11 juin 2007

La reine écarlate ou les secrets du Burundi

Catégorie commentaire

A force d’évoquer les malheurs de ces pays, le sang qui coule et le travail des machettes, on en avait oublié leur beauté. Et l’histoire, la tradition, le rythme des royautés, la dignité des clans, la magie de l’invisible qui ensorcelle les collines…
Martine Le Coz nous rend tout cela, par la magie de l’écriture. Dans un style poétique, que d’aucuns trouveront parfois à la limite de l’emphase, mais qui convient parfaitement à ces passions africaines, l’auteur fait vivre Barampaye, la dernière reine du Burundi, épouse de Mwambutsa 4, père de Louis Rwagasore, le prince ami de Lumumba et de Charles Ndizeye, qui allait devenir, pour peu de temps, le Mwami Ntare 5, avant l’ abolition totale de la monarchie. Jeune paysanne nimbée par la foi, consciente de son destin exceptionnel, Barampaye est choisie par Mwambutsa comme épouse parce que, non baptisée, croyant en Imana, le Dieu des collines, elle incarne le Burundi d’avant l’ « Occupant », (c’est-à-dire le colonisateur), ce pays libre et fier qui fut, durant des siècles, maître de son destin.
Dans le souvenir de ses compatriotes vit toujours ce personnage magique de la reine drapée d’écarlate ou vêtue d’écorce, honorée ou persécutée. Elle incarne la tradition, le passé, mais elle est aussi une source d’inspiration pour les nouvelles générations. Les péripéties de ce livre appartiennent à l’histoire : la destitution de Mwambutsa, écartelé entre deux cultures, l’assassinat de Rwagasore peu après son élection triomphale, la mort tragique de son jeune frère Charles qui voulait rétablir la monarchie abolie par les militaires…Les faits sont vrais, mais Martine Le Coz n’a pas puisé dans les livres d’histoire, elle a écouté les Burundais et s’est imprégnée de l’esprit de ce vieux peuple. Tout comme, dans un autre registre, deux historiens, Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, ont reconstitué avec passion et minutie les évènements de 1972, ces premières grandes tueries, genèse de tous les massacres qui, par la suite devaient ensanglanter la région des Grands lacs et faire des millions de morts…
Comme Martine Le Coz, mais par un autre angle, celui de la recherche historique, ces deux auteurs démontrent à quel point sont absurdes et meurtrières les passions fondées sur l’exclusion ethnique, en décalage avec l’histoire réelle du Burundi et du Rwanda, où naguère, il était impossible de « démêler la tresse de la nation » composée de Hutus, de Tutsis et de Twas. Ces deux ouvrages sont indispensables pour tenter de saisir, de l’intérieur les mystères et les drames des mille collines et la profondeur du traumatisme infligé par l’agression coloniale.
Colette Braeckman
Martine Le Coz, la reine écarlate, roman, Albin Michel, 19,50 euros

Jean-Pierre Chrétien, Jean-François Dupaquier, Burundi 1972, Au bord des génocides, éditions Karthala