le pays.More... Telle est cependant la conséquence de l’intervention du juge Bruguière qui a émis neuf mandats d’arrêt contre de hauts dirigeants rwandais, dont le chef d’état major général James Kabarebe. C’est la Belgique qui assurera désormais la défense des intérêts français au Rwanda. Visiblement, Kigali ne croit pas aux principes de séparation des pouvoirs, rappelés ce week-end par le Ministre des Affaires étrangères français Douste Blazy qui a assuré que les démarches du juge anti-terroriste « représentaient une décision de justice,  sans aucun lien avec une décision de la France.».
Au sujet de l’action du juge Bruguière,  s’il faut en croire les « révélations » de Stephen Smith en 2004 et de Pierre Péan en 2005, l’enquête proprement dite est bouclée depuis longtemps. On peut donc se demander quelles sont les raisons qui ont poussé le juge à sortir sa bombe à retardement en ce moment précis. L’une d’entre elles est que le juge est en fin de parcours : d’ici quelques mois, il se présentera aux législatives sur les listes de l’UMP de Sarkozy, et il peut donc avoir souhaité boucler ses dossiers, y compris le plus gênant d’entre eux.
Mais ce n’est pas la thèse qui a la faveur de Kigali, où les autorités, le président Kagame en tête, assurent  que l’enquête de Bruguière serait un « contre feu » destiné à occulter certaines révélations gênantes, sur le point d’être publiées.
Le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugama, qui a été vice président à la Cour Suprême, nous a déclaré que  « l’action du juge Bruguière est une réponse à la commission d’enquête mise sur pied au Rwanda et chargée d’investiguer  les responsabilités de la France dans le génocide. Nous avons déjà auditionné de nombreux témoins, récolté des preuves abondantes et les audiences sont sur le point d’être rendues publiques. A ce moment, nous serons en mesure de délivrer des mandats d’arrêt internationaux contre des ressortissants français, qui seront accusés de complicité de génocide. C’est ce scandale là que la France veut occulter… »
Pour le ministre,  «la France a une très grande responsabilité dans le génocide : des militaires français ont entraîné les Interhahamwe, participé aux réunions de planification des massacres. Des soldats français sur les barrages routiers ont vérifié les identités, séparant Hutus et Tutsis. Paris a livré des armes au gouvernement rwandais, y compris alors que le génocide était en cours et de soldats français  ont combattu les troupes du FPR aux côtés des unités gouvernementales.
Aujourd’hui, alors que cette implication est sur le point d’être démontrée, la France a encouragé le juge à publier son rapport. »
Le ministre va plus loin: pour lui,  la France tenterait  de déstabiliser le régime rwandais, de l’affaiblir en émettant des mandats d’arrêt internationaux contre d’importantes personnalités : «  c’est une façon de susciter des dissensions internes, de nous diviser, de nous intimider. La France est une grande puissance. Pour empêcher la vérité d’être établie elle est capable de vouloir renverser le régime en place… »
L’évolution, à Arusha, du procès du colonel Bagosora serait aussi de nature à inquiéter la France. D’après M. Karugarama, « il serait apparu que Bagosora, considéré comme le « cerveau du génocide »  aurait passé commande en Egypte, pour le compte de l’armée gouvernementale, de missiles sol- air qui auraient été utilisés par des extrémistes hutus pour abattre l’avion du président Habyarimana. Ces révélations, enregistrées au Tribunal international d’Arusha, infirment  complètement la thèse du juge Bruguière… »

