Congo De Crem confronté au « social » des militaires
Maigre et sec comme un sabre, le Ministre de la Défense Pieter De Crem prend des couleurs à mesure qu’il découvre le Congo de l’intérieur et qu’il doit demeurer impassible sous le soleil vertical qui frappe les podiums d’où il passe les troupes en revue tandis que les fanfares militaires martèlent inlassablement les hymnes nationaux du Congo et de la Belgique. A Kananga, où les Belges formaient naguère l’orgueilleuse Force Publique dont les hauts faits sont immortalisés par une mosaïque de plusieurs mètres de haut, le ministre a soupiré «38 degrés, c’est aussi la température du corps humain, celle où le cœur bat plus vite… »A chaque étape de ce périple qui l’a mené à l’Ecole supérieure militaire de Kananga, à Kalemié sur le lac Tanganyika où les Belges soutiennent les Casques bleus béninois, à Lubumbashi et au camp Kokolo de Kinshasa, le ministre a eu l’occasion de confronter les principes de sa politique avec les réalités du terrain. La nouveauté de son message tient en peu de mots : « désormais », assure-t-il, « il y aura une meilleure synergie entre la Défense, les Affaires étrangères et la Coopération ; la Belgique parlera d’une seule voix et veillera à la complémentarité de ses interventions. L’armée pour sa part veillera à se démarquer du rôle des ONG, à se séparer de l’humanitaire ; elle assurera des tâches de formation, de logistique et la coopération militaire belge intensifiera l’une de ses excellences, l’appui médical… »
Tout cela est fort bien, mais les faits ont démontré qu’au Congo le « social » et particulièrement celui des militaires, demeure une priorité. A l’académie militaire de Kananga, les Belges ont entrepris depuis le début de cette année de « former des formateurs » avec un premier module consacré à la citoyenneté et ils vont contribuer à doter le Congo d’unités du Génie qui réaliseront des travaux d’utilité publique. Mais en même temps l’unité « Kuya Kumpala », (en avant) convainc par des actes beaucoup plus concrets : elle distribue des semences, du matériel agricole, réhabilite des bâtiments scolaires.
Pour accueillir les Belges avec des chants et des danses, les femmes des militaires portent des robes neuves, mais dès que la musique s’arrête, elles crient leur détresse : il n’y a pas d’eau potable dans le camp, pas d’écoles pour les enfants, le prix du maïs a explosé et la famine menace. C’est pourquoi le ministre congolais de la Défense Chikez a emmené les Belges vers un vaste champ récemment labouré, où les familles des militaires feront bientôt pousser manioc et légumes afin de subvenir à leurs besoins. Quant au commandant de l’académie militaire, le général Kibonge (un homme qui durant deux ans fut maintenu en captivité par Jean Pierre Bemba) il a moins parlé du métier des armes que de sa véritable obsession : créer un élevage de porcs afin de produire au plus tôt une tonne de viande par mois. Sa requête adressée à la Belgique, ce sont les intrants, les moyens de permettre l’insémination de porcs adaptés au climat du Kasaï occidental… lire la suite