22 avril 2008

Congo Retour sur un incident

Catégorie actualité

Sereins et souriants, les trois ministres belges se sont égaillés dans le Congo profond, comme si les tensions qui avaient marqué leur journée à Kinshasa et leur rencontre avec le chef de l’Etat appartenaient déjà au passé. De Crem a visité le port de Kinshasa, un cimetière de baleinières rouillées et découvert la majesté du fleuve, De Gucht et Charles Michel ont fait une incursion dans le Bas Congo, raccourcie par un nouveau rendez vous fixé par le président Joseph Kabila.
C’est qu’il s’agissait d’éviter l’irréparable, de ne pas donner prise à d’éventuelles provocations… La veille en effet, après avoir reçu M. De Crem pour une visite assez protocolaire, Kabila, grippé et fatigué, avait reçu les trois éminences à l’heure convenue depuis le matin. Le chef de file des Belges lui tint des propos peu amènes, livrés dans une forme inhabituelle. Au lieu d’un entretien direct, Karel De Gucht se mit à lire une note interne, extrêmement virulente, rédigée par son cabinet et qui n’avait pas fait l’unanimité, dont le ton fut jugé arrogant par les Congolais et qui surprit même ses deux autres collègues. Au départ de Belgique en effet, les trois ministres en effet s’étaient mis d’accord sur le texte d’une allocution très équilibrée, qui fut prononcé par Karel De Gucht au cours d’une réception donnée à l’ambassade de Belgique, réception boudée par beaucoup d’officiels congolais, y compris le Ministre de la Défense Chikez. Dans ses propos publics, Karel De Gucht rappela à quel point la Belgique s’était investie au Congo au cours des dernières années, tant pour sortir de la guerre que pour accompagner le pays vers des élections démocratiques, mobiliser la communauté internationale et investir dans l’aide au développement. Sans surprendre personne, il prévint qu’il « n’avait pas l’habitude de mâcher ses mots » et se mit à évoquer de nombreux points sensibles : le recours à la répression dans certaines régions du pays (allusion à la répression dans le Bas Congo), les violences sexuelles « cauchemardesques » dans l’Est du pays, et il insista sur la nécessité d’une exploitation transparente des fameuses ressources minières. Mais l’assistance retint surtout sa dénonciation des « privilèges fabuleux de certains », la « farouche résistance au changement opposée par tous ceux qui n’hésitent pas à sacrifier le bien être de la population à leur enrichissement personnel » et il exigea des actes plus que des paroles.
S’il s’en était tenu à de tels propos, De Gucht non seulement aurait eu raison sur le fond, mais aurait suscité l’adhésion de tous les Congolais qui constatent que les grèves se multiplient, que les prix augmentent, qu’avant le démarrage des fameux chantiers, l’état des infrastructures est pire que jamais. Et cela alors que les parlementaires se sont octroyée une indemnité mensuelle de 6000 dollars et dotés chacun d’une jeep tout terrain qui les aidera à traverser une ville effondrée, tandis que tous les hommes d’affaires assurent que, plus que jamais, les divers ministres fonctionnent à coups d’enveloppes et dépensent en procédures d’urgence, sans aucun contrôle…
Au vu d’un tel bilan, on comprend pourquoi les ministres belges remirent le cordon de l’Ordre de Léopold à l’abbé Malu Malu, médiateur au Nord Kivu, et s’abstinrent de toute louange à l’égard des élus, comme si aucun travail n’avait été réalisé…Mais devant le président, notre ministre, en présence de plusieurs collaborateurs et de ses propres collègues, surpris sinon gênés alla beaucoup plus loin, tenant des propos qui, selon des témoins « lui auraient valu, partout ailleurs, d’être éconduit. » Il n’en fut rien cependant, et avant leur départ pour la Belgique dans le cas de De Crem, pour Lubumbashi dans le cas des deux autres, les trois ministres belges furent invités à reprendre l’entretien, dans un cadre plus serein…
L’avenir dira jusqu’à quel degré peuvent se tendre des liens d’amitié…