9 septembre 2007

Un ministre rwandais à Kinshasa

Catégorie actualité

Alors que Charles Murigande, le ministre rwandais des affaires étrangères se trouvait à Kinshasa, les combats se sont intensifiés dans le Nord Kivu : l’armée congolaise a dépêché des renforts depuis Bunia et Kisangani, engageant des hélicoptères de combat pour tenter de venir à bout des forces du général rebelle Laurent Nkunda, qui disposerait de 12.000 hommes. En certains endroits, Ngungu, Karuba, les forces loyalistes ont enregistré de réels succès et les mutins se sont repliés après avoir subi des pertes assez lourdes, une centaine d’hommes environ. Mais ces victoires ont été ternies par l’ouverture de nouveaux fronts, du côté de Rumangabo, par la fuite de plus de 10.000 civils terrorisés qui ont tenté de gagner la direction de l’Ouganda et par de nouvelles exactions commises par les hommes de Laurent Nkunda. Dans la ville de Rutshuru, Radio Colombe, une station locale a été pillée et six de ses journalistes ont été emmenés comme otages, la centrale hydraulique a été sabotée, une antenne de télécommunication Celtel et Vodacom a été détruite. Dans la ville de Goma elle-même, l’inquiétude grandit à mesure que les déplacés affluent et que des coupures d’électricité font craindre de nouveaux sabotages.
Face à cette situation de guerre, où l’on voit les mutins renforcer leurs effectifs et les forces gouvernementales engager des moyens de plus en plus importants, le communiqué publié à Kinshasa par les ministres des affaires étrangères des deux pays, MM Murigande et Mbusa Nyamwisi a quelque chose de surréaliste : les deux parties veulent, entre autres, activer un mécanisme de vérification conjoint et intensifier la surveillance de la frontière commune, s’abstenir de soutenir les oppositions armées sur leurs territoires respectifs…Il a aussi été question du désarmement des anciens militaires et miliciens rwandais se trouvant encore au Congo et des réfugiés congolais, Tutsis pour la plupart, toujours présents au Rwanda.
En réalité, les entretiens entre les deux parties ont été âpres, ressemblant quelquefois à un dialogue de sourds, et pas seulement parce que le ministre rwandais, -parfait francophone cependant-, a tenu à s’exprimer en anglais. M. Murigande a reproché au Congo d’encore héberger plus de 10.000 combattants qu’il qualifie de génocidaires et il estime que ces hommes bénéficient encore de soutiens actifs du côté congolais. Dans le Nord Kivu, certains témoignages confirment que des troupes du Front pour la démocratie et la libération du Rwanda (FDLR) ont pris parts aux combats contre Laurent Nkunda, si pas aux côtés des forces gouvernementales, du moins comme appoint.
Du côté congolais, il a été reproché à Kigali d’appuyer activement le général Laurent Nkunda. Ces accusations reposent sur des faits précis : la Mission des Nations unies au Congo a relevé en juillet que les militaires rebelles portaient des uniformes rwandais, Nkunda (qui, lorsque le Soir l’a interviewé en juin, portait un uniforme provednant des stocks de l’armée belge…)reconnaît lui-même que parmi ses hommes se trouvent bon nombre de démobilisés de l’armée rwandaise « nés au Congo » et sur certains d’entre eux, la MONUC a retrouvé des documents établissant que ces hommes avaient déjà été envoyés dans le Darfour où le Rwanda participe à une mission de paix ! Autrement dit, pour Kinshasa, l’engagement de Kigali aux côtés de ces rebelles ne fait aucun doute et la proposition de M. Murigande de « jouer le médiateur si le gouvernement congolais et Nkunda lui même le souhaitent » a été accueillie avec une ironie désabusée.
L’envoyé spécial de l’Union européenne, M. Van De Geer, qui assistait aux entretiens, a implicitement reconnu que le problème dépassait le cadre strictement congolais : évoquant le rapatriement des FDLR et celui de Nkunda, il a déclaré qu’ « il y avait une responsabilité congolaise mais aussi une dimension régionale à ces problèmes. »
Quatorze ans après le génocide de 1994 et l’exode des réfugiés hutus, le Congo est toujours le théâtre d’opération de la guerre interrwandaise…
COLETTE BRAECKMAN