13 novembre 2007

Nkunda biffe l’accord de Nairobi

Catégorie actualité

[LETTRINE]L’encre de l’accord conclu à Nairobi entre le Rwanda et le Congo, portant sur le désarmement des miliciens hutus toujours présents au Kivu, n’a pas eu le temps de sécher que le général Laurent Nkunda, craignant peut-être de faire les frais de cette coopération régionale, s’est invité de force. Des soldats insurgés ont brusquement attaqué les camps établis à quelques kilomètres de Goma, à Mugunga et autour du Lac vert, semant la panique parmi les 38.000 déplacés vivant des conditions très précaires au pied du volcan.
Emmenant bâches, bidons et couvertures, quelque 28.000 personnes ont fui en direction de Goma, déjà surpeuplée. Le Haut Commissariat aux réfugiés a dénoncé la situation « épouvantable » de ces déplacés qui sont déjà plus de 370.000 dans tout le Nord Kivu.
Dénonçant une attaque sur Goma et le risque de massacre des déplacés de Mugunga, l’armée gouvernementale, qui aligne 20.000 hommes dans la région, est intervenue en force et assure avoir tué 27 insurgés.
[INTERTITRE]« Défenseur des Tutsis »
[/INTERTITRE]Du côté du général dissident, qui se proclame toujours le défenseur des Tutsis contre les miliciens rwandais empreints de l’idéologie du génocide, cette attaque sur Mugunga est présentée comme une réplique au bombardement de la colline de Mushake, opéré par les troupes gouvernementales.
Mais surtout, Nkunda et les siens assurent que, sur le terrain, les militaires congolais collaborent avec les miliciens hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), qui occupent aussitôt les positions reprises par l’armée. Ils accusent la Mission des Nations unies au Congo qui appuie les Forces armées congolaises de coopérer, volontairement ou non, avec les miliciens rwandais et des irréguliers Maï Maï, ce que l’ONU nie radicalement.
En réalité, en provoquant la panique parmi les civils et un début de catastrophe humanitaire, le général Nkunda et les siens ont rappelé que le règlement de la situation au Nord Kivu ne pouvait se négocier exclusivement entre Kinshasa et Kigali, et que les forces sur le terrain devaient être prises en compte. En effet, autant les 4 à 5.000 hommes alignés par Nkunda que les 10.000 miliciens hutus hostiles au Rwanda craignent de faire les frais de l’accord conclu à Nairobi, où Kinshasa, qualifiant pour la première fois les ex-FAR Interhahamwe d’« organisation génocidaire-militaire » s’est engagé à lancer d’urgence des opérations militaires pour éliminer la menace que ces hommes représentent toujours tant pour le Rwanda que pour les populations congolaises.
En contrepartie, le Rwanda, même s’il nie son soutien à Nkunda, a accepté de verrouiller sa frontière, afin sans doute d’empêcher à l’avenir que des démobilisés de l’armée rwandaise rejoignent le général rebelle avec armes et munitions…
Le Congo et le Rwanda se sont également engagés à poster des observateurs sur leur frontière commune et à échanger des informations à propos de leurs rebelles respectifs. Les Hutus invités, de gré ou de force, à déposer les armes devraient être regroupés dans des centres de cantonnement d’où ils regagneraient le Rwanda ou seraient soit éloignés de la frontière soit confiés à la justice[