2 avril 2008

Robert Mugabe face à l’histoire

Catégorie actualité, commentaire

A la tête de son pays depuis 1980, le président Mugabe devrait tirer les leçons de ces élections qui ont vu son parti perdre sa majorité au Parlement et s’incliner dignement, non sous la pressions des Occidentaux mais devant le verdict de son peuple. Ainsi, quel que soit l’anathème jeté sur lui depuis Londres, Washington ou la Slovénie, il ferait oublier ses années de despotisme et préserverait l’essentiel de son image, celle d’un homme qui consacra sa jeunesse et son âge adulte à lutter pour la libération de l’Afrique. Car qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, Mugabe appartient à l’histoire du continent, dont il est l’un des héros : réfugié en Tanzanie après des années de prison durant lesquelles il collectionna les diplômes, il lutta avec succès contre la minorité blanche alors incarnée par Ian Smith.
Samora Machel, le premier président du Mozambique, dont la veuve épousa Nelson Mandela, Eduardo dos Santos toujours président de l’Angola, Thabo Mbeki, fils de Govan Mbeki, l’un des fondateurs de l’ANC en Afrique du Sud, étaient ses amis et ses compagnons de lutte. Laurent-Désiré Kabila, qui chassa Mobutu en 1997, appartient à la même génération. Lorsqu’il présida aux destinées du Zimbabwe indépendant, Mugabe appuya la lutte anti-apartheid, plaida pour la libération de Mandela et les Noirs d’Afrique du Sud n’ont pas oublié ce soutien décisif. Les populations d’Afrique australe, affamées de terres, savent aussi qu’après avoir attendu durant deux décennies que soient appliqués les accords de Lancaster House (qui prévoyaient que les Britanniques lui avancent les fonds destinés à racheter les terres conquises par les Blancs) il finit par se décider à mener sa propre réforme agraire, ce qui suscita un effondrement de la production et l’inimitié passionnée de l’ancienne puissance coloniale. Quant aux Congolais partisans de Joseph Kabila, ils n’ont pas oublié que c’est l’armée du Zimbabwe qui, en août 1998, empêcha la chute de Kinshasa aux mains des rebelles soutenus par l’armée rwandaise…
Pour toutes ces raisons, le continent tout entier observe le silence pendant que la statue du doyen des chefs d’Etat est lentement déboulonnée. Si des pressions sont discrètement exercées en faveur d’une solution pacifique, peu d’échos en filtrent mais nombreux sont les Africains qui souhaitent que le vieux chef qui s’est trop longtemps accroché au pouvoir choisisse de se retirer dignement, préservant ainsi la meilleure et la plus ancienne de ses images, celle d’un freedom fighter, un combattant pour la liberté…