1 juillet 2007
Congo: les premieres pas en démocratie
Catégorie actualité
C’est à Kisangani, au cœur du Congo profond, que le président Kabila célébrera le 47eme anniversaire de l’indépendance, dans un pays qui a retrouvé des institutions démocratiques. Quelques mois après leur mise en place, les « Congolais de base », qui avaient espéré des changements immédiats, ne cachent pas leur déception : le budget de l’Etat qui vient d’être voté est plus que modeste, s’élevant à deux milliards de dollars et les aides internationales, promises à grand renfort de publicité, n’ont pas encore été déboursées car le Congo est toujours en attente d’un accord avec les institutions financières internationales, qui ont remis à septembre le « point de décision » pour des remises substantielles de la dette.
Cependant, au-delà de la lenteur apparente et du déficit de communication de la part des autorités, des décisions importantes ont été prises : un appel d’offres a été lancé à l’issue duquel, sur base de leurs capacités, seront désignés les nouveaux gestionnaires des entreprises publiques, ce qui représente une initiative peu fréquente en Afrique sinon en Europe…D’autre part, les autorités ont ordonné un réexamen des contrats miniers conclus durant la transition, souvent dénoncés comme léonins. En effet, ils ont systématiquement sous estimé les apports de l’Etat congolais, qu’il s’agisse des concessions minières, des ressources du sous sol ou des infrastructures encore disponibles, tandis que les apports étrangers étaient surestimés et outrageusement avantagés : possibilités de rapatrier des bénéfices, faible taux d’imposition ou exemptions fiscales. D’ici fin août, avec l’aide de la Fondation Carter et du groupe Rotschild, les contrats les plus importants auront été réexaminés, ce qui devrait ouvrir la voie à une renégociation. Dans le domaine des hydrocarbures également, le Ministre Mende Omalanga vient de déclarer que les conventions existantes devraient être revues. Les recettes pétrolières représentent déjà un quart du budget de l’Etat, soit 500 millions de dollars par an, et l’exploitation de nouveaux gisements est envisagée dans plusieurs régions, l’Ituri, la cuvette centrale, l’Equateur.
Si le boom de l’industrie minière et l’expansion de l’industrie pétrolière recèlent à terme de brillantes perspectives, dans l’immédiat, la population continue, à l’Est surtout, à souffrir de l’insécurité : des assassinats ciblés endeuillent Bukavu et font penser à une tentative de déstabilisation tandis qu’à Goma, la perspective d’un assaut des troupes gouvernementales contre les forces de Laurent Nkunda fait redouter des débordements. Cette perspective d’un assaut contre les forces rebelles avec lesquelles le Premier Ministre Gizenga exclut toute nouvelle négociation inquiète également la communauté internationale et plusieurs diplomates occidentaux ont fait savoir qu’ils privilégiaient une solution politique dans l’Est.
Les groupes armés rebelles ne sont d’ailleurs pas les seuls à inquiéter les populations civiles : les forces armées congolaises représentent elles aussi un grand élément d’insécurité. C’est pourquoi le « Livre blanc » publié par le ministre de la Défense Chikez Diemu propose une véritable révolution sur le plan militaire : il veut « réconcilier l’armée avec le peuple », faire en sorte que les soldats qui ne sont pas engagés dans des opérations militaires puissent réfectionner des écoles, des hôpitaux, des casernes. Une « Ecole du Génie » qui sera établie à Kananga avec l’aide de la Belgique devrait concrétiser ce projet : en plus de leur formation militaire, les étudiants développeront aussi des projets en matière d’agriculture et d’élevage, afin d’être autosuffisants et de pouvoir nourrir leurs familles. Lors de son prochain (et probablement dernier) voyage au Congo, le Ministre de la Défense André Flahaut se rendra à Kananga pour lancer cette Ecole du génie et il commentera avec ses interlocuteurs congolais les conclusions de la mission d’évaluation réalisée durant six semaines auprès des quinze brigades intégrées par des équipes mixtes de dix évaluateurs européens et cinq Congolais. Le constat est accablant : déficit en jeunes soldats et pléthore d’officiers et de sous officiers, trop grandes différences entre les effectifs administratifs et opérationnels, absence de fonds de fonctionnement, absence de système de retraite, absence de prise en compte des familles qui vivent dans le sillage de la troupe et ne bénéficient d’aucune infrastructure médicale, sanitaire ou solaire, charroi insuffisant, mauvais état de l’armement individuel, absence de chaîne de commandement cohérente…
Ce dossier d’évaluation démontre que, si des institutions démocratiques ont été mises en place, le Congo ne dispose pas encore de forces armées dignes de ce nom. Avant de céder la place, le Ministre Flahaut se félicite cependant de l’action entreprise par la Belgique : « nous avons été les premiers à prendre le problème à bras le corps, à nous lancer dans la formation des brigades intégrées qui sont aujourd’hui au nombre de quinze, même si leur valeur respective est très variable… Nous avons jeté les bases pour une coopération future et notre évaluation-diagnostic est un outil d’orientation pour le futur… »Alors que la Belgique, au départ était la seule à se colleter à la réforme de l’armée, aujourd’hui d’autres partenaires se proposent : un premier « groupe de contact » se réunira les 12 et 13 juillet et outre les interlocuteurs traditionnels, il intégrera le Canada, l’Inde, la Chine, la Grèce…