2 octobre 2007

Kouchner veut se rapprocher de Kigali

Catégorie actualité

[LETTRINE]Par à coups, avec des cahots et des grincements de dents, les relations entre la France et le Rwanda progressent : sur les ondes d’Europe 1, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, a reconnu que la France avait commis des erreurs au Rwanda et il a répété sa «[TEXTE_ITAL] volonté de se réconcilier avec ce pays massacré.[/TEXTE_ITAL] » Qualifiant le drame du Rwanda de « c[TEXTE_ITAL]as de conscience [/TEXTE_ITAL]» car, a-t-il dit « [TEXTE_ITAL]un génocide a été commis sous nous yeux et nous n’avons rien fait »[/TEXTE_ITAL] il a cependant refusé de critiquer l’opération militaro-humanitaire Turquoise et cela alors qu’un film produit par Alain Tasma et consacré à cette intervention vient d’être présenté à Paris par Canal Plus. Mis sur la sellette par Jean-Pierre Elkabbach, Kouchner a insisté sur le fait que « l[TEXTE_ITAL]a France n’est pas coupable de génocide, et surtout pas l’armée française ».[/TEXTE_ITAL]
Rappelons cependant que des des témoignages de plus en plus précis font état du soutien que la France a apporté aux milieux extrémistes avant et pendant le génocide.. Quant à l’Opération Turquoise, Kouchner rappelle qu’il se rendit à deux reprises au Rwanda avant qu’elle ne se déclenche. Le but de son voyage était de sauver des orphelins tutsis mais aussi de rencontrer le général Kagame afin de lui expliquer la portée humanitaire de l’intervention française. Aux yeux de Kigali, Turquoise eut surtout pour effet de permettre aux auteurs du génocide de fuir vers les pays voisins (entre autres vers la région du Kivu) et une commission d’enquête indépendante, dirigée par l’ancien ministre de la Justice Jean de Dieu Mucyo devrait publier ses conclusions d’ici fin octobre. Durant plusieurs mois, cette commission a recueilli de très nombreux témoignages sur les responsabilités précises de la France dans le génocide. Rencontrant à New York le ministre rwandais des Affaires étrangères Charles Murigande, Bernard Kouchner s’est trouvé pris entre deux feux : d’une part le Rwanda, qui détient des preuves de l’implication française, souhaiterait qu’un acte de repentance soit posé avant que les relations entre les deux pays puissent être normalisées. Et d’autre part, les fidèles du président Mitterrand et surtout de hauts responsables militaires récusent toute mise en cause de l’action de la France, tandis que le président Sarkozy est hostile à toute idée de mea culpa.
Le contentieux entre les deux pays est alourdi par l’affaire Bruguière : le 22 novembre 2006, le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière a délivré des mandats d’arrêts contre neuf hauts dirigeants rwandais, dont le président Kagame lui-même, les accusant d’être responsables de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, ce qui amena Kigali, deux jours plus tard, a rompre ses relations diplomatiques avec la France. Depuis lors, la Belgique gère les « [TEXTE_ITAL]affair[/TEXTE_ITAL]r[TEXTE_ITAL]es c[/TEXTE_ITAL][TEXTE_ITAL]ouantes[/TEXTE_ITAL] » et Paris exerce un droit de veto sur tous les visas délivrés à destination de l’espace Schengen. Deux avocats agissant au nom des personnalités rwandaises visées par le mandat d’arrêt, le Belge Bernard Maingain et le Français Lev Forster ont contesté la méthode du juge Bruguière et ont proposé aux juges d’interroger leurs clients soit au Rwanda soit dans un pays neutre.
A Paris, on assure que la justice étant indépendante, les démarches de Kouchner n’ont aucun lien avec l’affaire Bruguière. A Kigali, suivant le même principe, on assure que la commission d’enquête indépendante conclura ses travaux quoi qu’il advienne. On peut cependant parier sur des tractations en coulisses…[/LETTRINE]
[SIGNAT_FIN]COLETTE BRAECKMAN[/SIGNAT_FIN]