27 novembre 2006

L’enquête du juge Bruguière suscite plus de questions que de réponses

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L’ordonnance publiée le 17 novembre dernier par le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, qui se conclut par la délivrance de neuf mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de proches collaborateurs  du président  rwandais Paul Kagame suscite plus de questions qu’elle n’apporte de réponses à l’énigme de l’attentat qui, le 6 avril 2004, coûta la vie au président Habyarimana ainsi qu’au président du Burundi et aux trois membres de l’équipage français. More...
1.   Cette ordonnance peut-elle réellement avoir un effet déstabilisateur sur le régime en place ?
Les poursuites sont peut-être moins gênantes que l’affirmation selon laquelle le FPR, désireux de conquérir le pouvoir à tout prix aurait, en « liquidant » le président Habyarimana, délibérément sacrifié les Tutsis vivant à l’intérieur du Rwanda. En effet, nul n’ignorait que des massacres étaient programmés par les extrémistes hutus et le FPR a toujours déclaré que si, malgré sa supériorité militaire, il avait accepté la négociation et les accords d’Arusha, c’était précisément pour épargner ces compatriotes tutsis pratiquement tenus en otages.
2.   Pourquoi publier aujourd’hui cette enquête bouclée depuis deux ans ?
Kigali estime que cette ordonnance est un coupe-feu destiné à détourner l’attention sur l’enquête menée au Rwanda à propos des  responsabilités de la France  et à rendre impossible les investigations du Tribunal aux armées de Paris, saisi de plaintes à propos du comportement de militaires français durant l’Opération Turquoise.  A deux reprises, le Parquet avait déjà tenté de bloquer cette démarche. Il est de notoriété publique que le juge anti-terroriste dépend directement du pouvoir politique  et la « sortie » de Bruguière peut difficilement être considérée comme un hasard, même si le juge clôture en ce moment ses dossiers avant de se porter candidat sur les listes de l’UMP.
3.   S’il s’agît d’une attaque contre le Rwanda, a-t-elle des implications régionales ?
Probablement, car contrairement à ce que l’on aurait pu supposer, le nouveau régime en place au Burundi, qualifié de « hutu » a noué d’excellentes relations avec Kigali, tandis qu’à Kinshasa, le président Joseph Kabila  s’entretient directement de questions de sécurité avec son voisin Paul Kagame. Ces deux pays ne peuvent donc plus autoriser d’infiltrations de miliciens hutus en direction du Rwanda. Est-ce un hasard si, depuis la « réconciliation » entre Kagame et Kabila, l’attitude de la France s’est durcie à l’égard du président congolais et si son rival Bemba a reçu le soutien de plusieurs pays africains francophones, dont le Congo Brazzaville ?
4.   Pourquoi des témoins aussi sujets à caution ?
Enquêtant depuis son bureau parisien, le juge n’a écouté que des témoins de deuxième catégorie, n’appartenant pas au « premier cercle » entourant le président Kagame, soit parce qu’ils étaient hutus, soit parce qu’ils étaient francophones. Plusieurs d’entre eux sont des transfuges, parfois poursuivis pour malversations.  Quant au témoin-clé, le major Abdul Ruzibiza, il s’agît en réalité d’un infirmier qui, au moment des faits, se trouvait à Byumba, dans le nord du Rwanda. En 2003, il fut exfiltré depuis l’Ouganda par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), au moment où l’Opération Artemis se déployait en Ituri.   Ruzibiza affirma à l’époque avoir fait partie du groupe qui abattit l’avion, mais contrairement aux autres membres du « commando network » il n’a pas, lui, été inculpé.
5.   Pourquoi le juge ne s’est il pas rendu sur le terrain ?
Une descente sur les lieux aurait permis d’éviter quelques  invraisemblances :  la colline de Massaka,  d’où partit le tir, était à l’époque étroitement contrôlée par la Garde présidentielle. Une seule route y conduisait, longeant des marécages. Pas moins de sept barrages y étaient érigés. Le lieu dit «la Ferme » où se seraient postés les tireurs du FPR, était un domaine appartenant à Mme Habyarimana, gardé par …des militaires français, à côté de l’ orphelinat Sainte Agathe, soutenu par l’épouse du président.  Comment des militaires du FPR (physiquement très reconnaissables) auraient ils pu quitter l’enceinte du Parlement rwandais, gardée par les Casques bleus, gagner… en taxi ( !) le lieu choisi pour perpétrer l’attentat puis regagner leur base une fois terminée l’opération, dans une ville hérissée de barrières, où les tueries avaient commencé?
6.   La provenance des missiles est elle établie ?
Bruguière assure que des paysans auraient découvert, sur la colline de Massaka, deux tubes lance-missiles abandonnés par des tireurs (décidément bien négligents), permettant d’identifier un lot de 40 missiles fabriqués en URSS et livrés à l’Ouganda, et il assure que, selon le professeur Reyntjens, ces missiles auraient été remis au FPR par le président Museveni. Le problème c’est qu’en 1998, devant la mission d’information parlementaire sur le Rwanda, l’universitaire anversois avait assuré que ces missiles Sam 16 Gimlet faisaient partie…d’un lot saisi en février 1991 par l’armée française en Irak, lors de la guerre du Golfe !  Par ailleurs, comparaissant à Arusha devant le Tribunal international pénal pour le Rwanda, le colonel Bagosora a reconnu que les forces gouvernementales rwandaises s’étaient portées acquéreurs de missiles Sam 16 et les parlementaires français avaient également noté que l’armée rwandaise, en 1994, disposait bien de missiles.  Le juge insistant sur le fait que les forces armées rwandaises n’avaient pas été entraînées au maniement de missiles sol- air, on ne peut que s’interroger sur la présence éventuelle de tireurs étrangers  et sur le fait que, le 6 avril, des « Blancs » avaient été vus à Massaka.
7.   Pourquoi le juge Bruguière n’évoque-t-il pas la présence à Kigali le 7 avril, du capitaine Paul Barril ?
Cet ancien du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), souvent chargé de mission pour le président Mitterrand, a lui-même déclaré par la suite que, travaillant pour Mme Habyarimana, il était retourné au Rwanda en mai 1994 et avait récupéré la (fausse) boîte noire de l’avion.
N’est pas évoquée la confession de l’ancien Premier Ministre Jean Kambanda devant le TPIR, qui assure que le président Mobutu, informé (par des sources françaises) des projets d’attentat, avait renoncé à se rendre à Dar es Salaam et avait tenté d’avertir du danger son collègue et ami Habyarima. Il n’est pas rappelé non plus qu’à l’aube du 7 avril, quelques heures après l’attentat, le conseiller du président pour les affaires africaines François de Grossouvre, ami de Paul Barril, était retrouvé « suicidé » dans son bureau de l’Elysée.
8.   Comment sortir de la controverse ?
A l’instar de l’enquête sur l’assassinat, au Liban, du Premier Ministre Hariri, seule une enquête internationale impartiale pourrait fixer les esprits. Mais aucun pays, et moins que tout autre les autorités de Kigali, n’en a fait la demande.

