13 mai 2007

L’heure des rebelles: un récit pour comprendre le Congo

Catégorie commentaire

C’est un récit, celui d’un destin qui a pris racine dans les montagnes du Sud Kivu pour se poursuivre à Kinshasa. Il a les apparences de la fiction, mais tout est vrai, y compris, peut-être, le personnage. Assani, c’est son nom de guerre, ou celui que l’auteur lui donne, appartient à l’un de ces groupes ethniques les moins connus et surtout les plus controversés d’Afrique, les Banyamulenge. Ces pasteurs tutsis, dont les ancêtres ou les parents étaient originaires du Rwanda vivent isolés des autres groupes dans les montagnes du Sud Kivu, avec pour seule richesse, pour seule passion, d’immenses troupeaux de vaches. La jeunesse d’Assani est marquée par les guerres qui se succèdent dans la région, la fin des années Mobutu et la montée des sentiments d’exclusion ethnique dans l’Est du Congo, le génocide des « cousins » Tutsis du Rwanda, la prise de pouvoir du FPR, l’envahissante présence des réfugiés hutus qui affluent au Kivu.
Alors qu’Assani souhaite étudier, échapper à sa condition de gardien de troupeaux et à la loi familiale, il est pris dans les tourbillons de l’histoire et se retrouve aux côtés des Rwandais lors de la première guerre du Congo, puis de la deuxième. Congolais certes, mais différent et rebelle au pouvoir de Kinshasa. Il sera appelé à côtoyer Laurent-Désiré Kabila, dont il se méfie, puis son fils « Joseph » qu’il appelle « le jeune ». La grande histoire n’a pas encore porté de jugement définitif sur le comportement des soldats Banyamulenge durant ces guerres, les procès pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres violations des droits de l’homme n’ont pas encore eu lieu, pour cause de réconciliation nationale, le fin mot sur les commanditaires de ces conflits meurtriers n’a pas encore été dit. Depuis des années, Lieve Joris voyage dans la région. De Kisangani à Kinshasa, de Bukavu à Uvira, elle a parcouru le Congo, s’est entretenue avec des centaines de protagonistes. Ella a vu, écouté, enregistré. Et parfois en pleine nuit, un homme auquel elle a donné le nom d’Assani, l’appelait, pour lui confier ses craintes, ses doutes, ses colères. L’écrivain a brassé tout cela dans un récit qui s’enracine à la fois dans la jeunesse du héros et dans les évènements récents et le portrait du Congo qui ressort de cette fiction est plus proche de la réalité que toutes les analyses politiques, l’approche des faits est plus honnête que la plupart des études académiques. « On ne voit bien qu’avec le cœur », disait le Petit Prince. La vision de Lieve Joris n’est pas seulement juste, elle est indispensable.

Lievre JOris, l’heure des rebelles, Actes Sud, AventureL