16 avril 2007

Valerie Bemeriki, RTLM, l’antenne qui tue

Catégorie Non classé, rencontre, reportage




Le crâne rasé, de grosses lunettes, une croix de bois sur la poitrine et un sourire imperturbable, Valerie Bemeriki pourrait être confondue avec une religieuse, jeune encore, et habitée par la foi.  Mais sa tenue rose est celle des détenus de la prison « 1930 » (date de sa construction par les Belges) où elle se trouve depuis neuf ans, et son emploi antérieur était d’être journaliste à la Radio des Mille Collines.More...  En 1994, la désormais célèbre RTLM ne se contentait pas d’attiser la haine et la méfiance envers les Tutsis et le Front patriotique rwandais, cette radio extrémiste propageait aussi une virulente campagne anti-Belge. Espérant que ses aveux lui vaudront un rapide allègement de peine et une libération anticipée, l’ancienne animatrice ne se fait pas prier pour évoquer la nuit tragique du 6 au 7 avril 1994. « Alors que je me trouvais en studio vers 20 heures 30,  je suis entrée en communication avec Me Stanislas Mbonampeka  qui me disait «  nous sommes en train d’observer un avion qui descend en flammes. C’est peut-être celui du président… Cherchant à savoir j’ai d’abord appelé la tour de contrôle,  mais sans réponse, je me suis adressée à l’état  major. Là, le réceptionniste m’a dit qu’ils venaient d’envoyer une équipe à l’aéroport et qu’ils n’en savaient pas plus.  J’ai voulu aller voir par moi-même, mais sur la route de l’aéroport, il y avait beaucoup de tirs; j’ai donc rebroussé chemin et vu que dans la ville tout était calme. Retournée en studio j’ai pris contact avec le directeur, M. Ndahimana, qui a appelé tout le monde, y compris la famille Habyarimana. Là il a obtenu confirmation du fait qu’il s’agissait bien de l’avion du président. Il a appris aussi qu’un autre appareil était en vol, un petit avion burundais qui amenait une partie de la délégation du président Cyprien Ntariyamira et qui, ne pouvant atterrir, a poursuivi sur Bujumbura; le président du Burundi, en dernière minute, avait pris place dans l’avion d’Habyarimana.  J’ai alors passé un  premier communiqué sur les antennes, annonçant la nouvelle en bref et de tous les appels qui ont commencé à affluer, le premier venait de Bujumbura.  (ndlr. C’est en dernière minute en effet que le président du Burundi avait embarqué avec son collègue rwandais au lieu de le suivre avec son propre appareil) C’est vers une heure du  matin que nous avons diffusé le fait qu’il n’y avait aucun survivant. L’état major nous a alors déclaré que l’avion du président avait été abattu par les Belges de la Mission des Nations unies au Rwanda et par des militaires du Front patriotique rwandais.
Puisque c’était notre état major qui nous disait cela et que nous avions évidemment confiance, nous avons alors donné cette information sur antenne.  Par la suite,  la direction de RTLM est restée branchée sur l’état major et a répercuté les informations qui venaient de là. »
Cette terrible accusation, selon laquelle des Belges auraient abattu l’avion du président, en complicité avec le Front Patriotique rwandais, déclenche immédiatement la fureur des Hutus : les barrières se multiplient dans la ville et dans le quartier ministériel de Kyovu, le lieutenant Lotin est bloqué à plusieurs reprises,. Même les gendarmes rwandais n’arrivent pas à convaindre les soldats de la garde présidentielle de laisser passer les Belges.  Partout dans la ville, les patrouilles de la Minuar sont confrontées à de graves incidents.  Pendant ce temps, des coopérants belges appellent l’ambassade de Belgique puis l’ambassade de France pour tenter d’en savoir plus.  Là aussi, une voix anonyme leur dit que ce sont les Casques bleus belges qui ont tiré sur l’avion…