3 juillet 2008
La Haye Terminus: Bemba descend
Catégorie actualité
]L’issue était inéluctable et lui-même souhaitait que l’on en finisse
Le transfèrement à La Haye représente-t-il la fin du parcours politique de M. Bemba, qui avait remporté 42% des suffrages lors des élections présidentielles de 2006? Rapelons qu’en mars 2007, il avait quitté Kinshasa après de violents affrontements qui avaient fait plus de 300 morts et le parquet avait ouvert une information judiciaire contre lui. Invoquant des raisons de santé, puis des craintes pour sa sécurité, M. Bemba, devenu sénateur en janvier 2007, vivait en exil, se partageant entre sa résidence au Portugal et la Belgique où vit son épouse et où ses enfants sont scolarisés du côté de Mons. Il se préparait cependant à repartir la semaine suivante pour l’Afrique, vraisemblablement pour Kinshasa où venait d’être voté un statut de chef de l’opposition qui lui aurait octroyé un statut de ministre d’Etat et une réelle immunité. Se croyant protégé en Belgique, M. Bemba le samedi 24 mai à midi, avait encore déjeuné dans une brasserie uccloise avec des personnalités politiques belges qui souhaitaient voir cet homme au charisme indéniable reprendre la tête de l’opposition congolaise. Son arrestation le même soir, à son domicile de Rhode Saint Genèse, obtenue grâce à la collaboration entre la CPI et les autorités judiciaires belges, sans que le pouvoir politique en soit informé, fut donc une surprise totale. Depuis lors, c’est en vain que les avocats de M. Bemba ont plaidé pour sa mise en liberté provisoire, assurant qu’il se présenterait librement devant ses juges. Selon son avocat Me Kilolo, c’est serein, sinon optimiste que Jean-Pierre Bemba serait arrivé à La Haye. En effet, sa défense aura enfin accès au fond du dossier et pourra prendre connaissance des charges exactes qui pèsent contre lui. Rappelons que le fondateur du Mouvement pour la libération du Congo, qui avait pris les armes en août 1998 avec le soutien de l’armée ougandaise, est tenu pour responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis par ses troupes alors qu’elles se trouvaient à Bangui, entre octobre 2002 et mars 2003, où elles avaient été envoyées au secours du président élu Ange Patassé, aujourd’hui réfugié en Guinée Equatoriale après avoir été chassé du pouvoir par le général François Bozizé aujourd’hui président. A l’époque, M. Bemba négociait les accords de transition à Sun City, en Afrique du Sud et il appartiendra donc à l’accusation de remonter exactement la chaîne de commandement pour démontrer jusqu’où l’accusé peut réellement être tenu pour responsable des viols et des massacres commis par ses troupes qui semaient la terreur à Bangui. Ce retour sur l’histoire devrait aussi faire trembler d’anciens officiers de M. Bemba, aujourd’hui intégrés dans la nouvelle armée congolaise, ainsi que des personnalités politiques de premier plan, qui sont aujourd’hui des leaders de l’opposition sous la bannière du MLC ou même des poids lourds du gouvernement actuel.
En outre, l’enquête devrait déterminer les responsabilités des généraux centrafricains qui commandaient le «
Il ne fait aucun doute que sortir de l’eau
Même si la procédure qui va s’engager à La Haye pourrait durer un an ou deux,M. Bemba espère toujours pouvoir démontrer son innocence d’ici les élections présidentielles qui doivent avoirlieu en 2011. Son procès risque de faire des vagues, car il dévoilera les réalités des années de guerre, où le MLC occupait une grande partie de la province de l’Equateur, une région où Bemba, alias «Igwe>» l’enfant du pays, reste populaire. Le procès mettra également en lumière les ambiguïtés de l’accord de paix obtenu sur base de l’impunité des acteurs.