15 octobre 2007

Un avocat du Darfour accuse: on nous vole notre pays…

Catégorie actualité

Salih Mahmoud Osman, avocat, défenseur des droits de l’homme et parlementaire soudanais était à Montréal à l’occasion de la conférence sur le génocide. Il a profité de cette tribune pour défendre la cause de son pays.

Comment interpréter le fait que le SPLM (Southern peoples liberation movement) qui représente le Sud Soudan se soit retiré du gouvernement d’unité nationale ?

Cela confirme le fait que les autorités de Khartoum n’ont pas respecté, à l’égard du Sud Soudan non plus, les dispositions qui avaient été décidées lors de l’accord de paix global conclu voici deux ans. Ce retrait des gens du Sud, qui pourrait d’ailleurs relancer la guerre, va renforcer la méfiance des groupes rebelles du Darfour à l’égard de toute négociation avec le gouvernement. Même les Occidentaux qui avaient encouragé la conclusion de cet accord finissent par comprendre que Khartoum triche avec tout le monde…

Comment expliquez vous le fait que les représentants du Sud Soudan manifestent aussi peu de solidarité à l’égard des rebelles du Darfour ?

Le Dr John Garang, fondateur de la SPLM, comprenait le sens de notre lutte et lorsqu’il devint vice président, l’une de ses priorités était de trouver une solution pacifique pour le Darfour, il était opposé à l’action militaire. Mais après sa mort, ses successeurs qui font partie du gouvernement, ne s’opposent pas au massacre des populations du Darfour. Nous sommes très déçus…

Au cœur du problème du Darfour, n’y a-t-il pas aussi la question de la terre ?
Certainement : trois millions de personnes ont été déplacées, 500.000 autres se trouvent dans des camps de réfugiés au Tchad. Mais les terres, elles, sont occupées : des populations venues du Tchad, du Mali, du Niger, de Mauritanie, d’Egypte sont venues occuper les terres des gens du Darfour. Ce sont des Arabes qui sont venus repeupler les terres que les gens du Darfour ont été obligés d’abandonner, et ces nouveaux venus soutiennent le gouvernement…

Ces populations n’ont-elles pas été obligés de se déplacer vers le Sud pour des raisons climatiques, à cause de la progression du désert ?

Des mouvements de ce genre, dus aux sécheresses dans le Sahel, ont toujours eu lieu, et ces migrants étaient accueillis par les populations locales. Mais cette fois, c’est différent : ces étrangers, qui se présentent comme des « Arabes » même s’ils sont aussi foncés que moi, sont armés et soutenus par les milices janjaweeds ;ils chassent les habitants et prennent des titres de propriété sur nos terres…
Or depuis 600 ans, l’ancien sultanat du Darfour porte notre nom, celui des Fours, qui sont aujourd’hui exterminés, parqués dans des camps…Cela s’appelle de l’épuration ethnique, on est en train de voler notre pays…Evidemment, il y a des champs de pétrole tout autour de nous…

La force hybride (ONU-Union Africaine) qui se déploiera en 2008 représente-t-elle une solution ?
Un déploiement en 2008, c’est beaucoup trop tard, et surtout, si cette force n’a pas une forte composante internationale, si elle n’est composée que d’Africains, elle ne servira à rien, le génocide se poursuivra. Déjà aujourd’hui, la force de l’Union africaine est inutile, les gouvernements détournent les salaires de leurs contingents respectifs…Comment voulez vous que ces soldats, qui ont parfois six mois d’arriérés de salaire, soient efficaces ? Ces carences permettent à Khartoum de corrompre tout le monde…

Confirmez vous le fait que l’armée gouvernementale ait peint des hélicoptères en blanc, aux couleurs de l’ONU, et les ait envoyé bombarder les villages ?

C’est ainsi que mon propre village a été détruit, mes réseaux confirment que cela se poursuit partout. ¨Pour moi, le déploiement d’une force européenne au Tchad ne suffit pas : c’est à l’intérieur du Darfour que les gens doivent être protégés…Il faut impérativement imposer une « no fly zone » empêcher le survol du Darfour par les forces gouvernementales…