Nouveau rebondissement dans une affaire qui date de 2004 et qui à l’époque ne concernait que la banque Belgolaise et un ancien ministre congolais, Jean-Charles Okoto, aujourd’hui député du parti présidentiel : cette fois, c’est la Banque centrale du Congo elle-même qui a été inculpée par le juge d’instruction Michel Claise en tant que personne morale. Cette inculpation pour blanchiment d’argent découle d’une demande formulée par le Parquet en mars dernier, sur base d’indices « portant sur la disparition de fonds détournés au préjudice d’une société minière congolaise au départ de comptes ouverts dans une banque belge ».
C’est en janvier 2003 que la CTIF, la cellule de traitement des informations financières, avait constaté des transactions anormales sur un compte en banque ouvert auprès de la banque belge Belgolaise. Après 18 mois d’enquête et la surveillance d’un demi million de communications téléphoniques ( !), il apparut que la société d’Etat MIBA (Minière de Bakwanga), principale société productrice de diamants au Kasaï, aujourd’hui en faillitte, avait subi un préjudice de l’ordre de 80 millions de dollars : vingt millions avaient été utilisés pour acheter des armes en Tchéquie et en Ukraine, le reste avait servi à d’autres fins. Rappelons qu’alors le Congo se trouvait toujours placé sous un embargo onusien lui interdisant d’acquérir de l’armement (ce qui n’était pas le cas de ses voisins, le Rwanda et l’Ouganda, accusés à l’époque de financer et d’armer des milices rebelles dans le Kivu et dans l’Ituri…). Quant à Jean-Charles Okoto, ancien PDG de la Miba, il avait aussi été président du PPRD (parti pour la reconstruction et le développement) qui se préparait cette année là à soutenir la campagne présidentielle du président Kabila.
La banque Belgolaise fut alors accusée d’avoir favorisé une transaction illégale sur le produit des ventes de la Miba, sans en avoir averti la SIBEKA, une autre société belge actionnaire de la Miba à hauteur de 20%. En vertu de la loi sur le blanchiment, le magistrat bruxellois poursuivit quatre dirigeants de la Belgolaise, dont son directeur marc Blanpain. Cette affaire, qui n’a toujours pas été conclue, précipita la décision du groupe Fortis d’abandonner sa filiale, cependant réputée pour sa longue expertise dans les relations avec l’Afrique et avec ses dirigeants.
Cette fois, il apparaît que la filière utilisée pour « blanchir » les millions de la Miba n’est pas passée par la seule Belgolaise, mais a également utilisé les canaux de la Banque centrale congolaise. Un délit d’autant plus surprenant que cette institution d’Etat était régulièrement auditée entre autres par le cabinet Price et Waterhouse, qui n’avait rien signalé à l’époque, pas plus que l’ancien gouverneur de la Banque nationale de Belgique Fons Verplaetse, qui était alors consultant à la BCC. L’accusation formulée contre la BCC vise directement son gouverneur, Jean-Claude Masangu, originaire du Katanga, qu’un décret présidentiel vient de confirmer dans son troisième mandat, décision qui a suscité beaucoup de jalousies. Pour Noël Tshiani, économiste et haut fonctionnaire international, auteur du livre «Vision pour une monnaie forte, l’Harmattan mars 2008), il est très inhabituel et rare qu’une banque
> centrale soit mêlée dans des affaires de blanchissement d’argent. Généralement, une banque centrale incarne l’intégrité et la crédibilité… Comme on le sait, l’économie> congolaise est totalement dollarisée. La dollarisation amène avec elle beaucoup d’argent sale dans le pays et cet argent entre facilement dans les circuits bancaires pour en ressortir “blanchi”.
Relevons aussi que Jean-Charles Okoto, aujourd’hui député du parti présidentiel, bénéficie de l’immunité due à ses fonctions. Ce qui lui aurait permis de venir en Belgique à plusieurs reprises, sans être entendu par la justice. Cette immunité est d’ailleurs partagée par d’autres personnalités congolaises de premier plan comme Jean-Pierre Bemba ou Léon Kengo wa Dondo, aujourd’hui président du Sénat, dont le dossier a été frappé de prescription et abandonné plus rapidement que celui d’Okoto…