16 octobre 2007

En finir avec Nkunda mais à quel prix?

Catégorie actualité

[LETTRINE]Le président Kabila, qui se trouve à Goma où il supervise les opérations militaires visant à réduire la rebellion du général déchu Laurent Nkunda, est soumis à des pressions contradictoires : d’une part, ses forces armées, qui ont réuni de gros moyens, encerclent les positions des rebelles et, après avoir enregistré quelques avancées, souhaiteraient donner l’assaut final et contraindre leurs adversaires à la reddition. Une telle victoire militaire serait saluée dans tout le Congo comme un signe du rétablissement progressif de l’autorité de l’Etat, elle renforcerait les sentiments nationalistes et…ferait remonter la cote du chef de l’Etat. Mais le président Kabila, qui doit être reçu la semaine prochaine par le président Bush, a aussi entendu les objections et les craintes des ambassadeurs occidentaux et du représentant de la Mission des Nations unies au Congo William Swing, qui l’ont rejoint à Goma : tout en exhortant les insurgés à se rendre et les troupes de Nkunda à accepter le brassage, ils plaident en faveur d’un cessez le feu. Leurs arguments sont fondés sur la crainte d’une catastrophe humanitaire, car 700.000 personnes se sont déjà déplacées et fuient dans des directions différentes suivant leur origine ethnique : les rwandophones, qui soutiennent Nkunda tentent, accompagnés de leurs troupeaux, de se rapproher de la frontière rwandaise et des derniers bastions des insurgés, tandis que les autres groupes se dirigent vers Goma. Cette fragmentation de la population sur une base ethnique pourrait donner lieu à des représailles contre les rwandophones, surtout si les positions abandonnées par Nkunda étaient occupées ensuite par les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Congo) , les combattants hutus ennemis jurés de Kigali. Si tel était le cas, le Rwanda pourrait sortir de son embarras actuel et prêter ouvertement main forte à son allié.
En ce moment en effet, même si Nkunda compte parmi ses troupes un certain nombre de soldats démobilisés del’armée rwandaise, engagés aux côtés des Hutus rwandophones qui avaient été constitués en milice parl’ancien gouverneur du Kivu Eugène Serufuli, et si les armes et les munitions des insurgés viennent de l’autre côté de la frontière, il semble que le Rwanda ait été soumis à une intense pression, américaine entre autres, pour ne pas s’engager plus avant. Les élections congolaises ont en effet changé la donne : les Occidentaux, même s’ils sont agacés par les contrats passés avec la Chine et l’autonomisation croissante du président élu, peuvent difficilement avaliser qu’un général rebelle se pose en défenseur de sa communauté et défie un Etat que tous s’efforcent de stabiliser et de reconstruire…En outre, avec la découverte de fosses communes, le recrutement d’enfants soldats, la recrudescence des viols et des exactions commises par ses troupes, le dossier de Nkunda s’est singulièrement alourdi au cours des dernières semaines.
A Goma, dans une déclaration soigneusement calibrée, les ambassadeurs occidentaux ont donc réitéré leurappui au gouvernement et souligné son droit et son devoir de protéger tous les citoyens congolais. Ce souci de légalisme explique pourquoi, sur le terrain, les forces de la MONUC assurent les arrières des troupes gouvernementales et ont accepté de les transporter lorsque le général Nkunda a rompu la trêve.
Tout en réitérant son refus d’encore négocier et sa volonté de régler la question une fois pour toutes, le président Kabila a cependant accepté de prolonger l’ultimatum qui expirait lundi, en espérant que les hommes de Nkunda profiteront de ce délai pour continuer à faire défection et à se retrouver au brassage.
Cependant, qu’il soit envoyé en exil ou fait prisonnier, la neutralisation de Laurent Nkunda ne règlera pas le fond du problème : d’autres chefs militaires existent dans la région, que le Rwanda pourra réactiver s’il estime que ses intérêts sécuritaires mais aussi économiques sont menacés. S’il met fin au défi posé par Nkunda, le président Kabila devra, de toute urgence , s’attaquer à un autre front, celui des combattants hutus, une menace pour Kigali mais surtout un danger mortel pour les populations congolaises et en particulier les femmes, systématiquement violées ou enlevées. Dans ce cas, l’armée congolaise devra accepter de combattre ses anciens alliés sur le terrain, avec là aussi un soutien plus déterminé de la MONUC .
[/LETTRINE][SIGNAT_FIN]COLETTE BRAECKMAN[/SIGNAT_FIN]