28 février 2008

Paul Fortin, PDG de la Gecamines, défend les accords avec la Chine

Catégorie actualité, interview

Paul Fortin, PDG de la Gecamines, revient de Pékin et lève le voile sur les accords conclus avec la Chine.

Je n’ai pas participé à la « revisitation » des contrats miniers conclus durant la transition , car, à juste titre, le gouvernement a conclu que je ne pouvais à la fois être juge et partie. Je représente la Gecamines que l’on dit avoir été lésée. C’est donc le gouvernement qui a pris les choses en mains. Je crois que le processus, une fois entamé, ne peut être arrêté sans plus, ni bâclé. Et pourquoi ? Parce que si l’on fait cela, tout va recommencer à nouveau…

Le vice ministre des Mines, M. Kasongo, a annoncé la création d’une sorte de jury, devant lequel les contrats litigieux seraient discutés…

Le terme « jury » n’est peut-être pas très commercial… Il y aura un face à face, une rencontre qui permettra aux parties de s’expliquer, de situer les enjeux. Le gouvernement donnera son point de vue. Moi, je suis favorable à certains ajustements.
Certains accords ont été conclus dans un climat qui n’était pas serein, celui de la transition, et aussi du sauve qui peut. Tout le monde avait besoin d’argent, on a un peu vidé les tiroirs…

Juridiquement, le gouvernement est il en position de pouvoir négocier ?

Le travail a été fait sérieusement, des avis ont été donnés, dans la commission se trouvent des gens de l’extérieur. Ceux qui ont fait des affaire au Congo, rassurez vous, n’ont pas perdu d’argent jusqu’à présent…Les gisements sont très riches, les infrastructures se remettent sur pied, les services sont en train de reprendre. De partout je reçois des propositions, mais je dois répondre que je n’ai plus grand-chose à donner pour conclure de nouveaux partenariats. En fait, je dois refaire de la prospection, de la recherche pour découvrir de nouveaux gisements. On a donné beaucoup dans les partenariats, mais là, je suis dans mes derniers retranchements… Or il faut que la GCM qui existe depuis plus de cent ans demeure une entreprise minière, ce serait un deuil national si elle fermait ses portes…Elle pourrait redevenir une entreprise de taille respectable. A l’avenir la production de tous les miniers va multiplier par cinq la production de la grande Gecamines d’autrefois. On pourrait au total produire un million de tonnes de cuivre d’ici cinq ans. Nous serons en deuxième position après le Chili…

Autrefois, l’Union Minière, puis la Gecamines assuraient des responsabilités sociales. Qu’en est il des nouveaux opérateurs miniers ?
L’engagement social se fera par la voie de la fiscalité, des royalties. Le modèle sera différent…Aujourd’hui encore la Gecamines soutient des hôpitaux, des écoles. Mais à terme tout cela doit devenir la responsabilité du secteur public, il faut que la Gecamines se désengage. Autrefois les employés se contentaient de salaires assez bas, car le logement, la santé, l’éducation ces enfants étaient pris en charge. Cela va évidemment changer : on va mieux payer les gens, mais ils vont devoir s’organiser pour payer eux-mêmes les services…

Que répondez vous aux critiques qui assurent que les nouveaux contrats ont été conclus « en catimini » ?

Sous mon autorité, seuls deux accords de partenariat ont été conclus, à Kipushi, et avec les Chinois. Dans le cas des contrats chinois, j’ai mené toute la négociation au cours des deux mois que j’ai passés à Pékin, depuis début novembre jusque fin décembre et je n’ai signé que le jour de mon départ. Nous avons négocié très sérieusement, il y avait avec moi quinze personnes de la Gecamines, nous sommes restés deux mois à l’hôtel, le temps de tout mettre en place. Rien n’a été fait à la va vite, et au moment de conclure, il y avait trente personnes dans la salle. Nous allons constituer une société mixte, la Socomin, Société congolaise des minerais.

Puisque vous affirmez que vous n’avez pratiquement plus de concessions disponibles, qu’allez vous offrir aux Chinois ?