22 novembre 2006

Huit questions au lendemain des élections

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Alors que l’actualité est toujours trouble et incertaine, il nous a paru utile de tenter de répoindre à quelques questions  de bon sens…

1   Quelles sont les prochaines échéances ?
La Cour Suprême de Justice, après avoir examiné les requêtes déposées par le candidat Bemba, aurait du rendre son arrêt d’ici samedi et proclamer, de manière définitive, le vainqueur des élections présidentielles. lire la suite

21 novembre 2006

Rwanda: le juge Bruguière monte au créneau

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[LETTRINE]L[/LETTRINE]e juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière est enfin monté au créneau : il a demandé au Parquet de prononcer des mandats d’arrêt internationaux contre neuf proches du président rwandais Paul Kagame, des membres du Front patriotique rwandais, dont l’actuel chef d’état-major, le général James Kabarebe. lire la suite

21 novembre 2006

La Cour Suprème de justice en flammes

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[LETTRINE]A[/LETTRINE]lors que les juges de la Cour Suprème de Justice entamaient l’examen des recours pour fraude déposés par Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux à l’élection présidentielle, des violences ont éclaté devant la parmi ses partisans. lire la suite

17 novembre 2006

Les observateurs clarifient l’objet du litige électoral

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Le général Philippe Morillon, qui dirige la mission d’observation de l’Union européenne (300 observateurs, répartis dans tout le pays depuis le début du processus) est à la fois prudent et clair. Il a pris connaissance des doléances exprimées par  le candidat vaincu, Jean-Pierre Bemba, qui a constaté que 1.421.291 électeurs, soit 10% du total, avaient voté en dehors de leur circonscription. lire la suite

16 novembre 2006

Kinshasa est privée de sa fête et boude le vainqueur

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« On nous a privés d’une fête… » Les Kinois sont amers sinon déçus. L’annonce des résultats de la première élection totalement libre depuis l’indépendance aurait du provoquer une explosion de joie chez les partisans du chef de l’Etat élu et le soulagement de tous les autres. Car la fin du processus électoral marque aussi la fin d’une transition honnie, l’entrée du Congo, par la grande porte, dans le club assez fermé des démocraties africaines. lire la suite