15 mai 2008

Les contrats chinois en dix questions

Catégorie actualité

Avant de rendre compte des contrats passés avec la Chine auprès de « pays amis », d’institutions financières internationales ou d’ ONG attachées à une transparence résultant de leur propre monitoring, ce sont les membres de l’Assemblée nationale que le gouvernement congolais avait le devoir d’éclairer. C’est désormais chose faite : le ministre Pierre Lumbi, en charge des infrastructures et travaux publics, a répondu de manière détaillée aux nombreuses questions et critiques posées par les députés congolais. Le débat s’est conclu par la formulation de dix recommandations, demandant entre autres que soit clairement indiquée la valeur des infrastructures à construire et la valeur des gisements concédés par la Gecamines dans le cadre de la convention passée avec les entreprises chinoises. Des éclaircissements donnés par le ministre Lumbi et des questions parlementaires, de l’étude publiée par le professeur anversois Stefaan Marysse(1les contrats chinois en RDC, l’impérialisme rouge en marche, Annuaire des Grands Lacs, Université d »’Anvers 2008), les questions se rapportant à ce « contrat du siècle », le plus important, mais pas le seul, passé entre la Chine et un pays africain peuvent se résumer en dix points.
1. Dans quel contexte ces contrats ont ils été conclus ? En 1990, le coût de la reconstruction du Congo était estimé à 9 milliards de dollars, un chiffre qui doit être multiplié par trois ou quatre de nos jours. Depuis les élections, les promesses se sont multipliées (l’Union européenne s’est engagée à verser 750 millions d’euros sous forme de dons) mais les déboursements effectifs de l’aide internationale n’atteignent qu’un quart des montants promis, dont 30 ou 40% sont affectés aux salaires et aux frais de fonctionnement. L’Etat n’a tiré qu’un très faible bénéfice (6% du budget) des quelque 400 contrats miniers passés avec des entreprises occidentales durant la transition.
2. Sur quoi portent les contrats chinois ? Il s’agît d’accords de troc, diminuant au maximum la circulation d’argent (ou d’enveloppes…) : deux entreprises chinoises, CREC (China Railway Engeneering Corporation, 100.000 travailleurs)et Sinohydro (60.000 employés) se sont engagées à construire, entre autres, 3000 km de routes, autant de voies de chemin de fer, 31 hôpitaux de 150 lits, 145 centres de santé, 4 universités. La valeur de ces infrastructures est estimée à 6,5 milliards de dollars. Les contreparties congolaises s’élèvent à l’exploitation de 10 millions de tonnes de cuivre, (ce qui donnera 6,5 millions de tonnes de cuivre raffiné) 200.000 tonnes de cobalt, 372 tonnes d’or. La valeur de ces biens exportés, au prix actuel, est estimée à 3 milliards de dollars. Un premier prêt chinois (2 milliards de dollars) permettra de moderniser l’appareil minier afin d’entamer l’exploitation. Un deuxième prêt sera affecté au financement des travaux d’infrastructures. Le total de ces prêts consentis par l’Exim Bank of China atteint 8,5milliards de dollars mais ce montant pourrait encore augmenter.
3. Quelle est la philosophie de ces accords ? Les contrats « public-privé » sont conclus sur une base commerciale, sur le principe « gagnant-gagnant » ; il s’agît de prêts et non de dons et les éventuels litiges seront tranchés par la cour d’arbitrage de Paris. Conformément aux principes chinois de non ingérence, ces contrats ne sont assortis d’aucune conditionnalité de gouvernance, de respect des droits de l’homme ou de l’environnement et ils confirment le Congo dans sa vocation d’exportateur de matières premières.
4. Quelles sont les causes de l’hostilité des Occidentaux ? Le FMI dénonce le risque de «dérapage du cadre macro économique » c’est à dire de corruption et de non transparence. En réalité, la seule circulation monétaire portera sur un « pas de porte » c’est à dire un droit d’accès payé par les Chinois : 100 millions de dollars pour la Gecamines, 250 millions de dollars versés comme aide budgétaire au gouvernement. Les Européens craignent de perdre au profit des Chinois l’accès à des ressources stratégiques et de voir se restreindre leurs capacités d’influence. Les Congolais assurent qu’ils n’entendent pas rompre avec leurs partenaires traditionnels.
5. Qui perd et qui gagne ? A première vue et à court terme, le Congo assure les moyens de son redressement rapide : les routes permettront la circulation des biens et des personnes, le désenclavement des provinces. Cependant, les entreprises chinoises, exonérées d’impôts, ne contribueront pas au budget de l’Etat avant trente ans. Dans une première étape, la totalité de l’exploitation minière servira à rembourser le coût des travaux, dans un deuxième temps, les bénéfices seront répartis sur une base deux tiers pour les Chinois, un tiers pour les Congolais. Sur le long terme, la Chine jouira d’un accès privilégié à toutes les ressources congolaises (y compris le pétrole et l’agriculture) tandis que le principe du troc rend difficile toute évaluation en termes monétaires.
6. Quel sera l’apport en termes d’emploi ? Les accords prévoient l’embauche de 10.000 travailleurs (7000 Congolais et 3000 Chinois) et d’importants programmes de formation pour la main d’œuvre nationale. Les coûts de la main d’œuvre chinoise sont du même niveau que les salaires locaux et incomparablement plus bas que les traitements des expatriés : un ou deux dollars par jour pour les ouvriers dont le logement et la nourriture sont assurés, 150 dollars par mois pour les cadres.
7. Peut-t-on parler d’accords léonins ? La prochaine joint venture s’établira sur base de 32% pour la Gecamines et 68% pour le groupement d’entreprises chinoises (plus que la plupart des contrats passés avec les sociétés occidentales) ; les ressources du pays seront mises en exploitation rapidement au lieu d’être dilapidées, bradées sauvagement ou gardées en réserve pour les générations futures, mais les infrastructures réalisées seront mises au service de tous les secteurs d’activité et devraient améliorer la vie de tous les Congolais….