29 octobre 2007
Flahaut défend son engagement au Congo
Catégorie actualité
« Ce n’est tout de même pas de ma faute si l’Orange bleue met tant de temps. Et surtout, la terre ne s’arrête pas de tourner…En tous cas, pour moi, le boulot continue.. »
Au cours de sa visite au Congo, probablement la dernière en qualité de Ministre de la Défense, André Flahaut a fait le tour des popotes, et un peu plus : à Kananga, où les Belges ont pris en charge la logistique et la formation des officiers, il a découvert l’application d’un concept cher à son homologue de la Défense, Chikez Diemu, « des soldats et des officiers qui, non contents de recevoir un enseignement théorique, construisent, cultivent, se rendent utiles à la population… » A Goma sur pied de guerre, où l’ultimatum contre Nkunda a été brièvement suspendu par le président Kabila, le ministre belge, qui fera rapport à con collègue portugais, a découvert une ville sur pied de guerre, où les troupes de la Mission des Nations unies au Congo ont décidé d’appuyer les forces gouvernementale en leur fournissant logistique, rations alimentaires et transport des blessés. A Kinshasa, le ministre Flahaut a multiplié les rencontres : les présidents de la Chambre et du Sénat, le Premier Ministre avec lequel la conversation fut d’autant plus animée que participait à l’entretien le ministre d’Etat Guy Spitaels, qui assista (comme Gizenga) aux premiers jours de l’indépendance…Durant un tête à tête d’une heure quarante avec le président Kabila, il fut question des accords économiques et de coopération passés avec la Chine, la seule manière, selon les Congolais, de réaliser dans les délais prévus les cinq chantiers promis par la nouvelle équipe et dont la souplesse contraste avec les lenteurs bureaucratiques de l’Europe. Il apparut aussi que le Congo, qui avait posé sa candidature pour l’organisation du sommet de la francophonie prévu en 1010, passera son tour, la reconstruction ayant préséance sur le prestige…M. Flahaut prit aussi congé du représentant spécial de l’ONU, l’Américain William Swing, devenu tellement familier aux yeux des Congolais qu’ils l’appellent désormais « Coco (bon papa) Swing » et lui ont consacré une chanson et un DVD ! Un hommage et un signe d’affection, peut être diversément apprécié à New York, où le département du maintien de la paix aurait voulu accélérer le départ du « grand père » du Congo, alors que les Européens souhaitent qu’il demeure en poste jusqu’à ce que soient levées les dernières hypothèques militaires : la neutralisation des miliciens de l’Ituri, dont deux chefs viennent d’être capturés et envoyés à la Cour internationale de Justice, et l’épilogue de l’affaire Nkunda. Il n’est cependant pas certain que les Congolais, qui subissent beaucoup de pressions les incitant à la modération et au dialogue, se lanceront dans le round final avant le départ du président pour les Etats-Unis, où il sera reçu par le président Bush…
Il est évident que la visite d’André Flahaut, rappelant que la Belgique existe encore n’est pas jugée inopportune par des Congolais de plus en plus courtisés et qui vivent la première grande épreuve de force du jeune régime…Répondant aux critiques de Karel De Gucht qui jugeait que cette visite, en ce moment précis, représentait un « très mauvais signal », Flahaut assure « qu’il s’agît bien d’affaires courantes, au moins autant que la décision d’envoyer des militaires belges au Tchad ou de signer le mini traité européen… »
Mais surtout, le ministre s’étonne de l’étonnement de son collègue des Affaires étrangères : « il aurait du être au courant, puisque cette visite a été annoncée lors de la réunion « black and white » (sic) qui rassemble des spécialistes de l’Afrique centrale des différents départements, Coopération, Défense, Affaires étrangères, que j’ai averti tant le Roi que le Premier Ministre et les présidents de la Chambre et du Sénat et demandé l’autorisation de quitter le pays… » Mais surtout, tenant des propos qui fleurent déjà bon l’opposition, le futur ex-ministre assure « si l’Orange bleue réussit, je plains les futurs ministres de la Défense et de la Coopération, surtout s’il s’agît de francophones. La main mise des Affaires étrangères, qui reviendra sans doute à un Flamand et probablement à M. De Gucht, sera totale. Rien d’étonnant à ce que les négociateurs flamands ne demandent rien en matière de relations extérieures : ils ont déjà tout… »Et de soupirer en songeant « aux conséquences que ce monopole entraînera vraisemblablement pour l’Afrique centrale, qui risque d’être délaissée pour des pays où des bénéfices plus rapides peuvent être escomptés… Ce qui, en plus d’une erreur, sera aussi un mauvais calcul…»
Interrogé à propos des dépassements budgétaires du Département de la Défense, André Flahaut reconnaît qu’au «niveau de la trésorerie, il est vrai que des emprunts ont été faits pour payer des cotisations de sécurité sociale et des emprunts, mais cela, ce n’était pas à mon niveau… »
Colette Braekman