Tout a commencé par un accord entre les deux gouvernements, conclu en septembre par le ministre Pierre Lumbi, chargé des infrastructures. Il a suggéré aux Chinois de conclure un accord avec la Gecamines. Je me suis rendu en Chine au nom de la Gecamines. Les partenaires chinois sont de grandes sociétés d’Etat, chemin de fer, électricité, banques. Nous avons négocié avec eux à hauteur du budget qui avait été prévu pour les infrastructures, c’est-à-dire six milliards de dollars plus trois milliards pour reconstruire la mine. Pour financer tout cela il nous fallait trouver au moins dix millions de tonnes de cuivre, comme contrepartie. C’était une forme de troc. J’ai eu quelques difficultés à trouver ces dix millions de tonnes de cuivre, j’en avais 7,5 millions, il m’en manquait 2,5 millions. C’est ainsi que j’ai été voir les gens de Katanga Mining (ndlr. Parmi lesquels le Belge Georges Forrest) car des propriétés leur avaient été concédées près de Kolwezi, où j’avais déjà mes 7,5 millions de tonnes. J’ai promis de compenser tonne de cuivre par tonne de cuivre. De toutes façons, selon les études de faisabilité de Katanga Mining, les gisements que je convoitais ne devaient être exploités que dans douze ans. Ce délai me permet de faire des forages et de trouver les 2,5 millions de tonnes promises. Machamba et Dikuluwe nous ont donc été cédés par Katanga Mining. Il y a eu accord verbal puis échange de lettres. Cette transaction a été ensuite formalisée par les avocats, afin de rassurer les actionnaires de Katanga Mining, qui n’avaient pas envie de voir 2,5 millions de tonnes de cuivre leur passer sous le nez…Nous allons donc ensemble faire des forages pour trouver de nouvelles réserves. En cas d’échec, une clause de l’accord prévoit un montant compensatoire, qui monte à plusieurs millions de dollars à payer d’ici six ou sept ans…Mais j’ai bon espoir, car il y a longtemps que des recherches n’ont plus été faites. En conclusion donc, Katanga Mining a répondu à l’appel de la Gecamines et du gouvernement, tout s’est bien passé, de manière très correcte.
Quant aux Chinois, les gisements sont là, identifiés, mesurés grâce aux forages, aux études géologiques. Cette affaire est claire, déjà réglée et le pays disposera d’infrastructures pour une valeur de trois milliards, dans un premier temps…Le programme est fait, les Chinois ont déjà commencé à envoyer des équipes, une très grosse mine va bientôt être mise en exploitation, sur base d’un bon partenariat, 68% pour les Chinois, 32% pour la Gecamines. Mais presque tous les revenus de ce partenariat vont être utilisés pour rembourser le prêt de 3 milliards de dollars qui permettra de construire les infrastructures.
Lorsque la mine entrera en production, les Chinois avanceront une deuxième tranche de trois milliards, toujours pour des infrastructures. Leur engagement total s’élève à neuf milliards de dollars. C’est énorme, avec des taux d’intérêt préférentiels…

Pouvez vous dire qu’il s’agît là d’un bon accord ?

Cette affaire a secoué un peu l’Occident, le gouvernement américain, la Banque Mondiale…A mes yeux, c’est un très bon accord, avantageux pour le pays: qui donc aurait pu prêter au Congo trois milliards de dollars aujourd’hui, à un taux préférentiel et pour construire des infrastructures indispensables ? Ni la Banque Mondiale, ni l’Union européenne, ni le Canada, ni la Belgique n’auraient pu consentir une telle somme. Nul autre que la Chine n’a une telle accumulation de dollars à recycler. Le programme va s’étaler sur dix ans sinon quinze.
Il s’agît d’accords d’Etat à Etat, que moi, pour le compte de la Gecamines, j’exécute. Le consortium chinois, en partenariat avec la Gecamines, va dégager suffisamment de fonds pour rembourser les prêts…Les Chinois ne vont cependant pas entrer dans le capital de la Gecamines, car elle est une entreprise d’Etat, elle n’a pas d’actions…Cette société, vu ses potentialités, réserve encore d’heureuses surprises pour le gouvernement

Les critiques disent que le patrimoine minier a été cédé aux Chinois…

C’est faux, on n’enlève rien aux autres, l’entreprise n’aura pas une taille plus grande que celle de Katanga Mining ou Tenke Fungurume. Au contraire, la réalisation d’infrastructures bénéficiera à tout le monde : la route vers la Zambie et la route de Kolwezi à Lubumbashi seront refaites, le chemin de fer aussi sera réhabilité de même que l’aéroport de Kinshasa et la route qui contournera la capitale. Les miniers aussi ont besoin de meilleures infrastructures. Vous savez, c’est une trouvaille, qu’avoir pensé à cela et de l’avoir réalisé ! En l’espace de quatre mois, c’est un coup incroyable, que beaucoup envient au Congo, le Kénya entre autres, qui a épaté le monde entier……Le Congo s’est inspiré de l’exemple angolais, à ceci près que le pétrole sort tout de suite, alors que le cuivre, lui, ne sera disponible que dans trois ans…
Tout va aller très vite pour que les Congolais puissent rapidement voir le résultat de ces accords. Avec les autres, c’est lent, il y a la conditionnalité, on vous donne, on retient, on hésite. Les Chinois eux ne posent aucune question, c’est d’ordre commercial, et puis c’est tout. Les gens qui discutent avec eux ne se sentent pas diminués, les interlocuteurs sont très simples, et aussi très directs…Le rythme des négociations était lent, car les gens avec qui nous discutions durant la journée devaient le soir faire rapport à leur gouvernement…Je vous assure que nous n’avons pas discuté à la sauvette ou en catimini. Nous aussi, nous faisions rapport et à Kinshasa, on nous a laissés travailler.
Le contrat a été signé le 2 décembre et il est irréversible. C’est le contrat du siècle et, des deux côtés, on est en train de le passer au peigne fin. C’est la Gecamines qui emprunte l’argent, c’est elle qui va le repayer. Le contrat est aussi direct que possible, sans intermédiaires .
Auparavant, j’avais eu de longs entretiens au siège de l’Union européenne ou avec le gouvernement belge, mais ils n’avaient rien donné, aucune des promesses ne s’était matérialisée…Il y avait beaucoup de bonne volonté, mais comme une difficulté d’amorce…