Monsieur Kamerhe, d’où est venue l’idée d’organiser cette conférence ?
Le 20 juin 2007, l’Assemblée nationale a remis au Conseil de Sécurité présent au Congo un plan de sécurisation du Nord et du Sud Kivu qui comportait cinq points, dont un volet politique et diplomatique. Le volet politique comportait la tenue d’une conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu. Cette idée fut ensuite concrétisée par l’ordonnance signée par le président de la république en décembre dernier. Nous pensions qu’après avoir organisé les élections dans ce pays, nous n’avions pas besoin d’une autre guerre, il fallait limiter les dégâts sur le plan humain et matériel. Il est vrai que l’issue politique s’est imposée avec plus de force encore après la débâcle militaire. En plus, l’ampleur du drame humanitaire, plus d’un million de Congolais déplacés, sans abri, sans assistance, est un drame qui ne peut laisser indifférent ni le Président de la République ni le Premier ministre ni moi-même. Voilà pourquoi, avec les leaders d’opinion, les communautés de base, les représentants de l’armée, nous nous sommes tous impliqués dans le recherche d’une solution politique. Nous voulons mettre fin à la guerre, dans le Nord et le Sud Kivu, explorer ensemble toutes les pistes de solution pour le rétablissement de la sécurité. Si des éléments de l’armée congolaise ainsi que les démobilisés ne sont pas pris correctement en charge, c’est aussi une source d’insécurité. Il ne s’agît pas seulement de mettre fin à la guerre, mais de voir comment rétablir la sécurité. Nous devons aussi prendre des résolutions dans le domaine humanitaire et social afin de permettre le retour des déplacés dans leur village. Ce retour doit être sécurisé et bien préparé car dans la plupart des cas, les cases ont été brûlées ou rasées, nous devons aussi préparer le retour des réfugiés qui se trouvent au Rwanda, en Ouganda en Tanzanie et au Burundi. Cette conférence sera l’occasion d’élaborer un plan d’urgence pour la reconstruction. Ces deux provinces ont été totalement dévastées depuis 1994, où on a vu l’entrée massive des Ex-Faz Interhahame (auteurs du génocide) assistés par l’Opération Turquoise. Cette dernière avait eu la caution de la communauté internationale… Voilà pourquoi les populations du Nord et du Sud Kivu sont en droit de demander une réparation de la part de la communauté internationale qui nous a incités à accepter ces réfugiés en vertu du droit international humanitaire et qui a donc sciemment laissé une armée étrangère entrer au Congo. L’environnement de la province a été totalement détruit. Compte tenu de tout cela nous pensons que nous méritons un petit « plan Marshall » pour les deux provinces.
Quelles impressions tirez vous du déroulement de la conférence ?
Nous avons été surpris par l’engouement que la conférence a suscité et par la richesse des interventions. La presse nationale comme internationale croyaient que la population de cette région était attachée uniquement à l’option militaire. En réalité, elle était déjà fatiguée par la guerre…Nous attendions 350 participants, nous en avons 1250, ce qui explique de petits problèmes d’ordre logistique, organiser une conférence de plus de 1000 personnes à Goma ,ville martyre c’est compliqué…
Quelles sont les limites qui ne pourront être franchies ?
La conférence réunit des communautés de base, des groupes armés et d’autres participants, députés nationaux et provinciaux. Dans ce cadre, chacun apporte ses idées pour la construction de la paix le rétablissement de la sécurité. Les limites à ne pas franchir sont fixées par la Constitution et les lois de la République : nous ne pouvons rien faire qui viole les lois de la république ni nous substituer aux institutions existantes. Du reste, tous les intervenants, groupes armés ou politico militaires, commençaient toujours par reconnaître le résultat des élections qui a permis la mise en place des institutions démocratiques et par faire allégeance au président de la République. Aller à l’encontre des institutions et des lois de la république serait d’ailleurs un acte de haute trahison…
Quels sont les points qui ont fait l‘unanimité ?
