4 juillet 2008

Les villes, nouvel horizon de l’Afrique

Catégorie actualité, commentaire

Abuja,
Les villes représentent le nouveau défi de l’Afrique : alors qu’elles comptaient 300 millions pour l’ensemble du continent en 2000, en 2030, selon des Nations unies, ce sont 748 millions de personnes qui vivront dans un environnement urbain. Mais les villes en Afrique sont particulières : à part le centre, réservé aux administrations et aux affaires, elles ressemblent plutôt à d’immenses bidonvilles dépourvus de services, où chacun vit au jour le jour. Non seulement les maisons sont fragiles, menacées par les érosions et les éboulements, mais l’eau potable manque, les égouts, quand il y en a, charrient à ciel ouvert leurs flots d’eau polluée, les décharges s’accumulent sans que les déchets soient adéquatement traités.
A Abuja, la capitale administrative du Nigeria, une centaine de maires, venus de tout le continent, ont abordé ces problèmes au cours d’un congrès convoqué par le CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique), une association continentale qui entend bien faire entendre au niveau des Nations unies la voix des pouvoirs locaux. En marge des séances plénières, en grande partie consacrées à des sujets institutionnels (Rabat a été choisie comme siège de la conférence, le Camerounais Jean-Pierre Elong Bassi en sera le secrétaire général, l’ONG belge Echo Communications se chargera de relations publiques) les maires ne manquaient pas de sujets de conversation. Pour M. Omar El Bahraoui, député maire de la Ville de Rabat, « nous avons vraiment beaucoup à apprendre les uns des autres. Ainsi par exemple, nous suivons avec beaucoup d’intérêt la manière dont, en Mauritanie, on organise la distribution d’eau dans les quartiers populaires, amenée dans bidons transportés par des charettes… »Le maire de Nouakchott, lui, encouragé par tous ses collègues mauritaniens, interroge ses collègues d’autres pays sur la manière dont ils gèrent les sachets en plastique qui se multiplient : « c’est une véritable calamité, les plastiques volent et se répandent partout, les chèvres en sont empoisonnées… L’incinération n’est pas une solution, car il aggrave encore la pollution. Nous allons finir par suivre l’exemple du Rwanda, interdire radicalement les sacs en plastique… »
Avec beaucoup d’intérêt, les maires se sont penchés sur les nouvelles perspectives que la « révolution Internet » offre non seulement aux pouvoirs locaux mais aussi à leurs administrés : en Afrique, l’usage d’Internet explose, atteint les 1038% par an contre 280% ailleurs dans le monde. Désormais, les villes et même les villages sont reliés au monde entier via la Toile. Pour Assane Khalifa babacar Mboup, adjointe au maire de Kebemer (Sénégal) « cela peut renforcer le désir des jeunes qui rêvent de partir » d’autres au contraire estiment qu’ils peuvent tirer profit de cette « économie monde « qui s’invite chez eux : « nos paysans peuvent s’informer des cours mondiaux, ne plus se laisser rouler, souligne le maire de Rufisque (Sénégal) qui ajoute, prudent, « qu’il faut aussi se méfier de la cybercriminalité… » tandis que le maire de Kayedi (Mauritanie) plaide pour que les coûts d’utilisation diminuent, afin que la Toile devienne réellement un instrument démocratique…
A travers ces pouvoirs locaux, c’est un autre visage de l’Afrique qui s’est ainsi dessiné à Abuja, une capitale administrative qui reflète bien mal le foisionnement du Nigeria. Une Afrique dynamique, qui multiplie les contacts du Nord au Sud et d’Est en Ouest et entend bien dépasser un clivage absurde qui a failli séparer les maires à la veille de la conférence : alors que les Sud Africains voulaient prendre le leadership de l’association, cette velléité qui été mise en échec par l’aspiration générale à l’unité et à la multiplication des échanges, dans toutes les langues…