Dans l’immédiat, tout le monde est d’accord pour signer un acte d’engagement dans lequel chacun donnera l‘ordre formel d’arrêter le combat. Autre point d’accord : le retour dans leur lieu d’origine des réfugiés et des déplacés qui se trouvent dans les quatre pays limitrophes. Ils devraient bénéficier d’un un plan humanitaire d’urgence…
De quels réfugiés parlez vous ? De ceux quoi ont été générés parle conflit actuel, ou de réfugiés plus anciens ?
Je dis bien tous les réfugiés : nous sommes tous d’accord sur le principe du rapatriement des ex Far-Interhahamwe (FDLR)dans leur pays d’origine, le Rwanda. Il s’agît là d’une question qui concerne directement le gouvernement du Congo et celui du Rwanda ainsi que la communauté internationale.
Allez vous entamer d’autres négociations avec Kigali ?
Il y a déjà un mécanisme de concertation : chaque vendredi se réunit ici à Goma la « tripartite plus » (Congo, Rwanda, Etats unis) (ndlr. qui veille à ce que soit appliqué l’accord signé le 9 novembre à Nairobi où Kinshasa et Kigali s’engagent ensemble à éliminer les FDLR) Mais le gouvernement attend toujours que le gouvernement rwandais lui soumettre quelques données permettant l’application de ce plan, en l’occurrence la liste des génocidaires
Le Haut Commissariat aux réfugiés sera- t-il associé à l’organisation de ces retours ?
Il faudra une concertation entre le HCR, le gouvernement congolais et celui du pays d’asile afin d’identifier qui rentre au Congo, où il va et pour préparer les conditions de son retour dans le lieu où il est censé avoir vécu avant son départ en exil. Il est évident que le HCR doit être associé à l’opération pour éviter des infiltrations…Chat échaudé craint l’eau froide …
Une sorte de « Marshall » est-il prévu pour le Kivu ?
Plusieurs résolutions de la conférence s’adressent à la communauté internationale, l’Union européenne, les Etats-Unis, la Belgique. Nous aimerions que les promesses ne demeurent pas lettre morte. Il y avait un package ; la sécurisation de l’Est, Nord et Sud Kivu devait aller de pair avec la fin de la guerre mais aussi avec le début des travaux de reconstruction dans le cadre d’un développement intégral. Sinon, ceux qui sont dans les groupes armés vont reprendre le chemin de la guerre car ils n’ont rien d’autre à faire…Les travaux de réhabilitation des routes, des infrastructures de base, la relance de la production, agricole, l’élevage, la création de quelques centres de formation agricole, professionnelle seraient les bienvenus pour l’encadrement de ces jeunes démobilisés qui seront très nombreux
Les autorités ont-elles été déçues par le soutien qui vous apporté depuis les élections ?
Pour être honnête, je dois répondre par l’affirmative : beaucoup de promesses nous avaient été faites avant la signature de l’accord global et inclusif à Sun City en 2002, mais peu de choses ont été faites. Pour vous donner une idée, l’aide accordée réellement ne représente que 28% de ce qui avait été promis, tous bailleurs de fonds confondus. En ce moment l’aide extérieure représente 44% du budget et nous essayons de réduire notre dépendance à cet égard.
Où en est la commission de revisitation des contrats miniers ?
J’attends ses conclusions en mars, le Premier ministre ne vas pas échapper aux questions des députés qui vont s’enquérir des conclusions de cette commission. Déjà, nous félicitons le Président de la République pour avoir conclu qu’il valait mieux conclure des contrats sur une base de troc, faire des routes en échange de gisements dont la valeur doit être déterminée à l’avance afin d’éviter la fuite de capitaux et autres détournements. Au moins les choses ainsi fixées seront-elles claires : un gisement de telle valeur, contre autant de kilomètres de route…Je suis convaincu qu’une telle formule va nous faire avancer plus vite, car le temps que nous perdons pour chercher l’aide extérieure en plus du service de la dette, tout cela représente beaucoup d’argent… Nous devons encore faire un effort supplémentaire pour atteindre le point d’achèvement et récupérer ce que nous payons chaque mois au titre du service de la dette et l’affecter aux besoins de développement interne du pays. La dette extérieure représentait 25 pc du budget nous avons décidé de la réduire à 10%. Dix % dette extérieure, 10% caisse de péréquation, 40% fonctionnement du gouvernement central et 40% pour les provinces : c’est cela le budget de l’Etat…